Relations des ambassadeurs vénitiens, t. II, p
3. Voy. la très intéressante publication de M. Schefer : Discours de la navigation de Jean et Raoul Parmentier. Paris, 1883, gr. in-8°, p. 180-181.
4. Voy. mss. Godefroy (Bibliothèque de l'Institut), t. 46, fol. 15.
Rien, du reste, ne peut mieux donner une idée de
— André Thévet, qui avait fort couru le monde, a donné, dans sa Cosmographie universelle, sur les agissements des corsaires des différentes nations, des détails qu'on ne sera peut-être pas fâché de retrouver ici :
c D'autant qu'en toute mer, dit -il, il se trouve des corsaires, il vous fault sçavoir que ceux de la Méditerranée sont plus malaisez à contenter que des autres lieux, veu que en l'Océan si l'Espaignol, Anglois et François se rencontrent, et qu'ils viennent aux mains, si est-ce que celuy qui emporte la victoire, s'estant saisi du vaisseau du vaincu, faict composition et reçoit chacun à rançon honneste, comme au soldat sa paye, et au marchant selon sa qualité, sans en retenir pas un esclave,, où en la mer Méditerranée vous estes pillé jusques à la chemise et mené en servitude ou mis à la cadône ; et cependant trafiquez vostre rançon, ou la gaignez en vostre misère. Oultre plus, pource que je vous ay parlé qu'en plusieurs lieux de l'Océan Ton faisoit bonne guerre, il fault aussi que je vous die qu'en d'autres il vaudroit mieux tomber en la main de quelques corsaires que de ceux qui tiennent la mer du costé du Péru, isles Fortunées et autres terres descouvertes de nostre temps »
Et ailleurs : '
c Une chose louë-je entre l'Espaignol et le François se faisans guerre sur mer, sçavoir que le plus fort qui a prins le navire de son compaignon use de courtoisie, n'offensant en rien celuy qui est vaincu, sinon à la cholère, ou lorsqu'il fault aborder et entrer par force l'un sur l'autre; mais, la furie passée, le vainqueur souventefois gratifie son ennemy, le laissant aller libre, sans le rançonner ny molester. Je ne dy pas que ce qui est pris ne soit pris, comme j'ay veu, me trouvant par quatre fois en telle feste. Aussi, si un capitaine françois prend trois ou quatre navires d'Espaigne, coustumiôrement Ton en donne un avec munitions et vivres aux vaincus pour retourner en leur païs, sans les réduire prisonniers et moins esclaves; ce qu'au contraire font les Portugais , traitans du pis qu'ils peuvent le6 François , lors principalement qu'ils les trouvent à la coste de la Guynée et Ethiopie ; comme aussi en telles affaires les Anglois et Flamans n'en font guère moins, ainsi que l'expérience me l'a fait voir. » (Cosmographie universelle, 1. 1, liv. Vil, ch. xn, fol. 227 v°; Ibid., t. II, liv. XIII, ch. iv, fol. 484.)
l'impuissance où se trouvait le pouvoir royal de prévenir et de réprimer ces actes de piraterie et de brigandage que la lettre suivante, écrite, le 1 4 novembre 1 566, par Charles IX à son ambassadeur en Espagne au sujet de l'expédition sur Madère du fils de Monluc, qui y fut tué :
c Je vous advise, Monsieur de Forquevaulx, qu'après luy avoir par plusieurs fois refusé de sortir en mer, je me laissay vaincre à la remontrance qu'il me fit faire des grandes despenses qu'il avoit employées en son équipage et que son intention n'estoit que de s'emploier au faict de la marchandise dont son père et autres plus proches parents me donnoient toute seureté ; qui fut cause que je luy accorda y son congé, mais ce fust avec expresse deffence de n'offencer, invahir ny molester les pays et subgetz des Roys d'Espagne et de Portugal, très bons frères, et autres mes amis et alliez, ainsi que vous verres par le double de la lettre que j'en escripvis à son père dès le mois d'aoust dernier passé que je vous envoyé. Depuis, ayant eu information des déprédations qu'il faisait sur mes propres subjetz et senti quelque vent de l'entreprinse et invasion qu'il a faicte sur l'isle de Madère appartenant au Roy de Portugal, j'en ai eu tout l'ennui et desplaisir que peut un prince qui ne désire que la conservation de la paix et amitié qu'il a avec les aultres princes chrestiens ses amis et alliez ; et, avant la réception de vostre dépesche, qui m'a plus éclaircy de ladicte invasion, j'avôis jà faict expédier un mandement que j'ay envoyé publier par tous les ports de mon royaume, par lequel je tiens ledit Monluc et tous ceux de sa troupe pour déprédateurs et violateurs de
la paix, et commande expressément que Ton ne faille de les saisir et prendre prisonniers en quelque lieu qu'ilz puissent aborder. Je suis si esloigné de telles hostilités et m'en sens si offensé que, si ledict Monluc peut tomber en mes mains, j'en feray telle et si exemplaire démonstration et punition que Ton connoistra qu'il n'y a revanche de la Floride ny autre considération qui me sçeut faire trouver bonnes telles actions 4 . »
Si de simples particuliers osaient ainsi enfreindre les défenses royales, on peut juger quel respect elles devaient inspirer, lors des guerres civiles, aux marins d'une cité comme la Rochelle, où l'autorité du roi n'était plus que nominale et qui de tout temps s'était enrichie par la piraterie 2 . On trouve à ce sujet, dans le Bulletin du Comité des travaux historiques 3 , deux pièces fort intéressantes communiquées par M. de Riche m on d, archiviste de la Charente-Inférieure.
La première, datée de la Rochelle du 28 septembre 1569, émane d'un marin renommé, Jacques Sores, c lieutenant général du prince de Navarre en son amirauté de la Rochelle 4 ; » il donne permission à
1. Lettres de Catherine de Médicis, t. II, p. 400, note. Voy., en date de septembre 1568, des lettres du roi, de la reine et du duc d'Anjou à M. de la Meilleraye pour défendre d'entreprendre des voyages en mer sans la permission du roi. (Minute du secrétaire d'état, m 86. Godefroy, t. LVHI, fol. 449. Bibliothèque de l'Institut. )
2. Voy.; dans le Journal de Nicolas de Baye, publié par M. Tuetey (1885, 1. 1, p. 242), à Tannée 1408, les plaintes adressées au parlement contre les Rochellois, qui avaient capturé des navires catalans et portugais qu'ils prétendaient anglais.