‹ Brantom̂e: sa vie et ses écritsChapitre 238 sur 291 · Qu'il, le mari · texte numérisé non relu

Qu'il, le mari

un tout pareil, lequel il mania et toucha tout de mesme, et trouva qu'il estoit tout semblable et de la mesme pièce que l'autre : si n'en sonna-il pourtant jamais mot et n'en fut autre chose 1 . »

Je ne sais pas comment il s'y prenait quand il faisait la cour à quelque c honneste dame ; » il ne nous le dit point, mais je ne crois pas qu'il pût ressembler à certains galants dont il se moque très plaisamment. Quand ils se trouvaient en présence de la dame à qui ils voulaient faire connaître leur passion, c ils contrefont des transis, dit-il, comme une chèvre qui est en gésine, et des langoureux ; ils jettent leurs yeux sur elles et les envoyent en ambassade ; ils font des gestes passionnez, des souspirs devant le monde; ils se parent des couleurs de leurs dames si apparemment, bref, ils se laissent aller à tant de sottes indiscrétions, que les aveugles s'en appercevroyent ; les uns aussi bien pour le faux que pour le vray, afin de donner à entendre à toute une cour qu'ils sont amoureux en bon lieu, et qu'ils ont bonne fortune. Et Dieu sçait ! possible, on ne leur en donnerait pas l'aumosne pour un liard, quand bien on en devrait perdre les œuvres de charité 2 . »

La discrétion en amour était fort observée à l'époque de la jeunesse de Montaigne, c De mon temps, ditil, le plaisir d'en conter (plaisir qui ne doibt guères en douceur à celuy mesmes de l'effect) n'estoit permis qu'à ceulx qui a voient quelque amy fidèle et unique. A présent les entretiens ordinaires des assemblées et des tables ce sont les vanteries des faveurs receues,

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