‹ Bramante et l'architecture italienne au XVIe siècleChapitre 8 sur 16 · III. — Pontificats de Clément VJI et de Paul III · texte numérisé non relu

III. — Pontificats de Clément VJI et de Paul III

Michel- Ange. Antonio da San Gallo le Jeune, Vignole.

Michel-Ange. — La prise de Rome en 1527, par les armées du connétable de Bourbon, fut un événement d'une importance exceptionnelle dans l'évolution de la civilisation romaine. Toute la joie tranquille de cette société raffinée, heureuse et calme, s'effondre en un instant : c'est un horrible réveil après le beau rêve de la Renaissance. L'école artistique, qui avait atteint un si haut degré de beauté, est brusquement arrêtée dans son développement; tous les élèves de Bramante et de Raphaël, tous les disciples de la Renaissance, quittent Rome et portent leur art gracieux dans d'autres villes d'Italie.

A Rome, c'est pendant quelques années, pendant la fin du pontificat de Clément YII surtout, une période de profonde tristesse : il faut panser les blessures et réparer les

ruines. Toute la douleur de cet âge sera exprimée par Michel- Ange ^ et rien ne peut nous la faire mieux sentir que des œuvres telles que le Tombeau de Jules Tt et ceux des Médicis, qu'il avait commencés sous Jules II et Léon X, pendant les jours les plus heureux de la Papauté, mais qu'il reprend sous Clément YII et Paul III, en en modifiant profondément le caractère, après avoir subi dans son cœur de Romain et de Florentin toutes les douleurs des sièges de Rome et de Florence.

L'exemple de la Tombe de Jules II est typique. Dans cette œuvre, dont les premiers projets remontent à 1509, nous voyons d'abord l'âme même de Jules II diriger la pensée de Michel-Ange. A ce pape guerrier qui rêve de délivrer et de dominer toute l'Italie, qui a combattu et triomphé toute sa vie, Michel-Ange veut élever un monument comme seuls en eurent les Pharaons oii les empereurs romains. Quarante statues accumulées autour d'un mausolée triomphal devaient célébrer la gloire du pape conquérant. Mais lorsijue, trente ans plus tard, Michel- Ange put enfin achever l'œuvre longtemps interrompue, elle sortit de ses mains méconnaissable. Non seulement les projets grandioses sont abandonnés, faute de temps et d'argent pour les réaliser, mais l'œuvre change entièrement d(î caractère. !)<; joyeuse et triomphale qu'elle devait être, elle devient triste et sévère. La farouche figure de Moïse, qui ne devait être primitiv(?ment qu'une ligure accessoire devient le centre du monument, le constitue pour ainsi dire tout entier et met sur tout ce tombeau une expression de

sauvage terreur. Je n'insisterai pas sur les détails de cette tombe, si incohérente qu'elle serait inexplicable si l'on ne savait qu'elle fut faite en utilisant tant bien que mal des fragments sculptés à diverses reprises en vue de projets différents. Il faut remarquer pourtant combien frappantes sont la sécheresse et la nudité de toutes les parties supérieures, faites tardivement, et combien elles contrastent par leur tristesse avec le brillant décor et la richesse de tous les fragments de date antérieure.

La chapelle funéraire des Médicis et les Tombeaux qu'elle renferme nous permettront de faire des constatations analogues : commandés par Léon X, au milieu des splendeurs et des triomphes de la papauté, ces tombeaux ne furent terminés que vingt ans plus tard, après la tristesse des invasions et de la défaite. Plus encore que la tombe de Jules II, ils portent la marque du désespoir qui étreignit l'Italie dans ces jours funestes, et Michel-Ange y a mis la plus poignante expression de la douleur d'une grande âme pleurant les malheurs de sa patrie. L'œuvre qui a été toute transformée en cours d'exécution n'est plus qu'un fragment des projets primitifs, et seules quelques statues sont là disant la pensée du maître. Mais ces statues sont si belles que notre esprit subjugué les admire comme une des œuvres les plus géniales de l'art, sans penser à critiquer la partie architecturale qui, toute mutilée, est devenue pour ainsi dire incompréhensible (1).

(1) Voir mon article sur l'Architecture des Tombeaux des Médicis dans la Gazette des Beaux-Arts . Janv. 1908.

Pl. 13.

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