‹ Bravos & siffletsChapitre 28 sur 30 · I.'\l:ih il U · texte numérisé non relu

I.'\l:ih il U

des auteurs ! cala n'existe pa I Le coi d

ministration ou comité m di p se d'au* un social, et les actionnaires ou membre exploitenl individuellement leur propre actif ! Toute iiun de faire ou de ne pas faire, aux termes du Code, se résout par des dommages-intéi qui signifie en français usuel qu'un individu ou une société me doit, en cas de préjudice l'équivalent de ma perte. Je fais condamner la Société des auteurs à 600,000 francs de dommages-intérêts, à qui m'adresserai-je pour les toucher? A la Société? L'argent qu'elle encaisse ne lui appartient pas. A.ux sociétaires ? La Société n'a pas le droit de les engager au delà d'une limite tout à fail insuffisante dans lecas prévu. L'administration de la Société se réduit à édicter des pénalités, défenses et interdictions, toutes manœuvres qui constituent la coalition contre la liberté du commerce, délit défini, prévu et puni par l'article 416 du Code pénal.

La Société a été formée sous le régime du bon plaisir, a une époque où les exploitations théâtrales n'étaient que des privilèges soumis à la sanction du souverain.

L'autorisation qui lui a été accordée n'a jamais eu pour effet de couvrir les abus, les excès

de pouvoir et la violation de la loi commune. Sa constitution actuelle esl en contradiction formelle avec la liberté des théâtres, qu'elle rend inutile, et, pour que son existence lui tolérable,

il faudrait au moins qu'elle se conformât à la loi sur les sociétés. Quand je traite avec elle, je n'ai en face de moi qu'une garantie illusoire en cas de préjudice causé. Je le répète encore, si je gagnais un procès d'un million, comment et contre qui ferais-je exécuter le jugement ? Qui me payerait? Que saisirais- je ? Le fonds social? il n'y en a pas! Les recettes dans les théâtres? elles sont aux auteurs individuellement!

Aurais-je la ressource de faire prononcer la faillite contre la Société? Elle n'est point commerciale et n'a point qualité pour engager l'actif, ainsi que je l'ai démontré plus haut.

Les nouveaux statuts que la Société a discutés et votés en 1879 à grands flots d'éloquence ne diffèrent pas des précédents, et les mêmes errements fondamentaux se perpétuent. Avant d'accorder son approbation 5 cette association illégale, qui opprime le commerce auquel sont étroitement liées les destinées dramatiques, l'État eût servi la cause de la liberté en examinant sa constitution d'assez près pour savoir si elle est en harmonie avec les prescriptions de la loi. En attendant,

l'artk i i 116

m. • semble que la que ti< >n 6 I d'une

cussion approfondie dans le cercle de hommes de loi, el je serais heureui que la Conférence des avocate exprimai ibn avis sur cea pointa de droit, après les avoir débattus, comme rpol même, sans prévention et sans passion.

CATEA1 LA BEL JEMBE

A NAULOT

CHASSBDB NIVERNAIS

Il m'arrive une épouvantable catastrophe que je t'annonce les larmes aux yeux, la main tremblante. D'un coup de plumeau maladroit, ma bonne vient de casser le saladier en faïence de Nevers auquel je tenais tant! C'est un malheur irréparable dont je ne serai jamais consolé.

Tu vas te moquer de moi, Naulot, — avoir pleuré pour si peu ! — toi qui reçus sans broncher dans la poitrine une charge de petit plomb destinée à des perdreaux, et, dans la cuisse, une chevrotine qui

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devait atteindre un sanglier. Ce saladier cassé n'est rien pour toi qui, toujours armé, toujours guêtre, sifflant tes chiens par les bois, par les labours et les luzernes, prétends reconnaître les lièvres blottis dans les sillons à la vapeur qui s'élève de leur poil gris. Comment n'en rirais-tu pas, homme terrible qui écrases les assiettes sous le marteau puissant de les poings si la servante tarde à venir, et qui lances les pots vides à travers les fenôtres des cabarets ?

Si tu ne me comprends pas, Naulot, d'autres me comprendront. Non les collectionneurs d'antiquailles dont les vitrines sont de froides catacombes! mais tous ceux-là qui ont chez eux un objet où palpite un souvenir de jeunesse et dans lequel un parfum d'âme est enfermé. Sous ce rapport, au moins, bien des Parisiens sont poètes, — qui ne s'en doutent guère, ne s'étant jamais courbés sur l'enclume des rimes — et plus d'un, lisant ceci, tournera involontairement le regard vers la chose donnée, trouvée aux doux temps de la vie. Et quant à toi, Naulot, qui hausses ironiquement les robustes épaules sur lesquelles tu rapportes encore les chevreuils tués, sache que ton stoïcisme ne résistera pas à l'épreuve de l'âge, et que je t'attends au jour où, le jarret fourbu, le dos voûté,

les tempes blanches, lu remets k ton I

rouillé ses lointaines proue ton

carnier les dernières plumes de la dernière bécasse abattue à l'affût.

Pourquoi je m'attriste à la pensée de m< dier cassé, tu lésais, Naulot. B1 tu pourrais dire, aussi bien que moi, comment nous rhérit&mi

y a quinte ans, d'une gitana, Bile de BohêOK

d'Egypte égarée dans la campagne Hivernais

t'en souvient, nous allions à Clamecy, dan- ta

voiture, avec ton chien Phanor.

C'était le soir — un soir de mai, — dans le brasier du soleil couchant. Soudain le ciel se tacha de sang, puis se tendit comme d'une couche épaisse de papier buvard. Il se fit un silence d'oiseaux, et une rafale — héraut de l'orage — galopa sur la route, balayant devant elle une immense colonne de poussière qui semblait monter jusqu'aux nuages.

Une pluie chaude tomba à grosses gouttes comme d'une étuve en sueur, un éclair brilla sur

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les montagnes, el bientôt nous fûmes enveloppés dans le tourbillon d'un cyclone de grêle où le tonnerre mêlait sans interruption sa voix formidable. Le cheval aveuglé s'arrêta, sabota fichés en terre, et refusa d'avancer : il fallut le dételer, rouler la voiture jusqu'au fossé, et aller, à demi emportés par le vent, frapper à la porte d'une ferme qui, dans l'ombre de la nuit, laissait filtrer par ses fenêtres une lumière de contes de fées. Il y eut un moment où nous étions tous deux à quatre pattes , n'ayant rien à envier au cheval et au chien.

La ferme était hospitalière aux bêtes et aux gens. Le cheval fut mis à l'écurie par les garçons, et la fermière nous fit entrer mouillés, transis, dans la salle commune. Un grand feu flambait dans la haute cheminée, joyeux, pétillant, faisant danser des reflets de flammes sur les dressoirs où brillaient les vaisselles et sur les poutres enfumées du plafond où pendaient des jambons rassurants pour l'estomac. Nous considérions, en rendant intérieurement grâce à la Providence, ce décor confortable, quand Phanor, se pelotonnant déjà dans les cendres du foyer, poussa des grognements maussades où nous devinâmes une expression d'inquiétude et de mécontentement qui nous fit tourner la tête.

QATBA1 i \ BEI M

Sous if manteau de la cheminée, an coin le plus obscur, pour occupei moins d'espace el m dissimuler, quelqu'un était assis, les pieds Burles chenets, les mains tendues vers la crémaillère, dans L'attitude frissonnante d'un Être qui se réchauffé. Nous nous approchâmes. C'était une Femme, à n'en pas douter, — un bout de jupon rouge émergeait de l'ombre — jeune évidemment — ses doigts s'allongeaient pleins et potelés comme à la vingtième année, — mais le jupon était semé de dessins pareils à ceux des poteries arabes, et les doigts, tout mignons qu'ils fussent, avaient la patine du bronze. Auprès d'elle, sur un escabeau qu'elle dérangea pour nous laisser la place de nous asseoir, était posé un saladier dans lequel plongeait un tambour de basque. On ne distinguait rien de sa figure, mais l'éclat des faux sequins qui s'allumaient dans sa chevelure et à son cou trahissaient assez une origine exotique. Nous avions affaire à une bohémienne qui , comme nous, s'était réfugiée là, chassée du grand chemin

par l'ouragan. En cela nul mystère. Le tambour de basque disait le reste.

Lorsque nou> fûmes à peu près Bêchés, tu -entis le besoin dérégler L'article du souper et du coucher. La fermière nous offrit la chambre des garçons et menaça tous les poulets de leur tordre le col. Incontinent, et quoique tu te sois comporte cumme frère Jean dans la bagarre, tu déploies la gaieté transcendante de Panurge après la tempête. Te voici mettant le nez dans la huche, coupant le pain en larges tartines, battant les œufs, versant de l'huile dans la poêle ù. frire et tranchant un volumineux jambon. Tu remplis la ferme d'un de ces chants rusliques que les canonniers libérés du service répandent dans les villages, après avoir posé le harnois de guerre. La fermière, excitée par cet enthousiasme, étend sur la table une serviette de toile bise, et le couvert est mis!

Tu allas au-devant de ma pensée et, avec cette voix brève qui brusque la volonté des femmes, tu t'adressas à l'inconnue: « Vite, la fille, à table! »

Celle que tu appelais la fille par tradition rurale se leva et, sans dire mot, se dirigea vers nous. Quelle superbe créature, Naulot ! On pouvait l'admirer maintenant à la clarté fumeuse des lampes d'étain. C'était une fille d'Espagne, non de ces gitanas éhontées qui nous ont envoyé Carmen,

CAtlAl là SI i ii mi

mais de celles que rencontré! enl Scipion traînant l'aigle romaine en Maai itanie. Elle \ ini à qoui «l'un popl noble et lent de reine orientale et nous apparut dans l'éblouissement i beauté printanière, mûrie et doi us le soleil, avec les grenades, lea orangée et le* rnyrthes. Si in Le le rappelles bien, nous poussâmes ensemble \\\\ cri émerveillé ! Elle semblait grande quoiqu'elle fût petite, tant sa taille nous imposait par la souplesse, et sa démarche, par une élégance de fauve apprivoisé.

A peine à table, elle se familiarisa, fixa sur nous m1- grands yeux «le braise el nous sourit, découvrant des dents transparentes comme des larmes de lait. Et nous contemplâmes librement, sans qu'elle s'en offensât, le magnifique buste de cette Faustine africaine taillé par le Grand Sculpteur dans un bloc de porphyre rouge.

Elle nous conta son histoire — qui, d'ailleurs, n'en était pas une — et nous comprîmes mal le peu qu'elle nous dit dans un jargon où quelques mots français entraient comme par effraction.

Elle était des environs de Cadix et s'en allait par le monde, sans but, tantôt seule, tantôt agrégée à des troupes de bohémiens, dans une effroyable insouciance du lendemain.

C'était pitié que cette fille, née pour le palais, menât une vie troublée par la gendarmerie, dansât devant les bourgeois pour acheter son pain, bût l'eau glacée des sources dans le creux de sa main, et reposât son corps rompu parles longues étapes de la journée sur quelques bottes de foin dans une grange ouverte. Je lui parlai de ces misères ; elle répondit que les gendarmes étaient bons enfants et les bourgeois généreux, contente quand ceux-ci ne l'arrêtaient pas et quand ceuxlà lui donnaient un sou. Dans cet incurable abandon, elle avait gardé une fierté d'Abencérage.

Tu voulus qu'elle dansât, Naulot : elle ne le voulut pas, non qu'elle fût fatiguée, mais il ne lui plaisait pas de danser dans les maisons. Elle ne dansait qu'en plein air, semblable aux oiseaux qui ne chantent que loin des cages. Tu voulus la poussera boire : elle ne voulut pas et mit la main sur son verre, toute fâchée. Tu voulus essayer quelques plaisanteries de chasseur d'opéra - 'comique : elle ne voulut pas les entendre et faillit quitter la table.

« g BAI i I il i m HBE

r.\ [demment cette auva^e n'en r.»i ni <|u\i .1 guise fi n'avait d'autre loi que 1a fanl : Dan un caprice fou, Incoercible, elle .in. ut dé h é le saladier qui servait de récipient i on tambour de basque ci l'avait acheté ave< (nies de

quarante-huit heures. Bile l'avait depuis la veille et eu était déjà lasse. Elle noua l<i montra. C'était un saladier profond <l<>nt plusieurs générations de villageois avaient éraflé l'émail avec lea dents des Fourchettes; un cordon de liserons bleus courail autour du bord ci, au fond, une paysanne jaune, les poings sur les hanches, dans un ballon de jupes troussées, — Cateau lu bel jembey enfin s'envolait vers une orthographe meilleure.

Elle avait été séduite par la gaucherie de la pose et par la sympathie du sujet qui s'accordait avec ses talents.

Je subis à mon tour la même attraction, quoique je ne sois ni danseuse ni sur le point de le devenir, et je la priai de me revendre cette faïence avec le bénéfice qu'il lui conviendrait d'en avoir. Elle le prit, le soupesa, lejeta en l'air et le

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rattrapa négligemment, puis lit mine de réfléchir et dit gravement : — No, se&or.

rendant le souper, Forage s'était fatigué de rugir autour de la ferme et s'était porté ailleurs : on l'entendait gronder sourdement dans le lointain comme les tambours d'un régiment qui change de garnison. Nous nous décidâmes à nous aller coucher dans la chambre des garçons où Fon montait par un escalier en bois qui craquait sous le pied. La fermière nous avait dressé trois lits, ou plutôt trois matelas. Il fallait se baisser pour entrer dans ce grenier, sinon on se cognait aux poutres du toit qu'on pouvait toucher avec la main comme des rampes de tramway. Cela sentait le froment et les foins, et sur le carrelage, il y avait un tas de blé avec des boisseaux renversés.

La gitana nous suivit et Phanor se glissa derrière elle, flairant sa robe crottée. Nous nous étendîmes tout habillés sur nos lits improvisés. Elle fit de même. Religion puérile des enfants pour leurs poupées ! elle avait appuyé le saladier et le tambour de basque sur son oreiller. A peine couchée, elle s'endormit d'un de ces sommeils qu'il est barbare de troubler, même par un baiser. Toi, Naulot, tu ronflas! et par trois fois je — te l'avoue aujourd'hui — je te secouai par la manche pour t'interrompre, parce que la respi-

CATBAl i \ il i h Mil 31 I

ration de ma voisine n pi écipitail à ce m< J'administrai de même une taloche I Pban i qui vt> permettait de rêver tool haut, el je loi en demande pardon. Tu fis hein '. Phanor SI hum I mais vous cessâtes, I ii de i onfler, lui de i et («Hit»' la nuit, ;ui\ raj ons de la lune qui é< I raienl le grenier el pâlissaient la dormeuse je gardai cette l *lle au bc le dorm \ il de légende moresque.

il me venait des instincts de corsaire. .Mieux encore! J'étais décidé à fréter une felouque aui rame- agiles el à enlever toutes les femmes qui s'aventurent sur les ente- de la Méditerranée, ot elles naissent si ensorcelantes. En attendant, la gitana sommeillait a l'abri des pirates; pas un trait ne remuait dans son visage d'argent bruni, et, pour prouver qu'elle n'était pas morte, un soiiïtie égal soulevant sa poitrine agitait d'un di'in drin régulier les lamelles de cuivre de son tambour de basque.

Le matin, dans l'aube encore brouillée, elli

leva, et en moins d'une minute elle fut prê

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partir. Je voulus parler, elle ne m'en donna pas le temps, niais désignant du doigt le saladier qu'elle me laissait : « Y o te tendre en memoria » dit-elle et elle disparut dans l'embrasure de la porte.

...Un pan de jupon rouge! puis plus rien.

Je descendis presque sur ses talons et j'en> 1 i primeur d'un spectacle inouï, sur le seuil de la maison encore endormie. D un bout à l'autre de l'horizon la plaine entière était rose et blanche. Les arbres des vergers, les arbustes des haies avaient repris leur nudité d'hiver et pleuraient des larmes de givre. Jusqu'à la lisière du bois, une neige odorante frissonnait sur le sol, arrachée par le vent aux branches des cerisiers, des pommiers et des aubépines. Dans la cour immaculée, on pouvait suivre, aboutissant à la barrière, la trace toute fraîche des petits pieds de la dans seuse...

Yo te tendre en memoria! Et c'est moi qui ai tenu parole!

Ne t'étonnes donc pas,Naulot, que j'aie le cœur serré devant les débris de Cateau la bel jembe. Quoiqu'il arrive dans notre histoire de France, dussent les Bourbons ramener la dîme et les gabelles ! éternellement j'aurai présents à l'esprit

CA n M l\ lîl L .M Mi:i.

celle piste embaumée qui le perd lur un I Qeurs9e1 le caprice énorme de cel orage qui ruine tout un paya pour effeuiller, pendant deui lieues, ces couronnes de mariées devanl la fiancée do grand chemin î

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