‹ Brantom̂e: sa vie et ses écritsChapitre 56 sur 291 · T. IV, p. 250 et suiv · texte numérisé non relu

T. IV, p. 250 et suiv

3. « Ses ennemis luy ont mis à sus qu'elle n'estoit pas bonne françoise. Dieu le sçait, et de quelle affection je la vis pousser pour chasser les Anglois hors du Havre de Grâce, et ce qu'elle en dict à M. le Prince, et comme elle l'y fit aller avec forces gentilshommes de son party, et les compaignies couronnelles de

le traité de Troyes avec l'Angleterre (1 1 avril 1 564) rendirent pour quelque temps la paix à la France.

Ces terribles guerres civiles, qui durèrent près de trente ans, eurent d'autres résultats que le prétendu enrichissement de la France par les massacres, le pillage, l'incendie et la misère. Dès 1569, l'étranger était frappé de la révolution qu'elles avaient amenée. « On appelait ordinairement le roi de France le roi des bêtes (écrit un ambassadeur vénitien), voulant dire par là qu'il gouvernait son peuple aussi facilement que des troupeaux 4 ; » et ailleurs il ajoutait que, « sauf les Gascons, qui avaient eu de tout temps le renom de bons soldats, le peuple était tenu vil, pour peu, sinon pour rien, dans les affaires de guerre; mais tout avait changé depuis les guerres de religion qui avaient mis à chacun les armes en main et leur avaient donné cœur et courage. »

M. d'Ândelot, et autres huguenottes, et comment elle-mesme en personne mena l'armée, estant montée ordinairement à cheval comme une seconde belle reyne Marûse, et s'exposant aux harquebusades et cannonades comme ung de ses capitaines, voyant faire tousjours la batterie, disant qu'elle ne seroit jamais à son aise qu'elle n'eust pris ceste ville et chassé ces Ânglois de France » (t. VII, p. 364; cf. t. VI, p. 53, 54).

1. « Soleva esser chiamato il re di Francia : re délie bestie, volendo dire che governava facilmente li suoi popoli corne se fossero state pécore. » (Relations des ambassadeurs vénitiens. Relation de J. Gorrero, année 1569, t. II, p. 142.) « Il popolo di Francia è sempre stato tenuto vile, da poco e quasi da niente nelle cose deir armi, eccettuati i Guasconi che hanno auto in ogni tempo nome di buoni soldati. Adesso nen si potria dire già cosi, perché in questa guerra di religione, durata tanti anni, e pertinente ad ognuno, tutti hanno preso l'arme in mano ; e molti se ne sono insanguinati. Gosi hanno fatto animo e cuore ; e a giudizio di chi se n'intende, di Francia si caveria ora un buon numéro di archibugieri » (Ibid., p. 148).

Tout était changé en effet. D'abord, ce respect du temps passé pour le pouvoir royal dont parle l'ambassadeur italien, un mot de Henri III nous montre ce qu'il était devenu à la longue : « Le vendredi ij e de ce mois (novembre 1575), dit L'Estoile, on donna advis au roy d'un capitaine de Provence qui s'estoit eslevé et faisoit comme un parti à part ; ce que le roy aiant entendu, comme il alloit à la messe, dit assez haut ces mots : « Voilà que c'est des guerres civiles ; « un connestable, prince du sang, jadis ne sceut faire c parti en France : maintenant les valets y en font. »

Si l'ardeur guerrière de la nation s'était endormie chez des populations dont rien, depuis tant d'années, n'avait troublé la paix, elle se réveilla vite lorsque les habitants des villes, des bourgs, des villages, des hameaux eurent à tout instant à défendre leur vie, leurs biens, l'honneur de leurs femmes et de leurs filles. Ils s'armèrent à leur tour et montrèrent qu'il fallait compter avec eux. L'arquebuse et le mousquet, devenus communs entre leurs mains, détruisirent cette inégalité des armes qui avait fait jusqu'alors la puissance de la noblesse, et le tiers état, qu'elle traitait avec tant de mépris, riche, instruit, travailleur, montra qu'il pouvait hardiment la remplacer, même sur les champs de bataille, c Les marchands, dit Montaigne, les juges de village, les artisans, nous les veoyons aller à pair de vaillance et science militaire avecques la noblesse ; ils rendent des combats honorables et publiques et privez ; ils battent, ils deffendent villes en nos guerres récentes * . »

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