‹ Brantom̂e: sa vie et ses écritsChapitre 23 sur 291 · T. II, p · texte numérisé non relu

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5. T. I, p. 287. — Huit ans plus tard (et non cinq ans, comme il le dit), en 1566, lors de son voyage à Malte, il retrouva encore à Naples « ce bonhomme trompette sur le môle, et soudain nous nous recogneusmes, autant aise l'un que l'autre. » (Ibid.)

alloient parler au castellan, lequel vint tost après hors du chasteau, et, après nous avoir salué fort courtoisement et demandé en françois de quelle part de France nous estions et nos seigneuries, nous les luy dismes, et que je m'appellois Bourdeille. Soudain il me dist qu'il avoit cogneu feu mon père et l'avoit veu d'autresfois avec M. de Bourbon, qui l'aymoit fort, et mesmes un de mes oncles, qu'il avoit veu nourrir page de M. de Bourbon, comme il estoit vray. Alors il se déclara à nous comme il estoit François comme nous et serviteur de feu M. de Bourbon. Il avoit la façon très belle et bonne, fort grand et haut de taille, ny trop gras ny trop peu, venant sur l'aage de soixante ans, touteffois peu meslé pour son aage et son poil qu'il avoit noir ; et l'empereur l'avoit là récompensé. Alors il nous pria d'entrer, et croy que mon nom y servit de beaucoup.

« Estans entrez, soudain il nous mena dans la petite chappelle qui est à main gauche en entrant, luy allant le premier ; il prit l'aspergés et de l'eau béniste , et nous en donna ; se mist à genoux devant l'autel, en nous priant de donner un Pater noster et un Ave Maria et un De profundis à l'âme de feu M. de Bourbon son maistre : ce que nous fismes à son imitation. Après, nous estans levez, il nous montra encores ce tùmbeau, qui estoit eslevé sur main gauche aussi, à la mode d'Italie du temps passé : le tau (cercueil) estoit couvert d'un fort beau drap d'or frizé et rouge, avec ses armoyries toutes simples, sans estre entournées nullement de l'ordre ni du roy de France, ni de l'empereur ; de quoy moy estonné, je luy demandé pourquoy l'ordre de l'un ou de l'autre n'y estoit. Il me respondit qu'il

avoit quicté celuy du roy, et ne le porta oncques plus despuis qu'il l'eust quicté. Quant à celuy de l'empereur, qui est la Toison, il ne le voulut jamais prendre.

« En après, continuant son propos : « Voylà, dist-il, « le corps qui repose léans du plus brave et vaillant c prince et capitaine qui fut jamais en son vivant, et c n'en déplaise aux neuf preux, car il les a tous sur-

« passez » Bref, il nous conta une infinité de

choses qui seroient trop longues à escrire, mais belles

à lire Puis, sortant de la chapelle, il nous bailla

deux soldatz pour nous promener autour du chasteau que nous vismes à Taise ; et y vismes une des plus fortes places que j'aye jamais veu ; et si en ay veu prou en France et en autre pais.

« Estans tournez de nostre pourmenade et visite, nous trouvasmes M. le castellan à la salle basse qui nous attendoit avec un très beau desjuner, et aussi bien préparé qu'il estoit possible, tant de chair que de fruictz exquis, et principallement de grenades, car c'en estoit la saison, des meilleures que je mangeay jamais, après celles de Séville en Espaigne; aussi Gayette par delà emporte le prix de toute la contrée pour les produire très exquises.

c Après avoir bien desjuné, nous prismes congé de M. le castellan, qui s'offrit fort à nous, surtout à moy, et nous en allasmes i . »

L'année suivante, après la mort de Paul IV (18 août 1 559), une heureuse circonstance lui permit de retourner àNaples et d'y passer de joyeuses journées. Il se trouvait à Rome lorsqu'y arriva pour le conclave le

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