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consoler des déceptions de son ambition. Rappelant qu'il avait été c toujours aymé, cognu et bienvenu des roys ses maistres, des grandz seigneurs et princes, de ses reynes, de ses princesses, bref, d'un chascun et chascune qui l'ont eu en tel estime que, sans se vanter, le nom de Branthôme y a esté très bien renommé, » il ajoute : t Mais toutes telles faveurs, telles grandeurs, telles vanitez, telles vanteries, telles gentillesses, telz bons temps, s'en sont allez dans le vent ; et ne m'est rien resté que d'avoir esté tout cela et un souvenir encor qui quelques fois me plaist, quelques fois me déplaist ; m'advançant sur la maudite chenue vieillesse, la pire de tous les maux du monde, et sur la pauvrette, qui ne se peut réparer comme par un bel aage florissant, à qui rien n'est impossible ; me repentant cent mille fois des braves et extraordinaires despenses que j'ay faict autresfois, de n'avoir réservé quelque bien, qui me servirait maintenant à mon aage foible, dont j'ay faute de ce que d'autresfois j'ay eu trop; ayant un crève-cœur extrême dedans moy, de voir une infinité de petitz compaignons en ce règne eslevez grandz, soit en biens, en richesses, grades et grandeurs, que d'autres foys j'ay veu qu'ilz se fussent sentis très heureux qu'ilz eussent eu quelques parolles de moy, encor à la traverse ou sur l'espaule. Ce n'est point que je ne l'aye autant ou bien mérité qu'aucuns d'eux ; car je cognois et sçay par cœur toute leur vie ; mais c'est la Fortune, traistresse et aveugle qu'elle est, qui, amprès m'avoir repeu assez de vent, m'a quicté et s'est moquée de moi 4 . »
Cette pauvre Fortune, qu'il maudit plus d'une fois, il n'arrive rien, comme dit La Fontaine,
Il n'arrive rien dans le monde Qu'il ne faille qu'elle en réponde-, Nous la faisons de tous écots, Elle est prise à garant de toutes aventures.
Or, Brantôme, grâce à son caractère violent 4 , avait dû, soit par ses querelles, soit par ses galanteries, se faire nombre d'ennemis ; de plus il préféra à tout son indépendance et ses plaisirs; dans un mouvement de colère assez peu motivé, il avait renoncé au service de Henri III, précisément à une époque où les troubles sans cesse renaissants rendaient nécessaire au prince l'appui de sa noblesse. Plus tard, sans le combattre, il ne se rallia point à Henri IV. Il ne pouvait donc s'en prendre qu'à lui-même de l'oubli où ses maîtres l'ont laissé.
Ses affaires devaient toujours avoir été en assez mauvais état, n'ayant jamais pratiqué t l'ordre, cette vertu morne et sombre 2 ; » il revient souvent sur sa pauvreté et l'attribue à son désintéressement qui l'a toujours empêché de s'enrichir, comme tant d'autres, aux dépens de ses maîtresses. « Je me puis vanter, dit-il, d'avoir servy en ma vie d'honnestes^ dames, et non des moindres; mais si j'eusse voulu prendre d'elles ce qu'elles m'ont présenté et en
1. c Ledit sieur de Brantôme, dit Le Laboureur, estoit fort violent, difficile à vivre et d'un esprit un peu trop irréconciliable, qui ne perdoit point d'occasion de se venger de ceux qu'il haïssoit, si bien que ceux qui ont échappé à ses armes n'ont pu se garantir de sa plume qui lui en a fait raison. » (Édition des Mémoires de Castelnau, t. I, p. 804.)