T. II, p
3. Liv. LIV. — « C'est, dit Brantôme, une des belles et superbes maisons d'abbaye qui soit en France, pour avoir esté faicte et bastie et très embellie par ce grand cardinal d'Albret. t (T. m, p. 114.)
4. Voy., sur les tortures que les soldats faisaient subir aux paysans, Montaigne (témoin oculaire), Essais, liv. II, ch.
Brantôme, qu'il s'y en fit un estr ange carnage, car partout où ilz passoient vous n'eussiez veu que paisans par terre. En un chasteau de la Ghapelle-Faucher 1 , près de moy, il en fut tué de sang- froid dans une salle deux cents soixante, après avoir esté gardez un jour. Mais, comme je dis à l'admirai que telles exécutions se dévoient faire aux endroictz de ladicte deffaicte, il me respondit que c'estoit en mesme patrie, et que tous estoient mesmes paisans périgordins, et que l'exemple en demeurait à tous, et la crainte de n'y tourner plus 2 . »
Goligny, pendant son séjour à l'abbaye, fut rejoint par le prince d'Orange et son frère Ludovic de Nassau, dont Brantôme nous a tracé un portrait intéressant, c J'entretins, dit- il, un assez long temps le prince d'Orange en un' allée de mon jardrin, que je trouvay un fort grand personnage, à mon gré, et qui discouroit bien de toutes choses; et m'entretint du peu d'effect de son armée, et en donnoit la coulpe à la faute d'argent et aux estrangers qui l'aymoient démesurément, mais qu'il ne s'arrêteroit en si beau chemin et qu'il revolleroit bientost. Il a voit une fort belle façon et estoit d'une fort belle taille; le conte Ludovic, son frère, l'avoit
1. Il y avait dans ce château, dit de Thou, deux cents tant soldats que paysans qui furent tués. (Liv. LIY.)
2. T. VI, p. 19, il ajoute : « Tant y a que l'on a tenu mondict seigneur l'admirai fort cruel; mais il falloit qu'il le fust, et mesme luy le confessoit, comme je luy ay veu souvent conffesser que rien ne luy faschoit que les cruautez ; mais, pour les pollices et les conséquences, il y forçoit son naturel et son humeur, comme, lorsqu'il falloit monstrer une douceur et miséricorde, il estoit certes bon, doux et gracieux. •
plus petite. Je le (le prince d'Orange) trouvois triste, et monstroit par sa mine qu'il se sentoit accablé de la fortune. Mais ledict conte Ludovic estoit plus ouvert en son visage et le monstroit plus joyeux. On le tenoit plus hardy et plus hasardeux que le prince d'Orange et le prince aussi plus sage, plus meur que luy et plus advisé 1 . »
Brantôme n'eut pas à se repentir de l'hospitalité qu'il leur donnait, et ils s'en montrèrent fort reconnaissants, c Tous ces messieurs me firent, et François et estrangers, tant les plus grands que petits, tous les honneurs et toutes les meilleures chères du monde, sans qu'il me fust faict aucun tort ny à ma maison, non pas une seule image de l'église abbatue ny une vitre cassée ; jusques-là à dire que si la messe y estoit en propre personne on ne luy eust faict un seul petit mal pour l'amour de moy. Aussi leur fis-je très bonne chère, et que le roy de Navarre m'aymoit, et Monsieur l'admirai surtout, à qui j'appartenois de fort près, à cause de Madame l'admiralle sa femme. Bref, j'euz occasion grande de me contenter fort d'eux, là où j'avois force de mes bons amis et parens 2 . »
Cette guerre acharnée, qui avait couvert la France entière de sang et de ruines et créé entre les deux
1. T. II, p. 166. — Le prince d'Orange quitta le Périgord en septembre 1569.
2. T. II, p. 165, 166. — Il y revient encore ailleurs : c Les armées de Messieurs les princes et de Monsieur l'admirai y ont passé et logé par deux fois, moy présent une fois, l'autre moy absent. Jamais ilz n'y ont faict dégast ny ruine pour un seul double en l'abbaye, ny abbatu une seule image en l'église ny touché à aucun religieux..., de sorte que ceste abbaye et église, où ceux de la religion ont passé, se peut dire la plus entière pucelle qui soit en Guyenne. (T. III, p. 114.)
partis des haines irréconciliables, fut enfin terminée, le 8 août 4 570, par la paix de Saint-Germain. Ce fut probablement alors que Brantôme résigna sa charge de capitaine de gens de pied, par caprice, nous dit-il ; mais il est possible qu'il y ait été poussé par un autre motif qu'il n'a pas voulu nous conter ; peut-être avaiton trouvé mauvais à la cour qu'il eût si bien accueilli à Brantôme les ennemis mortels du roi et des catholiques.