Généroux, Journal, p
4. Le prince trouva les choses moins avancées qu'on ne lui avait dit. Il s'en prit à Biron, qu'il accusa de l'avoir trompé et qu'il malmena de la manière la plus insultante : c Ce matin, dit Brantôme, j'estois à la porte de mon logis, qui donnois à disner à MM. d'Estrozze et de la Noue ; je vis passer M. de Biron et seul à cheval, et n'avoit que son escuyer Baptiste avec luy. Je luy crie s'il vouloit venir disner avecques nous, et aussitost il vint à moy et mit pied à terre, et nous dist qu'il ne vouloit pas disner, car il estoit tout fasché, et nous prenans tous trois à part, il nous dist : « Je vous veux faire mes plainctes à tous c trois, comme à mes plus grandz amis que j'aye icy. Le roy de
Les relations du siège ne manquent pas, et Brantôme, qui y resta depuis le commencement jusqu'à la fin, dit avec raison qu'il aurait pu le décrire c aussi bien qu'homme qui fust 1 . » Mais rédiger un long récit d'une manière suivie était une chose absolument contraire à la nature de son esprit, qui aimait à ne pas subir d'entraves et à vagabonder à sa fantaisie. Il ne nous a laissé qu'un certain nombre de faits et d'anecdotes que, suivant son habitude, il a dispersés partout. Nous nous bornerons à citer quelques particularités qui nous ont paru intéressantes.
Lorsqu'il était en chemin pour rejoindre l'armée, il eut une petite aventure qui lui donne l'occasion de conter quel beau train il menait en campagne. Après avoir parlé d'un gentilhomme, qui ne voulait pas qu'on l'appelât capitaine, il ajoute 2 : « Celuy-là ne ressembloit pas à un galant gentilhomme de par le monde (qui est moy, qui escritz cecy), qui, prenant un grand plaisir ordinairement à la guerre de porter l'harquebuz à mesche, son beau fourniment de Milan, monté sur une belle haquenée de cent escus, et en faire la proffession,
t Pouloigite se vient fascher à moy, dist-il, et parler à moy c comme au moindre de ce camp, dont le cœur m'en crève. » Et puis nous conta une partie de ce qui s'estoit passé, car il ne nous redist pas toutes les grosses parolles que le roy luy avoit dictes ; mais ce fust un très grand prince qui nous le dist le soir à M. d'Estrozze et à moy, qui y estoit présent, et que ce pauvre homme, usant de ces motz, luy avoit fait pitié. » Au retour de Pologne, Henri III, à Lyon, « ne luy fit guère bonne mine : dont je sçay ce qu'il m'en dist, car il m'aymoit fort, et bien souvent me disoit des choses qu'il n'eust pas dict à un autre. » (T. V, p. 138, 139.)