Année 1886, n«» 3-4, p
4. Il s'agissait peut-être dans cette réclamation de cette car-
Mathurin Termault, du Groisic, capitaine de la Désirée, de courir sus à tous les ennemis et adversaires de la religion réformée « sur toutes nations indifféremment, » à, la charge d'amener ses prises à la Rochelle et de payer les droits dus à l'amirauté. La seconde pièce, postérieure de trois mois à la précédente, est du 28 janvier 1570. C'est le texte d'une délibération prise par le conseil de l'amirauté de la Rochelle au sujet de plaintes portées par des Vénitiens et d'autres Italiens victimes des déprédations des marins rochellois 1 . Leurs réclamations furent rejetées, le conseil ayant déclaré que les congés donnés aux capitaines Sores et autres de guerroyer contre les ennemis de la religion chrétienne réformée les autorisaient à comprendre parmi ces ennemis, quoiqu'ils n'y fussent pas nommés, les Vénitiens et les Italiens, c puisqu'ils tenoient le parti de la religion romaine. • Il est assez curieux de voir appliquer par des huguenots de notre pays la théorie qui avait tant excité leur indignation quand il s'agissait des soldats espagnols de la Floride pendant nos malheureux compatriotes, c non comme François, mais comme hérétiques. »
L'amirauté de la Rochelle percevait un droit assez considérable sur les navires capturés et vendus dans son port, et cet argent servit à soutenir les armées protestantes. Après la prise de SainWean-d'Angély
raque dont parle Brantôme, « nauf vénitienne la plus belle et la plus grande qui s'est peu veoir, » et que l'amiral Sores avait capturée, f II la prit, dit-il, l'ayant trouvée qu'elle avoit passé le destroict de Gibartal (Gibraltar) et tiroit vers les cottes d'Angleterre. Elle estoit plus armée en marchandises qu'en guerre et fut menée à la Rochelle. » (T. IV, p. 38, 39.)
par les catholiques (1569), « la Rochelle, » dit La Noue 4 , c équipa et arma quantité de vaisseaux qui firent plusieurs riches prises dont il revint de grands deniers à la cause générale, encor' qu'on ne prist alors que le dixième pour le droit d'amirauté. Depuis, aux guerres qui se recommencèrent l'an 1 574, la nécessité contraignit de prendre le cinquième; et pensoit-on que cela rebuterait les gens de mer d'aller cercher avec tant de hazards leurs avantures. Toutesfois, cest exercice leur estoit si friand qu'ils ne désistèrent pour l'excessiveté de ce tribut, encores que souvent il advint qu'aux proyes, que leurs griffes avoient atrapées, les ongles de la picorée terrestre donnassent de terribles pinçades. Par ceux-ci peut- on voir combien de richesses viennent en un pays par la guerre de la mer. Or, si celle de terre est juste, aussi doit estre celle-ci. Toutes fois, quand on vient à examiner plusieurs actions particulières d'icelles , on trouve qu'il s'y commet des abus merveilleux (au moins parmi nous), car la pluspart de ces avanturiers mettent peu de diférence entre les amis et ennemis, et plusieurs fois s'est veu l'ennemi pauvre recevoir miséricorde et l'ami riche estre dévalisé et jette dans les ondes, eux présumans par le vice de cruauté cacher celui d'avarice 2 . »
1. Discours politiques et militaires, p. 695, 696. — La Noue signait à la Rochelle les lettres de marque. (La Popeliniôre, t. II, liv. XXXVII, fol. 212.)
2. c Le dimanche, second jour du mois de juillet (1570), le capitaine Bore, pirate huguenot, défit quelques navires portugais près l'île de Palme ôs Canaries, où étaient, entre autres, xxxviij Jésuites qui s'en alloient prêcher l'évangile de J.-G. aux barbares (au Brésil), mais le corsaire cruel et sanguinaire les fit tous noyer. i (Journal historique de Denis Généroux, notaire à
Aucune considération ne pouvait arrêter ces € fuitifs de la fleur de lys, » comme les appelle leur coreligionnaire La Popelinière. La reine d'Angleterre Elisabeth était le grand soutien des protestants de France, auxquels elle avait fourni hommes et argent; ils avaient donc tout intérêt à la ménager. En 1 573 , ayant accepté d'être la marraine de la fille de Charles IX, elle envoya en France lord Winchester pour la représenter au baptême, qui eut lieu le 2 février. Dans la traversée de Douvres à Boulogne, les navires anglais furent assaillis par « quelques coursaires francez et walons, » et ce furent des Rochellois qui pillèrent le bâtiment où se trouvaient les bagages de l'ambassadeur. A cette nouvelle, l'irritation fut grande en Angleterre, et les représailles ne se firent pas attendre. L'occasion était trop belle pour la laisser échapper. L'ordre fut donné d'opérer la saisie de tous les navires étrangers, « qui furent desgressez tous avec un merveilleux butin ; car, comme il y eut en toutes ces costes plus de soixante navires bien équipez, que de France, que portant les aveuz du prince d'Orange, un seul n'estoit sans prise, ains la plus part riches de pillages faits sur toutes nations catholiques 1 . »
Les déprédations des Rochellois ne cessèrent que lorsque la ville fut retombée au pouvoir du roi.
Parthenay, publié par Bélisaire Ledain. Niort, 1865, in-8°, p. 75.) Sores fut peu de temps après pris à Port-Mahon et mis à mort avec son équipage.
1. La Popelinière, t. H, liv. XXXHI, fol. 131, *46. — Les ambassadeurs anglais réclamèrent plusieurs fois à ce sujet auprès de Catherine de Médicis. A leurs plaintes elle répondait avec raison que c'étaient leurs amis les protestants qui avaient commis le méfait et que c'était à eux qu'ils devaient s'adresser.
En dépit du célèbre Mare liberum de Grotius, cet état d'anarchie sur la Méditerranée subsista jusqu'à la fin du xvn 6 siècle, et, quelle sécurité cette mer offrait, en 1 671 , aux navigateurs, le célèbre voyageur Chardin nous le fait connaître 4 : « Il y a d'ordinaire, dit-il, quarante vaisseaux de corsaires chrétiens dans l'Archipel, tant de Majorque que de Villefranche , de Livourne et de Malte. Ces vaisseaux sont petits la plupart et assez mal avitaillés, mais équipés de gens que la misère et une longue habitude à faire du mal ont rendus déterminés et cruels. Il n'y a pas de maux imaginables qu'ils ne fassent aux habitants des tles de cette mer où ils peuvent aborder, quoique ces habitants soient tous chrétiens et que plusieurs reconnaissent le pape. Je ne saurais oublier la réponse qu'un de ces corsaires, nommé le chevalier de Téméricourt 2 , fit en ce temps-là au marquis de Preuilly, frère du maréchal d'Humières, qui montait un vaisseau du roi nommé le Diamant. S'étant rencontrés à l'île de Milo, le marquis invita le chevalier, et, la conversation s'étant tournée sur ceux qui font le cours, il lui dit, comme me racontèrent peu de temps après des gentilshommes qui étaient présents : « Chevalier, les viols, les meurtres, c les sacrilèges que tu commets journellement, tes c blasphèmes, en un mot tes actions impies et barbares
1. Il s'embarqua pour Smyrne à Livourne le 10 novembre 1671. Le convoi hollandais dont faisait partie son navire portait pour un million de marchandises et était escorté de deux vaisseaux de guerre.
2. Il y avait à cette époque deux chevaliers de Malte, deux frères, du nom de Thiméricourt : Gabriel d'Abos, reçu le 7 août 1663, l'autre Louis-Léonard d'Abos, reçu le 9 novembre 1667.
t ne te font-elles point craindre? Peux-tu espérer d'alc 1er en paradis? Ne crois-tu pas qu'il y ait un enfer? — Moi, » répondit le chevalier, c point du tout; je c suis luthérien ; je ne crains rien de tout cela 4 . »