IX OMS DIVERS DE LA VILLE DE SAN
Sebastiao de Rio de Janeiro ; étymologie DE CELUI qu’elle PORTAIT parmi les Indiens. Les personnes qui sont familiarisées avec la philosophie moderne de l’histoire , se rappelleront sans doute l’intérêt qui s’attachait parmi les anciens à la dénomination de certaines villes. Nous ne sommes plus sans doute à l’époque où les cités avaient leur nom mystérieux qu’ignorait la multitude, et qui se rattachait aux dogmes les plus puissants; néanmoins, celui de Rio de Janeiro a une .origine toute religieuse, et c’est ce qu’ont ignoré un grand nombre de voyageurs. Si l’on s’en rapporte à Rocha Pitta , lorsque Mem de Sa repoussa les Français de la baie de Ganabara, où ils s’étaient établis, un jeune homme, éclatant de lumière , combattit avec l’armée portugaise , et l’on crut si bien y reconnaître le saint dont le nom avait été imposé à l’héritier présomptif de la couronne, qu’on le donna à la ville nouvelle dont les murs ne tardèrent pas à s’élever. Quant au nom de Rio de Janeiro, plus généralement usité, il pourrait bien venir du mot Ganabara que les Indiens , au dire de Lery, avaient imposé à la baie, ou il rappellerait simplement que ce port magnifique fut découvert le 15 du
mois de janvier. Ce qu’il y a de bien certain, c’est que tel qu’il a été adopté, il consacre une grave erreur de géographie; les premiers voyageurs euxmêmes qui l’avaient répandue ne tardèrent pas à s’en apercevoir; la baie de Rio de Janeiro n’est pas formée ar un fleuve , et les Indiens, qui ont actuellement des dénominations si heureuses pour désigner chaque localité, lui avaient imposé un nom plus significatif en l’appelant le pays de Niterohy ou de l’eau cachée (*).
Aspect de la ville. En effet, avant d’avoir franchi cette passe bordée par des roches granitiques qui défendent la rade d’une manière si pittoresque, rien n’apparaît aux regards; rien dans tout ce qu’on a vu le long de la plage ne saurait donner une idée du spectacle magnifique que présente la baie au lever du soleil.
San Sebastiao de R.io de Janeiro , qu’on appelle fréquemment par abréviation o Rio , est bâti sur le bord occidental de la baie ; elle s’élève dans une plaine montueuse à moins d’une lieue de ce grand rocher conique auquel on a donné le nom de Pao d’Assucar , et qui révèle son entrée au navigateur.
Quand on a pénétré dans la passe comprise entre le fort de Santa-Cruz et le fort de San-José, et qu’on a dépassé la petite île de Lage, on se trouve dans la vaste baie que Mem de Sa choisit, en 1567, pour y remplir le vœu d’une noble reine, et pour y fonder une ville qui devait être en moins de trois siècles la rivale de sa métropole.
Pour me servir des expressions d’un célèbre navigateur, la forme de ce vaste enfoncement est irrégulièrement triangulaire; « la ligne selon laquelle il se développe vers son extrémité septentrionale , n’a pas moins de cinq lieues; celle qui, à partir de l’île Lage, se dirige du sud au nord’, a quatre lieues environ (**). » Ce n’est donc pas
(*) Ou de Nelhero hy. Voy. le journal O P a trio ta.
(**) Elle peut avoir environ trois quarts de mille de largeur. Freycinet, Voyage autour du monde.
L’ UNIVERS
sans raison, on le voit, qu’on a vanté l’immense étendue de cette baie et que l’on a été jusqu’à dire qu’elle pourrait contenir à elle seule tous les ports de l’univers. Poussé par une brise légère et presque toujours à l’abri des vents dangereux, le navigateur qui pénètre dans la baie porte ses regards avec surprise sur cette multitude d’iles et d’ilots qui parsèment la baie : c’est Yilha do Governardor, qui n’a pas moins de deux lieues d’étendue ; c’est celle de Paqueta , qui se distingue par son aspect pittoresque; un peu plus avant, l’ile de Villegagnon rappelle aux Français les vieux souvenirs historique”; rîle das Cobras, qui défend avec elle la rade, lui en dit de plus modernes et de plus brillants.
Est-on mouillé dans le port, pendant qu’on subit la visite de la santé, les yeux se portent avec admiration autour de ce beau lac que sillonnent aujourd’hui des navires appartenant à toutes les puissances maritimes du globe. Ce qui frappe d’abord les regards , ce sont les grandes lignes du paysage, la végétation abondante des collines, l’indicible sérénité de l’air, la pureté des vagues qui reflètent ce beau paysage.
Les vieilles nations de l’Europe ont toutes quelque dicton populaire, qui, avec un peu d’exagération peut-être,
f teint la beauté de certaines cités: tout e monde connaît le proverbe qui rappelle les merveilles de Séville ; personne n’ignore celui que les Italiens répètent toujours, à la vue du golfe de Naples. Après avoir jeté un coup d’œil sur cette ville qui se déroule majestueusement au bord de la mer et qui va bientôt gravir les collines , après avoir suivi les contours harmonieux de la baie, on est tenté de rappeler l’adage des Espagnols et de répéter surtout celui des Napolitains. Ce repos des airs et cette fraîcheur des eaux , cette végétation sans tin et qui n’a jamais de sommeil, les bruits si doux et si légers qui semblent venir des collines , tout nous donne les idées de repos et de poésie qu’on rêve au golfe de Baia. La nature, en formant la baie
de Rio de Janeiro, semble avoir réuni toutes les formes heureuses qui {jeuvent s’allier dans le paysage. Si l’on a sous les yeux des collines aux contours arrondies, interrompues par quelques fentes accidentelles, par quelques escarpements irréguliers qui révèlent l’existence d’une toule de sources limpides dont se raniment les plantations des Quintas, au loin, dans le fond de la baie , les pitons réguliers et nuageux de la montagne des Orgues font rêver les grandes solitudes et la végétation primitive.
Si le cône granitique qu’on voit à l’entrée de la baie frappe par son aspect sévère et imposant les navigateurs qui l’ont aperçu une seule fois , le Corcovado (*) ne laisse pas une impression moins vive, et la forme qui lui a fait donner le nom qu’on lui a imposé se représente dans toute l’étendue de la rade, avec un caractère pittoresque qui la distingue des autres montagnes.
Caractères du sol de Rio de Janeiro. Comme la plupart des cités destinées à un grand avenir , la ville de Rio de Janeiro est assise sur un terrain où se développent, dans une vaste étendue, les matériaux propres à son accroissement : des forets immenses sont à ses portes et lui envoient des poutres énormes, comme l’ancien monde peut-être ne saurait s’en procurer ; des monticules granitiques (**), renfermés même dans son enceinte, permettraient, au besoin, d’y tailler des fûts de colonnes et des obélisques d’une seule pièce. Vienne donc le grand
(*) Corcovado signifie littéralement bossu. C’est la montagne la plus élevée de toutes celles qui avoisinent la capitale : elle a 2,329 pieds au-dessus du niveau de la mer (voy. Walsli). Le gneiss dont cette montagne se compose, dit M. Gaudichaud, pris à son sommet et à l’endroit où l’aqueduc commence , est à petits grains ; il se délite très-faci lement par l’action des météores, et se sépare en plaques minces et fragiles. Voyez Freycinet, 1. 1, p. 104.
(*) Quelques-uns de ces monticules offrent à l’exploitation une pierre propre aux grandes constructions. Ainsi qu’on a remarqué, relui de Calète, entre aut res, présente un gneiss por-
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artiste et le peuple capable de le comprendre, toutes les richesses de la nature seconderont bientôt la puissance de son invention.
En même temps, si les prévisions de quelques voyageurs ne sont pas exagérées, si les récits qu’ils rapportent sont puisés à des sources certaines, Rio de Janeiro serait appelé à participer un jour au grand mouvement industriel que peut imprimer l’emploi de la vapeur. Des dépôts de tourbe et de houille ont été , dit-on , découverts dans son voisinage, et si l’on s’avance à une centaine de lieues dans l’intérieur, des mines de fer, telles que celles de Congonhos, pourront alimenter un jour de ce métal indispensable, non seulement ses constructions et ses usines, mais elles suffiront pour en approvisionner, au besoin, le reste de l’empire.
Il s’en faut bien, sans doute, que Rio de Janeiro se soit approprié complètement les ressources immenses et peu connues qu’offre son riche territoire ; cependant, quand on lit les anciens voyageurs , on est émerveillé du prodigieux accroissement qui lui a été imprimé en quelques années seulement;
phyroïde avee grenat, dont la couleur généralement blanchâtre est agréablement veinée par de petites couches de quartz, de feldspath et de mica. Si nos souvenirs nous servent bien, cette carrière, dont l’exploitation est tout extérieure, ne tardera pas à disparaître sous le pics des noirs mineurs qui en détachent depuis plusieurs années des blocs assez considérables au moyen de la poudre à canon , et par un système néanmoins qui a dû être perfectionné. J’ai déjà dit , je crois , que toute la chaux employée à Rio de Janeiro était tirée des coquillages qu’on recueillait sur le littoral. Le docteurWalsh affirme qu’un Allemand établi dans la Serra dos Orgôes avait découvert une carrière de pierre à chaux, et que de misérables tracasseries, venant d’un propriétaire des environs , l’ont empêché de découvrir son secret. Il est probable que le gouvernement saura s’en rendre maître par une soigneuse exploration minéralogique de ces montagnes , dont les produits de toute espèce peuvent trouver un débouché si facile dans la capitale.
et nulle ville de l’Europe, peut-être , ne peut se flatter d’avoir obtenu un développement si rapide. Il suffira de dire, pour prouver ce que nous affirmons, qu’au commencement du siècle la population de cette ville montait à 80,000 âmes , et qu’on peut l’évaluer aujourd’hui à environ 260,000.
Fondatïois primitive de la ville. La ville de Rio de Janeiro n’avait pas été bâtie primitivement sur le territoire qu’elle occupe aujourd’hui; les premiers colons portugais construi sirent leurs établissements sur le terrain qui se développe entre le Pain de Sucre et le Morne de San Joào : c’est cet assemblage de maisons qu’on désigna d’abord sous le nom de Villa Velha ; mais il paraît qu’il n’existe plus aucun vestige de cette ville primitive.
Ce ne fut qu’en 1567, lorsque la reine Catherine eut ordonné qu’on fondât définitivement une cité sur les bords de la baie de Ganabara, que le plan de la ville actuelle fut tracé pour remplacement où elle s’élève. Le nouvel établissement fit d’abord de très-faibles progrès , et il paraît qu’il se renferma sur le point occupé encore aujourd’hui par le fort de Caiabouço.
Quelques vieilles maisons pouvant dater de l’époque de la fondation, ainsi que la forteresse et l’église de Saint- Sébastien, sont encore là comme les monuments les plus authentiques de l’ancienne cité.
Ce ne fut que vers la lin du dix-septième siècle, quand les Paulistes eurent découvert les mines abondantes de Minas Geraes,que la renommée de ces nouvelles richesses attira de Lisbonne une multitude de colons , qui vinrent s’établir à Rio de Janeiro, et que cette affluence d’étrangers nécessita la construction d’une foule de maisons nouvelles.
Ainsi que l’a judicieusement observé un auteur anglais, les environs de Caiabouço étaient de telle nature, qu’ils pouvaient singulièrement compromettre l’existence d’une grande cité. C’était une vaste plaine marécageuse, presque toujours inondée, entrecoupée dans toutes les saisons de
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flaques d’eau croupissantes; on y découvrait çà et là des collines couvertes de bois qui interceptaient la circulation de l’air. Aucun de ces obstacles n’arrêta les nouveaux arrivants, et ce qu’on’pourrait appeler la troisième ville fut fondé; mais les inconvénients de la première disposition du terrain ne purent être encore tellement dissimulés, au bout d’un siècle, que des voyageurs, tels que Stauton et lord Macartney, ne regardassent les exhalaisons des marais stagnants comme un des plus grands fléaux de la capitale du Brésil. Il v a seulement quelques années, ces plaintes étaient répétées par divers voyageurs. Les travaux ordonnés par D. Pedro ont singulièrement diminué cet inconvénient, s’il n’a disparu complètement.
Expéditions de Du Clerc et de Duguay-Trouin. En 1676, la ville de Rio de Janeiro fut érigée en archevêché, et le palais épiscopal fut bâti sur une colline élevée ; c’est à partir de cette époque qu’on vit fonder dans des positions analogues les autres édifices religieux qui donnent à l’ensemble de Rio de Janeiro un aspect si imposant.
Au commencement du dix-huitième siècle , les mines de l’intérieur étaient en pleine exploitation, l’opulence de Rio de Janeiro s’était accrue ; sa richesse tenta quelques corsaires entreprenants. En 1710, le capitaine Du Clerc fut envoyé, avec une escadre forte de 1,200 hommes, pour s’emparer de la cité; il n’osa pas franchir la passe et il débarqua ses hommes à Guaratiba, sur une rive déserte. Deux nègres le conduisirent à travers les montagnes , il entra sans obstacle dans la ville, et il pénétra même dans une des places principales. Ce fut là qu’il fut attaqué par le peuple, et qu’il se vit contraint de se retirer dans les bâtiments de la douane, où il capitula. Il eut la vie sauve pour lui et les siens; mais il demeura prisonnier de guerre avec tous ceux qui taisaient partie de l’expédition. Dans la nuit du 18 mars 1711, il fut assassiné, et le sort de ses compagnons devint encore plus déplorable.
Il y avait à cette époque, en France, un homme d’une singulière énergie:
c’était Duguay-Trouin ; il résolut de venger Du Clerc.il était évident, comme il le dit lui-même, que le succès de cette expédition dépendait de sa promptitude, et qu’il ne fallait pas donner aux ennemis le temps de se reconnaître : aussi, dès le 11 septembre 1711 , était-il déjà en dehors de la baie et en avait-il forcé l’entrée dès le lendemain. Malgré les forces portugaises, qui montaient, dit-on, à dix ou douze mille hommes de troupes, auxquels on doit joindre un nombre considérable de milices et de noirs armés , dans là même journée il s’empara de l’île das Cobras, débarqua dix-huit cents hommes au Saco ao Alferez, et disposa tout pour l’assaut.
Ainsi que je l’ai déjà dit dans un ouvrage historique sur le Brésil, l’amiral fut bientôt averti que les batteries de l’ile das Cobras pourraient battre la ville en ruine; mais avant de porter les premiers coups , il jueea à propos d’écrire au gouverneur- général. Il lui demandait raison de l’attentat commis sur lapersonnedel’infortuné Du Clerc, et exigeait qu’on mît à sa disposition les assassins, pour les faire punir selon la rigueur des lois. Il réclamait également les prisonniers, et il finissait en exigeant une contribution qui pût indemniser ses commettants des frais de l’expédition.
D. Francisco de Castro s’était retiré à Mata-Porcos. Il lit répondre au commandant français que ses conditions lui semblaient inadmissibles, et qu’il était décidé, s’il le fallait, à mourir à son poste. La nuit du 20 au 21 fut une nuit de terreur et de désolation pour les habitants. « Le feu des batteries françaises ne discontinua plus , dit M. Hippolyte Taunay, qui a puisé aux sources et qui a rendu compte de cette expédition d’une manière consciencieuse et animée. On profita des ténèbres pour envoyer des chaloupes remplies de troupes, afin qu’elles s’emparassent de cinq bâtiments portugais rangés sur la côte. Un orage survenu tout à coup les fit apercevoir, et elles
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essuyèrent un feu de mousqueterie qui ne les découragea pas. Duguay- Trouin voyant le feu des vaisseaux se diriger sur les chaloupes, lit partir lui-même un coup de canon, qui devait servir de signal pour que toutes les batteries tirassent en même temps contre la ville. Ces détonations spontanées, le bruit de la foudre, rendu plus terrible par les nombreux échos de la baie, frappèrent de terreur les habitants de cette cité, contre laquelle le ciel, la terre et les enfers semblaient déchaînés ; ils se mirent à fuir en désordre vers l’intérieur des terres, emportant avec eux ce qu’ils purent de leurs trésors; les milices elles-mêmes, l’état-major abandonnèrent les remparts; la ville était déserte : toutefois les éclats redoublés du tonnerre et de l’artillerie des assiégeants dérobèrent à Duguay Trouin la connaissance de cette désertion. »
On peut voir, du reste, dans les mémoires du célèbre marin , ce qu’il fallut d’audace et de sang-froid pour mettre à (in une attaque si audacieuse.
Tout en fuyant, les Portugais n’avaient point négligé les précautions qui pouvaient retarder l’invasion de l’ennemi:
les forts de San-Bento étaient entièrement minés et devaient sauter avec une partie de l’armée française. On sut prévenir les terribles effets de cette explosion , et la ville se trouva complètement au pouvoir de Duguay-Trouin.
Ses ennemis eux-mêmes assurent que s’il ne put empêcher le pillage, il fit tous ses efforts pour le réprimer. Après un faible engagement, Francisco de Castro fut contraint d*en passer par les conditions qui lui furent imposées, et, selon des calculs approximatifs, on peut faire monter à près de vingtsept millions les pertes que subit la colonie (*)
(*) Les Portugais furent obligés de payer