‹ Brantom̂e: sa vie et ses écritsChapitre 186 sur 291 · Journal de L'Estoile, 6 février · texte numérisé non relu

Journal de L'Estoile, 6 février

5. Ambroise Paré d'après de nouveaux documents, par le D* Le Paulmier, 1885, in-8°, p. 229. — Cinquante ou soixante ans plus tard, M ,le de Sillery, nièce du duc de la Rochefoucauld, lisait les

Qu'on ne soit donc pas surpris que Montaigne ait pu écrire ce qui suit : < Que les femmes se dispensent un peu de la cérémonie, qu'elles entrent en liberté de discours, nous ne sommes qu'enfants au prix d'elles en cette science. Oyez leur représenter nos poursuites et nos entretiens : elles vous font bien çognoistre que nous ne leur apportons rien qu'elles n'ayent sceu et digéré sans nous... Mon aureille se rencontra un jour en lieu où elle pouvoit desrobber aulcun des discours faits entre elles sans soupeçons; que ne puis-je le dire? Nostre-Dame (feis-je) ! Allons à cette heure estudier des phrases d'Âmadis et des registres de Boccace et de l'Arétin pour faire les habiles; nous employons vrayment bien nostre temps! Il n'est ny parole, ny exemple, ny desmarche qu'elles ne sachent mieulx que nos livres 1 . »

Au xvi 6 siècle, le sentiment de la pudeur semble être inconnu : « Il y avoit à la cour une fort belle et honneste dame de bonne maison, fort aimée d'un gentilhomme de bonne maison aussi, et qui n'estoit point des plus impertinens (c'était évidemment Brantôme), qui la servit longtemps et se plaisoit fort à contempler sa beauté, car elle l'estoit extrême en visage et en sa taille, qui estoit très riche, mais rien que cela ne pouvoit-il veoir... Enfin, un jour la fortune, qui ayde souvent aux pauvres amoureux, luy fust si favorable qu'ainsi que la dame prenoit à son cou-

Contes de La Fontaine et se plaignait au poète qu'elle les trouvait obscurs, ce à quoi le poète répondait malicieusement :

«... Les beaux esprits N'entendent pas toute chose. •

(Fable 13 du liv. VIII.) 1. Essais, liv. III, ch. v.

cher sa chemise derrière le rideau de son lict et que Tune de ses femmes la luy donnoit, se présenta sur ledict rideau une grosse hyraigne (araignée), si hydeuse que rien plus. La dame, qui rien au monde ne craignoit tant de tous les animaux que celluy-là, comme certes il est h y deux, et qui plustost se fust jettée dans le feu que de l'attendre à venir à soy, sort de dessus son lict et de derrière sa courtine, sans autrement songer en soy (et possible le fist-elle à poste, comme il est vray 1 ), ny en Testât où il estoit, toute esperdue s'en vint auprès de ce gentilhomme à de m y-nue, affin de l'en garantir ; à luy, bien estonné d'un tel effroy , elle luy dict l'occasion de cette hyraigne, qui sçavoit bien la hayne qu'elle luy (à l'araignée) portoit. Mais il ne fut point sot et ne courut pas à tuer ï'hyraigne, n'estant pas là pour ung Hercule à faire mourir les bestes, laissant cela à ses femmes, où il ne veoit rien que beau et digne d'estre aymé et souhaitté. Mais le pis fust qu'il n'en heust autre chose que ceste belle contemplation 2 . »

Lorsque Marie Stuart s'en retourna en Ecosse, ses femmes de chambre étant par suite du mal de mer incapables de la servir, elle dut recourir à l'un de ses trois oncles qui l'accompagnaient (le grand prieur François de Lorraine, Claude, duc d'Aumale, et René, marquis d'Elbeuf). « Le bonheur fut pour luy qu'il fallut qu'il la couchast et levast; mais, en la couchant et levant, la chaussant et deschaussant, il en devint si amoureux qu'il s'en cuida désespérer, encor quelle luy fust proche 3 . »

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