‹ Brantom̂e: sa vie et ses écritsChapitre 236 sur 291 · T. IX, p · texte numérisé non relu

T. IX, p

c J'ay cogneu un fort honneste gentilhomme qui, servant une belle dame et de bon lieu, luy demandant la récompense de ses services et amours, elle luy respondit franchement : qu'elle ne luy en donroit pas pour un double, d'autant qu'elle estoit très asseurée qu'il ne l'aimoit tant pour cela, et ne luy portoit point tant d'affection pour sa beauté, comme il disoit, sinon qu'en jouissant d'elle il se vouloit venger de son mary qui luy avoit fait quelque desplaisir, et pour ce il en vouloit avoir ce contentement dans son âme, et s'en prévaloir puis après 1 ; mais le gentilhomme, luy asseurant du contraire, continua à la servir plus de deux ans si fidèlement et de si ardent amour, qu'elle en prit cognoissance ample et si certaine, qu'elle luy octroya ce qu'elle lui avoit tousjours refusé, l'asseurant que si, du commencement de leurs amours, elle n'eust eu opinion de quelque vengence projettée en luy par ce moyen, elle l'eust rendu aussi bien content comme elle fit à la fin ; car son naturel estoit de l'aymer et favoriser 2 . »

c J'ay cogneu un très grand seigneur 3 , brave et vaillant, lequel vint dire à un honneste gentilhomme qu'il estoit fort son serviteur, en riant pourtant : c Monsieur un tel, je ne sçay ce que vous avez fait à c ma femme, mais elle est si amoureuse de vous que

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