XIII. Brantôme au siège de la Rochelle
La cour, qui s'était figurée que c l'exécution des protestants, » comme l'appelle Pasquier, avait dû enlever pour longtemps à leur parti toute idée et toute possibilité de résistance, ne tarda pas à perdre son illusion . Revenus de l'abattement et de la terreur où les avaient jetés tant d'effroyables massacres, et bien que sans chefs et sans armée, ils s'organisèrent partout rapidement ; le Languedoc, la Guyenne, le Poitou reprirent les armes et alors commença cette longue suite de guerres funestes qui, dans un tableau allégorique, permettaient à un personnage de Shakspeare de reconnaître la France c à son front qui toujours se rebiffe, et qui est en lutte avec ses cheveux 1 . >
La Rochelle, que sa position et sa richesse rendaient particulièrement redoutable, hésitait à se prononcer. Le gouverneur de Saintonge et du pays d'Aunis, Biron, qui avait failli périr à la Saint-Barthélémy, fut envoyé par le roi pour tâcher de lui faire « reprendre sa première obéissance et la gaigner par les voyes de la douceur. > C'est alors qu'il vint trouver Strozzi et Brantôme et leur porta commandement du roi de l'as-
éventrez, leurs cœurs et entrailles jettez au feu, leurs corps mis par quartiers et leurs testes coupées. Laquelle exécution fut d'au* tant plus signalée qu'elle fut faite en présence des ambassadeurs et résidens de France, d'Espagne, de Portugal et de Venize et d'un nombre incroyable d'autres personnes de condition. » (Gazette de France, année 1644, p. 850.) 1. Les Méprises, acte III, se. n.
sister si les négociations échouaient 1 ; c'est ce qui arriva ; les Rochellois refusèrent les propositions avantageuses qu'on leur offrait. Il fallut donc se résoudre à un siège que l'on s'imaginait ne pas devoir durer longtemps*. Le 4 décembre 1573, Biron entra dans le pays d'Aunis avec sept cornettes, dix-huit enseignes et deux coulevrines 3 . Ce fut là le commencement des hostilités. Mais le général, le duc d'Anjou, n'arriva au camp que le 43 février 4573*.
2. Brantôme nous a raconté, avec sa verve habituelle, les fanfaronnades de Tavanes, qui se vantait d'étouffer promptement la
rébellion : « Sire, dit-il au roi, ne vous mettez point en peine
Pour quand à la Rochelle, il y a longtemps que je ne l'ay veue; mais je l'ay prise, selon que j'en puis comprendre, en un mois. De là, en passant le pays, je le nettierai de tant d'huguenotz que j'y trouveray, jusqu'à Montauban, qu'on m'a dict qu'il est bon et fort, lequel n'estoit pas tel de mon temps; toutteffois, j'en cognois l'assiette et pense l'emporter comme la Rochelle. Et, de là, je tireray vers Nismes, où j'en fairay autant, et à Sommiôvre, et leur fairay à tous songer à leurs consciences, et de s'y rendre par bonne guerre et mercy ou de mourir tous. Pour fin, laissezmoy faire, je vous respons de toutes ces places.
c II y eut quelqu'un là présent qui l'en ouyt parler ainsi, et dist à un autre : • Voylà le discours du roy Picrocole, de Rabelc lais. i (T. V, p. 121.)