‹ Brantom̂e: sa vie et ses écritsChapitre 235 sur 291 · T. IX, p · texte numérisé non relu

T. IX, p

donnerons que le commencement ; on se doutera sans peine du dénoùment : c Je sçay deux honnestes gentilshommes compagnons, pour lesquels deux fort honnestes dames, et non certes de petite qualité, ayant fait pour eux une partie un jour à Paris, et s'aller pourmener en un jardin, chacune, y estant, se sépara à l'escart Tune de l'autre, avec un chacun son serviteur, en chacune son allée, qui estoit si couverte de belles treilles que le jour quasi ne s'y pouvoit voir, et la fraischeur y estoit gracieuse. Il y eut un des deux, hardy, qui, cognoissant cette partie n'avoir esté fait te pour se pourmener et prendre le frais, et selon la contenance de sa dame qu'il voyoit brusler en feu, et d'autre envie que de manger des muscats qui estoyent en la treille, et selon aussi les parolles eschauffées, affectées et follastres, ne perdit si belle occasion 1 ... »

C'est encore lui, c l'honneste gentilhomme, » qui eut avec c une belle et honneste vefve de l'âge de trente ans, laquelle vouloit gaudir avec lui ou, pour mieux parler, l'attirer à l'amour, » un vif et libertin échange de c petits motz traversez et piquans jusques au cœur, > qui se termina par un adieu fort tendre : c Mais le malheur voulut que ceste honneste dame mourut dans six sepmaines, dont il cuida mourir de destresse; car ces motz piquans, avec d'autres d'auparavant, l'avoient mis en tel espoir qu'il s'asseuroit l'avoir gaignée, comme de vrai elle l'estoit. Que maudite soit la maie destinée de sa mort, car c'estoit l'une des belles et honnestes femmes qu'on eust sceu voir et qui valoit un péché véniel et mortel 2 . »

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