‹ Bramante et l'architecture italienne au XVIe siècleChapitre 2 sur 16 · HENRI LAURENS, ÉDITEUR · texte numérisé non relu

HENRI LAURENS, ÉDITEUR

6, RUE DE TOURNON (Vl*) Tout droiit de reproduction, de traduction et d'odapution réservés pont tout payii.

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Idées générales (1).

On (IrNÏjiiie sous le nom de Renaissance rintluence exercée, à la fin du moyen âge, sur les civilisations inodernes par la littérature, la philosophie et les arts antiques. De la nature de cette influence et de l'époque à laquelle elle s'est manifestée, on a longuement discuté : on l'a jugée profonde ou superficielle, heureuse ou néfaste; on a pu la faire remonter au xiv^^ siècle, ou la retarder jusqu'au wi© siècle, et ce sont des points qu'aucun historien, aucun philosophe, aucun critique d'art ne peut négliger. Aujourd'hui, en abordant l'étude de l'âge qui fut le plus grand siècle de la Renaissance, nous devons dire quelle fut son action dans le domaine propre de l'architecture.

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(1) Consulter /i la lin du livre les tableaux chronologiques des papc8, dci artistes cl des monuments.

de bâtir, soit par la nature du décor, soit par les formes architecturales, soit enfin par l'esprit de la construction.

Le décor antique était ce que l'on pouvait le plus facilement assimiler dans l'architecture ; ce n'était qu'un goût nouveau pour des formes de détail, n'apportant qu'un changement presque insignifiant dans la nature des édifices. Les maîtres de la Renaissance, pour remplacer le décor gothique, purent tendre sur les monuments le fin réseau des arabesques antiques, sans porter aucune atteinte aux formes traditionnelles de leur architecture, sans contrevenir en rien à ses caractères essentiels. Aussi cette mode nouvelle se développa avec une étonnante rapidité et couvrit toute l'Italie, dès que, vers le début du xv® siècle, elle eut fait à Florence sa première apparition.

Après le décor, ce sont les formes architecturales que laRenaissance emprunte àl'antiquité, la colonne, le pilastre, Fentablement et le fronton. Ces formes se diversifient suivant les ordres, et peuvent, en passant du dorique à l'ionique et au corinthien, exprimer tour à tour, la force, l'élégance ou la richesse. Elles se distinguent les unes des autres, non pas seulement par leurs lignes différentes, mais par leurs proportions qui, lorsqu'elles s'altèrent, suffisent à en modifier profondément l'esprit. Leur étude est donc particulièrement complexe, leur parfaite connaissance difficile à acquérir, et l'on comprend que les architectes aient mis longtemps avant d'être maîtres dans cet art nouveau.

Une autre raison plus importante encore devait retarder

l'adoption des ordres antiques, c'était la difficulté de les employer dans les édifices chrétiens. Comment en eflet disposer dans les églises gothiques des entablements qui en auraient interrompu toutes les lignes ascensionnelles ? Comment parvenir à substituer des colonnes classiques aux longues colonnettes fuselées s'élançant du sol jusqu'au faîte pour aller rejoindre les nervures des hautes voûtes? L'emploi des ordres allait inévitablement nécessiter une modification notable dans les formes générales de Tarchitecture. Or ces formes s'étaient créées progressivement, par une lente élaboration, elles étaient le fruit du travail continu et de la pensée de nombreuses générations, elles correspondaient aux besoins et aux désirs de leur époque et elles ne pouvaient être changées que si l'esprit qui les avait créées se modifiait lui-même^ et ce ne fut pas l'œuvre du xv® siècle.

Depuis Brunelleschi,jusqu'à l'apparition de Bramante, les architectes conservèrent dans son ensemble l'architecture traditionnelle du moyen Age; ils se contentèrent, par des artifices plus ou moins habiles, d'y intioduire (juehjues éléments antiques en les pliant aux exigences des constructions dont ils ne voulaient pas changer les lignes essentielles.

L'architecture ne fut réellement et profondément modifiée que lor8(jue Vesprit qui la dirigeait fut lui aussi transformé, et ce fut le dernier terme qui marqua l'achèvement de Tceuvre de la Renaissance. Cette évolution ne s'accomplit qu'au XVI* siècle; elle caractérise la période dont

Bramante a ëlé le chef et qui succède à cette période de la première Renaissance qu'avaient illustrée les Brunelleschi, les Michelozzo et les Alberti.

Quelle est la nature de cet esprit nouveau? Quelles modifications apporte-t-il dans l'architecture? C'est ce qu'il importe tout d'abord de dire en quelques mots.

Le caractère fondamental de la Renaissance, c'est d'être en opposition avec l'esprit chrétien. L'histoire de l'art tout entier nous montre qu'à toute recrudescence de l'influence antique a correspondu un affaiblissement du sentiment chrétien. C'est là un phénomène, inconscient sans doute, mais d'une réalité indiscutable, et il s'explique très simplement par cette antimonie qui résulte de ce que le christianisme a le culte de l'âme et l'antiquité le culte de la beauté des formes.

C'est au début du xv^ siècle qu'apparaît l'influence antique, et dès ce moment l'esprit religieux commence [à s'aflaibhr : les artistes n'ont plus la foi des architectes qui avaient construit les grandes cathédrales, ni celle des sculpteurs et des peintres qui les décoraient. Le sentiment chrétien, au cours du siècle, voit de plus en plus diminuer sa suprématie : s'il est encore au premier rang- dans l'œuvre d'un fra Angelico ou d'un Luca délia Robbia, il est déjà très secondaire chez un Pollaiuolo ou un Signorelli. Au xvi^ siècle, quand la Renaissance aura définitivement triomphé, nous trouverons des artistes dont l'œuvre est exclusivement profane, tels que les Ammanati et les Cellini. Il ne faut pas cependant exagérer et conclure que la

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