‹ Brésil, Colombie et GuyanesChapitre 12 sur 39 · ERS · texte numérisé non relu

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La capitale du Pernambuco, renommée par son mouvement commercial, en offre encore de nos jours plus d’une preuve , et en a conservé une impulsion qu’on ne rencontre peut-être pas au même degré dans les autres chefslieux de provinces. Une foule d’édifices utiles s’élevèrent, grâce à l’activité de la compagnie ; des forts importants furent bâtis à l’embouchure des rivières, ou vers les portions du littoral qu’il fallait défendre contre un débarquement inattendu. De nos jours , il arrive souvent que ces constructions militaires , élevées à la hâte, mais toujours d’un aspect pittoresque , sont rencontrées par le voyageur dans des lieux dont on ne soupçonnerait plus l’importance militaire; elles s’élèvent souvent au milieu d’une riche végétation , et , avec les chapelles fondées par les premiers explorateurs, ce sont à peu près les seuls monuments qui rappellent au Brésil quelques souvenirs historiques dignes d’intérêt. Le prince Guillaume de Nassau, qui administra avec tant de talent les provinces conquises , avait senti mieux que tout autre la nécessité de multiplier ces moyens de défense ou d’agression, dans un pays qui pouvait d’un moment à l’autre se soulever, et l’on montre encore aujourd’hui un de ces forts qui arrêta long-temps l’armée des Portugais.

Traverse-t-on les campagnes qui avoisinent les villes du Pernambuco, du Siara ou du Rio-Grande , il arrive souvent que l’on s’arrête devant une habitation qui n’a point tout à fait l’apparence des constructions portugaises ; on la reconnaît à son aspect un peu lourd , qui contraste avec ces cabanes aux élégantes varandas qu’on voit dans tout le sud, et elles rappelleraient presque nos maisons du nord , si tout le luxe de la végétation des contrées équinoxiales ne les entourait pas , et si l’on n’y reconnaissait point déjà l’influence des lieux et du climat.

Ce fut surtout à partir de la domination hollandaise que l’on commença à avoir en Europe des notions exactes sur la géographie et sur l’histoire naturelle du Brésil , en considérant prin-

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cipalement les provinces qui s’étendent vers le nord. Non seulement le prince de Nassau avait rassemblé dans des jardins dont on nous vante la magnificence , la plupart des végétaux de l’Amérique du sud, de l’Afrique et de l’Inde, mais ce fut par ses ordres , et grâce à sa protection , que parut le grand ouvrage de Margraff et de Pison , qui demeura si long-temps le seul guide auquel s’en rapportassent les savants quand il s’agissait de la botanique et de la zoologie du Brésil. Plus tard ce fut pour constater ses conquêtes et celles de ses contemporains , que fut écrit le beau livre de Barlœus , auquel nous avons emprunté quelques gravures , et qui contient les plus précieux documents, non seulement sur l’histoire politique de ces contrées , mais encore sur leur topographie , et même sur leur statistique.

Bien que tous les historiens s’accordent à vanter les talents administratifs et militaires du prince de Nassau , quelques-uns blâment avec amertume son âpreté pour le gain et les mesures vexatoires qu’il ne craignit pas de multiplier à l’égard des colons portugais.

Toutefois la seule chose vraiment grave que put lui reprocher la Hollande, ce fut d’avoir compromis son armée en 1637 , en allant assiéger San- Salvador, dont il fut repoussé par le général Bognuolo. Après cet échec, il redoubla d’activité pour faire fleurir l’agriculture et pour donner une nouvelle impulsion à quelques institutions utiles; mais le conseil suprême des États- Généraux craignit qu’il n’eût la prétention de créer une souveraineté héréditaire dans un pays auquel il avait imprimé un mouvement si rapide.

En 1643 , il fut rappelé, et la direction des affaires fut remise à trois commissaires étrangers à toutes ces idées de haute administration , qui avaient élevé la province principale à un si grand degré de prospérité. Sous Hamel , Bas et Bellestrate, simples marchands qui se trouvèrent investis de la puissance suprême, les haines nationales s’accrurent et s’envenimèrent. Aux vues étroites des nouveaux administra-

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teurs , et surtout à leur intolérance , on ut prévoir la chute de la puissance ollandaise.

Dès 1640, Jean IV était monté sur le trône; le Portugal avait recouvré sa nationalité, et il avait été convenu que désormais deux puissances se partageraient paisiblement l’immense territoire du Brésil ; mais il eût fallu pour cela changer les idées religieuses des deux peuples, et avant tout leur caractère national: en effet, aucunes nations peut-être n’étaient plus opposées que les Hollandais et les Portugais dans leurs habitudes et dans leurs sympathies. Il ne se passait point de jour sans que quelque nouveau motif de haine se développât : tantôt c’étaient les conquérants qui essayaient de répandre chez les esclaves et les Indiens les idées du luthéranisme, et qui laissaient prendre aux juifs une influence qui insultait à la misère des chrétiens ; tantôt on s’opposait au service religieux des catholiques, et le prêtre , pour accomplir son ministère, était contraint de se retirer dans la campagne , où ne pouvaient point toujours les suivre les habitants des cités. C’était toujours quelque nouveau pillage exercé dans des habitations isolées, quelque orgie sanglante où les idées d’honneur et de religion , si puissantes parmi les Portugais, étaient foulées aux pieds par les vainqueurs. Le luxe insolent des nouveaux habitants du récif contrastait de la manière la plus odieuse avec la simplicité des premiers colons (*).

Mais , comme le dit un témoin oculaire qui trace un tableau énergique de la situation du pays , « dans toutes ces marques que là colonie hollandaise

(*) Pierre Moreau, dans sa curieuse narration , donne un état approximatif de la valeur des denrées et des salaires, qui est bien extraordinaire pour cette époque, et qui peut offrir de curieux rapprochements. Les choses, dit-il , étaient montées à un prix incroyable. La livre de mouton ou de veau valait quarante sols , celle de porc trois liv. , un œuf frais dix sous , une poule dix livres , etc., etc. Les facteurs des seigneurs d’Engenhos avaient de trois à quatre mille livres de gages.

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observait, elle eût pu reconnaître des augures sinistres de son prochain anéantissement, semblables à ces flambeaux qui ne rendent jamais une plus lumineuse clarté que lorsqu’ils sont près de s’éteindre. »

Alors, comme si la Providence eût voulu convier à l’œuvre de la régénération nationale toutes les races qui composaient la population du Brésil, on vit surgir tout a coup quatre hommes entreprenants qui représentent la nationalité brésilienne, et qu’elle a illustrés du nom de ses libérateurs.

Vidal et Fernandez Vieira préparent la conspiration , ils l’accomplissent avec Dias et Cameran. Un homme de la race blanche , un mulâtre, un noir et un Indien conquièrent la liberté du pays , et leur chef est assez grand pour abandonner le pouvoir quand ils ont accompli leur œuvre.

Toutefois, dans cette noble entreprise si glorieusement mise à fin , c’est a l’homme de sang mêlé , à celui qui représente les deux races actives , que la palme doit être accordée : Fernandez Vieira (*) en est le vrai héros.

Nulle époque dans l’histoire du Brésil ne présente un caractère si imposant et si dramatique. Tantôt c’est Vieira qui , après avoir conquis la plupart des villes de la côte, et s’être fait investir du pouvoir suprême, abandonne l’autorité pour la remettre en des mains qu’il juge plus puissantes et plus habiles ; tantôt c’est le même chef auquel on apporte un ordre formel de cesser les hostilités, et qui répond en disant qu’il ira recevoir de son souverain le prix de sa désobéissance, quand il lui aura rendu le plus bel apanage

(*) On semble ignorer généralement que Fernandez Yieira appartenait à la classe des hemmes de couleur. Il était né à Funchal , et le CastriotoLusita.no ne dit que des choses fort vagues sur son origine. Ayres de Gazai prétend qu’il était de la race blanche ; mais Pierre Moreau, qui avait été témoin des événements, affirme qu’il était mulâtre. Southey semble avoir ignoré ce renseignement ; à plus forte raison Alphonse de Beauchamp, dont l’histoire doit être consultée toujours avec tant de circonspection.

de sa couronne. C’est Caméran l’Indien, reste des grandes tribus qui se sont anéanties, qu’on trouve sur tous les champs de bataille où son courage est nécessaire, et qui respecte tellement en lui la dignité d’un chef sauvage, qu’on ne lui entend jamais parler la langue des dominateurs, bien qu’il la comprenne comme la sienne propre, mais parce qu’il craint de ne point s’exprimer avec assez de noblesse. C’est Henrique Dias qui a tout le courage impétueux de la race africaine, et qui, se voyant privé d’une main, saisit son arme avec celle qui lui reste et s’élance au plus fort du combat. On cite encore la célèbre bataille de Guararapi, où les quatre chefs réunirent leurs efforts et qui ouvre, d’une manière admirable, la grande histoire de l’indépendance brésilienne.

Après une foule de combats où les Brésiliens furent presque toujours vainqueurs, après de sanglantes représailles, à la suite desquelles on voyait souvent des populations entières fuir et s’éteindre, les Hollandais, commandés par le général Sigismond , ne possédèrent plus que la capitale; mais , comme je l’ai déjà dit dans un autre ouvrage , en essayant de retracer les faits principaux de cette guerre si peu connue, il y avait sept ans que la lutte durait dans Pernambuco, et peut-être se serait-elle prolongée longtemps encore, car les Hollandais étaient restés maîtres de la mer, sans que Baretto et Vieira pussent s’emparer de leurs forces navales , et par conséquent de ce port du récif qu’on regardait toujours comme la clef de la province , lorsqu’on vit arriver l’escadre portugaise chargée de protéger les navires de commerce se rendant de San Salvador en Europe. Elle était commandée par Pedro Jacques de Magalhaes , dont la réputation militaire était faite, mais qui venait avec l’intention de n’exécuter strictement que les ordres de son gouvernement. Supplié par les colons de les aider dans leur entreprise, ii résista long-temps , et s’en remit à la décision de son état-major, qui n’hésita pas à défendre une aussi noble

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cause : l’attaque du récif fut décidée.

Le général Francisco Baretto de Menezes, se fiant au courage dont Vieira avait donné tant de preuves éclatantes, lui accorda l’honneur d’attaquer le premier la place ; il voulait que la guerre fût terminée par celui qui avait mis toute sa gloire dans la délivrance de son pays. L’événement justifia ce choix; Fernandez Vieira, malgré la fureur des assiégés, s’empare d’un fort important. Baretto porte ses forces sur un autre point et réussit; on redouble d’énergie et de courage; les dispositions qui sont prises attestent une haute intelligence, et, tandis que les troupes bravent le feu des assiégés, un ingénieur français, nommé Dumas, ouvre plusieurs mines qui doivent infailliblement renverser ces murailles qu’on a vues si long-temps résister. A l’aspect de ces nouveaux travaux, qui effraient les Hollandais eux-mêmes, les tçibus indiennes qui les secondaient s’enfuient, traversent le fleuve, et cherchent un asile dans les forêts. Partout on capitule, et les terribles préparatifs deviennent inutiles; plus la journée avance, plus on se rapproche de la ville; le fort des Cinq-Pointes est enlevé; quelques heures encore, et l’on se trouve sous les murs de la ville où règne le tumulte le plus effrayant. Le peuple demande à capituler, le général Sigismond résiste encore. Enfin le conseil s’assemble, et une autre décision est adoptée. Le port du récif, la ville d’Olinda sont remis au général Baretto, ainsi que tous les ports qui en dépendent. La garnison obtient la faculté de sortir avec armes et bagages; mais toutes les autres provinces possédées par les Hollandais doivent être évacuées dans le délai le plus rapide , et, le 27 janvier 1G54, le Brésil se voit délivré pour jamais de la domination étrangère.

A partir de cette époque, et si l’on en excepte l’anéantissement des nègres indépendants de Palmarès, et le coup de main célèbre de Duguay- Trouin, dont nous parlerons en décrivant la baie de Rio de Janeiro, le Brésil marche dans une voie d’amé-

liorations agricoles et d’explorations utiles. Des mines sont découvertes, des villes sontfondées dans l’intérieur; mais son histoire n’offre plus aucun trait assez saillant pour que l’Europe puisse y prendre une part bien vive. Il y a mieux, pendant un siècle et demi /on en est uniquement réduit à consulter sur son état commercial, sur sa géographie , sur ses productions , Pison , Barlœus et les vieux voyageurs du XVIe siècle : une politique absurde en défend l’approche aux étrangers, et l’on est contraint d’admettre dans les recueils les courtes relations qui nous arrivent à la suite des voyages autour du monde, comme on recevrait de confuses notions sur l’empire le plus caché de l’Orient. Quand on en a le pouvoir, on emprisonne à Rio de Janeiro et à Bahia ceux dont on craint l’indiscrétion, et s’il le fallait au besoin, Lendley pourrait nous le prouver, lui qui acheta par une captivité si cruelle le pouvoir d’écrire son livre. En effet, avec les détails rapides qui nous viennent de Stauton , de Barrow et du manuscrit de M. de Maudave , sa courte relation était au commencement du siècle la seule qui pût guider l’Europe sur l’état de ce pays. En peu d’années les choses ont bien changé, sans doute, et les Brésiliens sont les premiers à solliciter les lumières que repoussait pour eux un gouvernement qui cherchait à les laisser dans l’ignorance.

Depuis le commencement de ce siècle, le Brésil a été sillonné en tous sens par les voyageurs les plus actifs et les plus instruits : les Brésiliens eux-mêmes ont dignement secondé les étrangers , et c’est en réunissant nos propres souvenirs à tant de savantes explorations que nous essaierons de faire connaître l’état présent de cette belle contrée.

SITUATION GÉOGRAPHIQUE DU PATS. ASPECT GÉNÉRAL DE LA CONTRÉE. PRODUCTIONS DU SOL.

Lorsque Amerigo Vespucci aborda le Brésil , lui qui avait déjà visité plusieurs régions de l’Amérique méridionale , il n’hésita pas , selon les règles reçues de la cosmographie sacrée , a se croire dans le voisinage du paradis ter-

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restre. Quelque poétique que puisse être la préoccupation du vieux voyageur, elle ne paraîtra peut-être point exagérée à ceux qui ont contemplé la fertile abondance de cette région magnifique.

En effet, ces paysages si largement dessinés , aux lointains si pittoresques ; ces grands fleuves qui se jettent dans la mer, au milieu des forêts verdoyantes du manglier; ces innombrables palmiers qui laissent entrevoir la grandeur imposante des vieilles forêts ; cette sérénité habituelle de l’atmosphère ; la pompe de la végétation ; la couleur éclatante des oiseaux et des insectes ; tout, au premier aspect, dut réaliser l’idée poétique et religieuse des premiers navigateurs.

Plus tara , quand la science eut démontré l’exagération de ces croyances, il resta un sentiment d’admiration religieuse qui s’épanche souvent dans les paroles les plus touchantes. « Toutes les fois que l’image de ce nouveau monde , que Dieu m’a fait voir, se présente devant mes yeux, s’écrie notre vieux Lery, incontinent cette exclamation du prophète me vient en mémoire :

O Seigneur Dieu, que tes oeuvres divers sont merveilleux! »

Il s’en faut de bien peu que le P.

Claude d’Abbeville n’en revienne à la croyance du contemporain de Christophe Colomb. « La Saincte Escriture, dit-il , fait grand estât de la beauté du paradis terrestre, particulièrement à raison d’un fleuve qui sourdoit d’icelui arrousant ce lieu de volupté. Je me contenterai de remarquer ici que ce pays du Brésil est merveilleusement embelly de plusieurs grands fleuves et rivières... Ces belles rivières tempèrent tellement l’air, et attrempent si bien toute la terre du Brésil, qu’elle est continuellement et en tout tems toute verde et florissante... Oh qu’il fait bon voir aussi toutes les campagnes diaprées d’une infinité de belles ét diverses couleurs ; et d’herbes et de fleurs, vous n’y en pouvez trouver aucunes de semblables aux nôtres. »

Mais , comme le dit l’ancienne rela-

tion du bon missionnaire , il se trouve eu de personnes qui , voyant quelque eau et rare tableau , se contentent de le regarder en général : après donc quelques détails indispensables et purement géographiques , nous allons suivre le conseil du vieux voyageur, et essayer de peindre à grands traits cette nature imposante , à laquelle une industrie naissante laisse encore son caractère primitif.

Comme l’ont remarqué déjà plusieurs géographes , le Brésil , situé dans la partie la plus orientale de l’Amérique du sud , se trouve en quelque sorte au milieu du monde. Si l’on y comprend l’ancienne Guiane portugaise , son territoire est situé entre le 4° 20', de latitude septentrionale et le 33° 55' de latitude méridionale, et entre les 37° 5' et 74° de longitude ouest de Paris. Plus de neuf cent cinquante lieues forment sa longueur du nord au sud ; de l’est à l’ouest on en compte neuf cent vingt-cinq. Si nous jetons un coup d’œil sur les calculs les plus récents qui nous ont été fournis par la géographie moderne, nous pourrons nous convaincre que cette vaste région n’occupe pas moins de 2,250,000 lieues carrées, en excluant toutefois l’ancienne province Cisplatine, et celle des Missions à l’est de l’Uruguay (*).

(*) Nous nous sommes servis des évaluations du savant Balbi , elles sont conformes à celles de M. de Humboldt, qui compte pour toute l’étendue du Brésil 2 5o,ooo lieues carrées marines de 20 au degré ou 390,625 lieues carrées ordinaires, de 2 5 au degré. Nous croyons devoir prévenir le lecteur qu’il existe quelques différences dans la manière dont les géographes ont apprécié la latitude et la longitude du Brésil : nous avons cru devoir faire usage des évaluations du contre-amiral Roussin. Voici les autres autorités : M. Casado Giraldez dit que le Brésil dans sa plus grande étendue gît entre o° i5' et 34° 57' de lat. méridionale, et 17° 45' et 53° 4' de longitude occidentale de l’ile de Fer. L’Atlas d’Amérique, publié par M. Buelion, le place entre le 4e degré de lat. nord et le 34e degré de lat. sud; longitude occidentale donnée par M. Balbi entre 37° et 7 5° longitude, et 4° lat. bor., et 33° australe.

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Dans ce calcul établi sur des données positives , nous rappellerons cependant que toute la partie occidentale , comprenant les capitaineries du Grand Para, du Rio Negro et du Mato-Grosso, renferme à elle seule 138,156 lieues carrées de 20 au degré, c’est-à-dire que ces trois provinces , connues jadis sous le nom d’Amazonie , sont plus vastes que la Russie d’Europe ; et cependant, s’il faut en croire les relevés les plus authentiques , elles ne compteraient que 600 mille habitants.

Nulle contrée au monde n’a reçu de la nature des bornes plus magnifiques : au nord (*), c’est l’Amazone avec ses ri-

(*) Personne n’ignore que la politique a déjà changé ces limites. Une partie de la Guiane française a été cédée au Portugal en vertu du traité d’Utrecht , et ce territoire est toujours considéré comme faisant partie du Brésil. On peut consulter à ce sujet de précieux manuscrits de la Bibliot. roy. qui ont appartenu à Malte-Brun , et qui fixent l’ancienne démarcation. Les guerres qui ont eu lieu dans ces derniers temps avec la république de Buénos-Ayres ont modifié également les limites vers le sud. Yoyez ce que disait à ce sujet M. de Humboldt, il y a quelques années, dans le troisième volume de sa partie historique. « Les limites entre l’état de Buénos-Ayres et le Brésil ont éprouvé de grands changements dans la Banda oriental ou province Cisplatine, c’est-à-dire sur la rive septentrionale du Rio de la Plata , entre l’embouchure de ce fleuve et la rive gauche de l’Uruguay. La côte du Brésil, du 3oe au 34e degré de latitude australe , ressemble à celle du Mexique entre Tamiagua , Tampico et le Rio del Norte : elle est formée par des péninsules étroites derrière lesquelles sont situés de grands lacs et des marais d’eau salée ( laguna de los Patos , laguna Mirim ). C’est vers l’extrémité de la laguna Mirim , dans laquelle se jette la petite rivière de Tahym (îat. 3a° io')que se trouvaient les deux marcos (bornes de démarcation) portugais et espagnol. La plaine entre le Tahym et le Clniy était regardée comme un territoire neutre. Le fortin de Santa-Teresa (lat. 33° 5o' 32”, d’après la carte manuscrite de D. Josef Yarela) était le poste le plus septentrional qu’avaient les Espagnols sur les côtes de l’océan Atlantique au sud de l’équateur. » Outre ces renseigne-

ves basses, toujours couvertes d’arbres séculaires, ses grandes solitudes inconnues , sa vaste embouchure , qui a fait croire aux premiers navigateurs que l’Océan perdait son amertume dans ces régions équinoxiales. Au sud, c’est encore un grand fleuve , c’est le Rio de la Plata qui renouvelle les inondations du Nil dans les grandes

E laines de Xarays. A l’est, l’Océan aigne ses côtes dans une immense étendue. Le Rio-Paraguay qui court du nord au sud , la Madeira qui se dirige , au contraire , du sud au nord , et qui a pris son nom des arbres gigantesques qu’elle entraîne dans son cours , voilà ses limites au couchant.

L’immense empire du Brésil forme donc une péninsule dont l’isthme intérieur a quelques mètres de large. On le traverse entre les sources de l’Aguapehy et du Rio-Alegre, rameaux secondaires des deux grands fleuves qui tout à l’heure viennent d’être nommés.

Sans vouloir fatiguer le lecteur par des détails purement géographiques , je dirai cependant, pour mieux faire comprendre l’ensemble des considérations générales qui vont être présentées , que ce pays est bien loin d’offrir dans sa vaste étendue un système de montagnes aussi élevées que le Mexique et le Pérou. C’est à peu près entre les 18° et les 28° de latitude australe qu’est située la région la plus montueuse du Brésil; mais d’après les savants travaux de M. de Humboldt, ce serait à tort qu’on aurait voulu lier le système de ces montagnes aux Andes du Haut-Pérou (*). La direction principale des chaînons brasiliens , là où

menls du célèbre voyageur, j’indiquerai aux géographes le précieux ouvrage portugais intitulé : Annaes da provincia de S. Pedro , por Feliciano Fernandez Pinheiro. Lisboa, 1822 , 2 vol. in- 8, avec une carte fort détaillée.

(*) Ce qui a fait croire que cela était ainsi , c’est que l’élargissement occidental du groupe brasilienou plutôt les ondulations des Campos Parecis correspondent aux contre-forts de Santa-Cruz, de la Sierra et du Béni, que les Andes envoient vers l’est.

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ils Atteignent quatre à cinq cents toises d’élévation, est du sud au nord, et du sud-sud-ouest au nord-nord-est. La chaîne de montagnes la plus pittoresque, celle dont on a exploré le plus souvent les solitudes magnifiques, c’est la Serra do Mar qui , après avoir pris naissance dans les Campos de Vacaria, s’étend à peu près parallèlement à la côte au nord-est de Rio de Janeiro , s’abaisse beaucoup vers le Rio Doce , et se perd complètement à Bahia. Ce célèbre Monte Pascoal, qui apparut aux premiers navigateurs, faisaitpartie de la Serra do Mar. Selon les localités où se développe cette belle chaîne , elle change de dénomination : sur la côte orientale, on l’appelle Serra dos Aymores , et dans le voisinage de Rio, c’est elle qui affecte des formes si pittoresques sous le nom de Serra dos Orgôes (*).

A l’est de cette chaîne du littoral , il en existe une autre plus considérable , c’est la Serra do Espinhaço, qu’un savant bien connu, M. le colonel d’Eschwege, considère, pour ainsi dire, comme la charpente osseuse du Brésil.

Elle se perd vers le nord par le 16° de lat. , et son plus grand éloignement de la mer dans cette direction est à peu près de soixante lieues. Vers le sud, au contraire, elle se rapproche tellement de la Serra do Mar, qu’elle se confond presque avec elle dans le nord de la Serra de Mantiqueira.

Si l’on pénètre plus avant dans l’intérieur, si l’on s’avance jusqu’aux frontières de Minas-Geraes de Goyaz, on rencontre encore un groupe de montagnes désignées sous le nom de Serras de Canastra ; elles ne sont pas d’une grande élévation, et elles atteignent tout au plus quatre cents

(*) Montagne des Orgues. Nous aurons occasion de revenir sur les sites vraiment magnifiques qu’offre cette belle portion de la Serra do Mar. Yoici la hauteur que M. d’Eschwege assigne aux plus hauts sommets des différentes chaînes du Brésil.

Serra do Mar (chaîne du littoral) à peine 660 toises. Serra do Espinhaço (chaîne de Villarica) g5o Serra dos Vertentes (groupe de Canastra

et des Pyrénées brasiliennes 45o

toises. C’est plus au nord que se développe ce groupe qu’un savant a désigné sous le nom de Serra dos Vertentes , et qu’on appelle, dans quelques relations , les Pyrénées brasiliennes.

Parlerai -je maintenant des Campos Parecis , dont les dessinateurs de cartes se sont plu à exagérer si bien la hauteur ? C’est au nord des villes intérieures de Guyaba et de Villa -Bella qu’ils s’étendent ; mais ce sont de vastes plateaux arides , presque entièrement dépourvus de végétation , et ils sont aussi différents des belles collines de la Serra do Mar , que les plaines sablonneuses du Siara peuvent l’être des champs fertiles du Reconcave.

Une contrée comme le Brésil, limitée par les deux plus grands fleuves de l’Amérique méridionale, pourrait encore présenter dans sa vaste étendue , des lieux où l’agriculture deviendrait impossible par l’absence de cours d’eau intérieurs : cela existe sans doute pour quelques districts; mais dans cette région privilégiée, la configuration du sol et la division des grands bassins laissent voir un système de rivières intérieures qui ne se trouve en aucun pays. Une seule phrase, tirée même d’un de nos plus célèbres voyageurs , attestera un prodigequi nous dispensera de toutes réflexions. « Si l’on parvenait à substituer au portage de Villa-Bella, entre le Rio de la Madeira et le Rio-Paraguay, un canal de cinq cent cinquante toises de longueur, une navigation intérieure se trouverait ouverte entre l’embouchure de l’Orenoque et celle du Rio de la Plata. »

Parlerai-je maintenant des fleuves innombrables qui viennent se perdre dans l’Océan, et des facilités qu’ils donneront un jour pour pénétrer dans l’intérieur? Tel est leur nombre, je l’ayouerai, que je craindrais de fatiguer l’esprit du lecteur par leur simple nomenclature, et par des détails purement scientifiques , qui n’auraient ici qu’un faible intérêt. Nous nous contenterons donc de nommer les grands cours d’eau qui arrosent l’intérieur et les côtes, en nous réservant de peindre leur rivage selon chaque localité.

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Si nous nous avançons du nord au sud, nous trouverons d’abord l’Uruguay, qui prend naissance dans les Serras de Rio Grande , et qui se jette dans le Paraguay, après trois cents lieues de cours; le Jacuy, qui n’en a que trente, et qui se perd dans le lac dos Patos; l’immense Parana qui a ses sources dans Minas Geraes, et qui se confond avec le Paraguay par une embouchure magnifique, après avoir reçu l’Aguapehy, le Rio Pardo, PItaliy : on lui donne trois cents lieues de cours. C’est à peine si l’on peut nommer le Gualeguay du sud, affluent de l’Uruguay; mais quoiqu’il n’ait que quarante lieues dans ses diverses sinuosités, il arrose un territoire fertile où paissent d’innombrables troupeaux.

Le Rio Pardo, qui traverse une partie de la province de Saint-Paul, naît dans le district de San Joao del Rey, et se jette dans le Parana. Le Parahyba baigne deux provinces , celle de Saint-Paul et celle de Rio de Janeiro , et il se perd dans l’Océan. LeTucantins, cet immense tributaire du Para, prend sa source dans Goyaz, et n’a pas moins de cinq cents lieues de cours : il passe dans des campagnes à peine connues.

Parierai-je de l’Àraguay qui naît aussi dans Goyaz, duJiquitinhonha, si célèbre par ses diamants , et qui se jette dans la mer après avoir arrosé Minas ? On trouve ensuite le Rio das Contas, qui naît dans Jacobina, et qui se perd dans l’Océan ; le Rio de San Francisco, qui n’a pas moins de trois cents lieues de cours, et dont la navigation est interrompue d’une manière si imposante par la cascade de Paolo Affonso : c’est le seul fleuve considérable qu’on trouve entre Bahia et Pernambuco; mais il arrose des contrées fertiles, et il prend naissance dans les montagnes qui s’élèvent au nord-ouest de la province de Rio de Janeiro. C’est encore l’Océan qui reçoit le Parahyha do Norte , qui arrose la province dont il porte le nom, et le Parnahyba, qui rend habitables les plaines sablonneuses du Piauhy. Viennent ensuite les immenses affluents de l’Amazone; la Madeira , qui n’a pas moins de sept cents

lieues de cours et qui a ses sources dans le Potosi ; le Xingu, qui fera connaître un jour les vastes solitudes du Mato-Grosso, dont il arrose les forêts dans un cours de quatre cents lieues ; le Tanguraguay, qui naît dans le Pérou, et qu’on a confondu avec l’Amazone lui-même; le Rio Negro, dont les sources sont à la Nouvelle-Grenade, et qui vient se perdre au nord du Brésil en parcourant sept cents lieues : l’Amazone lui-même, dans son cours immense, n’a pas des rives moins imposantes, des forêts moins inconnues.

Mais on se tromperait étrangement si l’on voulait comparer ces fleuves majestueux aux fleuves de la vieille Europe. L’industrie n’a rien fait encore où la nature a tant fait : ces cours d’eau magnifiques qui se croisent dans tous les sens , ces canaux naturels qui unissent tant de grands fleuves, ces rivières caprieieuses qui courent de forêts en forêts , toutes ces voies , si faciles en apparence, pour pénétrer des bords de la mer jusqu’au centre de l’empire , offrent encore mille dangers que les siècles feront disparaître.

On sent que l’homme n’a point soumis la terre. Des fièvres dangereuses régnent sur la plupart de ces rivages si imposants; des arbres gigantesques, que le temps a renversés, interrompent le cours des plus grands fleuves ; des rapides presque à fleur d’eau , mais qu’on ne saurait franchir sans d’incroyables efforts, interrompent la navigation; des chutes plus considérables obligent le voyageur au portage des embarcations , et le contraignent en plus d’un endroit à l’abandon de ses canots et au transport de ses bagages. Toutes ces immenses difficultés disparaîtront cependant devant l’agriculture et devant la science; mais il faudra que les Brésiliens se pénètrent avant tout de cet axiome d’economie politique, qu’une haute civilisation est toujours le résultat d’une communication rapide de la pensée et de l’échange des productions.

Malgré son admirable système de rivières intérieures, le Brésil ne pos~

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sède point, comme l’Amériquedu nord, des lacs immenses dont la navigation unit certaines provinces. Le Paraguay forme bien, par ses inondations régulières, des lagunes sans fin qu’on peut traverser en canots, mais la saison des sécheresses fait surgir des rizières verdoyantes au sein de ces terres inondées. Le Brésil ne renferme, à proprement parler, que deux grands lacs , et encore communiquent-ds avec la mer.

Le plus considérable est désigné sous le nom de Lagoa dos Patos ; il a quarante-cinq lieues de longueur du nord-est au sud-est, et se prolonge parallèlement à la côte. Sa plus grande largeur est de dix lieues. L’autre a pris le nom de lac Mirim (*) ; il a vingt-six lieues de longueur sur sept ou huit de large; il se jette par un canal navigable dans la Lagoa dos Patos , et cette espèce de rivière intérieure a quatorze lieues de longueur. Ses rives, qui courent parallèlement à la côte , sont fertiles et pittoresques. Ces deux lacs sont situes à l’extrémité sud de l’empire , et quoique leurs eaux ne soient pas douces dans toute leur étendue , ils semblent placés dans ces vastes pâturages du Rio San Pedro, pour remplacer les grands fleuves qui n’y existent pas , et qui seraient cependant si utiles aux troupeaux errants dans le sud.

Parlerai-je ensuite du lac de Mangueira qui gît dans les mêmes parages , entre le Mirim et la mer ? il a vingt-trois lieues de longueur, et on pourrait le prendre pour un grand fleuve , car sa largeur n’est que d’une lieue. L’Àrarurama , la Lagoa Feia , le Sequarema , le Juparanam , le Jiquiba , le Manguaba , la Lagoa do Velho, le Jaguarassu, sont disséminés dans les diverses provinces , et n’ont rien de fort remarquable quant à leur

(*) Les Indiens lui avaient imposé ce nom comparativement au précédent. Dans la lingoa gérai , mirim veut dire petit ; assit , ou, pour mieux dire , assoit, signifie grand , gros , fort ; aussi doit-on s’attendre à voir beaucoup de noms indigènes offrir ces deux terminaisons.

étendue , mais en général leurs rivages sont plantés de vastes forêts.

Climat et ordre des saisons.

Avant de passer à la description générale des productions du Brésil , il faut nécessairement jeter un coup d’œil sur le climat qui a tant d’influence sur elles , et sur les saisons qui leur font éprouver de si notables changements.

Je crois devoir répéter ici ce que j’ai puisé à des sources positives. Dans cette vaste étendue de territoire , il y a nécessairement une extrême variété de climats. La grande inégalité des hauteurs du sol s’oppose à des observations thermométriques assez nombreuses pour en conclure des moyennes.

On peut dire cependant que sur le littoral , la température ordinaire est de dix-neuf à vingt degrés de Réaumur, vers midi , en admettant quelques modifications selon les localités. Ainsi , tandis qu’il n’y a guère que 20° et demi à Bahia , la chaleur s’élève quelquefois à Rio de Janeiro jusqu’à 26° et 27°.

L’hiver est assez rigoureux dans les provinces méridionales et dans quelques provinces de l’intérieur; il gèle même à Rio Grande de San Pedro et à Sainte- Catherine. Il faut avouer cependant que pour un Européen cette température n’a rien de désagréable , et que les chaleurs qui régnent le long de la côte orientale ne sont jamais assez fortes pour jeter dans cet état d’accablement qu’on éprouve sous les mêmes latitudes vers d’autres pays des tropiques. Le climat des parties élevées de Rio de Janeiro est délicieux, et celui de San Salvador est peut-être encore plus doux.

Quant aux saisons , on peut les réduire. 5 deux : la saison sèche et la saison des pluies; elles concordent à peu près avec la mousson du nord et la mousson du sud. C’est vers la fin de septembre que commence la saison sèche sur toute la côte orientale : elle finit en février ; c’est , comme on le voit, une durée de cinq mois. Mai, juin , juillet, août et une partie de septembre forment la saison pluvieuse dans toute l’acception de ce mot , car on ne peut pas complètement i’appli-

BRESIL

quer aux mois intermédiaires , qui participent des deux saisons ; mais , comme l’a dit fort bien un célèbre navigateur, il ne faut envisager les divisions que nous avons indiquées que comme une généralité : la diversité des expositions, le voisinage des montagnes, les divers degrés d’élévation du sol ,. donnent lieu à des circonstances météorologiques qui modifient singulièrement la saison régnante.

D’après les considérations générales que je viens d’offrir, on a dû voir combien les divisions géographiques du Brésil , selon les modifications du climat, devaient se prêter à la variété des productions. Nul pays peut-être n’a été aussi favorisé que celui-là, nul ne présente autant d’éléments de richesses , avec des moyens assurés d’exploitation. Sans vouloir anticiper sur les descriptions locales que nous donnerons bientôt, je rappellerai ici qu’après le Mexique et le Pérou , le Brésil est la contrée du globe qui a fourni à l’Europe le plus de métaux précieux.

L’or, l’argent , le platine se montrent surtout dans les provinces intérieures, telles que Minas - Geraes , Goyaz et Mato-Grosso; mais on ne saurait cependant se dissimuler que les sables aurifères ne donnent plus une valeur égale à celle qu’ils rendaient autrefois (*).

Il n’en est pas de même des métaux secondaires , mais plus utiles , qui semblent avoir été négligés. Pour me servir des expressions d’un savant minéralogiste, le fer est répandu avec une telle profusion dans la province de Minas, qu’elle pourrait à elle seule en approvisionner le monde entier, sans qu’on s’aperçût du moindre changement dans la richesse de l’exploitation.

Nous n’ignorons pas que la plupart des géographies copient invariablement la même liste, quand il s’agit des métaux répandus à la surface du sol. Ces données sont aussi vagues qu’elles sont insuffisantes. Le cuivre et l’argent se trouvent toujours cités comme faisant

(*) On peut consulter à ce sujet un savant mémoire de l’académie des sciences de Lisbonne.

partie des richesses métalliques du Brésil , et cependant ils n’ont opéré jusqu’à présent aucun changement remarquable dans l’état manufacturier ou financier de ce pays. On suppose que l’étain et le plomb pourront suffire un jour aux besoins de l’industrie.

Mais il est probable qu’une observation plus attentive de la disposition des terrains, ou des voyages scientifiques entrepris au centre des contrées désertes, feront connaître de nouveaux gisements. C’est ainsi qu’on a trouvé assez récemment du bismuth à Gurapiranga, à Sainte-Anne du Désert; du cobalt, au pied de l’Àrrayal de Tijuco ; de la manganèse, dans toute la province de Minas; du zinc, sur les rives du Jiquitinhonha et dans le district de Tocaios. Il existe également au Brésil des mines de soufre et de sel gemme, et le Monte Rorigo pourrait, dit-on , fournir une quantité de salpêtre suffisante pour rendre inutile toute importation étrangère.

Que dire maintenant des pierres précieuses du Brésil dont il a été répandu une si grande quantité en Europe, depuis une vingtaine d’années?

En thèse générale, elles sont regardées comme inférieures à celles de l’Orient, mais elles sont aussi plus multipliées, et leur valeur intrinsèque les met à la portée d’un plus grand nombre de fortunes. Néanmoins on a accordé le nom de pierres précieuses à des cristaux de la plus faible valeur; tandis que, de l’aveu même du célèbre M. da Camara, auquel est confiée depuis long-temps la direction des mines , on découvre chaque jour des gemmes qu’on ne sait trop comment classer d’après les systèmes connus. Les pierres précieuses les plus répandues au Brésil sont le diamant, l’émeraude, la chrysolithe , la topaze , l’aigue-marine, la goutte d’eau : tout le monde sait la prodigieuse quantité d’améthystes qui sort chaque année des ports de Rio de Janeiro et de Bahia. Quelques voyageurs affirment qu’il existe au Brésil des saphirs et des rubis , et qu’ils ont presque ce vif éclat qu’on remarque dans tes pierres de l’Orient.

L’UJNII VERS.

Mais tous ces trésors sont cachés au sein delà terre; ces métaux précieux roulent dans le sable des fleuves ; ces pierres et ces diamants exigent tous les efforts de l’industrie pour paraître dans leur éclat. Au Brésil, la nature s’est parée de mille autres merveilles, et il suffit d’un regard pour comprendre les inépuisables richesses qu’elle prodigue à ses habitants.

Il ne faudrait pas croire cependant que sur cette vaste étendue de territoire , elle se montre partout avec la même grandeur et la même abondance; elle varie nécessairement selon les latitudes ou selon la disposition des vastes bassins •- et l’on pourrait dire que rien n’est moins semblable aux terres fertiles de la côte orientale, aux délicieux Campos de Minas, que les plaines désolées du Siara ou du Piauhy.

Ce n’est donc point sans raison qu’un voyageur moderne a dit qu’en jetant un coup d’œil sur cette partie de l’Amérique méridionale, on pouvait se convaincre que son immense territoire présentait six grandes divisions variées par leur climat et par leur aspect pittoresque. Nous reviendrons plus tard sur ces considérations générales :

envisageons d’abord ce qui peut frapper les Européens à leur arrivée ; examinons d’abord la côte et le voisinage des deux grandes cités.

Ainsi que je l’ai déjà dit, lorsque venant de parcourir les côtes de l’Océan brésilien et les grandes forêts, j’essayais d’exprimer les vives impressions que j’avais ressenties en présence de cette nature féconde , rien ne saurait peindre complètement l’admiration que font éprouver des formes végétales si pittoresques et si nouvelles. L’esprit , pour peu qu’il ait quelque poésie , s’empare de tous les objets; l’imagination leur prête un charme indicible :

elle va jusqu’à voir régner une abondance éternelle où la nature se pare de tant de beautés. Débarque-t-on sur le rivage, une chaleur active développe des parfums inconnus, il semble qu’on aspire une vie nouvelle, les sens reçoivent des émotions ignorées, le cœur s’éveille à d’autres sensations, l’ame

conçoit des idées plus grandes. Une curiosité inquiète entraîne des arbres majestueux aux plantes modestes , des plantes aux oiseaux, des oiseaux aux plus faibles insectes : tout s’anime , tout vit sous ces climats ardents.

Mais c’est sur les bords des lacs et des fleuves que la chaleur du soleil, mettant en action une humidité bienfaisante, donne des formes gigantesques à la végétation. Certains arbres qui s’élevaient à peine en d’autres endroits à la surface de la terre , prenant majestueusement leur essor, embellissent bientôt les rivages dont ils attestent la fertilité. L’Amazone , le Tocantins , le San Francisco , le Belmonte, roulent leurs eaux au milieu de vastes forêts qui , se succédant d’âge en âge, ont toujours résisté aux efforts des hommes. La nature y perpétue incessamment ses grandeurs ; il semble en effet qu’elle ait choisi les rives de ces fleuves immenses pour y déployer une magnificence inconnue en d’autres lieux. J’ai remarqué dans l’Amérique méridionale que certains arbres , en prenant un plus grand accroissement près des rivières, donnent une physionomie particulière aux forêts. Ce n’est plus la "nature dans un désordre absolu, il semble que sa force et sa grandeur lui aient permis de répandre une sorte de régularité imposante dans le pêle-mêle de la végétation. Les arbres , en s’élevant à une hauteur dont les regards sont fatigués, ne permettent plus aux faibles arbrisseaux de croître. Alors la voûte des forêts s’agrandit ; les troncs énormes qui la supportent forment d’immenses portiques, en étalant majestueusement leurs branches : ces branches elles-mêmes sont chargées à leur sommet d’une foule de plantes parasites , dont l’air semble être le domaine , et qui viennent mêler orgueilleusement leurs fleurs aux feuillages les plus élevés. Née souvent près d’un humble cactus, une liane entoure en serpentant l’arbre immense qu’elle étreint pour la vie , elle le couvre de ses guirlandes , l’unit à tous les grands végétaux qui l’environnent, et va braver l’éclat du jour, avant d’embellir

BRÉSIL. 59

la mystérieuse obscurité qui règne toujours au sein des grands bois d’Amérique.

Dans les forêts moins majestueuses, où les rayons du soleil pénètrent aisément , on découvre dans les formes de la végétation une variété inouïe , une abondance inconnue aux autres rédons. Mais ici l’œil du naturaliste devient plus nécessaire , et il y a dans jcette grâce majestueuse des beautés que la science peut seule révéler.

« La vie , la végétation la plus [abondante , dit un voyageur, sont répandues partout ; on n’aperçoit pas le plus petit espace dépourvu de plantes (*). Le long de tous les troncs iid’arhre , on voit fleurir , grimper , s’entortiller, s’attacher les grenadilles, les caladium, les dracontium, les poivres, les bégonia, les vanilles, diverses i fougères , des lichens , des mousses d’espèces variées. Les palmiers, les mélastomes , les bignonia , les rhexia, i les mimosa , les inga , les fromagers , les houx , les lauriers , les myrtes , les eugenia, les jacaranda, les jatropha, i les vismia , les quatélés , les figuiers, et mille autres espèces d’arbres , la plupart encore inconnus , composent le massif de la forêt. La terre est jonchée de leurs fleurs, et l’on est embari rassé de deviner de quel arbre elles sont tombées. Quelques-unes des tiges ; gigantesques , chargées de fleurs , paraissent de loin blanches, jaune foncé, rouge éclatant , roses , violettes , bleu de ciel. Dans les endroits marécageux, s’élèvent en groupes serrés sur de longs pétioles, les grandes et belles feuilles elliptiques des héliconia, qui ont quelquefois huit à dix pieds de haut , et sont ornées de fleurs bizarres rouge foncé et couleur de feu. Sur le point de division des branches des plus grands arbres , croissent des bromélias énormes , à fleurs en épis ou en panicules, de couleur écarlate ou de teintes également belles. Il en descend de grosses touffes de racines semblables à

(*) Voy. le prince Maximilien de Wied Neuwied , Voyage au Brésil , trad. par M.

Eyriès, t. II , p. 370.

des cordes , qui tombent jusqu’à terre et causent de nouveaux embarras aux voyageurs. Ces tiges de bromélias couvrent les arbres jusqu’à ce qu’elles meurent , après bien des années d’existence, et déracinées par le vent, tombent à terre avec grand bruit. Des milliers de plantes grimpantes de toutes les dimensions, depuis la plus mince

Œ’à la grosseur de la cuisse d’un tie, et dont le bois est dur et compacte, des bauhinia , des banisteria, des paullinia et d’autres s’entrelacent autour des arbres , s’élèvent jusqu’à leurs cimes, où elles fleurissent et portent leurs fruits, sans que l’homme puisse les y apercevoir. Quelques-uns de ces végétaux ont une forme si singulière , par exemple certains banisteria , qu’on ne peut pas les regarder sans étonnement. Quelquefois le tronc autour duquel ces plantes se sont entortillées tombe en poussière ; l’on voit alors des tiges colossales entrelacées les unes avec les autres , en se tenant debout, et l’on devine aisément la cause de ce phénomène. Il serait bien difficile de peindre ces forêts , car l’art restera toujours en arrière pour les dépeindre. »

Mais après avoir envisagé les grands traits de ce vaste tableau , si nous portons nos regards sur les détails , fadmiration s’accroîtra encore. La variété des arbres rassemblés dans un endroit circonscrit émerveille toujours l’Européen , et , comme l’a dit un savant observateur, ce n’est pas sans surprise qu’on peut estimer à 60 ou même à 80 le nombre des grands végétaux d’espèces différentes qu’il est probable de rencontrer dans un quart de lieue carrée (**).

Je ne parlerai cette fois ni des bois admirables d’ébénisterie qu’on rencontre à chaque pas dans ces vieilles forêts, ni des arbres immenses qui peuvent fournir aux besoins de la construction civile et navale (*). Je

(*) Voyez Freycinet , Voyage autour du monde , t. I.

(**) Je rappellerai cependant en quelques mots ceux dont l’usage est le plus générale-

L’UNIVERS

continuerai à envisager la végétation sous son aspect pittoresque.

Trois formes principales frappent surtout par leur élégance ou par leur majesté, les Européens qui ne sont pas encore familiarisés avec la nature des régions équinoxiales : je veux parler des palmiers , des fougères arborescentes et des bananiers. Comme le dit M. de Humbolt, les bananiers ont accompagné l’homme dans l’enfance de sa civilisation , et c’est dans leurs fruits que repose la subsistance de tous les habitants des tropiques. Aussi les regards le cherchent-ils avec un sentiment d’admiration reconnaissante, sur les bords humides des ruisseaux où il déploie ses larges feuilles satinées , dans le voisinage des habitations où il offre son [régime nourrissant. Le bananier croît à l’air libre : on peut le rencontrer sur la lisière des forêts; mais ses groupes charmants aiment à se laisser dorer par les rayons pénétrants du soleil. On ne les rencontre guère au centre des grands bois, l'ombre leur serait mortelle. Les palmiers forment une famille innombrable, qui sait partout conquérir la lumière, et qu’on admire aussi bien sur les bords de l’Océan que dans la profondeur des forêts. Comme dans

ment répandu. Le parobavermelha, l’oïticica, le sicupiramirim , fournissent des courbes admirables ; on fait des bordages de bâtiments énormes et incorruptibles avec le vinhatico , l’angelim , le jacaranda , l’oleo amarello; les meilleures poulies se fabriquent avec le jatauba, l’oïticica , l’arco verde et le sicupiramirim. Malgré cette abondance de matériaux utiles, les bois de mâture du Brésil ne réunissent pas en général toutes les qualités requises. Pour la charpente civile proprement dite , nous citerons le gangirana , le cupiiba , le goyabeira do mato , le guiri, qui fournit un bois d’un violet sombre , le jetahy amarello, qui sert également aux constructions civiles et aux constructions navales, le mangue bravo (manguier sauvage ) , dont on fait des poutres excellentes , le merendiba, qu’on regarde comme un des meilleurs bois de charpente et de menuiserie , de même que le pao ferro, bois de fer dont on donne le nom abusivement à plusieurs espèces très-différentes.

le reste de l’Amérique méridionale , ce sont au Brésil les palmiers qui fournissent les exemples de la plus grande hauteur à laquelle puissent parvenir les végétaux (*). Il y a près de trente ans , le grand voyageur auquel on doit les Tableaux de la nature, s’écriait, dans son enthousiasme pour les formes majestueuses de ces beaux arbres :

« Qu’il serait intéressant l’ouvrage qu’un botaniste publierait sur ces végétaux , si , pendant son séjour dans l’Amérique du Sud , il s’occupait exclusivement de leur étude ! » Le vœu de M. de Humboldt a été accompli, et c’est le Brésil, à lui seul, qui a fourni les plus belles variétés (**).

Malgré cette profusion d’espèces , le palmier le plus utile , et peut-être le plus répandu , n’est pas indigène du Brésil; le cocotier, connu le lon<* de la cote sous le nom de Coco de Bahia, est cultivé seulement depuis le 18° de latitude sud jusqu’à Pernambuco. Le territoire de Rio de Janeiro lui est très-peu favorable ; mais il réussit admirablement dans les environs de San Salvador; et sans qu’on en tire tous les avantages qu’on sait en obtenir dans les îles de l’Océan indien , il sert à une foule d’usages, et il est devenu la parure la plus majestueuse des campagnes qui bordent la mer.

Mais comment essayer de retracer, même dans une peinture rapide , les formes infinies qu’affecte le palmier du Brésil et de l’Amérique méridionale? comment exprimer l’effet imposant ou gracieux qu’il produit dans le paysage ? Pour me servir des expressions d’un savant naturaliste, la tige est tantôt difforme et trèsépaisse, tantôt elle est faible et n’a que la consistance du roseau; ou bien elle est renflée par le bas, ou lisse, ou écailleuse ; des différences caractéristiques sont placées dans les racines, qui, très-saillantes hors de terre , comme le figuier, élèvent la tige sur une es-

(*) Le palmier à cire, que M. de Humbolt a découvert sur les Andes, atteint la hauteur prodigieuse de 160 à 180 pieds.

(**) Martius, Monographie des palmiers, i vol. in-f°, fig. color.

BRESIL

èce d’échafaudage , ou l’entourent en ourrelets multipliés; quelquefois la tige est renflée dans le milieu , et plus mince en dessus et en dessous. Mais c’est surtout le feuiüage et ses innombrables variétés qui donnent au palmier son aspect pittoresque. Parlerai-je du coco de Pindoba avec ses palmes immenses ? du piassaba , dont le spathe tombe en longs filaments ligneux et souples, que le vent agite quelquefois comme des voiles funèbres ? Dirai-je l’aspect du guiriri pissando, avec ses grappes pendantes de beaux fruits orangés? Nommerai-je l’airi-assu au port majestueux , l’aracui dont les palmes luisantes reflètent avec tant d’éclat les rayons du soleil ? Tous ces palmiers sont plus ou moins répandus dans l’intérieur ou sur les cotes. Mais

Ïmrmi ces espèces , je citerai surtout e cocos capitata, qui semble plus spécialement appartenir aux provinces du nord, dont il est un des plus beaux ornements; le manicaria saccifera, cette belle plante monocotylédone dont le spathe dans son énorme dilatation offre une espèce de bonnet conique; le murichi ( mauritia vinifera ) dont les voyageurs ne se lassent point de vanter l’élégance et l’utilité. Le palmier murichi est , comme on l’a dit avec raison , une plante essentiellement sociale ; il croît par groupes jusqu’au sein des eaux, et il suffit quelquefois à lui seul aux besoins d’une tribu entière. La nation des Guaraons, qui habite les terres noyées de l’embouchure de l’Orenoque, non seulement fait usage de son bois durable pour la construction de ses habitations aériennes qu’elle établit sur les arceaux du manglier, mais elle obtient une fécule nourrissante de sa moelle , un vin agréable de sa sève; elle recueille ses fruits nombreux ; et une larve, qu’on sert même comme un mets exquis sur la table de certains colons , achève d’animer ses festins, dont l’abondance repose sur un seul arbre.

Après le palmier et le bananier, le végétal qui déploie les formes les plus élégantes est sans contredit la fougère arborescente. Cette plante» toujours

si humble dans nos climats , atteint , dans quelques forêts du Brésil , une hauteur de trente-cinq pieds , et alors l’analogie de son aspect avec le palmier est frappante; mais son tronc raccourci et raboteux est presque toujours moins élancé, tandis que son feuillage transparent laisse voir de légères dentelures. En général , les hauteurs sont la véritable patrie de la fougère arborescente, et il est plus rare de la rencontrer en groupes nombreux dans les vastes forêts du bord de la mer. On ne saurait lui opposer pour l’élégance que les bouquets flexibles du bambou.

Mais après avoir suivi dans tout leur développement les formes majestueuses de ces grandes végétaux, si différentes de celles qu’on rencontre sous nos climats, le regard interroge curieusement l’aspect bizarre de certains arbres , les teintes éclatantes de certains feuillages. S’il aperçoit le tronc isolé d’un barrigudo (*), auquel le temps a enlevé sa cime , il peut croire que c’est un immense fût de colonne, reste de quelque ruine qui s’élevait dans la solitude. Le barrigudo a souvent beaucoup plus de deux brasses de circonférence ; il grossit à peu de distance de la terre , et il diminue à la manière d’un fuseau vers sa partie supérieure. Quelquefois l’arbre atteint une grande élévation, et cependant il ne présente pas un seul rameau. En d’autres circonstances, il mérite davantage le surnom scientifique qui lui a été imposé , et le barrigudo de Minas Novas acquiert son énorme renflement à quelques pieds du sol, ce qui lui donne quelque chose de vraiment grotesque au milieu des richesses infinies de la végétation. Mais quelle que soit l’élévation du barrigudo , un bouquet de branches presque horizontales le termine à son extrémité. Son écorce

(*) Voy. Aug. Saint-Hilaire, Voyage dans l’inlérieur du Brésil. Le barrigudo appartient plus spécialement à la végétation peu élevée des catingas. Son extrême singularité nous a engagé à nous arrêter un peu plus sur sa description que sur celle de quelques autres végétaux. Une des planches fera mieux connaître encore la bizarrerie de sa forme.

L’UNIVERS

roussâtre et luisante est quelquefois chargée de tubercules gris , reste des épines dont l’arbre était couvert avant qu’il eût reçu tout son accroissement.

Le barrigudo joue un grand rôle dans l’économie domestique des Botocoudos , des Puris et de quelques autres nations indiennes. Son bois est excessivement tendre : on en fabrique trèspromptement des vases pour conserver le caouin , et l’on y creuse même des pirogues qui peuvent durer plusieurs mois. Ces rouelles légères qui ornent d’une manière si étrange les lèvres des Botocoudos , sont taillées dans le centre de l’arbre. L’imburana , dont le tronc est généralement incliné, conserve aussi cette forme bizarre.

Quoique l’on s’exagère peut-être l’abondance des fruits qui croissent spontanément dans les campagnes ou dans les forêts, il y en a un assez grand nombre que la culture pourra perfectionner. Sans parler des arbres fruitiers qui sont communs à presque toutes les contrées des tropiques, et qui ont dû être transportés des Indes orientales ou de la côte d’Afrique , le Brésil compte certaines espèces essentiellement propres au pays , et que le voyageur rencontre encore dans les lieux les moins cultivé?. Parlerai-je du jabuticabeira , avec ses longues grappes rafraîchissantes ? du cajueiro dont les pommes dorées et vermeilles fournissent encore un vin enivrant? de l’araça qui rappelle un peu le parfum de la fraise , et qu’on trouve dans tous les bois? Nommerai-je les diverses espèces de gouyaves , la mangave au jus odorant , le bacopari , le mutamba , le cagaitlira aux feuilles de myrte?

Qui n’a point remarqué mille fois la pitanga vermeille, qu’on pourrait appeler la cerise de l’Amérique , et qui croît dans tous les halliers des environs de San Salvador? le grumijama qu’on rencontre si fréquemment dans les campagnes de Rio de Janeiro? La prune monbin , le jambosier aux fruits parfumés comme la rose, croissent aussi sans aucun soin. Viennent ensuite plusieurs sortes d’ingas ; la jatoba, qui est une légumineuse ; le borulée; qu’on

range parmi les urticées ; le genipapo , dont nous parlerons plus tard et qui , outre un fruit mangeable , fournit une teinture noire employée comme ornement par toutes les nations. Le guabiroba , l’andaïa , le bority ont aussi leur utilité, et se rangent parmi les palmiers. Mais, sans contredit, entre tous ces arbres à fruit , qui n’exigent aucune culture, et dont plusieurs même croissent dans les forêts, le plus magnifique et le plus curieux est le quatélé (< lecythis ollaria) , qu’on rencontre dans tous les bois de la région orientale et du nord, et qu’on distingue bien vite, à son port imposant et aux teintes rosées de son feuillage. Rien ne peut rendre l’effet admirable que produit, au milieu des pao d’arco, des copahfba, des vinhatico, des vasco d’arruda, des sucupira, un quatélé gigantesque qui élève son dôme rose au-dessus des plus grands arbres de la forêt. Ce feuillage, qui conserve sa beauté sous la zone la plus ardente, semble se développer de préférence au sein des forêts qui bordent les grands fleuves de l’Amérique, pour unir, par ses magnifiques harmonies, les teintes trop éclatantes de la verdure équinoxiale aux richesses de ces fleurs qui n’ont rien d’égal sous aucun climat* Mais le quatélé, plus connu au Brésil sous le nom de sapoucaya, n’est pas seulement un arbre admirable par son port et par son feuillage ; bien que la culture ne se soit pas encore occupée de le multiplier, il est aussi précieux aux hordes sauvages qu’il est utile aux animaux. Ainsi que l’indique le nom que lui a imposé la science, l’enveloppe extérieure de ses fruits a la forme d’un vase, ou plutôt celle d’une marmite de petite dimension. Une espèce de couvercle la ferme hermétiquement ; et quand la saison est arrivée, vous trouvez dans l’intérieur des espèces de châtaignes rangées symétriquement, qui m’ont paru réunir dans leur goût délicieux la saveur du marron au goût plus fin de notre amande. Vers l’époque où le sapoucaya est chargé de ses fruits, des bandes nombreuses de singes s’élancent sur ses branches robus-

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tes, où leur agilité leur a bientôt fait découvrir ce fruit merveilleux qui croît presque toujours en abondance.

On dit qu’alors la gloutonnerie l’emporte chez ces animaux sur l’adresse qui les distingue, et que si l’un d’eux, après avoir fourré sa main dans le vase naturel du sapoucaya, veut la retirer chargée de fruits, il s’irrite avec les gestes les plus comiques, de la résistance qu’il éprouve, sans pouvoir se décider à abandonner momentanément une partie de sa proie. Rien n’est plus curieux que de voir avec quelle rapidité les sauvages des diverses tribus grimpent au sommet de cet arbre gigantesque, quand ils en rencontrent un qui n’a point été dépouillé ; ils égalent alors en promptitude les Guaribas les plus agiles , et l’on comprend parfaitement comment ils ne peuvent être arrêtés par aucun de ces obstacles qu’on rencontre souvent dans les forêts primitives. Le quatélé n’est pas seulement utile par ses fruits; son bois, d’un violet clair, est dur et pesant , et on l’emploie dans l’architecture navale. Quelquefois on le désigne sous le nom de pao d’estopa, et l’espèce d’étoupe qu’on trouve sous son écorce est précieuse aux Indiens , qui l’emploient à plusieurs usages. Au défaut de hamac , ils s’en servent même en guise de matelas.

Mais puisque nous sommes dans les grandes forets, je citerai encore un arbre utile aux Indiens et dont le nom est devenu célèbre en Europe, bien qu’on n’attache que les idées les plus vagues à ses qualités et à sa pesanteur spécifique. Au Brésil, la dénomination de bois de fer, ou pao ferro , s’applique improprement à diverses espèces de bois de charpente , qui diffèrent néanmoins de la manière la plus étrange entre elles par les caractères scientifiques , et, comme on l’a très-bien fait observer, même quelques-uns sont si légers , qu’il peut paraître bizarre de leur voir appliquer ce nom. L’arbre qui le mérite à plus juste titre est celui qu’on appelle ibiriratea et antenilha ; son bois est d’un brun obscur tirant sur le noir; il s’élève à environ treize mètres. Son

grain est serré, susceptible du plus beau poli, et sa pesanteur spécifique est telle que les Indiens en choisissaient rarement d’autre pour fabriquer ces terribles tacapes, qui servaient, dans les combats , à la fois de hache d’arme et de massue.

Sans doute, si plus d’espace nous était accordé , nous aimerions à passer en revue toutes les magnificences végétales des forêts : jusqu’à ce jour, c’est le véritable luxe du Brésil; c’est ce qui peut remplacer aux yeux des Européens ces merveilles de l’art qui n’ont pas encore eu le temps d’éclore ; mais chaque détail de ce vaste tableau épuiserait pour nous les formules de l’admiration; et pour donner une idée de la vie active, de l’abondance vraiment miraculeuse qui règne dans ces grandes forêts , il suffit de répéter avec le prince de Neuwied , que souvent les branches d’un seul arbre sont couvertes d’une telle multitude de fleurs, de fruits et de végétaux , étrangers à l’arbre lui-même, qu’ils peuvent arrêter aussi long-temps les regards du voyageur, que la forêt qu’on vient d’admirer et dont les richesses infinies semblent ne pouvoir jamais s’épuiser.

Si les Brésiliens sont prudents dans leur système de culture; s’ils écoutent la voix prévoyante d’un voyageur qui a parcouru leurs forêts avec toutes les prévisions de la science , et ui craint l’anéantissement irréfléchi e ces bois séculaires qu’on voit manquer déjà dans certains districts de l’intérieur , que de richesses pour les arts et pour l’industrie! Ici, ce sont des bois précieux d’ébénisterie , tels que le jacaranda et le pao setim , dont l’acajou et nos bois indigènes ne sauraient approcher, et qu’on recherchera toujours en Europe pour les meubles les plus élégants, tandis que les fortunes les moins considérables en feront usage au Brésil. Là, on découvre des gommes précieuses, des résines dont les vertus sont encore ignorées; des plantes qui doivent fournir certaines teintures plus durables et plus éclatantes peut-etre que celles dont on s’est servi jusqu’à ce jour, parce que i’ex-

L’UNIVERS

ploitation en était aisée. Que dis-je!

la médecine trouvera infailliblement des remèdes nouveaux. Qu’on jette seulement un regard sur le bel ouvrage où M. Auguste de Saint - Hilaire a examiné les plantes utiles du Brésil, qu’on suive MM. Spix et Martius dans leurs ex-cursions botaniques, au sein de Goyaz, de Mato-Grosso et du Para, et l’on demeurera convaincu que nulle contrée du globe ne renferme autant de végétaux propres au progrès de la médecine et de l’industrie. A mesure que chaque localité importante nous passera sous les yeux, nous jetterons un coup d’œil sur sa végétation et sur le genre de culture qui lui est propre ; c’est le seul moyen de ne pas répandre des idées fausses sur les richesses végétales d’un pays dont l’étendue est si vaste que ses productions diffèrent peut-être plus entre elles, ainsi que l’a dit un savant botaniste , que les régions de l’Amérique du nord ne sont opposées aux campagnes de laNouvelle-Hollande ou de la terre de Van-Diemen.

Sans nous arrêter donc à contempler plus long-temps les forêts vierges , nous dirons qu’au milieu de ces arbres , il y en a un dont nous ne saurions passer la description sous silence ; c’est l’hirapitanga ou pao do Brazil (cæsalpina) , qui a presque disparu des lieux où il fut le plus répandu , mais qu’on trouve encore en abondance dans les forêts inexplorées , et qui fut dès l’origine de la découverte l’objet d’un trafic trop considérable entre f Amérique et la métropole, pour que nous ne lui donnions pas une place dans ces généralités. Comme ce fut, au XVIe siècle, le commerce dont il était devenu l’objet qui encouragea en quelque sorte les Européens à la colonisation de ces contrées , nous pensons que le lecteur sera bien aise de savoir combien peu les indigènes attachaient d’importance à son exploitation , et nous laisserons parler un vieux voyageur, dont la naïveté est aimée parles historiens, comme son exactitude est reconnue par les naturalistes (*).

{*) Nous ajouterons qu’aujourd’hui on

« Entre les arbres les plus célébréz et cogneus maintenant entre nous, le bois de Brésil (duquel ceste terre a prins son nom à nostre esgard), à cause de la teinture qu’on en fait, est des plus estimez. Cest arbre doncques , que les sauvages appellent araboutan , croist communément aussi haut et branchu que les chesnes qui sont es forets de ce pays : et s’en trouue que ont le tronc si gros, que trois hommes ne sauroyent embrasser un seul pied. Quant à la fueille, elle est comme le buys : toutesfois , de couleur tirant plus sur vert gay, et ne porte aucun fruit

«Durant le temps que nous auons esté dans ce pays là , nous auons fait de beaux feux de ce bois de Brésil :

j’ai obserué que n’étant point humide comme les autres arbres , ains comme naturellement sec, qu’il ne fait que bien peu , et presque point du tout de fumée en bruslant. Je dirai dauantage qu’ainsi qu’vn iour vn de nostre compagnie se voulant mesler de blanchir nos chemises , sans se douter de rien , mit des cendres de Brésil dans la lessiue, qu’au lieu de les faire blanches , il les fit si rouges , que quoy qu’on les sceust lauer puis après , il n’y eut ordre de leur faire perdre ceste couleur, de façon qu’il nous les fallut ainsi vestir et vser.

« Au reste , parce que nos Tououpinambaoultz sont fort esbahis de voir prendre tant de peine aux François , et autres de lointains pays, d’aller quérir leur araboutan , c’est à dire Brésil : il y eut vne fois vn vieillard d’entr’eux qui sur cela me fit telle demande : —

distingue trois espèces de bois du Brésil , le brazil mirim , le brazil assou et le brazileto : ils donnent tous trois une teinture plus ou moins estimée. C’est néanmoins celle du brazil mirim qu’on préfère dans les ateliers de teinture. L’ibirapitanga n’existe plus qu’en très-petite quantité dans le Pernambuco, où son commerce était le plus étendu. La vente des trois espèces était réservée naguères à la couronne, et la contrebande en était sévèrement punie. Si le pao do Brazil n’était pas si précieux pour un genre d’industrie , il serait excellent à employer dans la construction , et l’on prétend qu’il acquiert dans l’eau une nouvelle dureté.

BRESIL

« Que veut dire que vous autres Mair et Peros (c’est à dire François et Portugais ) veniez quérir de si loin du bois pour vous chauffer ? N’en y a t’il point en vostre pays? » A quoy luy ayant resjpondu qu’ouy et en grande quantité , mais non pas de telle sorte que les leurs, ni mesmes du bois de Brésil, lequel les nostres n’emmenoyent pas pour brusler comme il pensoit, ains comme eux mesmes en usoyent pour rougir leurs cordons de cotons , plumes et autres choses, pour faire de la teinture. Il me répliqua soudain : — «Voire; mais vous enfant iltant ?»Ouy, luy disje, car (en luy faisant trouuer bon) y ayant tel marchant en nostre pays qui a plus de frises et de draps rouges , voire mesmes (m’accomodant à luy parler de choses qui luy fussent cogneues) de cousteaux, ciseaiix, mirouers , et autres marchandises que vous n’en auez minais veu par deçà, il achètera luy seul tout le bois de Brésil, dont plusieurs nauires s’en retournent chargez de ton pays. — Ah, ah ! dit mon sauuage , tu me contes merueilles. Puis ayant bien retenu ce que ie luy venois de dire, m’interroguant plus auant dit : Mais cest homme tant riche dont tu me parles , ne meurt il point? — Si fait, si fait, lui di je, aussi bien que les autres. Sur quoy (comme ils sont grands discoureurs et poursuyuent fort bien un propos iusques au bout) il me demanda derechef : — Et quand doncques il est mort, à qui est tout le bien qu’il laisse ? — A ses enfans s’il en a, et au défaut d’iceux à ses frères , ses sœurs , ou plus prochains parens. — Vraiment, me dit lors mon vieillard (nullement lourdaut) : à ceste heure cognois ie que vous autres Maïr (c’est à dire François) , estes de grands fols : car vous faut il tant travailler à passer la mer sur laquelle (comme vous nous dites estans arriuez pardeça) vous endurez tant de maux, pour amasser des richesses ou à vos enfans , ou à ceux qui surui lient après vous? La terre qui nous a nourris, n’est elle pas aussi suffisante pour les nourrir ? Nous auons (adiousta-t-il) des parens, et des enfans, lesquels, comme tu vois, aimons et chérissons : mais parceque nous nous

5e Livraison. (Bkf.stl.)

asseurons qu'après notre mort, la terre qui nous a nourris les nourrira, sans nous en soucier autrement, nous nous en reposons sur cela. » Voila sommairement et au vray le discours que j’av entendu de la Douche d’vn pauvre sauuage amériquain. »

Des lianes. Nous ne quitterons pas ces considérations sur l’aspect pittoresque des arbres du Brésil, sans parler d’une famille de plantes dont l’industrie sauvage tire déjà de nombreux avantages, et qui donnent aux forêts équinoxiales un caractère dont rien ne saurait approcher dans nos contrées. Au Brésil, les lianes portent dans toutes les provinces le nom générique de cipo. A moins d’avoir parcouru les grands bois de l’intérieur ou de la cote orientale, il est impossible d’imaginer l’aspect sauvage et grandiose que donnent certaines lianes aux paysages : variées à l’infini dans leur port, dans leur feuillage, dans la manière dont elles vont jeter capricieusement leurs bras gigantesques au milieu des arbres séculaires que leur étreinte fait quelquefois mourir ; interrompues souvent dans leur croissance par des rochers qu’elles recouvrent de fleurs, pour aller se jouer au sommet des plus grands arbres avant de redescendre en longs filaments , partout elles offrent l’aspect le plus bizarre et presque toujours une végétation pleine d’élégance. Ici c'est une multitude de cordages, pendants, entremêlés, semblables aux manœuvres embarrassées d’un vaisseau ; là, ce sont des jets verdoyants , balançant leurs guirlandes fleuries et servant de retraite aux oiseaux, qui souvent se plaisent à y placer leur nid, abandonné presque toujours alors aux brises de la forêt; plus loin, vous voyez comme un reptile à la peau bronzée , qui grimpe en tournoyant le long d’un sicupira immense ou d’un vinhatico, pour se cacher dans la sombre voûte que forment les branches en se courbant; partout c’est un luxe de rameaux entremêlés de fleurs détachées en guirlandes , qui atteste la force de la végétation et qui fait le luxe des forêts.

L’UNIVERS

Quelquefois quand ces cipos gigantesques crofssent aux bords d’un petit lleuve et qu’un vinhatrco robuste leur sert de soutien , l’industrie du coton tresse ses grands rameaux flexibles, elle leur fait décrire une courbe immense au-dessus du fleuve , et bientôt le chasseur s’y balance d’un pied assuré. Un pont de lianes, clans ces contrées désertes, est un bienfait inattendu , qu’on doit quelquefois à une famille isolée ou à une tribu sauvage et que bénit toujours le voyageur.

Plantes alimentaires. Au premier rang nous citerons le manioc (jatroplia manihot) , dont il existe, dit.on , trente-cinq variétés , et qui forme la base de la nourriture des habitants du littoral; l’igname, racine dont on distingue plusieurs espèces ; diverses plantes de la famille des aroïdes, qui fournissent un aliment excellent; le maïs, que les anciens indigènes cultivaient déjà en abondance, et qui offre tant de ressource à l’habitant de l’intérieur; le froment (*), qu’on multipliera par la suite, et qui croît parfaitement à Minas et dans les contrées du sud ; le riz, qui vient à l’état sauvage, dans les vastes plaines inondées par le Paraguay, et dont la culture prospère dans toute l’étendue du Brésil. Au nombre des plantes alimentaires les plus répandues, nous admettrons les harioots de diverses espèces (fejoes), qui , avec le maïs, servent de base à la nourriture de l’habitant des mines, et le mandubin ( arachys ) , espèce de pistache terrestre d’un goût assez agréable, qu’on mange presque toujours torréfiée, et qui est propre surtout à certaines localités du littoral. On récolte en outre, au Brésil, diverses espèces de légumes d’Europe qui prospèrent plus ou moins selon les latitudes.

Canne a sucre. La canne à sucre est indigène du Brésil, et si l’on s’en rapporte à la Corogrqfia brasilica , elle

(*) J’ai de la peine à croire , dit M. de Saint-Hilaire, que le blé transporté du Portugal en Amérique n’ait pas éprouvé quelques modifications dans ses caractères.

croît spontanément dans la province de Mato-Grosso. On cultive maintenant généralement deux espèces de cannes : la canne créole ( cana crioula ) , qui fut apportée, en 1531, de Madère par Martin Affonso de Souza, et la canne de Cayenne (cana cayana), qui n’est autre chose que la canne d’Otahiti, introduite par le général portugais Narciso, il y a quelques années.

Cafier. Cet arbrisseau , qui offre maintenant une branche si importante de commerce, surtout pour la province de Rio de Janeiro , ne commença guère à être cultivé que vers 1770'; longtemps il a été peu estimé dans les divers ports de l’Europe; mais on apporte maintenant plus de soin à sa dessiccation, et il commence à acquérir une réputation qu’on lui refusait il y a seulement une trentaine d’années.

Cacaotier. Bien que le cacaotier réussisse admirablement dans certaines provinces du nord, et qu’il croisse même spontanément sur les rives du Rio-Negro , de la Madeira et même du fleuve des Amazones, on ne saurait dire que sa culture soit d’une haute importance pour le Brésil. Avec un peu de soin il donnerait des récoltes excellentes dans la plupart des terrains de la côte orientale, et il est déjà cultivé avec succès dans l’ancienne capitainerie des Ilheos. Son existence au Brési l présente cette particularité qu’on l’a vu remplacer les espèces monnayées dans une province du nord ; à San- Luiz de Maranham , dit-on, les amandes de cacao ont été employées comme échange dans les transactions commerciales qui n’offraient pas une grande importance.

Tabac. Les Tupinambas connaissaient cette plante sous le nom de Petun ; ils en faisaient , comme on l’a vu, un grand usage dans leurs cérémonies politiques et religieuses. Lors de la découverte de l’Amérique, le petun était connu àl’île de Saint-Domingue, et l’on peut voir dans Oviedo la représentation de l’instrument grossier que les indigènes nommaient Tobacco , calumet étrange qui leur servait à aspirer la poussière de cette plante sechée

BRÉSIL

avec soin. Au Brésil, elle n’était dans l’origine employée qu’en cigares; mais, dès le principe, sa culture fut adoptée par les Européens, et elle. devint bientôt un objet important pour le commerce. extérieur, surtout quand Raleigh eut fait connaître les propriétés du petun , qu’il rapporta probablement des bords de l’Orenoque, lorsqu’on le vit remonter ce fleuve pour chercher la ville fabuleuse de Manoa. Au Brésil, on cultive surtout le tabac avec succès dans les plaines fertiles qui s’étendent aux environs de San-Salvador , où il est l’objet d’une importante exportation. J’ignore si on l’a déjà fait remarquer, mais il est infiniment probable que les premiers plants de tabac, cultivés en France, étaient d’origine brasilienne. Lorsque le célèbre Nicot fut envoyé à Lisbonne pour y remplir une mission diplomatique, il parvint en surmontant de grandes difficultés à se procurer quelques graines de petun , et, à son retour, il en répandit si bien l’usage en France, que le tabac porta d’abord son nom ; plus tard cette dénomination fut remplacée par celle que les Espagnols avaient adoptée dès l’origine, et qui leur venait primitivement des anciens peuples de Saint -Domingue.

Coton. Le cotonnier est indigène du Brésil , et il est probable que , sans en faire l’objet d’une culture particulière, les Indiens s’en servaient comme de diverses plantes textiles pour fabriquer des hamacs et de petits filets de chasse semblables à ceux qu’emploient encore aujourd’hui les Machakaîis, les Puris, les Mongoyos, et tant d’autres nations du littoral ou de l’intérieur. Dès la fin du XVIIe siècle , ies colons sentirent l’importance commerciale dont le coton pouvait être, comparé aux produits du même genre qu’on exportait de l’Inde. Vers le milieu du siècle suivant , la culture s’en propagea d’une manière rapide; elle réussit surtout dans le district des Alagoas , qui faisait partie de la province de Pernambuco, et l’on pourrait dire que ce fut à la supériorité des produits de ce district que les cotons

brésiliens durent primitivement leur réputation dans les divers ports de l’Europe. La culture du coton réussit généralement dans la capitainerie du Maranham ainsi qu’à Minas-Geraes. Depuis quelques années il est devenu une branche productive de commerce pour le pays encore si peu peuplé de Minas Novas , dont il lait déjà la richesse principale, et où ses produits, sont presque égaux en beauté à ceux de Pernambuco. Du reste, en cette circonstance comme en tant d’autres , le Brésil ignore encore quels sont ses véritables intérêts , et pour faire connaître ce que peut devenir un jour cette culture si importante, il suffira de répéter ici les paroles du savant Auguste de Saint-Hilaire. « Le coton est cultivé depuis le nord du Brésil jusqu’à la Serra das Fumas sur les délicieux plateaux des Campos-Geraes ,* mais au-dessus de ce plateau, la culture du gossypium s’étend jusque dans le voisinage" de Porto-Alegre. On ne saurait croire que dans une étendue de terrain aussi immense, il n’existe pas une fouie d’espèces ou de variétés différentes; il serait digne, par conséquent, de quelque homme éclairé d’étudier ces espèces d’une manière systématique, et de rechercher lesquelles il convient le mieux de planter dans les différents sols et sous les diverses latitudes. »

Sans doute , si nous voulions offrir un tableau complet des plantes utiles au commerce et à l’industrie, il faudrait encore citer le cucheri et le pechurim , ces beaux arbres du Para dont les produits sont connus en Europe sous le nom de toute épice ; il faudrait décrire la cana listula, ou casse de nos pharmacies, qui croît en si grande abondance sur les bords du San-Francisco , que ses fleurs roses en couvrent le rivage pendant des lieues entières; il faudrait nommer ia salsepareille et l’ipécacuanha, dont la récolte pourrait être si abondante sur les rives de certains fleuves de la côte orientale (*) ; il

(") A ces plantes médicinales, j’ajouterai le strichnos ou pseuao-quina , qui peut rena-

es

L’UNIVERS

faudrait parler de la vanille, dont les produits sont encore trop grossiers pour être l’objet d’une exportation avantageuse, mais qui iront sans doute en se perfectionnant. Le cactus, qui nourrit la cochenille, pourrait nous arrêter. Mais en nommant la canne à sucre , le cafier, le cotonnier et la plante qui fournit le tabac, nous avons désigné les végétaux qui jusqu’à présent font la richesse réelle de ce beau pays, et nous allons essayer de faire connaître les animaux les plus curieux qui parcourent son immense étendue.

Animaux sauvages et domestiques. On pourrait, à la rigueur, appliquer à la zoologie du Brésil ce qui a été dit plus haut sur ses productions végétales et sur leur variété infinie par rapport aux localités. Cependant il y a un certain nombre de grands quadrupèdes qu’on chasse sur toute l’étendue de la côte et dans les vastes forêts de l’intérieur. Quelques - uns d’entre eux ont été évidemment repoussés de certaines parties du littoral par les populations européennes. C’est ainsi qu’on ne rencontre plus guère aux environs de Rio de Janeiro, de Bahia et de Pernambuco, ni tapirs, ni jaguars, ni singes de la grande espèce , quoiqu’à quinze ou vingt lieues de ces villes importantes on puisse en apercevoir quelques-uns, surtout si on s’éloigne d’une population un peu considérable. Pénétrons donc dans quelque forêt de la cote orientale, ou suivons les rives inexplorées de quelque affluent de l’Amazone, et nous y verrons encore venir s’abreuver aux eaux du fleuve les animaux les plus divers ; nous pourrons répéter encore avec l’Indien qui guidait M. de Humboldt à travers les forêts de la Guyane Espagnole : Es como el paraiso , c’est comme un paradis terrestre. Nous ob-

placer le quinquina du Pérou ; le cha de pedestre ou faux thé, que quelques personnes préfèrent au thé véritable ; le para todo, qui est, comme son nom l’indique, une sorte de panacée universelle aux yeux des habitants; le craveiro da terra qui peut remplacer une foule d’épiceries.

serverons d’abord Vanta aux formes massives , au mufle allongé , que les indigènes connaissaient sous le nom de tapir-assou, et qui est le plus gros animal de l’Amérique du sud (*); puis ce sera le jaguar, cette belle panthère d’Amérique , dont le prince de Neuwied a si bien réhabilité le courage, et dont M. Lacordaire a peint les mœurs avec tant de bonheur: nous le verrons surprendre par la ruse jusqu’au plus agile des animaux. Le jaguarète ou tigre noir, le couguar, u’on â surnommé quelquefois le lion 'Amérique, le suçuarana, qui erre dans les mêmes parages , et qui n’est pas moins redoutable, nous apparaîtront encore en quête de quelque animal paisible ; puis le gato - murisco ou hyrara, le macroura à la longue queue, nous feront entrevoir combien les diverses espèces de cerfs, les paca, les agouti ou coutia , comptent d’ennemis dans ces animaux de rapine qui appartiennent au genre du chat.

Le loup du Brésil, qu’on nomme guara, n’est pas souvent un ennemi moins redoutable que ceux dont nous venons de rappeler ici les noms, et il se tient fréquemment derrière les touffes de mangliers , d’où il s’élance sur sa proie. Le guara, qu’on appelle aussi guaxinim , a dans les forêts son diminutif, et le cachorro do mato ou le chien des bois peut être considéré, avec deux autres espèces, comme le

(*) Les Indiens utilisaient sa peau épaisse en en fabriquant une espèce de rondache qui les garantissait de la tacape et de la flèche de guerre. Aujourd’hui encore les colons de l’intérieur attribuent à sa fourrure plus d’une vertu imaginaire, et pensent qu’en se couchant dessus, ils se guérissent de certaines maladies réputées incurables. Sa chair prend un goût désagréable dans quelques parages, et surtout dans les eatingas. Si j’en juge toutefois par celle dont j’ai mangé, elle ressemble beaucoup à la viande de bœuf ou de vache qu’on aurait mal nourris. A ceux qui voudraient des détails complets, non seulement sur le tapir américain, mais sur celui de l’Orient, nous signalerons un mémoire du docteur Rouliti , plein de science et d’intérêt.

BRÉSIL

vrai renard du Brésil. Rien n’est plus curieux et plus pittoresque que les différentes chasses qu’on fait dans l’intérieur à ces animaux, pour en débarrasser la contrée ou pour s’emparer de leur pelleterie. Dans les forêts impénétrables du Brésil, l’homme ne saurait poursuivre son ennemi comme dans l’Inde , avec tout l’appareil d’une fête guerrière , et presque toujours le plus terrible jaguar est tué par un seul chasseur. Si c’est un Indien, il ne craint pas de l’attendre dans quelque défdé impénétrable, et là il lui lance sa flèche barbelée avec une sûreté de coup d’œil qui émerveille toujours le voyageur ; mais rarement il le vise à la course. Il en est de même pour le descendant de l’Européen , ou pour le Noir qui habite les grandes forêts; ce que l’Indien fait par prudence, il le fait par économie. Dans ces grandes forêts éloignées de toute habitation importante , la poudre et le plomb sont choses trop précieuses, pour qu’on risque d’en perdre un seul coup , en tirant un animal à la course, ou un oiseau au vol. Ce n’est certes pas manque d’habileté, c’est manque volontaire d’habitude. En général , les fusils que possèdent les habitants de l’intérieur ont, comme tous ceux d’ancienne fabrique espagnole , un aspect oriental , qui leur donne la plus grande analogie avec ceux venant d’Alger. Ces fusils portent fort loin , et les chasseurs en font usage fort souvent avec une rare dextérité ; toutefois , par une raison qu’on ne saurait trop comprendre, ils ne se servent presque jamais de balles, même pour la chasse des animaux féroces ; et ils tirent indistinctement les oiseaux de grosseur moyenne et les grands quadrupèdes avec du plomb qu’on désigne en Europe , dans le commerce , sous le n* 0. L’humidité des grandes forêts est souvent un obstacle aux chasses périlleuses de l’intérieur, et je ne doute pas que les armes à nouveau système ne dépeuplent plus rapidement, d’animaux féroces, les forêts inconnues de l’Amazonie et du Mato-Grosso, qu’on ne l’a vu faire

jusqu’à présent aux hordes nombreuses dont elles sont habitées. Dès l’origine, les Indiens avaient certains moyens pour s’emparer des animaux sauvages , dont l’emploi a persisté , malgré la multiplication des armes à feu , et qui , par leur simplicité , tiennent du prodige aux yeux de l’Européen. C’est ainsi qu’à l’extrémité sud , dans la province de San Pedro , certains Indiens font encore usage de ces bolas , espèce de fronde qui enlace un animal dans sa course et qui l’empêche d’échapper. Dans la Banda orientale, voisine des anciennes possessions espagnoles, on jette encore le laço à la chasse du jaguar, et l’on citait , il y a une vingtaine d’années, une femme qui n’avait pas craint d’attaquer un animal terrible appartenant à cette espèce. Après l’avoir enlacé en courant à bride abattue , elle le traîna dans la plaine jusqu’à ce qu’il fût étranglé ; ce fut alors seulement qu’elle descendit de cheval, en un clin d’œil elle eut dépouillé le formidable animal de sa peau, et elle s’en fit une espèce de manteau, avec lequel on lui vit faire son entrée triomphale dans le village qu’elle habitait. On arle, dans l’intérieur, de chasseurs rés’iliens qui sont encore plus intrépides peut-être, et qui n’ont pas craint d’attaquer le jaguar avec la faca , espèce de couteau semblable à un poignard, ou avec une pique grossière dont ils se servent avec une rare intrépidité.

S’il y a au Brésil une foule d’animaux qui sont journellement poursuivis, parce qu’il est de l’intérêt des colons d’en débarrasser les forêts , ou parce qu’ils offrent un gibier estimé, et dans ce nombre nous citerons les cerfs (veados), dont on compte cinq espèces , il y en a plusieurs auxquels on ne fait guère la chasse qu’en raison des caractères bizarres ou singuliers qu’ils ont aux yeux du naturaliste; tel est le grand fourmiller , qu’on appelle tamandua cavallo , et qu’il faudrait peut-être multiplier, au lieu d’éteindre sa race , si les individus de son espèce pouvaient seu-

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lement diminuer d’une manière sensible les insectes destructeurs dont ils font leur nourriture principale.

Le tamandua mirim est moins rare , et peut être considéré comme son diminutif. Tel est encore cet animal auquel son allure indolente a fait donner le nom de paresseux, et auquel les indigènes avaient imposé celui d’aï , à cause sans doute de son cri plaintif. Nous en avons eu un en notre possession, et nous pouvons affirmer, avec MM.Quoyet Gaimard, que la lenteur de cet étrange animal a été singulièrement exagérée; l’individu que ces savants ont été ù même d’observer ne mettait pas plus de vingt minutes pour arriver au sommet d’un mât de cent pieds , et bien souvent il nous est arrivé de voir parcourir le même espace, peut-être moins lentement encore, à celui que nous avions sous les yeux. Ce que nous avons reconnu par expérience, durant un voyage dans l’intérieur , c’est que la chair de l’aï est détestable, quoiqu’il se nourrisse toujours de végétaux. Je dirai même que, maigre un violent appétit, il nous fut impossible d’achever celui qui nous avait été préparé, faute de gibier plus délicat ou moins grossier. Il n’en est pas de même du tatou, que sa cuirasse rend si étrange aux yeux de l’Européen; c’est un animal dont la chair est recherchée sur les meilleures tables, ainsi que celle du paca et de l’agouti ( cœlogenis paca , et dasyprocta agouti) : de même que ces deux animaux , le tatou est encore chassé aux environs des grandes villes; et si l’on est secondé par des chiens bien dressés, il est rare qu’on ne s’en procure pas plusieurs dans la même journée. Durant cette sorte de chasse , fort pratiquée du reste à quelques lieues de San -Salvador, l’espèce de houe qu’on désigne sous le nom d ’enchada est beaucoup plus utile que le fusil: l’animal, poursuivi par les chiens, se réfugie dans un terrier qui n’a qu’une issue, et, comme je l’ai éprouvé plus d’une fois , si l’on a la patience de creuser dans la di-

rection qu’il suit lui-même, on est assuré de l’atteindre au bout d’une ou deux heures de travail. Le tatou géant existe, dit-on, au Brésil; mais on ne le rencontre guère , que je sache, sur le littoral , et, dans les lieux où il se montre, il est rare qu’on se décide à faire usage de sa chair, car il a la réputation d’entrer dans les cimetières et d’v dévorer les cadavres.

Mais l’animal le plus recherché par les chasseurs dans les grandes forêts, est, sans contredit, l’espèce de cochon sauvage qui marche toujours en troupe, et qu’on désigne sous le nom de pécari ou tajassou ; on en compte ou Brésil plusieurs espèces, toutes également recherchées. Le pécari ordinaire a une espèce d’exutoire sur le dos, qui exhale l’odeur la plus désagréable , et qu’il est indispensable d’enlever aussitotjque l’animal vient d’être tué. Rien de plus curieux dans les forêts embarrassées de lianes et de plantes parasites que l’approche de ces grandes bandes de cochons sauvages , qui s’annoncent souvent par un grognement formidable. L’animal en lui-même n’est point dangereux; mais il est bon que le chasseur conserve son sang-froid à l’approche de cette multitude, qui une fois engagée dans un défilé de la forêt, passe sous le coup de fusil jusqu’à ce qu’elle gagne des parages plus libres.

Il n’est pas rare de détruire dans une seule chasse une trentaine de ces animaux , dont la chair est excellente , et qui peut se conserver fort longtemps quand elle est boucanée avec soin.

Il faut avoir parcouru les forêts du Mato-Grosso, de Goyaz, ou delà côte orientale , pour se faire une juste idée de la variété des singes qui peuplent les déserts , où leur chair est considérée par les Indiens comme un gibier excellent. Depuis le gracieux sahui ( simiajacchus ) 3 qui se montre même aux environs des villes , jusqu’aux guaribas, qu’on ne rencontre guère que dans les profondeurs des forêts reculées, cette multitude de quadrumanes à queue prenante, qu’on

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observe au Brésil , frappe le voyageur d’étonnement et excite au plus haut degré sa curiosité. .Te citerai entre autres le sajou cornu , auquel ses deux longs bouquets de poils donnent un air si étrange, et le charmant marikina, ou petit sahui rouge, qui se montre dans les environs du cap Frio. Je nommerai encore le gigo et le mono gris, dont les chasseurs emploient la peau , pour mettre la batterie de leur fusil à couvert; je signalerai le sauassu ou sagouin à masque, au pelage barriolé. Mais, sans contredit, le plus curieux et le plus intéressant à observer à cause de ses mœurs sociales, est le guariba ou barbado ( simia beelzebuih) , qu’on désigne à Saint -Paul sous le nom de Bujio ; ce grand singe barbu ne mar* che que par troupe, et nous l’avons rencontré çlus d’une fois dans les forêts de la côte orientale, où il est l’objet de plusieurs superstitions curieuses parmi les Indiens et les cultivateurs.

C’est surtout aux hurlements prolongés qu’il fait entendre dès le lever de l’aurore et vers le coucher du soleil qu’on doit attribuer les contes débités journellement sur son compte , quoiqu’il soit fort innocent. Un savant voyageur, entendant le cri prolongé des guaribas, crut qu’un torrent coulait dans la vallée, dont les arbres lui cachaient le fond, et ce ne fut qu’en approchant davantage , qu’il reconnut son erreur. La première fois que nous entendîmes les cris prolongés du barbado, nous fûmes frappé de leur caractère imposant et sinistre:

par moment ils ont une réelle analogie avec la psalmodie monotone que font entendre les moines quand ils sont réunis dans le chœur et qu’ils entonnent les litanies (*). C’est bien

(*) Ou, comme le dit M. Eschwege , leur cri , prolongé avec une espèce d’accord , ressemble au chant des Juifs dans une synagogue. M. de Saint-Hilaire , si exact dans ses observations, dit, avec beaucoup de justesse, qu’à ces cris succède un bruit à peu près semblable à celui que fait le bûcheron quand il frappe les arbres de sa cognée. Le bruit

certainement à cette ressemblance que les planteurs solitaires font allusion , quand ils disent avec un grand sangfroid en parlant des guariDas : Estao rezendo , ils disent leurs patenôtres ; ils prétendent même que le plus vieux entonne cet hymne sauvage, et que c’est alors seulement que les autres commencent leur hurlement funèbre.

Les guaribas, comparés aux autres singes , nous ont paru assez peu agiles : quelquefois on les voit s’avancer gravement de branche en branche à la sommité des grands arbres ; mais si quelque bruit inattendu jette la terreur parmi eux, vous les voyez s’élancer avec vigueur d’une liane à l’autre, et il leur arrive bien souvent d’échapper à la flèche qui les menace, en gagnant ainsi des retraites inaccessibles.

Le prince de Neuwied dit avec raison que les sauvages regardent le singe comme le gibier le plus délicat. Un Indien aperçoit-il un de ces animaux sur un arbre gigantesque de la forêt , il le guette avec une sagacité que nous nous figurons difficilement; il devine sur-le-champ de quel côté celui-ci peut lui échapper.

Lorsque l’arbre est très-élevé, on le voit grimper sur un autre arbre, de manière à ce que la distance soit rapprochée , et c’est de là qu’il essaie de l’atteindre avec une de ces flèches de tacoara qui manquent si rarement Te but.

Si des grandes forêts brésiliennes nous descendons vers les lacs de l’intérieur , ou les fleuves des parties désertes, nous y rencontrerons encore un mammifère, dont l’existence semble complètement opposée à celle de l’animal que nous venons de décrire, mais qui offre à l’Indien et an nouveau colon des ressources qu’on ne saurait trop apprécier. Je veux parler du manatus, que les Espagnols

que font les singes hurleurs s’entend quel quefois à une demi-lieue: on l’altribue à ce tambour osseux formé par le renflement de l’os hyoïde, qui leur donne un cou si volumineux.

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ont surnommé \e peixe-boi , à cause sans doute de son goût et de ses habitudes. Quoiqu’il soit plus particulier à la Guiane, MM. Spix et Martius l’ont observé dans les solitudes du Brésil; il parvient à quinze pieds de longueur, et les Indiens le harponnent avec une grande dextérité.

On conserve sa graisse , qui est excellente, pour en assaisonner divers mets, et la plupart des voyageurs s’accordent à dire que sa chair a la plus grande analogie avec celle du veau.

Nous avons dit, au commencement de cette notice, quelle était l’opinion des savants relativement à l’introduction des bestiaux qui peuplèrent avec tant de rapidité les vastes plaines de la capitainerie de San-Pedro. Certaines portions du Brésil paraissent mieux appropriées que d’autres à l’éducation des chevaux , des bœufs et des mulets. Après les provinces du sud, on nomme le Sertao de Bahia, Minas, le Piauhy Siara , Rio grande do Norte.

Les bœufs sont en petit nombre dans la province de Rio de Janeiro, et ne suffi sent pas à la consommation des boucheries. En général, on n’apporte pas assez de soin à l’éducation des bestiaux, qui pourraient devenir une source incalculable de richesses pour le pays. Les brebis importées d’Europe ont singulièrement dégénéré , et dans aucune province, la viande des moutons n’est estimée. Nous reviendrons du reste sur ce sujet , à mesure que nous parlerons de l’industrie de certaines localités.

Cétacés. Quoiqu’elles fussent peutêtre plus nombreuses autrefois, les baleines se montrent encore fréquemment sur les côtes du Brésil , et leur pêche présente surtout de l’importance dans la baie de San-Salvador.A

Oiseaux. Une de nos planches représente l’autruche d’Amérique , et il nous est arrivé plus d’une fois d’examiner avec surprise quelles curieuses analogies la nature a mises entre certains animaux de l’ancien et du nouveau monde, sans que l’espèce soit complètement identique. Ici, c’est la

taille qui fait la différence principale. Vema ou nandu, auquel on donne également le nom detouyou , ne parvient guère qu’à quatre pieds cinq pouces de longueur, et il peut peser de 56 à 57 livres. Un voyageur, qui l’a fréquemment observé dans les Campos Geraes, décrit en ces termes la chasse curieuse que lui font les habitants :

« Une femelle, avec quatorze petits qui étaient éclos depuis six mois, vivait tranquillement dans le voisinage de Valo ; personne ne l’inquiétait ; il fallait que des Européens avides arrivassent pour troubler son repos et attenter a sa vie. Cet oiseau , étant défiant et trèsfin, évente la présence des chasseurs, même très-éloignée ; il faut donc user de beaucoup de précautions pour s’en emparer. A la course il fatigue un cheval, parce qu’il s’enfuit, non en suivant une ligne droite, mais en faisant de nombreux détours. Quand le nandu , avec ses quatorze petits qui avaient atteint plus de la moitié de leur grosseur, se montra pour la première fois, après que nous l’avions vainement attendu depuis plusieurs jours , trois de mes chasseurs se mirent aussitôt en embuscade, et on poursuivit les nandus de leur côté ; mais les oiseaux furent aussi fins qu’eux et ne se laissèrent pas tromper. Le hasard amena un vaqueiroà cheval et bien armé, qui résolut aussitôt d’attraper les nandus ; il commença par suivre lentement la troupe, puis courut au grand galop, et, par diverses attaques, ii réussit à tuer un des petits en sautant avec promptitude à bas de son cheval. Un coup bien dirigé avec du gros plomb abattit le plus gros de ces oiseaux. » Après avoir dit qu’il trouva dans l’estomac de l’animal de petits cocos, d’autres fruits très-durs , ainsi que des restes de serpents et d'insectes, le prince de Neuwied ajoute:

« La chair du nandu a un fumet un peu désagréable , et ne se mange pas :

on dit qu’elle engraisse beaucoup les chiens. On emploie dans ces cantons sa peau, passée et teinte en noir, à faire des guêtres , sur lesquelles on voit encore la place des plumes. On fait des bourses avec la longue peau du coït.

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Les œufs, coupés par le milieu, servent de couis ou de jattes, et les plumes d’éventail. »

Nous ajouterons à ces curieux détails que, dans la Banda orientale, ou dans les Pampas de Buenos-Ayres , on s’empare du nandu au moyen de ce laço dont les Péons savent faire usage avec une adresse si merveilleuse. Dans presque tous les parages où vit cet oiseau gigantesque, on rencontre le seriema , qui est presque aussi prompt que lui à la course , et que son aspect extérieur, ainsi que sa manière de vivre, a fait comparer au secrétaire ( gyperoranus africaines ) , qui erre en Afrique dans les mêmes parages que l’autruche, dont il est le fidèle compagnon. Le seriema se promène par couples comme le dindon; on le force à cheval de même que le nandu , car ses ailes sont courtes et faibles. C’est un des gibiers les plus estimés, et sa chair a une grande analogie avec celle de la poule.

Si nous rentrons dans la famille des gallinacées, nous dirons qu’elle est des plus nombreuses et des plus variées.

La poule commune a été introduite d’Europe et s’est multipliée dans toutes les provinces. Quoique le dindon ne soit pas indigène, et qu’il ait été probablement importé de l’Amérique du nord , son plumage conserve encore une variété de couleurs , et sa chair acquiert une délicatesse qu’ils ont rarement chez nous. Le hocco ou mutum ( crax aleclor), qu’on rencontre encore dans les grandes forêts , a quelque analogie avec cet oiseau , et pourrait enrichir nos basses-cours, si l’on faisait quelques efforts pour l’y naturaliser. Le macuca, le zabelè, le jacu, le jacupema, et une foule d’autres oiseaux du même genre, se plaisent dans les forêts , et surtout dans les nouveaux défrichés , où ils offrent un gibier excellent.

Sans doute que dans les montagnes de l’intérieur qui avoisinent les Andes, on aperçoit le condor, ce vautour gigantesque," dont M. de Humboldt nous a décrit les mœurs avec tant de d’intérêt et sur lequel M. d’Orbigny

a su dire des choses si neuves et si curieuses après ce, grand voyageur ; mais on ne le rencontre pas dans les chaînes peu élevées des portions fréquentées du Brésil, qui renferme du reste une multitude d’autres oiseaux de proie, à la tête desquels, peut-être, il faut placer Yurubu-rey ou roi des vautours, que son plumage blanc et ses caroncules rouges rendent si remarquable, mais qu’on ne peut se procurer qu’avec des difficultés extrêmes. Dans le voisinage des villes , et surtout le long des plages de Rio de Janeiro , on est frappé de la multitude de ces volées d’urubus noirs, qui couvrent la plage et qu’on prendrait pour des troupeaux de dindons : ils débarrassent le rivage d’une foule d’immondices , et la police exige avec raison qu’on leur laisse parcourir en paix le rivage qu’ils purilient. Des aigles de petite dimension , des éperviers qui cherchent librement leur proie, se rencontrent dans presque tous les parages du littoral et de l’intérieur.

Si vous parvenez sur les rives solitaires de quelques-uns de ces grands fleuves du nord qui ont été encore si peu explorées; si vous visitez ces lagunes qu’on rencontre fréquemment dans les grandes forêts après les pluies de l’hivernage , vous êtes émerveillés de cette multitude d’oiseaux aquatiques, qui se promènent avec une gravité mélancolique, comme s’ils comprenaient qu’on leur ravira bientôt l’empire de ces lieux solitaires. C’est le soco boy ou héron bœuf, le premier en force et en grandeur, dont le plumage un peu terne se détache sur la magnificence du feuillage et des fleurs, et qui se plaît à l’écart; c’est la garça real à la robe blanche sans tache; ce sont les phénicoptères, dont la parure éclatante remporte sur celle de tous les autres oiseaux de rivage. Les spatules roses, le guara au plumage de leu, plusieurs espèces de canards surtout, viennent rompre, par la rapidité de leur vol et la turbulence de leurs allures, la tranquillité mélancolique de ces rivages à peine visités par les voyageurs. Non loin de là et dans les endroits maré-

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cageux, Panheima ou kamichi fait entendre ses plaintes douloureuses, et se mêle rarement aux autres oiseaux.

Un des caractères de Pornithologie brasilienne le long des fleuves ou des lus petits cours d’eau , c’est l’innomrable quantité de martins-pêcheurs qui se croisent en sens divers avec un léger cri , et dont le plumage vert à reflets métalliques se dore aux rayons du soleil.

C’est presqu’un lieu commun que de parler, dans une notice sur le Brésil, de la multitude de perroquets qui anime ses solitudes : dès le XVIe siècle , on entend vanter par les vieux voyageurs, et même par les poètes , ces papegeais aux riantes couleurs , que les matelots s’empressaient de rapporter comme une marchandise d’excellente défaite à la cour. Les capitaines de navires qui partaient de Dieppe ou du Havre, pour aller faire un chargement de Brésil , comme on disait alors, à Itamaraca,ou même au Reconcave, ne manquaient pas de choisir les espèces les plus brillantes, que les femmes leur réservaient et dont elles faisaient un trafic à part(*). Depuis , l’étude sérieuse s’est emparée de ce qui n’était qu’un objet de pure curiosité ; on a reconnu des variétés nouvelles en Amérique ; on admire surtout trois grandes espèces de perroquets :

l’ara rouge, l’ara aux ailes bleues et à la poitrine d’un jaune éclatant, que les Tupinambas avaient surnommé le canindé , et l’ara, plus rare, aux ailes entièrement bleues, qu’on ne rencontre guère que dans l’intérieur, et dont il n’existe probablement point d’individus vivants en Europe. Au Brésil, ces

(*) Un recueil de costumes infiniment curieux , appartenant à la Biblioth. royale , et qui date de 1567 , représente un sauvage brésilien, ainsi que sa femme , avec ces vers fort peu poétiques, mais assez curieux comme indication d’usage :

L'homme du lieu auquel le Brésil croist Est tel qu’ici à l'œil il apparoit.

Leur naturel exercice s’applique.

Couper Brésil pour en faire trafique.

Les femmes là sont vestues ainsi Que ce pourtraict le montre et le présente; Là des guenons et perroquets aussi Aux estrangers elles mettent en vente.

trois magnifiques espèces ont cessé depuis long-temps de se montrer dans le voisinage des grandes villes de la côte, mais, en revanche, il n’est pas rare de rencontrer les aras rouges et même les canindés à peu de distance du littoral, dans les bois de la côte orientale , où iis ne jouissent pas cependant toujours d’un bien sur asile.

Rien n’est plus splendide sur les bords du Belmonte ou du Rio-Doce que de voir un jaquétiba chargé de son feuillage abondant et pittoresque , servant d’asile à ces oiseaux ; on les prendrait pour les fleurs de cet arbre géant :

mais entendent-ils quelque bruit inaccoutumé, ils déploient tout à coup leurs grandes ailes de pourpre, on les voit tournoyer près de leur nid, en jetant leur cri sonore dans la solitude; et si le soleil vient à les frapper alors de ses rayons, ils font comme une auréole de pourpre et d’azur à ce roi des forêts.

On dit que vers le nord , mais surtout aux bords de l’Orenoque , quelques nations élèvent des aras , comme nous élevons certains oiseaux de basse-cour, et que ces grands perroquets, ordinairement si indépendants dans leurs habitudes, s’accoutument rapidement à ce genre de domesticité. On a prétendu aussi qu’on en prenait une grande quantité en répandant à terre des graines enivrantes, qui ne tardaient pas à les étourdir, et que, dans ces occasions, ils avaient assez de peine à reprendre leur vol pour qu’un homme , armé d’un bâton , achevât de les étourdir, et pût s’emparer, sans courir aucun risque, même des adultes. Outre les aras et les perruches à tête bleue , que l’on considère sur le littoral comme un des fléaux de l’agriculture, il y a au Brésil plusieurs espèces de perroquets , parmi lesquelles celle qu’on désigne sous le nom d’amazone est peut-être la plus répandue et la plus facile à réduire en domesticité. Ce qu’il y a de certain , c’est que dès une époque déjà éloignée , l’éducation de ces oiseaux a été parmi les Indiens l’objet de soins particuliers; ils possédaient même, pour

varier leur plumage, des secrets qui ne sont pas éteints dans toutes les tribus. A l’imitation des Tupinambas et des Tamoyos , il serait, du reste, encore facile de tapir er les perroquets , s’il ne s’agissait , pour cela , que d’arracher certaines plumes et d'introduire à la place qu’elles occupaient le suc animal d’une espèce de grenouille, désignée sous le nom scientifique de rana linctoria. Les Indiens avaient remarqué , comme nous , la faculté qu’ont ces oiseaux d'imiter la voix humaine, et de répéter les mots qu’on leur enseigne. Au seizième siècle il n’y avait guère de femme indienne qui n’eut son perroquet favori , auquel les loisirs de la vie sauvage permettaient de donner en ce genre un degré d’habileté qu’on rencontre peut-être plus rarement chez nous. Je laisserai parler à ce sujet le vieux Lery, que j’aime à citer, même quand il s’agit défaits extraordinaires, parce que chaque observation témoigne de sa sincérité. Après avoir décrit un fort beau perroquet dont un truchement lui avait fait présent, il s’exprime ainsi avec sa naïveté gracieuse :

« Mais c’estoit encore plus grand merveille, d’un perroquet de ceste espèce, lequel une femme sauvage avoit aprins en un village, à deux lieues de notre isle : car comme si cet oyseau eust eu entendement pour comprendre et distinguer ce que celle qui l’avoit nourri lui disoit, quand nous passions par là , elle nous disant en son langage : — Me voulez-vous donner un peigne ou un miroir , et je ferai tout maintenant chanter et danser mon perroquet ? si la-dessus , pour avoir le passe-temps, nous lui baillions ce quelle nous demandoit; incontinant qu’elle avoit parlé à cet oyseau, non seulement il se prenoit à sauteler sur la perche où il estoit, mais aussi à causer , siffler et à contrefaire les sauvages, quand ils vont en guerre, d’une façon incroyable.

Bref, quand bon seml)loit à sa maistresse de lui dire chante, il chantoit; et danse, il dansoit. Que si au contraire il ne lui plaisoit pas , et qu’on

ne lui eust voulu rien donner, sitost qu’elle avoit dit un peu rudement à cet oyseau augé , c’est à dire cesse, se tenant coi sans sonner mot, quelque chose que nous eussions peu lui dire , il n’estoit pas lors en nostre puissance de lui faire remuer ni pied ni langue. Partant, pensez que si les anciens Romains, lesquels, comme dit Pline, furent si sages que de faire non seulement des funérailles somptueuses au corbeau qui les saluoit nom par nom dans leurs palais, mais aussy firent perdre la vie à celui qui l’avoit tué, eussent eu un perroquet si bien apris, comment ils en eussent fait cas. Aussi ceste femme sauvage l’appelant son Cherimbave , chose que j’aime bien , le tenoit si cher, que quand nous lui demandions à vendre et que c’est qu’elle en vouloit, elle respondoit par moquerie maca - ouassou , c’est à dire une artillerie ; tellement que nous ne le sceusme jamais avoir d’elle. »

Dans ces régions où nul monument , où nulle espèce d’écriture n’attestait le passage des nations , il pouvait arriver une chose dont le plus célèbre de nos voyageurs fut encore témoin, c’est que le langage si incomplet d’un ara ou d’un perroquet fut le seul vestige d’une tribu ayant cessé d’exister. A Maïpure, M. de Humboldt entendit parler un vieux perroquet, et les Indiens eux-mêmes lui apprirent qu’ils ne l’entendaient pas.

Il parlait la langue des Aturès , puissante nation complètement éteinte depuis plusieurs années (*).

Avant que d’abandonner ce long paragraphe sur un des oiseaux les plus renommés des campagnes brasiliennes, j’ajouterai qu’il peut être considéré comme un gibier supportable, et qu’on mange fréquemment les jeunes perroquets de diverses es-

(*) On doit rappeler cependant ici que les Aturès n’appartiennent point aux nations du Brésil, mais à celles des régions de l’Orenoque. Les dernières familles vivaient encore en 1767. Voyez Humboldt, et Salvalore Gilii , Storia americana.

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pèces, surtout à l’époque de la maturité de certains fruits. Il y a toutefois un peu d’exagération dans Lery , quand il dit que sa chair a le goût de la perdrix, quoiqu’elle soit un peu dure. Peut-être ne faut-il voir dans ces paroles du vieux voyageur qu’un souvenir de l’épouvantable famine qu’il avait éprouvée en revenant en France , et durant laquelle, après avoir tué pour s’en nourrir tous les animaux qu’on rapportait, on en vint à dévorer les targes de peau de tapir et à grignoter le bois de Brésil dont se composait la cargaison.

Un des oiseaux qui frappent le plus ordinairement les étrangers, lorsqu’ils s’éloignent seulement à quelques lieues des grandes villes, c’est le toucan; il est,, comme on sait, aussi remarquable par la bizarrerie de sa conformation que par l’éclat d’une partie de son plumage. Mais ce que quelques personnes ignorent, c’est que c’est un gibier délicat. Seulement , à quelques époques de l'année, il se nourrit de certaines baies qui donnent à sa graisse une teinte orangée dont l’asect est peu agréable. Les Tupinamas faisaient le plus grand cas de cet oiseau comme gibier et comme objet d’ornement. On le désignait sous le nom de toucan tabouracé, plume pour danser, et sa gorge éclatante servait de parure aux piayes et aux chefs, durant les grandes solennités.

C’est probablement cette circonstance qui avait décidé l’empereur Don Pedro à en faire garnir son manteau impérial , à peu près comme l’hermine sert de marque distinctive aux souverains européens (*).

Les richesses nouvellement ajoutées à nos cabinets d’histoire naturelle prouvent assez combien sont nombreux les oiseaux à plumage éclatant.

Cependant il y aurait quelque erreur a croire que ces hôtes magnifiques des forêts sont réunis sur le même

(*) Voyez le docteur Vvralsh , Notices of ürazil. Il avoue que cette parure, portée à Couverture du sénat, avait quelque chose d’assez bizarr*\

point; ils se trouvent dispersés dans les parages les plus éloignés les uns des autres; mais on peut dire cependant que la nombreuse famille des tangaras et des cardinaux suffit pour peupler même les environs des grandes villes d’une multitude d’oiseaux charmants, que les Européens ne se lassent point d’admirer , quoique ce soit presque toujours en leur désirant un plus doux ramage. Peut-être aussi est-ce un préjugé trop généralement répandu en Europe, que les oiseaux de la zone équinoxiale n’ont qu’un cri désagréable. Le sabia, le grunhata, le patativa , l’azulao et tant d’autres ne le cèdent, pour la douceur de leur ramage, à aucun des oiseaux chanteurs de l’Europe.

Entre ces habitants gracieux des campagnes et des forêts, il y en a un qui a excité une égaie admiration parmi les Européens et parmi les nations indigènes, c’est l’oiseau-mouche. Les Indiens des diverses parties de l’Amérique l’ont nommé tour a tour guainumbi ou guaracinga, le rayon , le cheveu du soleil ; yayautl qùitotl , slsioei , le petit roi des fleurs. Ils le comparent, dans leur langage animé , à ce qu’il y a de plus éclatant et de plus rapide parmi les objets de la création. Quand ils en parlent , les vieux voyageurs épuisent les formules de l’admiration : tantôt , pour me servir des expressions du P. du Tertre, c’est une petite fleur céleste qui vient caresser les fleurs de la terre; tantôt c’est un bouquet de pierreries qui rayonne aux feux du jour. L’oiseau - mouche est répandu dans toute l’étendue du Brésil, et il y en a surtout une prodigieuse quantité aux environs de San - Salvador. Les Portugais lui ont donné, ainsi qu’au colibri , le nom poétique de beija flor ( il baise la fleur ) ; et ses variétés sont si nombreuses , qu’elles ont fourni à la gracieuse monographie de Lesson ses descriptions les plus riches et les plus curieuses.

Le Brésil , de même que la Guiane , est aussi la patrie des colibris ; mais ,

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comme l’a dit le savant naturaliste dont nous avons prononcé le nom, « les colibris (*) semblent impérieusement réclamer , par leur constitution , la vive chaleur de la zone torride , qu’ils ne quittent jamais, tandis que les oiseaux - mouches , en . apparence moins robustes , ne craignent pas de s’aventurer par des latitudes refroidies, soit dans les États-Unis, soit dans la Nouvelle-Écosse, et à la Côte Nord-Ouest, soit au Chili et dans la Patagonie. » Un des préjugés généralement répandus, c’est que le colibri, ainsi que l’oiseau-mouche, ne se nourrissaient tous deux que du suc des fleurs; mais il est bien prouvé maintenant que leur nourriture consiste presque exclusivement en très-petits insectes. A l’aide de leur long bec recourbé, ils vont les saisir au fond des corolles où un suc emmiellé les attire. Selon le naturaliste qui nous

(*) Beaucoup de personnes ignorent la différence réelle qui existe entre l'oiseaumouche et le colibri : nous croirons leur faire plaisir en leur offrant ici les détails positifs que nous donne à ce sujet Lesson. « La plupart des auteurs attribuaient aux colibris une taille plus forte qu’aux oiseauxmouches et le bec recourbé en arc, tandis qu’il est droit et un peu renflé à la pointe chez ces derniers. Mais combien d’oiseauxmouches , tels que le barbe-bleue, l’hirondelle et autres, présentent une légère courbure de leur rostre, en même temps que de véritables ornismyes sont venues protester par leur grande taille, entre autres le Palagon, de l’incertitude qui doit régner lorsqu’on veut tenter une démarcation que la nature a laissée indécise ! Cependant, élargi «à la base et convexe , le bec d’un colibri s’amincit graduellement pour se terminer en une pointe lisse, et, toutes choses égales, il est toujours plus robuste, plus fort que celui d’un oiseau-mouche. Enfin les colibris ont les membres plus courts, plus ramassés, les ailes plus larges, plus longues que celles des oiseaux-mouches, et par l’ensemble de leurs formes corporelles , c’est le môme type, modifié seulement par quelques nuances légères. » Histoire naturelle des colibris , par B. P. Lesson , pag. 4. Ce charmant ouvrage fait suite à l’ Histoire naturelle des oiseauxmouches , du môme auteur.

sert ici d’autorité, cc sont les petites mouches , les petites chenilles que ces oiseaux semblent chercher de préférence. Quoique nous n’ayons jamais été témoin de ce dernier fait, nous l’avons vu cependant tenter : il paraît qu’avec des soins minutieux il est possible d’élever de jeunes colibris, et probablement des oiseaux-mouches.

RepLiles. Il y a un grand nombre de reptiles dans cette partie de l’Amérique méridionale ; mais il faut avouer que si l’on s’en rapportait à certaines histoires, ou à certaines relations compilées à loisir et dans le cabinet, on ne saurait faire un pas , meme aux environs des villes, sans redouter quelque morsure dangereuse. Sans doute , il y a quelques lacs , quelques fleuves où le crocodile américain, le caïman , désigné presque partout sous le nom dejacaré, se montre un hôte redoutable pour certains animaux, surtout s’il appartient à l’espèce qu’on désigne sous le nom de jacaré de papo "amarello ; mais il est bien rare qu’on ait à déplorer, dans les lieux qu’il habite de préférence , la mort d’un nageur imprudent. Il y a encore des gibova (boa constrictor ) , mais ils se tiennent dans les déserts de la côte orientale, ou dans les profondeurs inhabitées de Goyaz et du Mato-Grosso, et le voyageur ne saurait guère redouter leur atteinte. U existe dans toutes les provinces des souroucoucou ( surucucu ) et des jararaca dont la blessure peut devenir mortelle; mais comme cela arrive à tant d’animaux du même genre, souvent le bruit de l’homme les fait fuir, et il est bien rare que ces serpents attaquent qui ne songe point cà les attaquer. Il en est de même du serpent à sonnette ( cobra de cascavel ), plus dangereux peutêtre et qu’on rencontre assez fréquemment. Sans poursuivre ici une nomenclature incomplète ou stérile, nous dirons quelesucuriu ou sucuriuba, qui se montre encore dans certaines localités de la côte orientale et du Sertao, est le plus imposant et le plus curieux des reptiles au Nouveau - Monde. Nous avons eu à notre disposition la peau

l/UN 1 VERS.

d’un de ces serpents géants qui avait été tué dans le Rio Belmonte, par un colon , au moyen d’un couteau fisc à une longue gaule, et elle n’avait pas moins de vingt à vingt cinq pieds de long. Voici, du reste, ce que disent, sur le sucuriu , les deux voyageurs qui ont recueilli le plus de renseignements à son sujet. Au rapport de M. Duarte Nogueira, «le sucuriu atteint quelquefois une si grande longueur qu’on peut le prendre pour la tige renversée d’un palmier; il n’a point de venin, mais il est redoutable par son extrême force. Quand il veut attaquer quelque animal, il roule sa queue autour d’un arbre ou d’un rocher , s’élance rapidement sur sa proie, lui brise les os dans ses replis, et l’avale lentement par une sorte de succion. De vieux serpents affamés ont attaqué un cavalier et son cheval , ou même des bœufs, et ont avalé ces derniers animaux , jusqu’à leurs cornes , qui tombaient quand le corps du bœuf était consommé. Plusieurs Sertanejos nous ont rapporté qu’ils avaient trouvé dans l’estomac d’un sucuriu de quarante pieds un chevreuil et deux cochons sauvages. Souvent nous avons eu occasion de voir de ces serpents qui étaient roulés comme des cables sur les bords des lacs. On peut faire sans danger la chasse à ces animaux, parce qu’ils sont stupides, paresseux et craintifs. C’est pendant l’engourdissement de plusieurs semaines, qui succède à leur repas , qu’on les attaque avec le plus de sûreté. La chair du sucuriu ne peut se manger, mais on emploie sa graisse dans différentes maladies, telles que la phthisie. »

Après avoir cité ces curieux renseignements, M. Aug. de Saint -Hilaire ajoute que le boa dont il s’agit ici est identique avec le boa que M. de Humboldt dit avoir vu nager dans l’Orenoque. Cependant M. de Humboldt assure que le boa qu’il a observé entoure sa victime d’une humeur visqueuse , et MM. Spix et Martius n’admettent point ce fait. Quant à ce qui regarde cet amphibie , ce qui bien certainement doit être rejeté comme une

fable, ajoute le savant naturaliste, c’est l'existence de ces griffes à l’aide desquelles des écrivains de diverses nations ont prétendu que le sucuriu se cramponnait avant de se jeter sur sa proie.

Il y a au Brésil un animal qui , au premier abord , peut imprimer plus de dégoût qu’aucun des reptiles dont on fait une si longue nomenclature, c’est le crapaud cornu, qu’on trouve sur le territoire de Rio de Janiero et dans quelques autres provinces. On doit, sans contredit, le regarder comme l’être le plus hideux qui se rencontre, sous ces climats où les formes sont si variées et quelquefois si bizarres : « large naturellement comme la forme d’un chapeau, il double son volume en s’enflant à volonté , et semble menacer en dressant les appendices charnues qu’il porte au-dessus de chaque paupière.

Si on l’irrite, il ouvre une gueule énorme en faisant entendre un son criard , et se retourne de tout côté pour inordre. Il est difficile de ne pas s’amuser de sa colère, qui du reste n’a rien de dangereux (*). »

Le Brésil renferme une foule d’autres batraciens qu’il serait trop long d’énumérer, et parmi lesquels on distingue encore la grenouille mugissante. Quand cet animal fait entendre sa voix sonore et grave, dans les parties marécageuses des forêts, il est difficile de ne pas éprouver quelque surprise, et de ne point croire au voisinage d’un animal infiniment plus gros. Je ne terminerai pas ce paragraphe sans dire qu’une multitude de lézards se montrent jusque dans les maisons , et que la grosse espèce , connue sous le nom de tiu, offre un gibier excellent, servi sur les rneilieures tables. On peut comparer sa chair à celle du jeune poulet. On se procure au Brésil diverses espèces de tortues, mais elles ne sont jusqu’à présent d’aucune utilité au commerce ou à l’industrie. On distingue néanmoins le testndo myclas y le testudo

(*) Voyez Voyage de l’Uranie , M. Quov, cité par M. Freycinet.

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coryacea et le testudo careta. Leurs œufs offrent souvent une nourriture abondante aux Indiens ainsi qu’aux voyageurs; mais ils ne sont pas encore assez abondants pour qu’on en fasse , comme sur les bords de l’Orenoque , une espèce de beurre qui sert à la nourriture de villages entiers. Il y a néanmoins telle tortue qui pond, en une seule fois, jusqu’à vingt douzaines d’œufs. Le prince de Neuwied en recueillit un nombre égal, dans les sables de la Côte orientale , sans que l’animal qu’on dépouillait fît le moindre effort pour préserver sa ponte.

Poissons. Dès l’époque de la conquête, les côtes du Brésil furent renommées pour l’excellence et la variété des poissons qu’on y pêchait. A la fin du seizième siècle , Claude d’Abbeville disait dans son style pittoresque « qu’il n’estoit pas plus possible de particulariser toutes les sortes de poissons qui se trouvent là, non plus que de dénombrer les étoiles du ciel. » Cependant la science moderne n’a oint reculé devant la tâche qui semlait au bon missionnaire impossible à remplir, et il faut ajouter qu’elle fait encore chaque jour dans ces parages de nouvelles découvertes. Nous nous contenterons de signaler les espèces qui servent à la nourriture de l’homme , ou dont la pêche développe son industrie.

En parlant des mammifères , j’ai cité la baleine ; Lesson a reconnu que celle qui était harponnée sur les côtes du Brésil appartenait à une espèce qu’on ne voit guère abandonner les côtes de l’Amérique méridionale. Au rang des poissons les plus estimés , on cite la garupa (espèce de vielle) , qui forme un objet de commerce considérable, et qu’on prend plus habituellement entre Rio de Janeiro et Bahia, près de ces écueils redoutés qui ont été désignés sous le nom d 'abrolhos. Le cavallo, dont la chair ressemble un peu à celle du thon , approvisionne les pêcheries de San-Salvador. A Rio de Janeiro , les espèces les plus estimées sont l’anchova , qui est semblable à notre alose ; le rodobaldo, espèce de

bar fort recherché; la corvina de la grande espèce , qui est aussi rare que la petite est commune; l’enchada, dont la forme en losange offre un aspect si bizarre. Outre une foule d’espèces appartenant aux squales, aux raies, aux salmones , il y en a d’autres qu’on peut ranger dans la classe des trichiures, des gais, des pimelodes, des murènes , des perds , des serans.

Le mariinba et l’olhos de Cachorro sont deux espèces de rougets délicieux, qu’on sert sur les meilleures tables. Comparés à ceux-ci , les poissons des lacs et des fleuves ne nous ont jamais paru avoir le degré de délicatesse qu’on remarque chez ceux que fournit le littoral. Il y en a cependant qui sont recherchés par les colons de l’intérieur ; tel est , entre autres, le piranha ou poisson diable, qu’on rencontre si fréquemment dans le Rio San -Francisco, et auquel ses habitudes ont fait donner le nom qui sert à le désigner; il atteint à peine deux pieds, mais il va par bandes et il est l’effroi des nageurs. Sa morsure, dit-on, est tellement prompte et tellement vive , qu’on la sent aussi peu que l’incision d’un rasoir. Sa chair toutefois est fort estimée, et on le pêche en abondance dans certains parages. Ces anguilles électriques dont M. de Humboldt a décrit d’une manière si pittoresque les étranges propriétés et les mœurs curieuses, les gymnotes , existent, m’a-t-on affirmé, dans les lacs qui avoisinent les bords de l’Amazone. Comme dans la Haute- Guiane , elles y sont sans doute l’effroi des bestiaux, qu’elles peuvent frapper de mort au moyen de leur appareil invisible : dans "le sud elles sont inconnues. On a sur les bords de plusieurs fleuves, le sucuruby, la dourada , qu’on a comparée à la morue de Terre-Neuve, et qui, au rapport de M. de Saint-Hilaire, lui est infiniment supérieure. Le matrinchan, le pacu, le piau ou piao, le traira, le mandy , le jondia , le curvina , l’acari, le piabanha, le curmatan , le pari, le lambari, le bagre, le piampera , le perpitinga , le roncador ,

so

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appartiennent à diverses localités, et peuvent être d’une grande utilité quand on forme une habitation sur les bords de quelque fleuve désert.

Coquillages et crustacés. Le prince de Neuwied a donné dans son intéressant voyage une liste des coquilles qui se trouvent le long de la côte orientale. Elles sont loin d’égaler en magnificence et en variété celles que l’on rencontre dans la Polynésie, ou dans les mers de l’Inde. On nous a affirmé qu’entre Rio de Janeiro et Bahia on trouvait de temps à autre sur le rivage une espèce de murex , fournissant un pourpre de grande beauté.

Quoique cette découverte ne soit point à coup sûr sans intérêt, elle ne peut pas être considérée comme étant d’une très-haute importance dans une contrée où les forêts renferment tant de teintures végétales encore inconnues.

Bien que, selon le docteur Walsh, il existe dans la montagne des Orgues une carrière à chaux ; comme le premier explorateur a emporté avec lui le secret de son gisement , on ne se sert à Rio de Janeiro et aux environs que de la chaux obtenue par la calcination de certains coquillages.

Dans ce pays , comme dans toutes les autres portions de l’Amérique méridionale, les huîtres sont d’une qualité inférieure à celles de l’Europe.

Quand on traverse certaines plages désertes et inondées par la mer, rien n’est plus commun que de rencontrer des racines de mangliers chargées d’une multitude de petites huîtres , qui se baignent habituellement dans les flots , et qui pendent de ces arbres maritimes comme des grappes miraculeuses : ces huîtres, attachées les unes aux autres d’une manière fort inégale , sont très-difficiles à ouvrir ; leur goût néanmoins n’est pas désagréable , et c’est quelquefois une ressource pour le voyageur affamé. Les Indiens se servent pour les ouvrir d’un moyen qui leur ôte une partie de leur saveur , mais qui sert admirablement leur voracité : ils coupent une racine maritime chargée de coquilla-

ges, et ils l’exposent à une flamme un peu vive ; l’huître s’ouvre alors d’ellemême et l’animal se détache aisément.

Depuis les côtes du sud jusqu’au nord , le littoral du Brésil est plus abondant en crustacés qu’en coquillages : outre les langoustes et une espèce de crevette, désignée sous le nom de camaroes , qu’on se procure aisément, il existe des myriades de crabes, qui se retirent généralement entre les forêts maritimes de palétuviers. On peut leur appliquer ce que le P. du Tertre dit des crabes voyageurs qu’on se procure aux Antilles:

c’est une vraie manne terrestre ; et dans la saison on pourrait dire qu’ils nourrissent certaines aidées. Telle est, du reste, l’admirable sobriété de plusieurs habitants de la côte orientale que quelques cuisses de crabes cuites dans une eau pimentée, et une petite courge remplie de farine de manioc, leur suffisent pour la nourriture d’une journée, quitte à se dédommager de ce jeûne un peu austère à Ta première pêche heureuse.

Insectes. On peut l’affirmer sans crainte d’être démenti, nul pays au monde ne présente tant de richesses à l’entomologiste; c’est la terre promise du savant qui s’occupe de cette branche de l’histoire naturelle ; et je l’avouerai, en voyant les brillantes espèces qu’une simple promenade à la base du Corcovado , ou sur les bords du lac de San - Salvador , vous fait recueillir, on partage promptement l’enthousiasme qui s’empare de tous les collecteurs. Prolonge-t-on sa promenade, et s’avànce-t-on à quelques lieues dans l’intérieur, l’enthousiasme s’accroît encore. Quel est le simple voyageur, le plus étranger à la science*, qui ne s’est pas arrêté, ravi de surprise, à la vue de certains papillons? Oui n’a pas regardé avec une admiration curieuse celui que les naturalistes ont nommé la phalæne agrippine, et qui doit être considéré sans doute comme le plus grand insecte du même genre qu’on puisse rencontrer dans le monde, puisqu’il a neuf pouces et demi de largeur?

L’Indien d’un de nos plus célèbres voyageurs était parvenu à abattre avec ses longues (lèches cette phalène gigantesque , qui se tient collée durant le jour contre les grands arbres , où la teinte grise de ses ailes la confond avec l’écorce. Si la phalène agrippine jette au premier abord dans l’étonnement, cet insecte ne peut se comparer par la magnificence des couleurs au nestor, dont les ailes bleues chatoient d’une manière si riche aux rayons du soleil. Combien de fois ne l’ai-je pas admiré dans son vol un peu lourd , sur les rives marécageuses du Reconcave, où il se plaît! Souvent, s’il ne s’abandonnait à la brise, on pourrait le confondre avec les fleurs du rivage, car il s’épanouit comme elles, à l’ardente chaleur du midi , et c’est presque toujours à ce moment qu'il aime à étaler sa splendeur. Quel papillon pourrait-on citer après celui-ci, si ce n’est le Icïlus?

Ses ailes noires sont sillonnées de franges vertes , et leur éclat rappelle ces ors de couleur, dont on brode quelquefois le velours. Mais je m’arrête; si je prétendais citer tous les insectes éclatants , il faudrait décrire ces charançons à points d’or, qu’on montait jadis en colliers , et dont on faisait des boucles d’oreilles; il faudrait rappeler surtout ces coléoptères lumineux , qui , pour me servir des belles expressions de M. de Humboldt, peuvent faire croire que, durant une nuit des tropiques , la voûte du ciel s’est abattue sur la savane.

Nous ne comptons en Europe que trois ou quatre espèces de lampyres, presque tous dépourvus d’ailes, et il n’y a guère que la luciole d’Italie qui puisse nous donner une faible idée du spectacle produit par les mouches luisantes du Nouveau-Monde. Au Brésil , comme s’en est assuré M. de Saint -Hilaire, diverses espèces, appartenant à plus d’un genre, parcourent les airs et les sillonnent de leur lumière. «Quelques-uns ont les derniers anneaux du ventre remplis de matière phosphorique ; d’autres, au contraire , portent à la partie supérieure de

Livraison. ('Brésil.)

leur corselet deux proéminences lumineuses , arrondies et assez écartées, qui semblent se confondre lorsque l’insecte vole , mais qui pendant le jour brillent comme autant d’émeraudes enchâssées dans un fond brun un peu cuivré. »

Dès l’origine de la découverte, tous les voyageurs qui parcoururent les campagnes de l’Amérique, furent frappés du spectacle admirable qu’offraient ces coléoptères, et ils en firent l’objet de leurs descriptions. Il est difficile en effet de voir quelque chose de plus surprenant que ces jets rapides de lumière qui se croisent en sens divers, que ces points lumineux qui passent dans la nuit comme des feux électriques , ou qui brillent comme les étincelles isolées qu’une gerbe de feu du Bengale laisse quelquefois après elle. Une chose seulement , que la comparaison ne saurait rendre, c’est cet évanouissement subit de la lumière, qui s’éteint un moment pour reparaître bientôt et disparaître encore. Si on s’en rapporte a Oviedo , les habitants d’Haïti, qui fuyaient dans les montagnes, évitaient les précipices en s’attachant aux pieds quelques-uns de ces coléoptères de la grande espèce , dont malheureusement les mouvements réguliers les faisaient reconnaître par les Espagnols. On a prétendu aussi qu’ils effrayaient leurs persécuteurs, en s’enduisant tout le corps de la substance phosphorique qui donne tant d’éclat à ces insectes lumineux, et en s’imprimant ainsi un aspect terrible, surtout durant les nuits orageuses ; mais ce fait , quoique raconté par des auteurs assez graves , ne peut guère être accepté. Une autre particularité , qui ne saurait être révoquée en doute, c’est la faculté de lire durant la nuit au moyen d’un de ces gros coléoptères; le P. du Tertre raconte avec une naïveté admirable comment il disait ainsi son bréviaire avec ces petites chandelles vivantes, quand la lumière venait à lui manquer. Nous avons eu plus d’une fois occasion de nous assurer par notre expérience, que le fait raconté par

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l’ingénieux missionnaire n’avait rien d’exagéré (*).

Mais abandonnons les insectes qui ne servent qu’aux fêtes de la nature, examinons ceux qui sont essentiellement nuisibles ou utiles à l’homme. Le cactus opuntia , si propre à nourrir la cochenille, croît parfaitement au Brésil , et pendant un temps il a servi singulièrement à la propagation de ce précieux insecte ; on prétend que quelques cultivateurs n’ont pas craint d’introduire dans leur cochenille de la farine de manioc colorée, et que cette supercherie a fait tomber un genre de commerce qui pouvait développer une branche précieuse d’industrie pour le pays.

Quant à moi, je l’avouerai, je crois bien plutôt encore au manque de persévérance et à la négligence des cultivateurs qu’à ce genre de fraude.

Les abeilles, qui en Europe présentent une ressource d’économie intérieure si précieuse, ne sont pas au Brésil réduites en domesticité. A l’état sauvage on en compte une grande variété, et en certains parages les Indiens regardent leurs ruches comme une des ressources les plus précieuses que leur offre le hasard des forêts. Sans emprunter à MM. Spix et Martius leur longue nomenclature, je dirai ici que les espèces désignées sous les noms de jata, mondura, nandaçaya, marmelada et uruçu, sont celles qui fournissent le meilleur miel. Les uruçu et les numbuca le donnent en beaucoup plus grande quantité que les autres. Aucune espèce de ces abeilles n’a d’aiguillon , et il paraît qu’on en a multiplié quelques-unes à Sahara, dans le voi-

(*) Pour être complètement exact , nous devons dire qu’il faut promener les deux jets de lumière de l’insecte près de la ligne qu’on veut lire. Un savant dont les observations m’inspirent la plus grande confiance, dit que certains coléoptères phosphoriques ne laissent échapper qu’une lueur rouge et obscure. Je ne me rappelle point avoir observé ce genre de teinte lumineuse, mais les deux espèces de lumière , verte ou jaunâtre , m’ont frappé fréquemment ; elles se modifient beaucoup l’une par l’antre.

sinage des habitations. En quelques districts de l’intérieur, certaines abeilles établissent leur ruche dans la terre, et elles deviennent alors la proie des insectes , des lézards et des tatous ; ordinairement la plupart d’entre elles forment leur nid dans les vieux arbres, où elles ont , sans compter l’homme , une multitude d’ennemis. En général, la cire des diverses abeilles du Brésil est d’un brun très-foncé tirant sur le noir : on a fait des efforts inutiles pour la rendre blanche; mais on prétend que dans ces dernières années, un habitant de Villa-Boa a été plus heureux et qu’il l’a dépouillée de sa teinte noirâtre.

Quoique le miel du Brésil soit excellent, et qu’il soit privé en général de l’arrière-goût désagréable qu’on trouve à celui de l’Europe, il y a certaines forêts de l’intérieur où il faut se défier de celui qu’on peut recueillir : on rencontre des miels qui sont un véritable poison. MM. Spix et Martius signalent entre autres celui de la munbubinha dont la couleur est verte et qui purge violemment. Durant ses longs voyages, M. de Saint-Hilaire faillit être la victime d’un de ces miels si vénéneux.

Quand nous observons nos fourmilières isolées d’Europe, nous ne saurions guère nous figurer que les nombreuses variétés de fourmis puissent devenir un des plus grands fléaux de l’agriculture, et même de certaines industries; au Brésil , c’est un fait qui frappe bientôt le vovageur à ses dépens. Il n’y a pas de collection qui puisse échapper aux fourmis, si l’on n’use point des plus grandes précautions pour les en garantir; il n’y a pas de champ ensemencé qui résiste à leurs incursions. Aussi , quoique l’agriculture ne soit pas encore très-avancée dans ces contrées, a-t-on découvert plusieurs moyens assez ingénieux, qu’on emploie afin de se préserver d’un ennemi si inquiétant. Sur le bord de la mer ainsi que dans l’intérieur, les diverses espèces de fourmis portent des noms significatifs et qui trahissent leurs habitudes. Sans entrer sur cet insecte dans des détails qui nous entraîneraient fort

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loin , nous dirons que la formigamandiuca , ou fourmi à manioc, est la plus grosse et la plus redoutable. Dans quelques roças à San-Salvador, nous avons vu les noirs, chargés de l’entretien de ces cultures, contraints à cueillir des branches vertes , qu’on amoncelait aux lieux où les insectes devaient passer, pour garantir les plantes de leur voracité. Aux environs de la même ville, où les orangers portent des fruits si renommés dans le reste du Brésil , on est dans l’habitude de planter les arbres de cette espèce au centre d’un vase de terre circulaire , à disque ouvert et à rebords, qui permet au jeune plant de croître environné d’eau, et par conséquent à l’abri des fourmis. La formiga de correcào est peutêtre plus incommode, et son nom d’ailleurs semble l’indiquer. Comme on peut s’en assurer, en lisant Biet et quelques autres vieux voyageurs , les fourmis jouaient un grand rôle dans les terribles initiations auxquelles se soumettaient les Piayes et les guerriers caraïbes, qui en recevaient des myriades sur le corps, après qu’on leur avait fait avaler des courges remplies de jus de tabac. Avec des modifications fort atténuantes, les mêmes tortures ont été employées, dit- on, à l’égard des devins brésiliens. On nous a affirmé que dans certains parages du sud , on mangeait les grosses fourmis grillées , et que ce mets étrange était même assez renommé. Nous ne saurions néanmoins attester ce dernier fait; mais il n’aurait rien d’extraordinaire, si l’on se rappelle certaines coutumes des Indiens primitifs.

Au milieu de ces insectes curieux, essentiellement utiles ou nuisibles, comment en classer un cjue M. de Saint -Hilaire a rencontre dans ses voyages, qu’il a judicieusement observé, qu’on semble avoir ignoré avant:

lui , et qui bien certainement offre un des faits les plus merveilleux que l’entomologie ait pu révéler? Je veux parler d’une chenille mangée avec avidité par les Malalis, peuplade indienne, dont nous aurons occasion de parler, et qui erre encore dans l’intérieur.

Vers les contrées voisines de notre pôle, comme on le sait assez généralement, un champignon d’une espèce particulière produit sur le cerveau de l’Ostiack les plus énergiques impressions. Ses rochers se colorent d’une lueur éclatante, la mer roule devant lui des flots embrasés, ses neiges étincellent. Au Brésil, une espèce de ver qui rampe sur les roseaux, renouvelle ces effets avec plus d’intensité peutêtre sur l’esprit du Malalis. Comme les Waraons des bords de l’Orenoque le pratiquent à l’égard des larves du murichi, les Malalis recueillent le biche de taquara, et ils savent en obtenir une graisse d’une extrême délicatesse, qui sert à assaisonner leurs aliments sans qu’ils en éprouvent le moindre effet délétère. Mais leur arrive-t-il d’avaler un de ces vers , que l’on a fait sécher avant d’en ôter le tube intestinal , une ivresse extatique s’empare de l’Indien, et souvent elle dure plusieurs jours. Semblable au mangeur d’opium, le monde entier change pour lui ; les forêts se revêtent d’un éclat inaccoutumé, elies sont devenues brillantes , sa chasse est merveilleuse, il goûte des fruits exquis, mille songes heureux bercent son imagination sauvage :

néanmoins il paraît que le réveil a aussi son amertume, que le mangeur de bichos de taquara paie par l’engourdissement de ses sens l’excès de sa volupté (*).

Mais revenons à des insectes plus connus. Il y en a un au Brésil qui fait le désespoir des étrangers, c’est le ravet ou cankerlat : écoutons un moment notre bon Lery; comparons-le aux voyageurs modernes, et l’on verra que trois siècles de culture et de civilisation croissante n’ont rien di-

(*) M. Latreille a reconnu cette curieuse chenille pour appartenir au genre cossus ou au genre hepiale. Voyez du reste, pour plus amples renseignements , l’introduction à la partie botanique de M. Auguste Saint-Hilaire. Le premier volume de la partie historique renferme , p. 43 r, une foule de détails que les bornes de cette Notice 11e nous ouï pas permis de reproduire.

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minué de ce fléau : « Et afin que^tout d’un fil je descri ve ces bestioles, lesquelles sont appelées par les sauvages, c travers .... si elles trouvent quelque chose , elles ne faudront point de le ronger; mais outre ce qu’elles se jettoyent principalement sur les collets et souliers de marroquin , et que mangeant tout le dessus, ceux qui en avoyent, les trouvoyent le matin à leur lever tout blancs et efleurez; encore y avoit-il cela , que si le soir nous laissions quelques poules ou autres volailles cuites et mal serrés, ces (travers les rongeant jusques aux os, nous nous pouvions bien attendre de trouver le lendemain matin des anatomies. » Les ravets sont le fléau des bibliothèques , ainsi que des lingeries; et l’on peut dire que leur odeur nauséabonde les rend aussi dégoûtants qu’ils sont nuisibles par leur voracité.

Quel est le simple curieux qui n’a pas entendu faire quelque récit de la puce pénétrante, connue au Brésil sous le nom de bicho do pé , et que Latreille regardait comme un acarus ?

On parle encore beaucoup au Brésil d’un moine qui voulut rapporter vivant en Europe un de ces insectes, et qui mourut dans la traversée. C’est à coup sûr un des insectes les plus incommodes que les Européens aient à redouter à leur arrivée , et quoique par le fait son introduction dans l’orteil, ou dans quelque autre partie du pied , n’ait pour résultat qu’une démangeaison incommode, ou une cuisson un peu vive , lorsqu’il a été enlevé avec maladresse, les récits que l’on fait peuvent bien causer quelque terreur.

Ce qu’il y a de certain , c’est que si la propreté la plus minutieuse ne peut pas en préserver complètement, elle suffit d’ordinaire pour obvier aux terribles accidents que l’on raconte (*).

(*) Le pulex penetrans, chique, nigua, bicho do pé, a été si souvent décrit , et ses effets sont si connus , que j’ose à peine répéter ici ce qui a été dit tant de fois. Voici cependant quelques mots à ce sujet pour ceux qui auraient oublié la manière de s’en préserver.

Pour en finir avec les insectes malfaisants , je citerai encore les mosquites , qui sont plus gros que nos cousins, et qui dépassent de bien loin leur activité malfaisante; les bourachoudes, qui causent une piqûre si vive, que pour me servir des expressions de Lery, « on diroit que ce sont pointes d’esguilles. » Dans les villes, *on parvient, au moyen des moustiquaires, à se garantir de ce fléau ; mais la chose est plus difficile dans les forêts , où la fumée abondante du bois vert peut seule en délivrer quelques instants. Au fond des grandes solitudes marécageuses,

Cet insecte s’aperçoit difficilement à l’œil nu , et sa présence se manifeste dans le lieu où il s’est logé , par un point noir entouré d’un petit cercle livide. Dans cet état, il a déjà formé l’espèce de sac ou de kyste qui renferme ses œufs, et qui acquiert souvent la grosseur d’un petit pois. Il est de toute nécessité d’enlever immédiatement l’insecte avec ses œufs, car, comme le dit un voyageur bien connu , la présence seule du kyste suffirait pour exciter une inflammation érysipélateuse, et faire naître un ulcère de mauvaise nature. Nous avons vu toutefois une foule de personnes ne pas prendre cette précaution salutaire , et s’en tirer sans inflammation. Journellement on voit les noirs enlever avec une adresse surprenante- les chiques, ou bichos do pé, qui se sont introduits dans la plante de leurs pieds: pour cette petite opération , que tout le monde apprend à pratiquer en peu de temps, les noirs se servent d’un morceau de bois pointu, et rarement d’une épingle. Ils sont plus assurés de ne pas rompre ainsi le kyste du pulex penetrans. L’expérience nous a prouvé que leur méthode était la meilleure. Après l’extraction , ils appliquent aussi sur la petite plaie du tabac en poudre; d’autres personnes font usage de la pommade mercurielle , de l’onguent gris , ou simplement de plâtre ; un médecin dit avec raison qu’on peut faire mourir l’insecte au moyen de l’onguent basilicon sans aucune suppuration. On parvient aussi, dit-on, à se débarrasser de la chique au moyen de l’eau mercurielle ou nitrate de mercure dissous dans l’eau : il suffit de percer le kyste avec une épingle trempée dans la dissolution. Mais tout cela ne vaut pas la simple extraction faite par une main légère et adroite.

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la variété des insectes piqueurs est prodigieuse; ce qu’il y a de curieux, c’est qu’ils se succèdent et ne se mêlent jamais. Sur les bords de l’Orenoque, les missionnaires disaient naïvement à M. de Humboldt, que chaque espèce semblait être tour à tour de garde. Comme eux nous l’avions remarqué en diverses circonstances. Il y a un moment de repos bien précieux au voyageur, dans l’intervallo qu’ils mettent a se réunir , ou à se succéder. Quand j’aurai nommé le carapate , qui se loge dans les feuilles de certaines plantes, et qui est un ennemi si cruel des chasseurs; quand j’aurai cité le scorpion, dont la piqûre, quoiqu’elle ne soit pas mortelle , peut devenir dangereuse , il me restera à signaler l’araignée crabe , dont il faut éviter la morsure , et le millepieds , dont on doit se garantir encore avec plus de soin : j’aurai alors terminé à peu près l’énumération des animaux nuisibles. Peutêtre trouvera -t- on que je me suis trop arrêté sur ce sujet; mais je ne l’ai pas fait sans dessein. Les insectes incommodes qui désolent les régions équinoxiales , sont par le fait le fléau le plus réel de ces belles contrées , et l’imagination qui se crée de loin des terreurs si étranges et si exagérées , en appliquant aux lieux paisibles du littoral, des récits qui conviennent à peine aux solitudes des randes forêts, cette imagination , is-je, oublie peut-être trop vite les supplices sans cesse renaissants que causent tant d’ennemis invisibles. Selon nous donc , lorsque l’on part pour ces contrées, il serait plus sage et plus rationnel à la fois de moins redouter les serpents et les jaguars, et d’utiliser davantage l’industrie européenne pour se préserver des mosquitos, des carapatesetdes cankerlats.

Divisions actuelles du Brésil.

Après avoir fait connaître dans leur ensemble les principaux événements qui ont amené une connaissance un peu plus complète du Brésil, et après avoir esquisse à grands traits les généralités d’histoire naturelle qui s’appli-

quent à cette région , trop peu connue sous ce rapport des nationaux eux-mêmes, nous allons descendre aux détails de ce vaste tableau, et examiner ce que les successeurs des premiers colons ont fait des terres fertiles qui leur ont été léguées ; nous tracerons rapidement l’histoire des cités , nous décrirons les mœurs qui s’y perpétuent et auxquelles. l’alliance des races les plus opposées donne quelquefois un aspect si original. Nous suivrons les Indiens dans leurs forêts; nous essaierons de signaler, au milieu de leur misère et de leur décadence, quelques-uns de ces traits caractéristiques qui semblent devoir se perpétuer jusqu’à leur entier anéantissement. À défaut de monuments, ou d’antiquités remarquables , nous décrirons la magnificence de la nature, et nous sommes assurés d’avance que chaque zone nous fournira des scènes nouvelles , ou des tableaux inattendus : mais avant d’entrer dans cette série d’observations, il est indispensable de dire quelques mots des divisions territoriales imposées par la politique.

Le lecteur se rappellera probablement que , plusieurs années après la découverte , Jean III se décida à diviser cette immense contrée en douze capitaineries, dont San-Salvador ne tarda pas à devenir le chef-lieu. Plusieurs donataires, qui s’étaient engagés à exploiter rapidement les vastes provinces qu’ils avaient reçues à titre de concession, sentirent' bientôt combien il était difficile de mettre en exploitation ces immenses propriétés ; car il est bon d’observer que la capitainerie de San-Vicente n’avait pas alors moins de cent lieues d’étendue, sur une largeur proportionnée. Les capitaineries revinrent donc à la couronne et une nouvelle division fut établie. On forma de tout le Brésil dix gouvernements ; mais la répartition parut peu propre au mouvement général de l’administration , et on subdivisa les dix gouvernements en vingt provinces. Cet ordre de choses dura jusqu’en 1823. A cette époque, on changea encore les divisions

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administratives, et elles subirent durant les années suivantes quelques modifications importantes. Depuis sept on huit ans , l’immense territoire du Brésil se trouve donc réparti en dixneuf provinces , si l’on y joint l’Uruguay (*). Mais il estphysiquementim-

(*) Pour éviter à quelques lecteurs l’ennui de détails purement géographiques, nécessaires cependant à l’intelligence des descriptions ultérieures, nous rejetons ici l’indication des divisions principales et des subdivisions.

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