‹ Brantom̂e: sa vie et ses écritsChapitre 262 sur 291 · T. VI, p · texte numérisé non relu

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paraissent avoir élevé des réclamations 1 . Il semble que, quand il s'agissait de livres imprimés, le vol était de droit commun. C'est ainsi que La Popelinière a reproduit le livre VII de Y État de la religion et république de La Place ; que Théodore de Bèze, dans son Histoire ecclésiastique, a usé de même à l'égard de La Popelinière ; Âubigné a traité de semblable façon le président de Thou, mais lui, au moins, a eu la peine de traduire les pages dont il voulait se servir. Brantôme a suivi l'exemple de ses devanciers, et, en butinant de droite et de gauche, il n'a rien fait qui pût scandaliser ses contemporains. Ces emprunts, qu'il s'agisse de livres historiques ou d'ouvrages plus légers, en français, en italien ou en espagnol, il m'a été fort difficile de les retrouver, car, grâce à son habitude de dépecer les passages qu'il avait remarqués, pour en insérer une phrase par ici, une phrase par là dans des sujets fort différents 2 , il était excessivement malaisé de suivre sa plume dans ses bonds capricieux. Il avait une bibliothèque bien fournie et, quand il avait ouvert un livre, il ne le quittait guère avant d'en avoir pris tout ce qui lui paraissait à sa convenance. Ces emprunts mêmes, il cherchait à en dissimuler la source en employant diverses formules destinées à dérouter le lecteur ; parfois, il racontait en italien ou en espagnol ce qu'il avait tiré d'un auteur français. Je ne veux parler ici que des historiettes.

1. Je fais exception pour Aubigné; lui qui, dans son Histoire universelle, a puisé si largement dans ses contemporains, a fait une sortie violente contre Mathieu, qui, dans ses Quatrains, avait pris un vers des Tragiques.

2. c II ne faut pas, dit-il, tout d'un coup débiter toutes ses denrées » (t. II, p. 15).

Nullum est jam dictum quod non sit prius, dit Térence dans son prologue de V Eunuque. Jamais dicton ne fut plus applicable qu'à ces contes dont l'origine est inconnue, qu'on retrouve partout, que chacun ramasse, transforme et arrange à son gré et qui, reparaissant d'âge en âge 1 , sont donnés et acceptés comme des nouveautés, et le plus souvent courent le monde sous le nom de l'écrivain dont elles ont reçu la forme la plus vive et la plus littéraire. Les joyeusetés que Brantôme a semées à pleines mains dans ses écrits, il a eu beau les prendre de ci et de là, c'est toujours à lui, la plupart du temps, qu'on les rapporte, c'est toujours lui qu'on aime à citer.

Je n ai point la prétention, pas plus ici que pour la partie historique, de signaler tous les ouvrages qu'il a su et très habilement utiliser. Dans les notes des volumes précédents, j'en ai, chemin faisant, mentionné un grand nombre 2 . Je vais seulement ajouter à ces indications quelques renseignements nouveaux que m'ont fournis mes lectures, et qui montrent comment, à cette époque, on s'appropriait sans la moindre pudeur le bien d'autrui, et en même temps les petites ruses auxquelles il a eu recours pour dissimuler ses larcins. Il change l'époque, le pays, le nom de ses personnages, et bien plus, pour dérouter encore mieux, il s'amuse, si bons français qu'ils fussent, à mettre dans

1. Dans les premiers vers de la Fiancée du roi de Garbes, La Fontaine a dit :

« Il n'est rien qu'on ne conte en diverses façons, On abuse du vrai comme on fait de la feinte, Chacun y met du sien sans scrupule et sans crainte. »

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