Lettres de Catherine de Médicis, t. III, p
avaient été forcés d'accepter le combat qu'ils cherchaient à éviter * .
1. Voici le récit un peu diffus qu'en a laissé, dans le second livre de son Passe-temps, le s r de la Motte-Messemé, qui commandait une compagnie de gens d'armes du régiment de François de Bourbon, fils du duc de Montpensier. Quoiqu'il soit un peu long, je crois utile de le reproduire, parce qu'il me semble n'avoir guère été utilisé, s'il l'a été, par les historiens. « L'amiral, dit-il, se doutant que l'on dresseroit à Ghasteau-Neuf un pont de basteaux (sur la Charente) pour se rendre la campagne libre de part et d'autre, s'avança un soir avec quelque nombre de chevaux jusques sur le bord de l'eau vis-à-vis de Ghasteau-Neuf, pour se purger du soupçon qu'il avoit par le rapport de ses yeux qu'on dressoit un pont, où, n'ayant rien veu ny ouy remuer qui luy en peust donner certitude, se retirant, je croy, à Bassac, laissa un capitaine des siens au prochain village de Ghasteau- Neuf, où il luy commanda mettre de si bonnes sentinelles que l'on ne peust attacher un clou à une aisse que le silence de la nuict n'en rendist leur ouye certaine. Gela n'est pas mieux ordonné qu'exécuté pour le premier guet ; mais ce malheur luy arrive que celuy sur la vigilance duquel il s'estoit retiré, ayant bien posé ses sentinelles avecques asseurance qu'il les viendroit relever, se met à jouer après souper à son logis, perd son argent, essaye, tant que dure la nuict, avecques trois petits osselets, à le recouvrir, qu'oubliant le relèvement de ses gardes il ne se souvient du deu de sa charge que, les chandelles faillies, le jour, dont sa cause estoit vers l'sequinoxe vernal, n'eust chassé les ténèbres de la superficie de la terre, sur laquelle il n'est si tost monté à cheval pour cuider aller veoir qu'est devenu le guet qu'il avoit mis le soir précédent qu'il ne la voye couverte de la pluspart de la cavallerie et infanterie croisée, qui alloit obliger l'amiral au combat, auquel accourant apporter de telles nouvelles de ce désastre, attiré par sa faute toute pure, je vous laisse à penser quelle excuse de son incontinence il peut forger à un homme que le meilleur conte du monde ne feist, à mon advis, jamais rire depuis qu'il eust vestu la casaque de la couleur qu'il la portoit, tant il avoit bandé toutes les facultez de son esprit à la conduicte de son dessein.
« Il blasma donc comme il devoit ce joueur de dez, duquel les sentinelles, oyant sonner minuit à Ghasteau-Neuf, et puis encore
Brantôme assistait à cette bataille et ne nous a donné aucun détail sur le rôle qu'il a pu y jouer 4 . Il parle uniquement de quelques-uns de ceux qui y trouvèrent la mort, et, entre autres, du prince de Condé, qu'il put voir, comme tout le monde, exposé dans une salle basse au-dessous de la chambre où coucha le vainqueur, le duc d'Anjou, son ennemi mortel ; il dut se rappeler qu'il l'avait vu quelques années auparavant, le soir de la bataille de Dreux, vaincu et prisonnier 2 . Il nous apprend seulement qu'il avait pour
une heure, et n'oyant bruit aucun sur la rivière, non plus que de leur capitaine pour les relever, s'imaginant qu'il auroit esté chargé et se seroit retiré, comme il auroit peu, à leur gros, en prindrent le chemin aussi à vau-l'eau, jusques à Jarnac, où le prince, y advancé le soir précédent pour faire espaule à son avant -garde, commandée par l'admirai, apprenant ceste nouvelle, monta le matin à cheval, plustost pensant se foire voir aux siens qu'à ses ennemis, qui, d'une extresme diligence, avoient deux heures devant jour dressé un pont tel qu'à sept heures toute l'armée fût passée... » (Le Passe-temps de messire François Le Poulchre, seigneur de la Motte-Messemé, 2 e édit., 1597, in-8°, fol. 48-50.)
1. Il a noté comme un fait remarquable que l'armée catholique comptait dans ses rangs des reîtres du Rhingrave et d'autres étrangers, tandis que l'armée protestante n'était composée que de « François tout purs. » (T. IV, p. 313.)
2. T. IV, p. 346 et suiv., et plus haut, p. 64. — Les soldats huguenots ne paraissent pas avoir été trop découragés par cette sanglante défaite, et Brantôme nous a conservé c la chanson et quinte que les bons trompettes des François et reystres parmi les clairons sonnoient souvent :
c Le prince de Condé Il a esté tué, Mais Monsieur l'admirai Est encore à cheval Avec La Rochefoucauld, Pour chasser tous ces papaux, papaux, papaux. »
(T. IV, p. 356.)
grand ami l'assassin du prince, le baron dé Montesquiou, qu'il l'aimait fort depuis le voyage de Malte, que c'était un brave et vaillant gentilhomme et « bon homme avec cela, * et que, huit mois auparavant, il lui avait sauvé la vie ! .
Il assista encore à la prise de Mussidan, en Périgord (82 avril), où le comte de Brissac 2 fut tué par c un bon soldat périgordin, dit-il, qu'on appelloit Charbonnière, lequel avoit esté à moy et de ma cornpaignie et estoit un des meilleurs et plus justes harquebuziers qu'on eust sceu voir, et ne faisoit autre chose léans, sinon qu'estant assis sur un petit tabouret (et la pluspart du temps y disnoit et souppoit), regardant par une canonnière, que tirer incessamment ; et avoit deux harquebuz à rouet et une à mesche, et sa femme et un vallet près de luy, qui ne luy servoient que de charger ses harquebuz, et luy de tirer, si bien qu'il en perdoit le boire et le manger. Il fut pris ; Monsieur, frère du roy, le voulut voir et, pour avoir tué un si grand personnage, commanda qu'il fust
1. Dans des joutes sur la Seine devant le Louvre, Montesquiou avait été jeté à l'eau et se serait noyé sans Brantôme, qui le prit par le collet et le hissa dans son bateau , au moment où il n'en pouvait plus. Depuis, il l'appela toujours son père, bien que son sauveur fût plus jeune que lui. (T. IV, p. 347.)
2. « Il estoit trop cruel au combat et prompt à y aller et à tuer, ainsi que je l'ay veu et aucuns de nous autres ses amis qui luy disions ; et aymoit cela jusques là qu'avec sa dague il se plaisoit de s'acharner sur une personne à luy en donner des coups, jusques-là que le sang luy en rejallyssoit sur le visage; cas estrange pourtant que ce brave Brissac, se monstrant doux par son visage, beau, délicat et féminin, estoit dans le cœur si cruel et altéré de sang. » (T. VI, p. 131.) Quand il était jeune, on l'avait surnommé Pigeon. (Ibid., p. 140.)
pendu. «Pavois grand'envie de le sauver (mais je ne peuz, encor que je l'eusse faict esvader une fois par une fenestre, mais il fut repris), bien que j'eusse un très grand regret dudict conte, car je l'aymois bien, aussi m'aymoit-il. Mais en cela qu'en peut mais un soldat, puisqu'il faict l'office du soldat? Il est bien vray, quand il se vante du coup et s'en gioriffie, un tel despit et une telle vanterie faschent, et tel mespris ; et pour ce la penderie en est très bonne, ou le massacre 1 . *
Ce fut probablement la dernière action de cette guerre à laquelle il prit part. Après la bataille de Jarnac, il avait été « si villainement empoigné par une grosse fièvre quarte qu'il ne put s'en défaire de dix mois 2 * et dut se retirer chez lui. Il y était lorsque les huguenots pénétrèrent dans le Périgord et prirent par composition la ville de Brantôme, « où il y a une abbaye célèbre, * dit de Thou 3 , et là il fut témoin d'affreuses cruautés ordonnées par Goligny. Les paysans, exaspérés par les ravages et les violences de ses soldats *, s'étaient vengés lors de la défaite des Provençaux et n'avaient point fait grâce aux vaincus tombés entre leurs mains. Quand les huguenots revinrent dans le Périgord, ils exercèrent à leur tour de terribles représailles. « Je vous jure, dit