‹ Brantom̂e: sa vie et ses écritsChapitre 201 sur 291 · Essais, liv. II, ch. xi · texte numérisé non relu

Essais, liv. II, ch. xi

2. Le Passelemps de messire François Le Poulchre, seigneur de la

(1757), dont les bourreaux prolongèrent les tortures pendant près de quatre heures ?

Un dernier mot pour montrer quelles singulières idées germaient dans certains milieux : les femmes mariées, sans parler des mauvais traitements qu'elles avaient à supporter de leurs maris, étaient exposées sans défense à leur haine et à leurs vengeances, motivées ou non. Les exemples de meurtres commis sur elles étaient assez nombreux pour qu'on agitât la question de savoir si les femmes qui soupçonnaient leurs maris de vouloir attenter à leur vie n'avaient pas le droit ou, pour mieux dire, le devoir de les prévenir et de t les envoyer devant faire leur logis en l'autre monde. J'ay ouy maintenir qu'elles peuvent le faire, * dit Brantôme, et il appuie cette théorie sur des sentiments religieux qu'on ne s'attendait pas à voir invoquer en pareille circonstance : c Chacun doit être curieux de sa vie; et, puisque Dieu nous l'a donnée, la faut garder jusques à ce qu'il nous appelle par nostre mort. Autrement, sçachant bien leur mort et s'y aller précipiter, et ne la fuir quand elles le peuvent, c'est se tuer soy-même, chose que Dieu abhorre fort ; par quoy c'est le meilleur de les envoyer en ambassade devant et en parer le coup 4 . *

Sous les dehors d'une courtoisie raffinée se cachaient souvent les mœurs les plus brutales, qui ne scandalisaient personne, et plus d'un gentilhomme ne se gênait pas pour mettre en pratique ce vieux dicton, qui sem-

Motte -Messemé , chevalier des ordres du roi, 2 a éd., 1597, in-12, liv. n, p. 31, 32, 34.

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