‹ Brantom̂e: sa vie et ses écritsChapitre 31 sur 291 · C'est-à-dire en bohémienne · texte numérisé non relu

C'est-à-dire en bohémienne

et à sa saincture une grand'bource de mesnage, avec un grand clavier de clefz où pour le moins il y avoit plus de cent clefz pendentes avec la grosse chaisne d'argent, tousjours masqué aussi. Il fit son entrée de camp sur un très beau roussi n, qu'on appelloit le Real, que le seigneur Julie, escuyer de M. le vidasme, et puis à M. de Nemours, avoit dressé à aller à deux pas et un saut mieux que ne fit jamais cheval, et qui alloit le plus haut, car c'estoit un des plus fortz roussins et des plus beaux, bay obscur ; de sorte qu'en ceste allée du mitan du jardrin d'Âmboise il ne fit que cinq sautz, tant il se lançoit bien, jusqu'à la fin de la carrière, M. de Nemours s'y tenant si bien et de si bonne grâce qu'il en donna grand' admiration à tout le monde, tant hommes que dames. Aussi y a voit-il là une dame qu'il servoit et aymoit fort, aussi elle luy 4 . Et ce qui èstoit plaisant, c'estoit que le clavier, avec sa multitude de clefz, faisoit un bruict comme si ce fussent esté sonnettes, pour l'amour des sautz du cheval, qui, en mesme temps que luy, sauttoient en l'ayr et tintinoient ainsi. Je vis tout cela, et ce fut la première fois que je vins à la court, venant d'Italie*. »

Quelque temps après cette mascarade, la seule fête royale que vit l'année 1560, éclata le tumulte d'Amboise, t très villaine et détestable entreprise. »(1 1 mars.) Brantôme ne semble point avoir pris part aux petits combats livrés aux insurgés, mais en simple et curieux spectateur il a recueilli sur la conjuration et les conjurés, sur la sanglante répression qui la suivit, et

1 . M Ue de Rohan, ou la duchesse de Guise, qu'il épousa plus tard.

2. T. IV, p. 161. — Ailleurs il dit : t Ce fut la première fois que, venant d'Italie, je commençay à suivre la court. • (T. V, p. 423.)

entre autres sur l'arrestation et le procès de Gondé, bon nombre de particularités dispersées çà et là dans ses écrite et dont l'historien doit faire son profit 1 .

Le calme rétabli, la cour se mit à voyager de château en château. Il la suivit à Romorantin (mai), où il vit Brusquet donner une si plaisante recette à l'ambassadeur vénitien *, puis à Champigny, séjour de la sœur du connétable de Bourbon, Louise, princesse de la Roche-sur- Yon. « Le roi l'alloit voir tous les jours en sa chambre, laquelle n'en bougeoit pour son imbécille vieillesse 3 , avec tous les princes et grandz de la court : si faisoient les reynes, et mère et régnante, et toutes les dames, et entroit lors qui vouloit. Tout le monde l'arregardoit fort attentivement, et moy aussi bien que les autres, et tous l'admirions, autant pour sa vénérable vieillesse que pour estre sœur de ce grand M. de Bourbon ; et les plus vieux qui l'avoient veu nous disoient qu'elle ressembloit fort à son frère de visage, et d'autant plus l'arregarda-on 4 . »

Pendant ces excursions, Brantôme s'attacha de plus en plus à la maison de Guise et particulièrement au duc François, dont la toute-puissance devenait de jour en jour menaçante pour l'autorité royale. Il avait, nous dit-il, toute la cour à sa dévotion, et on le vit bien lorsque sept ou huit jours après la mort de Fran-

1. Voy. à la table (tome XI) les articles : Amboise, Antoine de Bourbon, Gastelnau, Goligny, Gondé, La Renaudie, La Vigne, etc.

3. Elle mourut l'année suivante (1561), non pas à cent ans, comme le dit Brantôme, mais au plus dans sa quatre-vingtième année.

çois II * il alla à pied faire un pèlerinage à Notre-Dame de Léry. € Il emmena quasi toute la court avec luy et la noblesse, et demeura le roy (Charles IX) si seul et sa court si seule que Ton en murmura et entra en jalousie. Je le sçay et l'ay veu*. > Mais l'habileté de Catherine parvint, pour quelque temps du moins, à écarter ce danger. « Le conseil formé après la mort de François II, dit Claude Haton 3 , fit signifier à Mons. de Guise qu'il n'eust à se immiscer aulcunement de quelque charge que ce fust de celles qui touchoient les affaires du Roy ni du royaume, ains qu'il allast garder le feu roy son maistre 4 ; ce que bien ayant entendu ledit sieur de Guise, après avoir mis ordre à ses affaires pour la seureté de sa personne, se retira hors la ville d'Orléans avec son train qu'il feit armer en bon équipage pour se deffendre, si d'aventure messieurs les Bourbons et leurs alliez l'eussent voulu envahir, comme en estoient les signes assez apparens. Avec le seigneur de Guise sortirent aussi d'Orléans plus de cinq cens chevaux et gentilshommes pour le suivre et mettre la main aux armes en sa faveur si besoing en eust esté, et se trouva ledit sieur de Guise suivy de plus grand nombre de peuple et gentilshommes que le jeune roi ny ses gouverneurs. »

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