D'osier
y a mis une fois la veue ; et pour les firire imprimer mieux à ma fantaisie, j'en donne la charge, dont je l'en prie, à madame la comtesse de Durtal 4 . Dont je l'en prie, ou autre si elle ne le veut ; et pour ce j'ordonne et je veux qu'on prenne sur ma totale hérédité l'argent qu'en pourra valoir l'impression, et ce advant que mes héritiers s'en puissent prévaloir de mondict bien, ny d'en user advant qu'on aye pourveu à ladicte impression, qui ne se pourra certes monter à beaucoup; car j'ay veu force imprimeurs, comme il y a Paris et à Lyon, que s'ilz ont mis une fois la veue, en donneront plustost pour les imprimer qu'ilz n'en voudroient recepvoir ; car ilz en impriment plusieurs gratis qui ne valent pas les miens. Je m'en puis bien vanter, mesme que je les ay monstrez, au moins une partie, à aucuns qui les ont voulu imprimer sans rien, s'asseurant qu'ilz en tireront bien profîct, voire encore m'en ont prié; mais je n'ay voulu qu'ilz fussent imprimez durant mon vivant. Surtout je veux que ladicte impression en soit en belle et grande lettre et grand volume, pour mieux paroistre et avecque privilège du roy, qui l'octroiera facilement, ou sans privilège s'il se peut faire. Aussy prendre garde que l'imprimeur n'entreprenne ny suppose autre nom que le mien, comme cela se faict; autrement je serois frustré de ma peine et de la gloire qui m'est deue. Je veux aussy que le premier livre qui sortira de la presse soit donné par présent, bien relié et couvert de velours, à la reine Marguerite, ma très illustre maistresse, qui m'a faict cet honneur d'en avoir veu aucuns, et trouvés beaux et faict estime 2 . Or, venons maintenant à mon hérédité. Je fais et institue mes héritiers et héritières universels et universelles, messire Henry de Bourdeille et messire Claude de Bourdeille, mes nepveux, madame Jehanne de Bourdeille, comtesse de Durtal, ma niepce, et mesdames d'Ambleville et de Sainct-Bonnet, mes autres niepces. Je désire aussy que madame d'Aubeterre, Hipolite Bouchard, en aye quelque part en mon hérédité, non pour
1. Jeanne de Bourdeille, fille d'André de Bourdeille, femme de Claude d'Espinay, comte de Duretal.
considération de David Bouchard, son père, car il ne m'ayma jamais, ny moy luy, bien qu'il me fust fort obligé 4 , mais pour l'amour de madame son honneste et bonne mère Renée de Bourdeille, ma chère niepce, qui m'a tousjours aymé et fort honoré. Aussy je l'ay aimée et honorée de mesme et la regrette tous les jours.
Je ne veux ny entendz que ma maison et beau chasteau de Richemond, que j'ay faict bastir curieusement et avecques peine et grand coust, s'alliène, se vende ny s'engage autrement, pour nécessité aucune qui soit, à aucun estranger ; car je veux qu'elle demeure à la maison dont je suis sorty, en signe de mémoire. Car je serois bien marry, si, estant là-haut, où Dieu fera la grâce de m'y recepvoir, s'il luy plaist, je visse ceste belle maison et chasteau, que j'ay fait bastir avecques si grand travail, eust changé de main et tombé entre une estrangère. Cependant je veux et entendz que madicte niepce, la comtesse de Durtal, ayt ledict chasteau avec ses préclautures 2 du parc et du jardin, et ses bassecours, pour sa demeure tant qu'elle vivra seulement et demeurera vefve sans qu'elle se remarye ; et ce, pour n'avoir aucune demeure en ce pays prez de la maison dont elle est sortie, et pour s'approcher aussy de ses proches, bien qu'elle aye sa maison la Vasouzière de son douaire, mais elle est trop loing des siens; et de plus que l'air y est très beau, bon et salutaire, qui luy a faifct grand bien, et à sa santé, tant qu'elle s'y est tenue. Mais, estant remaryée, elle aura d'autres maisons de son mary, où elle s'y tiendra le plus souvent, et n'en voudra d'autres : et puis s'estant remaryée, ou bien morte, qui sera quand il plaira à Dieu, je veux et ainsy l'ordonne. Je veux aussy, et en charge madicte niepce comtesse, d'entretenir la maison comme il faut, sans la laisser desmollir ny despérir, et qu'elle la laisse aussy entière et belle comme je la luy laisse, cela s'entend tant qu'elle y demeurera, et ne se remaryera ; car
1. Aubeterre avait eu pendant longtemps une grave querelle avec le duc d'Épernon. « Enfin, dit Brantôme, un gentilhomme que Ton cognoit, sans le nommer, les accorda sans autre cérémonie, et les fit embrasser au bout d'un an. » (T. VI, p. 429-434.)