‹ Brantom̂e: sa vie et ses écritsChapitre 221 sur 291 · Majeurs, ancêtres, majores · texte numérisé non relu

Majeurs, ancêtres, majores

quence, tenait en peu d'estime les gens savants et leurs livres 1 , Brantôme, qui n'était point de son avis 2 , nous raconte quel soin le maréchal Strozzi avait apporté à l'éducation de son fils, c II fut fort curieux, dit-il, de le faire très bien nourrir et surtout très bien instruire aux bonnes lettres... Je luy ay ouy conter qu'un jour, venant donner le bon jour à son père, il luy demanda ce qu'il avoit faict le matin. Le fils luy respondit qu'il avoit monté à cheval, joué à la paume et puis, comme de besoing, qu'il avoit déjusné : c Ah ! malheureux, luy dist-il, faut-il que tu ressasies c le corps avant l'esprit? Jamais cela ne t' advienne, c Avant toutes choses, ressasie ton âme et ton esprit c de quelque belle lecture et estude ; et, après, faictz c de ton corps ce que tu voudras. » Le fils profita de cette éducation, c car qui le sondoit bien au vif, i'eust trouvé aussi profond en discours comme en vaillance 3 . >

Je ne sais quand commença l'amitié de Brantôme et de Strozzi, mais leur grande intimité doit dater du voyage de Malte, et depuis elle ne cessa de s'accroître.

1. Régnier de la Planche, De V Estât de France sous François //, éd. du Panthéon, p. 309.

2. Nous avons déjà cité son mot c que les lettres et les armes maryées ensemble faisoient un beau lict de noces. » (T. V, p. 188.)

3. T. VI, p. 85. — Ils étaient rares à la cour de France les pères qui songeaient à donner de telles leçons à leurs enfants, et, parmi tous les personnages plus ou moins grands, plus ou moins illustres qu'il fait défiler devant nous, Brantôme ne nous cite guère, pour leur amour de l'étude, outre La Noue, que le maréchal de Gossé, a qui estoit sçavant et lisoit tousjours peu on prou, i le premier maréchal de Biron, et Carnavalet, gouverneur de Henri III, qui savait par cœur les Commentaires de César. (Voy. t. VI, p. 126 et 142; t. V, p. 148, 301.)

Après l'assassinat de Charry 1 , Strozzi, qui avait eu sa charge de mestre de camp de la garde du roi, et plus tard celle d'Àndelot, colonel général de l'infanterie française 2 , fut pendant plus de deux ans le colonel de Brantôme lorsque celui-ci était devenu capitaine d'une des compagnies créées par le roi à la suite de la journée de Meaux 3 . c J'ay eu cet heur, dit-il, de m'estre trouvé avec luy souvant, car il m'aymoit uniquement, et croy plus qu'homme de France. Je n'euz jamais charge soubz luy que deux ans, en capitaine de gens de pied; mais, par certain caprice, je quictay tout, et, pour ce, je ne l'abandonnay jamais pourtant, fust à la guerre, fust à la court, tant il m'aymoit et je l'aymois, et me disoit-on son compaignon et fidelle confidant. Dès le commencement du siège de la Rochelle jusqu'à la fin, je ne bougeay jamais d'avecques luy, bevant, mangeant et couchant ordinairement chez luy en sa chambre 4 . >

Il était encore un de ses capitaines quand il assista à une scène barbare qui souleva une réprobation générale, et pourtant Strozzi n'était point cruel. « Malgré son visage quasi barbare, reffroigné et noiraud, il n'estoit guière remply de cruauté, fust de ses mains, ou par la justice, et peu souvent l'ay-je veu commander à son prévost de camp de rigoureuses justices. > Après

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