‹ Bramante et l'architecture italienne au XVIe siècleChapitre 3 sur 16 · BRAMANTE. H · texte numérisé non relu

BRAMANTE. H

Renaissance fut volontairement un mouvement antireligieux, puisque bien au contraire elle eut pour principal appui Faulorité pontificale et que les plus grandes œuvres d'art du xv^ et xvi*^ siècle furent faites pour les églises ; mais le sentifuent religieux s'est parfois transformé à un tel point qu'il devient méconnaissable. Par leur sujet les œuvres sont encore religieuses, par leur esprit elles ne le sont plus. Dans la réforme tentée par Luther, un des plus grands reproches qu'il adresse à la papauté est précisément le caractère profane de ses arts.

Une autre idée fondamentale de la Renaissance fut sa croyance à une beauté idéale, supérieure à la nature. On connaît le mot de Raphai»! : « Manquant de bons juges et de belles femmes, je me sers d'une certaine idée qui me vient dans l'esprit. Je ne sais si celle-ci a quelque excellence d'art, mais je sais bien que je me fatigue beaucoup pour l'avoir. » De même Michel-Ange a dit : « Parce que la beauté de ce monde est fragile et trompeuse, je m'efforce d'atteindre à la beauté universelle. » Cette beauté universelle, les hommes de la Renaissance crurent l'avoir trouvée dans l'antiquité, et leur admiration futtelle qu'elle entraîna le mépris pour toutes les œuvres conçues pendant les siècles précédents, pour cet art du moyen âge qui s'élait formé en dehors de toute imitation de l'art antique. Les tendances peu chrétiennes et les recherches idéalistes de la Renaissance? influèrent profondément sur l'évolution de l'art nouveau. Le caractère le plus apparent (jui manjuait en archilcctun- !«• sciitiiiient chrétien él.iif l.i recherche

du verticalisme. Parla hauteur des néfs^ l'élancement des clochers, Tascension do toutes les lignes, les architectes gothiques avait affirmé le désir de s'élever au-dessus des misères de la terre et de tourner tous les regards vers le. ciel. L'art antique, au contraire, aussi bien l'art romain que l'art grec, avait toujours assis fortement ses constructions sur le sol, sans chercher des élévations inutiles. La ligne essentielle de leur architecture, la ligne horizontale, se substituant à la verticale gothique, tel est le premier caractère de l'influence de l'art antique sur l'architecture, et ce fut toujours l'un des plus importants, car c'est lui qui modifia le plus sensiblement le caractère de la construction.

La Renaissance influa aussi sur le décor des monuments. Nous avons dit déjà avec quelle rapidité l'ornementation antique avait remplacé les formes décoratives de l'art gothique, mais ce n'avait été encore qu'une modification d'importance secondaire. Beaucoup plus notable fut la disparition ou du moins la considérable diminution de toutes les grandes figurations rehgieuses qui remplissaient les églises : fresques à l'intérieur, bas-reliefs et statues sur les façades. C'est encore là une des conséquences les plus saisissantes de l'affaiblissement de l'esprit chrétien. On ne sent plus aussi vivement la nécessité d'utiliser l'église dans toutes ses parties, soit pour la consacrer à la gloire de Dieu, soit pour la faire servir à l'instruction ou à l'édification des fidèles. Et si les moindres raisons engagent les artistes à abandonner ces motifs religieux.

ils n'hésitent pas à le faire. Ces raisons, ils les trouvent dans leur passion toujours croissante pour la beauté des formes aimées en elles-mêmes, en dehors de leur valeur expressive ; Tarchitecture antique leur paraît si belle qu'ils ne veulent pas admettre, en dehors de ses lignes, rien qui puisse en détourner les rep^ards.

Les théories de beauté idéale contribuèrent encore à faire estimer certaines formes comme étant a priori supérieures à d'autres; leur recherche primera toute autre préoccupation; de là naîtront certains engouements, tels que celui de la symétrie ou celui des proportions, qui régneront d'une façon vraiment tyrannique sur l'architecture de la Renaissance.

Le culte de la beauté fut une des gloires de la Renaissance, une de ses grandes forces, une source féconde de chefs-d'œuvre, mais ce fut aussi une de ses faiblesses; car le souci trop absolu de la forme nuit à l'expression de la pensée, etl'idj'alisine poussé trop loin, surtout on architecture, non seuh'menl en sacrifie le coté pratique et utilitaire, mais empoche les particularités, les diversités de caractère que doivent entraîner les changements dans la pensée des liommes.

\. — Pontificat dk Jri.r.s 11.

limmanle.

Bramante est le plus grand architecte de la Renaissanco. De tous les architectes modernes, c'est lui dont le nom est

le pliis universellement connu. Et cependant on peut dire que nous ne possédons aucune grande œuvre de lui, aucune qui soit complètement représentative de son génie, Tout ce qu'il fit à Milan, dans la première partie de sa vie, doit être considéré comme appartenant encore au style du xve siècle, et s'il n'avait rien fait d'autre il n'aurait pas une place supérieure à celle des architectes florentins de son âge, tels par exemple que Giuliano da san Gallo ou Giuliano da Majano. Ce qui compte essentiellement, c'est ce qu'il fit à Rome. Là, par des œuvres telles que son Tempietto, et surtout par son Saint-Pierre, il rompt définitivement avec toutes les conceptions gothiques et le premier, plus que tout autre, dit que l'architecte doit demander tous ses conseils à l'antiquité. Malheureusement sa plus grande œuvre, celle qui est le vrai fondement de sa gloire, il ne put que la commencer : Saint- Pierre fut construit par d'autres et profondément modifié par eux; il est surtout l'œuvre de Michel-Ange, de Maderne et du Bernin. Pour connaître Bramante, pour comprendre que Raphaël et Michel-Ange, ses contemporains, et après eux tous les plus illustres artistes, l'aient considéré comme le plus grand des architectes, nous en sommes réduits à raisonner surtout d'après ses plans et ses dessins et à restituer son œuvre par l'imagination ; c'est là la grande difficulté d'une étude sur Bramante.

Bramante est né à Urbino en 1444, il y a vécu jusqu'à Tàge de vingt-huit ans, fréquentant tous les grands artistes qu'y avait réunis le fastueux duc de Montefeltro,

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artistes venus de toutes Jes régions de l'Italie et même de Tétranger. Dans ce milieu oii devait plus tard se former Raphaël, Bramante put entendre discuter les théories les plus diverses, et par là il acquit une largeur de vues, une faculté d'assimilation, un éclectisme, qui lui permirent de résumer en lui toutes les connaissances acquises par ses prédécesseurs.

L'influence la plus profonde qu'il ressentit à Urbino fut celle de Luciano da Laurana, l'admirable architecte du Palais des ducs d'Urbino. C'est à son école qu'il s'affina le goût, qu'il apprit àaimer les formes délicates etélégantes que Lauranalui-rnêmetenaitdes grandsarchitectesde Florence ; c'esl de là que lui vint cette distinction qui le fit remarquer à Milan au milieu des artistes lombards, et que plus tard, à Rome, il sut conserver en l'associant à cette expression de noblesse et de grandeur qui marqua son nouveau style.

Une seconde action très importante fut exercée sur Bramante par Alberli. Bramante, il est vrai, ne connut pas ce maître, (jui travaillait alors à Rome où il mourut en 1470, mais il étudia ses œuvres à Rimini d'abord, cil le Temple des Malatesta lui montra l'effet que l'on pouvait obtenir pai «h* helhîs arcades monumentales, et plus tard à Mantoue, où il put voir dans l'église de Saint- André la première grande voûte en berceau construite j)'\r \:\ Renaissance.

\ Hrarnant<*. F^uciann du Laurana apprit la grâce, et Alberli la grandeur.

Mais l'influence décisive qui acheva de former le génie

de Bramante, celle qui transforma complètement son style et fît de lui le plus grand architecte de l'âge nouveau, ce fut, à mon sens, celle de Léonard de Vinci. Il faut bien se rendre compte qu'avant de connaître Léonard, Bramante, malgré tout ce qu'il avait appris à Urbino, loin d'être un novateur, ne pouvait être qu'un retardataire. A la fin du xve siècle, en effet, Florence seule compte dans le mouvement artistique de l'Italie; tout vient d'elle, elle est le centre, le foyer où fermentent toutes les idées nouvelles de la Renaissance. Bramante qui vit à Urbino, puis à Milan, ne connaissant encore que bien peu de chose des idées florentines, n'est en somme qu'un provincial.

Tout change en lui du jour où il connaît Léonard, qui, bien que moins âgé que lui de huit ans, ne peut moins faire que de l'impressionner fortement par l'étendue de ses connaissances et la fécondité de son esprit.

Léonard, qui fut le plus grand génie de la Renaissance, apporte à Milan la quintessence de Tart florentin ; il pousse même plus avant les recherches nouvelles et en tire des conséquences que Florence n'a pas connues. Il ne faut pas oublier, en effet, que cet art de la Renaissance, créé à la cour de Laurent le Magnifique, fut brusquement interrompu à Florence par la chute des Médicis et le mouvement révolutionnaire de Savonarole, tandis que Léonard put librement le développer à Milan. Et c'est ainsi que, lorsque Bramante arrivera à Rome et y sera en rivahté avec les premiers artistes de l'Italie, avec ces artistes mêmes qui, après avoir créé la Renaissance à Florence,

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