Montaigne, Essais, liv. III, ch. n
arracher ce que j'eusse pu, je serais riche aujourd'hui, ou en bien ou en argent ou en meubles, de plus de trente mille escus que je ne suis, mais je me suis toujours contenté de faire parestre mes affections plus par ma générosité que par mon avarice 1 . > Et pourtant, quand il sentit que le moment ne tarderait pas à venir, où il lui faudrait revêtir la tunique de pierre, suivant l'expression homérique, cette pauvreté ne l'empêcha pas de vouloir laisser un monument digne de sa race, et il fit bâtir un superbe château à Richemont, sur une haute colline de la paroisse de Saint-Grespin, l'une de ses seigneuries, à environ une lieue et demie de l'abbaye de Brantôme ; la chapelle funéraire qu'il s'y destinait fut ornée du haut en bas d'une série de têtes de mort, interrompues par les armoiries de Bourdeille et de Vivonne *. Le château était terminé assez longtemps avant sa mort, qui n'arriva que le 5 juillet 1614. Dès le 30 décembre 1 609, croyant probablement sa fin plus proche, il avait déposé entre les mains du notaire de Brantôme un long testament, dont il avait, on ne sait pourquoi, calculé les dimensions sur celles du testament du chancelier de L'Hospital ; nous en avons donné le texte tout entier et les codicilles dans le tome X, p. 1 81 à 154. Nous allons seulement reproduire ici quelques passages qui nous ont paru offrir de l'intérêt.