‹ Brantom̂e: sa vie et ses écritsChapitre 253 sur 291 · Draps · texte numérisé non relu

Draps

2. Abbaye d'Augustins (Charente-Inférieure) , du diocèse de Poitiers. Le nom de cet abbé ne figure pas dans le Gallia christiana, qui du reste ne mentionne que sept noms d'abbés depuis le xn« siècle jusqu'au xvnr» (t. II, col. 1348-1349).

vice divin, et par ce n'aye pas grand besoing de récompense, mais afin qu'il aye soubvenance de moy.

Et de tous ces susdictz légatz, je veux et ordonne estre feict aux personnes vivantes seulement lors de mon décès, et nullement à leurs héritiers.

Il charge ensuite ses héritiers de payer ses dettes, et prévoit les plaintes qu'ils pourraient faire à ce sujet :

Je ne doubte point que mes héritiers et héritières ne trouvent mes legatz et dettes grandz et grandes... Gomme je sçay qu'aucuns en auront faict leurs comptes... et disoient que je ne leur laissois grand 1 part de mon hérédité. A cela je leur respond et dis que je suis libre et franc de disposer du mien comme il me plaist sans en rendre compte à aucuns, aussi que je leur laisse plus de cinq fois autant, voire plus que je n'ay jamais eu de légitime ma maison qui ne s'est pu monter à plus haut de treize mille livres, et de la mère cinq mille livres, comme leurs testamens portent partage -, certes, fort peu pour une si grande et noble maison que la nostre...

Après avoir raconté que, pendant plusieurs années de sa jeunesse, il avait abandonné son revenu à son frère le vicomte de Bourdeille, il ne craint pas de dire :

Si mon frère a esté si mauvais mesnager et un peu joueur, de sorte que son bien a un peu diminué tant de son vivant qu'après sa mort, je n'en puis mais, me contentant en mon âme d'avoir fait le devoir d'un très bon frère...

Ce n'est pas tout que ceste susdicte bonté ; car, pour agrandir et maintenir dans son antique splendeur nostre maison, j'ay sacrifié et quitté ma bonne fortune; car je puis me vanter avoir esté autresfois à la cour, aussy bien venu, aymé et favorisé de mes roys et grandz princes, et cognu d'eux pour homme de mérite et de valeur : si que, sur le poinct de me ressentir de leurs bienfaietz et faveur et estatz et beaux grades du feu roy Henry III, je quittai tout, après la mort de mon frère 1 ,

1 . Ce n'est pas tout à fait ainsi qu'il a raconté ailleurs le motif de sa retraite de la cour. — Voy. plus haut, p. 228 et suiv.

pour assister à madame de Bourdeille, ma belle et bonne sœur, en son vefvage 1 , et Pempescher de se remaryer, comme estant recherchée de force grandz et haulz partis, tant pour sa beauté de corps et d'esprit que pour ses granz moyens, biens et richesses, et belles maisons, comme chacun sçait. Je me rendis si bien subject 2 à elle, et si près, qu'aucun n'osa s'approcher d'elle pour la vouloir servir, sinon par ambassades sourdes et secrettes ; mais, par ma prévoyance et vigilance, j'en rompis tous les coups, menées et actes; de telle sorte que si elle se fut remaryée, estant en l'aage de trente-sept ans, et pour porter encor force enfans, ceux-là qui sont aujourd'huy si riches et aysez, n'auroient pas mille livres de rente. Je n'en plains que leur peu de recognoissance en mon endroict, et mesme de Paisné 8 , dont je laisse à Dieu la vengence, lequel je prie qu'elle soit petite et légère, car je luy pardonne...

Je veux aussi et en charge expressément mes héritiers et héritières de faire imprimer mes livres que j'ay faictz et composez de mon esprit et inventions, et avecques grande peine et travaux, escrits de ma main, et transcrits et mis au net de celle de Mathaud, mon secrétaire à gages, lesquelz on trouvera en cinq volumes couverts de velours tan 4 , noir, vert, bleu, et un en grand volume, qui est celui des Dames, couvert de velours vert, et un autre couvert de velin et doré pardessus, qui est celui des Rodomontades, qu'on trouvera tous dans une de mes malles de clisse 5 curieusement gardez, qui sont tous très bien corrigez avecques une grande peine et un long temps; lesquelz j'eusse plustôt achevez et mieux rendus parfaiclz, sans mes fascheuses affaires domestiques et sans mes maladies. L'on y verra de belles choses, comme contes, histoires, discours et beaux mots qu'on ne desdaignera, s'il me semble bien, si Ton

4. André de Bourdeille, comme nous l'avons dit, mourut en janvier 1582.

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