‹ Brésil, Colombie et GuyanesChapitre 20 sur 39 · eruzados ( 1,000,000 fr. ) , et non · texte numérisé non relu

eruzados ( 1,000,000 fr. ) , et non

110.000 comme dit M. Walsli, 100 caisses de sucre et 200 bœufs ; ils perdirent en outre 4 vaisseaux, 2 frégates de guerre, et plus de 60 navires de commerce. On doit joindre à cet énorme butin une prodigieuse

7* Livraison. (Brésil.)

Le couvent de San-Bento s’élève sur une colline qui se trouvait directement exposée au feu ; aussi ses fortes murailles furent-elles labourées par les coups de canon de l'escadre française : après plus d’un siècle, on y voyait encore, il y a cinq ans, des traces de la canonnade. Les moines et la plupart des ecclésiastiques, si nombreux de tout temps à Rio, se réfugièrent, avec une partie de la population, dans les montagnes désertes qui avoisinent Tijuca, à dix ou douze milles de la ville: quelques ermitages et quelques autels élevés à la bâte dans la solitude, attestent leur séjour momentané dans ces lieux, qui sont devenus depuis un lieu de plaisance pour les habitants de Rio.

Prospérité croissante de Rio,

ARRIVÉE DE JEAN VI AU BRESIL. A partir de cette époque, et comme si ce devait être une compensation à tant de désastres, une foule de circonstances contribuèrent à l’accroissement de Rio de Janeiro. Grâce à l’établissement d’une route nouvelle , les riches marchandises de Minas, que l’on conduisait dans le port de Santos, eurent la capitale pour entrepôt; un an après, en 1725, les mines de diamants de Tejuco furent découvertes ; vingt ans plus tard , la ville, qui manquait d’eau, vit achever son magnifique aqueduc; vers 1 755, un homme, qui devait avoir une active influence sur tous les lieux où s’exercait sa puissance, Pombal envoya son” frère Carvalho comme gouverneur de la province, et le génie actif du grand homme donna une impulsion nouvelle à cette capitale , qui contenait déjà 40,000 âmes, et qu’il destinait, dit-on, à devenir une nouvelle métropole servant de lien entre l’Europe et le nouveau monde. Mais ce qu’avait rêvé le marquis de Pombal ne devait s’exécuter qu’au commence*

quantité de marchandises revendues immédiatement à des négociants portugais, ou embarquées à bord de la flotte française. Ce fut le 19 octobre 1711 que Duguay- Trouin remit à la voile : les mauvais lemp» qui l’accueillirent durant la traversée, lui causèrent des pertes immenses.

L’UNIVERS

ment d’un autre siècle. Dès 1763, il est vrai, le roi Joseph avait transporté le siège de la vice-royauté du Brésil à Rio de Janeiro. Celte capitale s’était singulièrement accrue, grâce au marquis de Lavradio et à Luiz Vasconcelios; mais nul souverain portugais n’avait songé à la choisir pour lieu de sa résidence , lorsque la guerre de la Péninsule contraignit jean VI, alors régent du royaume, à venir lui demander un asile. Le 14 janvier 1808, le brick de guerre le Foador , apporta à Rio la nouvelle que l’armée combinée des Français et des Espagnols était entrée en ^Portugal , et que le 29 septembre la famille royale s’était embarquée pour le Brésil. Cette nouvelle produisit une étrange sensation dans Rio. Les préparatifs nécessaires pour la réception de la reine Marie et de sa famille occupèrent toutes les pensées. Le palais du vice-roi fut immédiatement disposé pour servir de résidence à la ramilie royale, et les maisons occupées précédemment par les diverses administrations furent mises à la disposition des nombreux officiers qui accompagnaient la cour : on ajoute même que ces divers édifices ne semblant pas encore suffisants, tous les propriétaires de maisons particulières qui se trouvaient dans le voisinage furent contraints d’abandonner le lieu de leur résidence habituelle , et d’en envoyer la clef au vice-roi ; chose qui se fit sans la moindre hésitation et comme une disposition à laquelle on devait s’attendre; en même temps, des courriers furent dépêchés aux gouverneurs de Saint- Paul et de Minas-Geraes, pour annoncer l’événement qui allait changer la face du pays, et pour les engager à envoyer de leur coté quelques subsides. L’établissement de la famille royale, quelque peu somptueux qu’il fut d’abord , nécessitait certains frais, auxquels le trésor se trouvait hors d’état de subvenir

Et cependant tei idt l’empressement des grands propriétaires à accomplir les sacrifices pécuniaires qu’on exigeait d'eux , tel fut le sentiment profond

d’hospitalité qui se manifesta jusque chez les familles les moins opulentes, qu’on vint offrir de toutes parts , soit en numéraire, soit en nature, les sommes et les objets supposés indispensables aux botes nombreux que les événements contraignaient ainsi à venir chercher un asile bien différent alors de celui qu’ils abandonnaient.

Nous l’avons laissé entrevoir, dans les combinaisons politiques du gouvernement portugais , ce n’était point une résolution sans antécédentsquecelle qui faisait ainsi délaisser l’antique métropole et changer le siège du gouvernement. Le plus grand homme d’Étatqui ait surgi au XVIIIe siècle dans la Péninsule, le célèbre marquis dePombal, avait entrevu , avec sa sagacité pénétrante, et longues années auparavant, les immenses résultats que devait amener la présence royale en Amérique.

11 avait deviné de son regard prophétique la nécessité imminente de jeter des idées monarchiques dans une vaste contrée , étrangère aux habitudes de l’Europe, et qu’une résolution énergique pouvait séparer à jamais du Portugal. Ces semblants de république qui fermentaient dans les plaines de Piratininga, au besoin, avaient pu l'instruire. La nécessité inflexible accomplit les vues de l’homme d’État. Mais sous quelque aspect qu’on envisage aujourd’hui Jean VI, il lui reste la gloire d’avoir réalisé les vues puissantes de l’homme de génie.

Après avoir échappé à une tempête violente, le roi débarqua enfin à San- Salvador, et ce fut dans cette ville, le 23 janvier 1808 , qu’il promulgua l’acte mémorable qui abolissait l’ancien système , et qui permettait à toutes jes puissances alliées du Portugal la libre entrée des ports du Brésil.

C’était justice sans doute , mais la justice avait besoin d’être accomplie; un système absurde et intolérant venait d’être renversé, après plus de trois siècles d’existence. Chez un peuple plein d’ardeur et d’intelligence comme les Brésiliens, laisser s’opérer le libre contact avec les nations de l’Europe, c’était émanciper la contrée : la preuve du

BRÈSIT

fait que nous avançons se trouve dans les événements.

Pendant le court séjour que Jean VI fit à San-Salvador, de vives sollicitations lui furent adressées pour qu’il fixât sa résidence dans cette ville , qui revendiquait son ancien titre de capitale, et qui faisait valoir, non-seulement la douceur de son climat, la fertilité de son territoire, mais encore une position centrale qui permettait une surveillance plus exacte de toutes les capitaineries maritimes. Peut-être que s’il eût accepté les propositions qui lui étaient faites , Jean VI eût arrêté en effet plus rapidement les progrès insurrectionnels qui se manifestèrent dix ans après (*); peut-être même eût-il réparti plus également entre les provinces les avantages qu’on pouvait attendre de son séjour. On affirme à Bahia que , las de cette longue navigation qu’il venait de subir, et charmé de l’aspect du pays , il eut un instant le désir de se rendre aux vœux des habitants. Mais sans doute que rien, aux yeux de ses ministres , ne put compenser l’admirable position de Puo de Janeiro; sans doute aussi que la facilité des communications avec Minas, et la certitude qu’il faudrait changer le siège des diverses administrations , le décidèrent. Il partit de San-Salvador, et il entra dans la baie de Rio de Janéiro le 7 mars 1809.

Rien ne peut donner une idée exacte des démonstrations de joie, poussées, dit-on, jusqu’à l’extravagance, qui se manifestèrent dans la ville. En un clin d’œil, les maisons furent désertes, les collines se couvrirent d’innombrables spectateurs, et ceux qui purent se procurer des pirogues ou des chaloupes s'embarquèrent pour accompagner l’escadre jusqu’au lieu où elle allait mouiller. Le premier acte du prince , en débarquant, fut de se rendre à la cathédrale , pour y rendre grâce de son heureuse arrivée. Sa foi était sincère, et s’il n’accomplit pas par la suite ce qu’il demanda sans doute au

(*) On lui proposait de lui bâtir un ma-

gnifique palais.

ciel, dans ce moment solennel, d'avoir la force d’exécuter, il faut s'en prendre bien davantage au vice de sa première éducation, qu’à un besoin immodéré du pouvoir, ou à un défaut de sincérité (*).

Mais il n’entre ni dans notre intention, ni dans le but de cette notice, d’écrire l’histoire politique du Brésil, qui est destinée un jour à offrir un si puissant intérêt; nous voulons constater uniquement certains faits historiques, sans l’examen desquels il serait sans doute impossible de comprendre les changements prodigieux qui s’opérèrent, en moins de quelques années, dans la plupart des villes capitales.

Pour se faire une juste idée de la situation industrielle où était le Brésil au commencement du siècle, il suffira de rappeler que tout commerce ostensible avec les navires étrangers était réprimé sévèrement (**), et que la mé-

(*) Jean VI était le second fils de la reine Marie. Comme tous les aînés de la famille de P.ragance , son frère, dont on vantait l'intelligence peu commune , avait succombé bien avant d'avoir pu prendre la régence, que l’aliénation mentale de la reine eût fait tomber entre ses mains. Jean VI convenait , dit-on , avec ses familiers du peu de capacité qu’il y avait en lui pour supporter le fardeau du gouvernement, et il regrettait avec amertume la mort de son frère.

(**) Vers i Soi , un homme qui avait subi la captivité la plus cruelle en voulant éluder cette loi de prohibition , Lindley écrivait à propos de San-Salvador : « Aucun vaisseau étranger ne peut commercer avec cette ville; il est même expressément défendu aux navires qui ne sont pas portugais d’entrer dans le port, à moins qu’ils n’aient besoin de subsistances, d’eau ou de réparations. Pour prévenir toute possibilité de commerce, six douaniers se rendent à bord de chaque vaisseau à son arrivée, et un bateau de garde est attaché à la poupe, qui contient un lieutenant et des soldats. Outre cela, un administrateur de la justice, un colonel des officiers de marine, avec un charpentier, von4 faire une insjiection , examinent les papiers, et la cause réelle ou prétendue qui a fait entrer le bâtiment, et dressent procès-verbal du tout. Ce procès-verbal est ensuite mis

T.tiN I VERS.

tropole, si arriérée elle-même sous ce rapport , se réservait le droit de fournir les colonies des objets indispensables. Certains habitants de Rio et de Bahia, encore peu avancés en âge, se rappellent fort bien l’époque où les plus riches propriétaires de ces villes opulentes ne pouvaient point se procurer, sans des difficultés nombreuses, les ustensiles les plus ordinaires du service intérieur; et, pour en donner quelques exemples, tel était, il y a vingt ans, la pénurie des objets dont regorgent maintenant les magasins, qu’un seigneur d’Engenho, qui étalait dans un festin d’apparat l’argenterie la plus riche et la plus massive , ne pouvait pas souvent offrir un couteau à chacun de ses convives; nous nous rappelons nous-même avoir assisté, non loin de San-Salvador, à un banquet auquel présidait le premier magistrat du district, et durant lequel un seul verre fit souvent le tour de la table. Or, tel est maintenant l’abondance des objets de luxe ou de simple commodité, qu’il n’y a peut-être pas en Europe, en en exceptant les grandes capitales, une seule ville qui puisse, sous ce rapport, être comparée à Rio.

Ce fut le 1er avril 1808 que don Joâo ouvrit aux habitants du Brésil une ère nouvelle de civilisation progressive, en rendant un alvara qui abolissait l’ancien système, et qui engageait les habitants "à se livrer aux divers genres d’industrie manufacturais et commerciaux prohibés jusqu’alors. En donnant la date de ce décret important, un auteur anglais fait observer avec raison que telle était la rigueur absurde de la loi qu’on venait d’abroger, qu’elle allait jusqu’à s’opposer à ce qu’on fît autre chose qu’une toile grossière, propre tout au plus aux vêtements des noirs,

sous les yeux du gouverneur général , qui fixe le temps de leur séjour, qui est ordinairement de quatre à vingt jours, selon le plus ou moins d’avaries ou la nature du rapport. » Voyez Lindley , Voyage au Brésil , où l’on trouve la description de ses habitants , de la ville et des provinces de San- Salvador et Porto-Scguro , i vol. in-8.

avec ces admirables cotons que se disputent les manufactures d’Europe.

La même année vit s’établir une presse à Rio de Janeiro. Pendant trois siècles, le même esprit de répression

ui s’opposait au développement de l’in-

ustrie, avait considéré l’imprimerie comme un moyen trop dangereux de discussion, un auxiliaire trop puissant d’indépendance, pour en permettre l’introduction. Il est presque inutile de dire que la publication d’une gazette suivit de près l’établissement" de la première imprimerie qui fut fondée dans cette portion de l’Amérique méridionale. On l’a dit avec justesse : rien plus que cette dernière circonstance, peut-être, ne saurait donner une idée complète du degré d’ignorance dans lequel ce beau pays était resté plongé, et des progrès rapides que la nation a su faire. Il est presque impossible de croire qu’il y a une vingtaine d’années seulement il n’existait pas un seul papier public dans une contrée où plus de trente feuilles périodiques circulent librement aujourd’hui, et sont lues dans une seule ville.

L’année suivante fut marquée par quelques fondations utiles, dont le temps montrera l’importance : une école d’anatomie, de chirurgie et de médecine fut annexée à l’hôpital militaire; on fonda un laboratoire de chimie; et enfin l’établissement d’un lazaret régulier, bâti sur le promontoire de Boa P'iagem , donna une sécurité complète aux habitants, dans les libres rapports qu’ils allaient avoir désormais avec des navires partis de tous les ports de l’univers.

Mais précisément ces fondations successives d’établissements scientifiques, cette affluence d’étrangers qui ne tardèrent pas à se fixer à Rio de Janeiro, le contact des habitants avec les grandes familles portugaises , toutes les circonstances en un mot qui faisaient sortir les Brésiliens de l’espèce de léthargie morale où ils étaient plongés, éveillèrent en eux le sentiment de leurs droits, et , après le premier mouvement d’enthousiasme que leur avait inspiré l’arrivée de la cour et d’un*

BRESIL. 101

population plus instruite, plus industrieuse, ils songèrent à la lutte morale qui allait s’établir, et ne voulurent pas être vaincus. Dès ce moment, Rio de Janeiro cessa de présenter l’aspect d’une colonie qu’on exploitait à. force de lois répressives; les intelligences s’éveillèrent, une ère nouvelle commença. Nous savons quelle en a été l’issue.

Et toutefois dans ce nouveau mouvement, qui devait opérer la grande fusion sociale que plusieurs publicistes avaient prévue, dès l’origine, dans cette émancipation intellectuelle du pays, si l’on peut se servir d’une semblable expression, la cour eut moins d’influence qu’on ne pourrait le supposer au premier abord. Dès le principe, elle fit un monde à part, qui se groupa autour du monarque et qui conserva ses habitudes. Pour le prince régent, il étala peu de luxe , et vécut , à peu de différence près, comme l’eût tait un vice-roi. Plus tard, quand la mort de sa mère l’eut fait monter sur le trône, il conserva la même simplicité, et cependant les dépenses intérieures de sa maison s’élevaient à une somme énorme; quelques années encore, et elles devaient être»un objet de sérieuse inquiétude pour son fils.

D’où procédaient ces dépenses qui pesaient nécessairement sur le peuple, et comment pouvaient-elles se maintenir? Selon nous, il faudrait lesattribuer surtout à la situation précaire dans laquelle se trouvaient les nobles émigrés, et à un antique usage dont le prince ne crut pas devoir se départir : des subventions en nature étaient accordées à certains officiers de la couronne, et même aux simples employés du palais.

Aussi la liste des dépenses intérieures de la maison royale présente-t-elle certains détails qui semblent appartenir à un autre âge , et qu’il est aussi difficile de concevoir que de qualifier.

Mais, quand la population plus instruite eut compris d’où lui venaient les améliorations réelles et positives qui s’étaient opérées dans le pays; quand elle eut deviné que c’était surtout de ses rapports avec les nombreuses mai-

sons commerciales anglaises et françaises , établies récemment , qu’elle pouvait tirer les lumières nécessaires à l’accroissement de l’industrie, la lutte prit un caractère plus actif encore, et , avouons -le, elle ne fut pas toujours à l’avantage de la mère patrie" Om ne se rappelait pas sans amertume ce qu’elle avait pu faire et ce qu’elle n’avait pas fait. S’il était réellement accordé, le bienfait venait trop tard. De son côté, après avoir joui avec une sorte d’effusion de l’espèce de repos qui avait succédé pour elle aux jours d’anxiété; après s’être laissée aller à une réelle admiration pour ce ciel magnifique, que l’on comparait à celui de Lisbonne, et qui l’emportait encore sur lui; après avoir vanté cette fertilité abondante , cette richesse infinie des productions de la nature, qui frappe tant les étrangers, la classe que l’on désignait sous le nom de la ftaülguia, les nobles, commencèrent à regretter les jouissances de luxe, de civilisation, d’opulence, qu’ils avaient abandonnées. On en vint aux comparaisons; on scruta les manières qu’on avait sous les yeux ; les hôtes bienveillants ne furent pas, dit-on, ménagés; les inconvénients du climat frappèrent davantage; les regrets du pays vinrent aussi après le premier enthousiasme *.

des deux côtés il y avait une question de patrie; ce fut elle qui remporta.

Maintenant que la grande révolution qui devait être la conséquence inévitable de ces querelles futiles en apparence s’est accomplie; aujourd’hui que tous les intérêts sont séparés et qu’il ne doit plus y avoir que des rapports de fraternité entre les deux nations, hâtons-nous de l’ajouter, le contact un peu orageux et souvent interrompu qui s’opéra il y a vingt ans entre les Brésiliens et les prémières familles du royaume n’a pas été sans quelques fruits, et ils sont tous à l’avantage des habitants du Brésil. Il en est résulté à coup sûr pour ces derniers un goût plus délicat pour les arts, une élégance dans les manières que les étrangers remarquent toujours , et une sagacité intellectuelle, que l’étude doit dévelop-

fÜ2

L’LjNI VERS.

per; plus tard, sans doute, quelques observations indispensables, et s’appliquant surtout aux contrées reculées des

rovinces , serviront d’ombre à ce ta-

leau.

Après ces grands événements, qui devaient être .si influents dans les destinées ultérieures du Brésil , les autres changements marchèrent à grands pas; mais il en était un plus désiré que tous les autres peut-être, et qui ne s’était pas encore effectué, c’était celui qui devait faire cesser la position secondaire du Brésil dans la hiérarchie politique. Le 15 décembre 1815, un décret parut qui élevait cette contrée immense, regardée jusqu’alors comme une province coloniale , à la dignité de royaume. A partir de cette époque, on devait réunir sous une seule dénomination les royaumes unis du Portugal, des Algarves et du Brésil.

Aujourd’hui que les mouvements politiques se sont succédé dans ce pays avec une rapidit^ qui tient du prodige, on ne saurait se figurer le haut degré d’enthousiasme que cette nouvelle excita dans l’immense étendue du Brésil.

Des courriers furent envoyés dans toutes les provinces. Partout où l’on venait de transmettre la grande nouvelle, des illuminations spontanées attestaient la part que le peuple y prenait; on peut dire, pour se servir des expressions d’un voyageur anglais, que des rives de laPlâta aux bords de l’Amazone un seul navire peut-être ne resta pas sans être pavoisé. Quelques mois après, le congrès de Vienne approuva la mesure du prince régent, et lord Castlereagh, en transmettant l’adhésion de l'Angleterre , fit assez comprendre qu’elle rattachait à ses combinaisons politiques l’empressement qu’on lui voyait montrer.

Immédiatement après la consommation de ce grand événement, la reine dona Maria cessa de vivre; elle était depuis longues années dans un état d’aliénation mentale qui rendait sa mort de nulle influence sur les destinées du Brésil. Ce fut seulement alors que le prince régent prit le titre de Jean VI. Malgré la situation déplo-

rable où elle se trouvait, le roi avait conservé un vif attachement à sa mère : aussi sa douleur fut -elle profonde.

Ceux qui ont visité, à cette époque, le Brésil se rappellent encore avec quelle pompe on célébra les obsèques de la première reine qui fût venue mourir dans le nouveau monde. Si les récits ne sont pas exagérés, on renouvela alors à Rio de Janeiro ces magnificences funèbres dont quelques ouvrages du seizième siècle nous ont transmis les détails, et que l’uniformité des coutumes adoptées en Europe semble avoir bannies pour jamais (*).

Ce fut vers la même époque que le Brésil adopta les armes qui devaient le désigner comme royaume. De même qu’Alphonse III avait joint les armoiries du pays des Algarves à celles du Portugal, de même Jean VI posa l’ancien écusson sur la sphère armillaire couronnée qui désignait le nouveau royaume.

ÉTABLISSEMENT DES ARTISTES FRANÇAIS AU BRÉSIL. RÉSULTAT DE leur arrivée. Si les Anglais ont été les premiers à développer chez les Brésiliens le goût des améliorations industrielles, si ce sont eux qui ont imprimé surtout au pays cette activité commerciale que nous avons secondée plus tard, et dont nous avons recueilli en partie les résultats, c’est à nous surtout qu’il appartient de réclamer cette antériorité d’initiation dans les arts et dans les sciences, qu’un peuple doit toujours à un autre peuple, et qui fait à jamais époque dans l’histoire de son développement social.

Si, en tenant compte du temps où ils ont pu se livrer sérieusement à des travaux intellectuels, on examine les productions des Brésiliens, et si on les compare sous le rapport de l’art aux autres peuples de l’Amérique, n’en doutons pas , c’est 5 eux dès à présent que doit appartenir la prééminence, et

(*) Pour donner une idée de ce luxe, ii suffira de dire que le velours employé dam les tentures funèbres était du velours de soie, et que les broderies qu’on avait multipliées partout étaient en or.

BRÉSIL

c’est eux sans doute qui la conserveront dans l’avenir. Aux États du Nord, les grandes combinaisons politiques, le développement de l’industrie; aux États de l’Amérique du Sud et surtout au Brésil, le feu intelligent des arts, les innovations dans la science, et même la compréhension des grands mouvements sociaux qui doivent guider le monde.

Mais quand les années consacrées à l’étude se seront écoulées , quand des productions originales attesteront l’alliance du travail et de l’inspiration , si une justice complète est rendue à ceux qui peuvent la réclamer, ce sera surtout à cette colonie d’artistes français qu’on vit s’établir, il y a vingt ans”, à Rio de Janeiro, qu’en reviendra la gloire. Bien des vicissitudes néanmoins marquèrent ses premiers efforts.

Ce fut en 1815 que le marquis de Marialva, ambassadeur du Portugal en France , se concerta avec le comte d’Abarca, ministre des affaires étrangères à Rio de Janeiro, pour former une académie, dont on attendait les □lus heureux résultats. Lebreton (*), secrétaire perpétuel de la classe des beaux-arts , fut chargé d’organiser cet établissement. Ce fut alors qu’on vit partir pour le Brésil des hommes d’un talent réel , et que la France regretta. Dix mille francs avaient été accordés pour les frais du voyage, et ce fut en mars 181 6 que nos compatriotes arrivèrent dans la capitale du Brésil. Jean VI les accueillit avecune bienveillance marquée. Un décret du 12 août fixa leur position. Douze mille francs de pension furent accordés à Lebreton en sa qua-

(*) Nous donnerons ici la liste complète de ces artistes, dont la mort a déjà frappé le plus illustre : A. Taunay, membre de l’Institut; Aug. Taunay son frère, statuaire; Debret , peintre d’histoire ; Grandjean de Montigny , architecte; Simon Pradicr, graveur en taille-douce ; François Ovide , professeur de mécanique; François Bonrepos, aide-sculpteur deM. Taunay ; les deux frères Perrez. Ils arrivèrent au Brésil plus tard que les autres artistes, mais ils partagèrent les avantages qu’on avait faits à ceux-ci.

lité de directeur, et on fixa à cinq mille francs le traitement de chaque artiste.

Il faut bien l’avouer cependant , peutêtre le Brésil, qui échappait au régime colonial, n’était-il pas encore suffisamment mûr pour recueillir toute futilité possible d’une semblable institution.

Qu’en résulta-t-il? c’est que la pensée qui avait présidé à son établissement ne s’étant arrêtée d’avance à aucun plan solide, le gouvernement obtint peutêtre moins d’avantages de l’arrivée des artistes que les particuliers qui surent les comprendre, et chez lesquels ils développèrent du moins quelque goût pour les arts.

Cependant le ministre des affaires étrangères avait demandé à M. Grandjean de Montigny le projet d’un palais pour l’académie. Les plans de l’artiste furent adoptés. Les fondations de l’édifice furent jetées immédiatement, mais la construction dura dix années.

Pendant cet intervalle, bien que les artistes s’occupassent de leurs travaux , ils ne pouvaient le faire ni d’une manière bien active, ni surtout dans l’intérêt spécial de l’enseignement. Quelquefois même, il faut bien le dire, les moyens matériels d’exécution leur manquaient complètement. C’est ainsi que M. Debret ayant exécuté plusieurs tableaux destinés à rappeler des événements historiques , M. Pradier qui devait en entreprendre la gravure fut contraint de revenir à Paris, parce qu il n’existait encore à Rio ni imprimeur, ni papier d’impression convenable.

Mais , pour faire comprendre la vraie situation des choses, il faut remonter plus haut. Immédiatement après l’arrivée des artistes, le comte d’A barca mourut; M. Lebreton ne tarda pas à le suivre dans la tombe. Dès 1819, les deux hommes sur lesquels on était en droit de compter pour le progrès futur de l’académie n’existaient plus. Peu de temps après, dit un écrivain qui s’est procuré à ce sujet des détails positifs, le ministre baron de San-Lourenço fit venir de Portugal un peintre de ses protégés, nommé Henrique José da Sylva, qui présenta au roi , par l’intermédiaire de son protecteur , un projet

L’UNIVERS

d’organisation pour l’académie, qui fut adopté par décret du 25 novembre 1820. Parce décret, ce même artiste fut nommé directeur des écoles et professeur de dessin; un prêtre portugais remplaça le secrétaire de feu M. Lebreton;son supprima ensuite les deux adjoints de l’architecte, ainsi que le graveur en taille-douce, alors absent.

Par ces dispositions nouvelles, les bases primitives de l’académie se trouvaient complètement changées. Un homme que la France regrettait, M. Taunay, revint en France; plusieurs de ses anciens compagnons de voyage demeurèrent, mais ce ne fut pas sans de grands efforts que leur persistance fut récompensée. La plupart des grands édifices que les nouvelles institutions nécessitaient s’élevèrent sur les plans de M. Grandjean de Montigny ; et en 1826, un artiste habile, qui taisait partie de la première expédition, fut nommé dirècteur d’une école dont on peut juger déjà les résultats , puisque des expositions publiques ont eu lieu à diverses reprises.

Quelque rapides que soient ces détails, quelque imparfaits que soient les documents qu’il nous a été possible d’offrir ou lecteur, l’arrivée de la cour à Rio de Janeiro , l’affluence des étrangers qui devait nécessairement en résulter, et enfin le séjour des artistes français , ont eu une influence trop positive sur l’aspect extérieur de la ville, pour que nous n’ayons pas cru devoir offrir au moins certains faits principaux avant d’entrer dans les détails qu’on va lire.

Principaux édifices de Rio de Janeiro. Chaque capitale en Europe a son monument célèbre, son édifice de prédilection , sa grande construction locale, et qui imprime à toute la cité un caractère d’où elle tire son originalité d’aspect. A Rio , c’est l’aqueduc de la Carioea, avec sa double rangée d’arcades, son aspect de construction romaine, sa forme à la fois élégante et grandiose, que cherchent partout les regards et qu’ils aiment à rencontrer.

Cet édifice ne remonte pas à une bien haute antiquité; car il fut commencé

dans le dernier siècle. Une traditioB toute poétique, quoiqu’elle soit inconnue maintenant, sans doute , à bien des habitants se rattache à la source qui l’alimente. Rocha Pitta raconte que ces eaux donnent une voix pleine de douceur aux musiciens, et que les femmes qui y baignent leur visage se parent d’une beauté nouvelle (*). Mais ce n’est pas la première fois que les traditions effacées de l’ancien monde viennent ainsi se rajeunir en Amérique, et Ponce de Léon , qui parcourut si longtemps les Florides, cherchait dans ses riantes solitudes les traces de la fontaine de Jouvence (**).

L’historien qui nous transmet ces origines nous apprend aussi qu’avant la fondation de l’aqueduc on était contraint d’aller chercher, à près d’une lieue, l’eau qu’il verse maintenant dans la ville. Ce fut sous le gouvernement du général Ayrés de Saldanha Albuquerque que "commencèrent les travaux qui avaient été originairement décrétés par la chambre municipale :

si l’on examine l’importance de l’édifice, ils furent conduits avec une rapidité remarquable. Dès l’année 1740.

Rio de Janeiro jouissait de l’inappréciable avantage de posséder enfin des eaux abondantes. Entre les difficultés que présentait la localité, il y en avait quelques-unes qui semblaient tenir plus particulièrement au caractère du sol et a la nature des matériaux que l’on possédait. On craignit, dit-on, d’employer à la construction des canaux, lesgranits si abondants qui entourent la ville , et il fallut faire venirdu Portugal la pierre dont on fit usage. Tel qu’il est, cet aqueduc lutte de grandeur et de solidité avec tout ce que l’Europe possède en ce genre : il commence à la montagne de Corcovado et se développe sur une longueur de près de six milles «La prise d’eau, dit M. Labiche, a

(*) Ile fama accreditada entre sens naturaes, que esta agua faz vozes suaves nos muslcos e mimosos cardes nas damas. America portugueza , liv. seg. p. iio.

(**) Cité par M. Freycinet, Voyage autour du monde.

BRESIL

lieu à un ruisseau qui , après être tombé en cascade , se réunit dans un réservoir pratiqué pour cet objet au filet d’eau d’une source voisine; là commence une voûte de cinq à six pieds de hauteur sur environ deux pieds et demi de large, ayant des ouvertures latérales de distance en distance. Cette voûte recouvre dans presque toute sa longueur un canal d’environ huit pouces de large sur six de profondeur, auquel on a ménagé une légère inclinaison, et ui vient déboucher près du couvent e Santa-Theresa. Il devient ensuite souterrain, et descend, en passant dans le couvent , jusqu’à un double rang d’arcades qui le supportent et le conduisent à un nouveau réservoir ou château d’eau voisin du couvent de Santo-Antonio ; de ce point partent des tuyaux de distribution qui vont aux différentes fontaines. »

Il s’en faut bien que le palais habité naguère par l’empereur soit un édifice remarquable. Son architecture est massive; il est mal distribué intérieurement; et le seul avantage qu’il présente, il le partage avec les maisons particulières construites sur les bords de la plage : la baie , avec ses admirables paysages , se déploie devant ses fenêtres. Construit originairement pour servir de demeure au vice-roi, ou même au capitaine général de la province, on lui eût donné une tout autre importance si l’on eût pu jamais supposer, au dixhuitième siècie, qu’il dût être transformé en résidence impériale. Le fait est qu’on fut obligé de lui adjoindre plus tard certaines portions du bâtiment appartenant aux Carmes , et qu’on établit également des communications avec le Sénat municipal : ce fut le seul moyen de l’agrandir.

Nous nous trouvons sur la place du Palais, et c’est là précisément où s’élèvent les édifices religieux qui offrent peut-être le plus d'intérêt à Rio de Janeiro. L’église métropolitaine, désignée aussi sous le nom d’église des Carmes-Chaussés, et la chapelle impériale, ont été construites à côté l’une de l’autre. A l’arrivée de la cour, la seconde fut désignée sous le titre de

Capella Real. Si nous consultons Rocha Pitta, nous voyons que Rio de Janeiro ne fut érigé en évêché que sous le pontificat d’innocent XI, en l’année 1676 (*). Mais à cette époque ce ne fut pas à l’église des Carmes à laquelle on donna le titre de métropolitaine :

celle-ci ne fut bâtie qu’en 1700. Elle conserve extérieurement le caractère d’architecture qui appartient durant cette période à la plupart des édifices religieux de l’Espagne et du Portugal.

A l’arrivée de la cour, ce fut dans la chapelle royale qu’eurent lieu toutes les cérémonies importantes, en sorte que l’église voisine perdit peu à peu de ses privilèges. Un vaisseau assez élé-

ant à l’intérieur, une grande richesse

’ornements, sont ce qui distingue la chapelle impériale. A l’époque où Jean VI vint se fixer à Rio, une tribune séparée fut ouverte pour lui dans le chœur, et d’immenses tentures de soie cramoisie à crépines d’or donnèrent à cette église un caractère qui la distingua de toutes celles de la ville. C’est là qu’on entendait, il y a peu d’années encore, une musique religieuse préférable à celle que l’on a organisée dans la plupart des résidences royales de l’Europe. Marcos Portugal avait été appelé d’Italie pour diriger l’orchestre , et l’élève favori d’Hayden , Neukomm , tenait l’orgue. Depuis , des musiciens habiles , nés au Brésil même , auront continué ce qui était le résultat des efforts de tels maîtres. Il n’est pas probable que la grande musique d’église cesse jamais complètement d’être cultivée au Brésil; c’est un besoin trop ardent des intelligences, un sentiment intérieur de l’art trop prononcé, pour qu’on suppose même qu’il se ralentisse.

Si les deux édifices dont nous venons de parler sont en général ceux qui atti-

(*) Le premier évêque fut un religieux de Saint-Dominique, Fr. Manoel Pereira , qui, après avoir été sacré, renonça à l'épiscopat. Il avait été nommé secrétaire d’État, et s’en tint L cette dignité. Don José Barros de Alarcâo , second évêque par ordre de nomination, fut le premier qui passa «à Rio de Janeiro, •

rent la première visite d’un étranger, parce qu’ils se trouvent situés sur la grande place du Palais, ce ne sont pas les plus remarquables sous le rapport de l’architecture. L’église de Candeiaria, par exemple, se distingue par ses deux tours, et doit être considérée comme la plus grande église qui ait été élevée au Brésil. Malheureusement elle a été bâtie dans une rue trop étroite,

f)Our qu’on puisse aisément considérer a façade. On a proposé dernièrement d’abattre les maisons qui la cachaient, et de construire une place qui s’ouvrirait sur la rue Droite. Ce changement doit s’effectuer tôt ou tard. L’église avait été bâtie primitivement pour servir de cathédrale; on a employé les beaux granits des environs à sa construction; mais elle n’est pas encore achevée , quoiqu’elle ait été commencée il y a environ cinquante ans.

L’ancienne cathédrale, celle que l’on désignait jadis sous le nom de Sé Velha, s’élève dans la rue du Rosario. C’est à tort que Walsli affirme qu’elle conserva son privilège jusqu’à ce qu’il fût transféré à la Chapelle royale. Quand on le lui enleva, le titre dé métropolitaine appartint à l’église des Carmes.

Ce qui est plus exact , et ce que dit le même voyageur, c’est que l’intérieur de ce vieil édifice est un vaste cimetière, et que le sol est pavé littéralement de cadavres; il était même impossible, il y a quelques années, de faire un pas sans trébucher contre quelques débris de corps humain , tant les enterrements s’effectuaient avec négligence. On a depuis remédié à une incurie si coupable; mais on enterre encore dans l’église.

San-Francisco de Paula avec ses nombreux ex-voto , San-Francisco d’ Assise avec ses dorures intérieures, pourraient se comparer, pour la magnificence de leurs ornements et pour la foule qu’attirent leurs corps saints , aux églises les plus fréquentées des autres contrées catholiques; mais l’édifice qui attire le plus promptement les regards , celui que l’on contemple déjà de la baie , avant d’avoir visité la ville, c’est le couvent de San-Bento ,qui s’élève d’une

manière si pittoresque sur une colline et qui domine l’île das Cobras. Ce grand édifice est un des plus anciens de Rio de Janeiro , puisque l’inscription qu’on lit sur son entrée principale indique qu’iJ fut réparé en 1671. Son architecture est rude et massive, et, comme on l’a déjà fait observer, les énormes barreaux de fer qui ferment ses fenêtres lui donnent bien plus l’aspect d’une prison que d’une maison religieuse. Mais, quand vousavez monté un bel escalier de pierre conduisant à une plate-forme , et que vous êtes arrivé dans un vaste corridor, qui se termine à chaque extrémité par deux grands pavillons d’où vous pouvez contempler la baie et la ville sous trois aspects qui rivalisent de beauté, vous comprenez comment l’ordre le plus riche de Rio de Janeiro a dédaigné la splendeur extérieure pour se contenter d’une solidité qui a aussi sa magnificence. Si l’on a poussé jusqu’à l’excès peut-être la simplicité au dehors, il n’en est pas de même dans l’intérieur : une richesse d’ornements un peu austère peut-être y domine; mais il n’en est pas qui soit plus convenable pour un couvent. Les salles et les corridors sont boisés en jacaranda, que l’on a richement sculpté en relief, et ces larges boiseries, dont la teinte sombre est nuancée de violets dorés , sont susceptibles de prendre le plus beau poli ; des peintures exécutées jadis par des artistes brésiliens , rappellent les principaux événements dont fut marquée la vie de saint Benoît; les reliques du patron sont religieusement conservées dans la chapelle, qui elle-même se distingue par un autre genre de magnificence, et dont l’intérieur est doré (*).

(*) Le couvent de San-Bento contient une bibliothèque d’environ six mille volumes; elle est ouverte tous les jours au public. Il y a fort peu de maisons religieuses au Brésil , s’il en existe , dont les revenus puissent être comparés à ceux de ce couvent; ils sont répandus dans toute la contrée, et consistent en fermes et fazendas de toute espèce. L’ile du Gouverneur entre autres, la plus belle île de la baie, appartient aux bénédictins.

BRÉSIL

Pour nous, et bien que plusieurs aimées se soient écoulées depuis cette époque, nous ne saurions oublier ni cette grandeur infinie du paysage dont on peut jouir au sommet de la colline, ni cette richesse toute monastique qui semble s’être établie pour des siècles, alors même qu’elle touchait à son déclin. Mais les idées vont aussi vite maintenant en A mérique qu’en Europe.

En peu de temps les choses ont bien changé, et le premier aspect du couvent de San-Bento n’est déjà plus ce qu’il était jadis. En 1830, deux ailes de l’édifice se trouvaient déjà converties en caserne, et les moines s’étaient retirés pour la plupart dans leur île du Gouverneur. L’on peut supposer qu’il en sera ainsi par la suite de bien d’au* très communautés religieuses, puisqu’une loi présentée aux chambres a proposé déjà l’aliénation des propriétés monastiques, pour être appliquée aux besoins de l’Etat.

Avant donc que ces édifices, qui s’élèvent d’une manière si pittoresque sur le sommet des collines , aient changé de destination, jetons encore un coup d’œil sur l’aspect qu’ils présentent, faisons-y un dernier pèlerinage.

Nous venons d’entrer dans un de ces couvents qui appartiennent à l’aristocratie des ordres religieux, en voici un qui s’élève encore sur une colline à l’extrémité opposée de la ville, c’est celui de Santo-Antonio. Le nom de son patron suffirait pour rappeler que c’est celui d’un ordre mendiant. Si le bénédictin et le franciscain ne sont pas partagés également des biens de ce monde, la nature étale pour eux les mêmes splendeurs, et quand on est parvenu a la plate-forme sur laquelle s’élève ce couvent de franciscains, il est difficile de décider quelle est parmi ces deux communautés religieuses celle qui a été le plus heureusement partagée. L’intérieur du couvent de Santo-Antonio offre deux vastes chapelles, et le cloître se développe sur une grande étendue. C’est dans la salle du chapitre que sont déposés les restes du général Forbes , officier écossais distingué, qui accompagna la famille royale à Rio, et

qui vint mourir dans cette ville vers le milieu de 1808. Au delà du cloître se trouve le réfectoire , et là on remarque un genre d’ornements qui reparaît souvent dans les maisons monastiques du Portugal et du Brésil : les murailles sont carrelées Jusqu’à unecertaine hauteur, avec cette belle faïence hollandaise, dont on fait une sorte de mosaïque monochrome, si l’on peut se servir de cette expression. Les salles que l’on orne de cette manière présentent souvent aux regards les dessins de certains maîtres , et il en est sans doute qui ont été exécutés par ordre spécial des grands couvents; car les sujets qu’ils rappellent sont presque tous religieux.

On sait généralement que les moines de Saint-François ne sauraient faire aucune acquisition; l’institut de leur ordre s’y oppose. Ils occupaient originairement une chapelle sur les bords de la mer, à Santa-Luzia; mais ils se dégoûtèrent par la suite de cet emplacement, et ils choisirent celui où on les voit aujourd’hui. En 1608, la chambre municipale de Rio leur en concéda l’occupation; il se passa alors un fait bizarre, et qui s’est souvent renouvelé. Comme les franciscains ne peuvent rien posséder en propre, l’emplacement fut concédé au pape, et le terrain devint la propriété de l’église de Rome; les bons pères parvinrent à se procurer des aumônes assez abondantes pour y fonder leur couvent.

Sur la colline opposée à celle de Santo-Antonio s’élève encore Santa- Theresa; c’est un des quatre couvents de religieuses que possède Rio de Janeiro. C’est là que demeurent vingt et une recluses, dont le nombre ne doit jamais augmenter. La situation qu’elles ont choisie est peut-être plus admirable encore que celles de San-Bento et de Santo-Antonio, et nulle contrée au monde sans doute ne saurait offrir un lieu plus imposant pour se livrer à de sérieuses méditations. L’édifice n’est pas entouré de murailles, et sa blanche façade, (ju’on aperçoit du bord de la mer, s’éîeve d’une pelouse verdoyante, qu’entourent de leurs buissons odo-

L’ UNIVERS

rants les haies vives que l’on a plantées.

Ce petit édifice octogone, avec un portique élégant d’où l’on peut contempler la mer, c’est la jolie église de Notre-Dame da Gloria qui couronne aussi une colline, et qui s’avance sur un cap, précisément au-dessous de la retraite des religieuses de Sainte-Thérèse.

Nosse-Senhora da Gloria est une de ces constructions pittoresques qui donnent à une ville son caractère original , sa physionomie riante ou triste, selon les jours, et quelquefois selon les souvenirs. C’est la que la jeune impératrice aimait à venir prier; c’est là qu’elle alla s’asseoir plus d’une fois, contemplant ce beau lac qùe bornent dans le lointain les montagnes des Orgues, ces eaux si tranquilles, ces vagues si reposées ; puis , quand un enfant lui fut né , ce fut là qu’elle alla l’offrir à sa patronne. Plus tard, on dit qu’une semaine ne finissait pas sans que don Pedro, dont rien n’avait affaibli la foi sincère, vînt s’agenouilleraux pieds de l’autel.

Si plus d’espace nous était accordé, nous aimerions à parler de cette église de Boa Viagem, qui s’élève sur son haut promontoire, et que vont visiter tous les marins; puis, nous redescendrions dans la ville pour visiter San- Domingo , qui est consacré aux nègres , et qui est desservi par des prêtres noirs; nous parlerions de Santa-Rita, que l’on appelle la Chapelle des Malfaiteurs, parce que les criminels condamnés vont y recevoir sur le chemin du supplice les dernières consolations.

Le couvent d’Ajuda nous apparaîtrait comme un des plus grands édifices de Rio : aussi le nombre des religieuses qu’il peut recevoir est-il illimité; sa vaste et sombre chapelle jouit du triste avantage d’être l’édifice religieux le moins orné de tout Rio. C’est là cependant que reposent deux reines dont le sort fut bien différent : l’une fut conduite en Amérique comme en un dernier asile où elle devait achever de mourir; l’autre partit avec toutes les espérances d’une jeune épouse : toutes deux elles n’ont fait que paraître , et le même lieu les a reçues.

Mais la ville de Rk) de Janeiro est une des capitales qui renferment le plus d’édifices consacrés à la religion , et s’il fallait nommer chaque église, ce serait une aride nomenclature qui pourrait bientôt fatiguer. Nul caractère tranché d’architecture d’ailleurs, nul souvenir précieux d’antiquité , nulle tradition locale vraiment intéressante, ne sauraient les rappeler au souvenir du lecteur : visitons d’autres monuments.

Ici encore l’aridité des détails semblera la même. La Douane, avec ses grues agissant sans cesse et les cris perpétuels de ses nègres porteurs, l’Arsenal de l’armée de terre et celui de la marine, la forteresse de la Conceicào, où l’on visite le musée d’armes, l’Académie des beaux-arts elle-même, dont le style est purement grec(*), sont des édifices plus ou moins étendus , plus ou moins décorés , et d’une utilité directe, dont une ville aussi considérable que Rio de Janeiro ne pourrait longtemps se passer. Il n’en est pas de même des salies de spectacle, et il peut paraître surprenant qu’une cité américaine possède déjà un théâtre égal à celui de Milan, et par conséquent un peu plus vaste que le grand Opéra de Paris. Le théâtre national n’est pas le seul qui se soit élevé depuis peu , on en compte deux autres qui sont publics. Une de ces salles, mais c’est la moins considérable, sert à représenter des drames en français.

La bourse; événements politiques qui y ont eu lieu. La Bourse est sans contredit un des bâtiments les plus remarquables de Rio de Janeiro ,, et si nos souvenirs ne nous trompent point, c’est le premier bâtiment considérable où se soit manifesté le talent de M. Grandjean deMontigny, architecte français, connu par de sérieuses études , et qui a déjà doté la ville de

(*) Ce qu’on remarquerait partout dans cet édifice, ce sont les quatre colonnes en granit d’une seule pièce qui le décorent; elles attestent la richesse des matériaux que le sol a mis à la disposition do l’artiste.

BRÉSIL

■plusieurs autres édifices. La Bourse de Rio de Janeiro s’élève dans la Rua Direita au delà de la Douane , et pour la bâtir, on fut obligé d’abattre un nombre assez considérable de vieilles maisons. Les travaux de construction, au reste, furent remarquables ; car elle fut commencée en octobre 1819, et livrée au public vers le mois de mai suivant. L’édilice a cent soixante palmes de long sur cent quarante-cinq de large; la salle principale s’élève de six marches au-dessus du niveau du sol ; on y pénètre par quatre grandes portes cintrées , ouvertes aux deux extrémités opposées.

Les deux entrées principales regardent la rue et le bord de la mer ; au centre s’élève un dôme qui éclaire quatre transepts se développant à angle droit, et formant une croix qui s’étend dans Joute la longueur et la largeur de l’édifice, avec des galeries à chaque extrémité , supportées par trente-deux colonnes d’ordre dorique. Des statues, représentant les quatre parties du monde, ont été placées là comme un symbole du développement que doit prendre un jour le commerce du Brésil. Malheureusement cette belle salle rappelle aux Brésiliens des souvenirs politiques si amers, qu’elle était naguère encore abandonnée, et qu’elle a longtemps servi de magasins. Nous dirons quelques mots à ce sujet.

Jean VI, comme on sait, avait été sacré le 5 février 1818, et il semble que cet acte solennel qui réunissait sur une même tête les couronnes de Portugal et du Brésil eût du calmer les esprits; mais loin de s’affaiblir, les causes de scission qui existaient entre les Brésiliens et les Portugais, n’avaient fait que s’accroître; bientôt les événements arrivés en Europe rappelèrent le roi à Lisbonne , c’était en 1821, tout faisait prévoir une révolution prochaine.

Le Brésil , comprenant alors la nécessité d’un grand changement politique , résolut de former une chambre représentati ve; i 1 fut convenu que la première assemblée préparatoire se tiendrait dans la nouvelle salle. On devait

naturellement s’attendre, ainsi que le dit fort bien un voyageur, à ce qu’il régnât une grande irrégularité dans ces premières délibérations. Non-seulement les formes parlementaires étaient entièrement inconnues au pays, mais les membres de rassemblée n’étaient pas encore bien assurés eux-mêmes des pouvoirs qui leur étaient dévolus.

Aussi les premiers débats furent-ils fort orageux , et quelques-unes des propositions empreintes d’une extravagance réelle. On alla , dit-on , jusqu’à demander que la nouvelle constitution d’Espagne devînt le modèle de celle du Portugal. Une certaine rumeur s’était répandue; elle annonçait qu’on avait donné l’ordre positif aux troupes portugaises de marcher contre l’assemblée et de la dissiper. Le commandant se trouvant sommé de répondre à ce sujet, répondit qu’il n’en était rien. On affirmait, en outre, que le roi se disposait à emporter hors du pays un trésor considérable, et que l’on avait même déjà embarqué les fonds de plusieurs établissements de charité : il était bien reconnu que la prodigalité, la rapacité même avaient été toujours la cause des fautes et des embarras de l’ancien gouvernement. Ce bruit prit de la consistance. Il fut convenu que les navires seraient visités, et l’on donna des ordres en conséquence aux commandants des forts de Santa- Cruz et de Lage, pour que les navires de l’escadre fussent arrêtés, s’ils tentaient de sortir.

Minuit ne s’était pas encore écoulé, dit M. Walsh, auquel nous empruntons ces détails, et quelques-uns des électeurs s’étaient retirés; mais, en raison de l’importance de la délibération , la salle était encore pleine , lorsque tout à coup l’édifice se trouva environné par un régiment, les armes chargées et la baïonnette au bout du fusil. On n’avait pas eu le plus léger indice de leur approche, et aucun ordre n’avait été intimé au peuple de se disperser. Les troupes se ruèrent sur cette foule sans armes. Le feu fut commandé , et l’on chargea ensuite à la baïonnette. Rien n’est plus horrible

L’VJNI V KH S.

que la scène de carnage qui eut lieu ensuite. Parmi ceux qui avaient échappé à la mort, ou qui n’étaient point trop grièvement blessés , il y en eut qui tentèrent de s’échapper par les fenêtres ; quelques-uns trouvèrent la plus triste fin en fuyant ainsi; ceux qui s’étaient précipites dans la mer furent noyés.

Pendant ce temps, les soldats prirent le parti de piller. Ce ne fut qu’après s’être emparés des choses ayant quelque valeur et qui se trouvaient dans la salle, qu’ils se dispersèrent.

Nous passons sur une foule de détails qu’on peut lire dans diverses relations ; nous nous contenterons de dire que trente personnes furent tuées ou blessées sur la place, sans compter celles qui disparurent, et qu’on supposa avoir été noyées. Le lendemain , continue l’auteur qui nous fournit en partie ces renseignements, les choses se passèrent comme si rien n’avait eu lieu. Telle était la terreur que cet événement avait imprimé à la population ,. que l’on ne dressa aucune information contre les instigateurs d’une telle mesure, et qu’on ne fit aucune recherche pour s’assurer du nombre de victimes qui avaient été sacrifiées. Le roi partit et il fut naturellement acquitté dans l’opinion publique. Ses habitudes, sa bonté de cœur bien reconnue , tout le lavait d’avoir pu tremper dans une mesure sanglante. Quelques personnes accusèrent de cet acte le comte dos Arcos, dont l’inflexible sévérité s’était déjà exercée contre les insurgés de Pernambuco. Ce qu’il y a de certain, c’est qu’il fut obligé de se démettre de la position qu’il occupait dans le gouvernement, et que quelque temps après il retourna en Portugal. D’autres, et c’est le grand nombre, portèrent leurs soupçons sur un plus haut personnage. *Un fait positif, c’est que telle fut l’horreur qu’inspira aux habitants de Rio de Janeiro un tel événement, qu’à partir de cette époque aucun négociant ne voulut entrer dans la Bourse pour s’y occuper de la moindre affaire : elle demeura complètement déserte. Les murailles percées de balles, et les traces de sang

qu’on voyait sur le parquet offrirent encore longtemps un triste souvenir du massacre. A la fin , on jugea à propos de réparer la salle. On la peignit, et elle fut décorée plus élégamment que par le passé. Personne n’y voulut entrer encore; et en 1830, elle se trouvait convertie en magasin de fer; les portes et les fenêtres avaient été en partie brisées, et cette salle, jadis si élégante, n'était plus guère fréquentée que par les noirs.

Passeio publicoou jardin public de Rio de Janeiro. Ouvrez les voyageurs du dix-huitième siècle, parcourez Maudave, Barrow, Macartney, après l’aspect imposant de Rio de Janeiro, ce qui semble Jes avoir le plus frappés , c’est l’aqueduc, puis le jardin public. Quoique la vue dont on peut jouir de ses terrasses n’ait pas d’égale, si ce n’est à Constantinople peut-être, nous l’avouerons, il nous a semblé ou que cette promenade publique était déchue de sa première splendeur, ou qu’il y avait quelque exagération dans le récit des voyageurs. Ce jardin n’a pas une très - grande étendue, et il fut planté durant le siècle dernier par les ordres de Vasconcellos, qui était alors vice-roi, et dont le nom revient toujours lorsqu’il s’agit pour Rio de Janeiro de quelque établissement utile. Le Passeio publico est situé sur le bord de la mer, dans le quartier de Calabouço ; il consiste en larges allées bordées‘de grands arbres naturels et exotiques , qui forment un épais ombrage. Les manguiers, qui viennent de l’Inde, les grumixamas , qui donnent un fruit rouge un peu semblable à la cerise, les jambosiers, qui se parent de belles aigrettes blanches avant de donner leurs pommes parfumées comme la rose, tous ces arbres croissent sans peine à côté des cœsalpina et du bombax erianthos, qu’on a arraché aux forêts du Brésil , et qui étale avec orgueil ses fleurs de pourpre, assez semblables à celles de la tulipe. A peu près vers le centre du jardin, on a construit une espèce de temple de forme octogone, où un professeur de botanique vient faire

BRESIL

des lectures. ïly a quelques années, cet usage était tombé en désuétude, et nous ignorons si les cours ont repris.

Le jardin public de Rio de Janeiro est le premier établissement où l’on ait vu un échantillon remarquable de la sculpture nationale; et ce qu’il y a d’étrange sans doute, c’est que ces deux crocodiles qui vomissent de l’eau dans un bassin de marbre sont l’œuvre d’un pauvre noir, auquel ils furent commandés comme on aurait exigé de lui quelque autre ouvrage de son métier.

L’enfant qui d’une main tient un oiseau dont le bec verse l’eau dans un bassin, est dû également à un artiste né au Brésil ; et ces deux groupes attestent chez les Brésiliens un goût « inné pour les arts. Du reste, plus de papayer de cuivre peint en vert, plus de batiments carrés aux deux extrémités de la terrasse ; les deux pavillons célébrés par tous les voyageurs du dix-huitième siècle ont disparu depuis une trentaine d’années, et c’est presque rendre service aux Brésiliens que de reproduire une de ces descriptions.

« Dans l’un de ces pavillons, dit le rédacteur des Voyages de lord Macartney, on a peint sur la muraille différentes vues du port, avec la pêche de la baleine qu’on avait coutume d’y faire lorsqu’il était fréquenté par les grandes baleines noires, qui l’ontabandonné depuis qu’il y aborde beaucoup de vaisseaux. Le plafond est orné de dessins très- variés, et la corniche représente plusieurs sortes de poissons particuliers aux mers du Brésil, et sous leurs couleurs naturelles; l’ouvrage entier est fait avec des coquillages.

« Sur le plafond de l’autre pavillon sont des ornements de plumes artistement faits , et tout le long de la corniche on a représenté les plus beaux oiseaux du pays avec le plumage qui leur est propre. Les murs sont couverts de peintures assez mal exécutées, mais offrant l’image des différentes productions qui rendent cette contrée si opulente. On y voit les mines d’or et de diamants, avec les procédés qu’on emploie pour séparer ces richesses du

sein de la terre qui les enveloppe. On y voit aussi des cannes à sucre et les moyens dont on se sert pour en extraire le suc et le faire cristalliser. On y a également représenté comment on s’y prend pour prendre les petits animaux dont on fait la cochenille, et pour préparer la superbe couleur qu’elle produit. On n’y a pas même oublié la culture du manioc, non plus que la manière dont on faitlacassave.... Enfin, ces peintures offrent la culture et la préparation du café , du riz et de l’indigo. »

Il est probable que ces deux bâtiments ne seront jamais rétablis; le jardin n’en offrirait pas moins une retraite des plus agréables, sans une jetée artificielle qu’on a jugé à propos de bâtir vis-à-vis, et qui intercepte non-seulement la vue admirable de la baie , mais qui s’oppose encore à ce que la brise de la mer vienne rafraîchir les promeneurs ; au-devant s’élèvent deux obélisques de granit. Sur l’un on a gravé cette courte inscription : Ao amor do publico; l’autre porte en lettres de la même dimension : A saudade do Rio (*).

Lors de l’arrivée de la cour à Rio , ce jardin fut infiniment moins fréquenté qu’on eût dû supposer qu’il pouvait l’être. L’auteur de cette notice du moins l’a vu presque abandonné. Il paraît que les soins qu’on lui donne maintenant , car on a affecté 1 ,905,000 reis à son entretien , ont ramené quelques promeneurs. Chaque soir, on voit venir quelques habitants de Rio avec leurs familles; ils gravissent la jetée, et là viennent respirer la brise rafraîchissante qui se fait sentir à la fin du jour.

Races diverses auxquelles appartiennent les habitants; aspect des rues; industrie. Je ne sais plus trop quel est le voyageur qui , à propos de la situation présente de Rio de Janeiro, faisait observer que les rues voisines de la Douane présentaient aux regards à peu près autant

(*) A l’amour du public, à la salubrité de Rio.

L'UNIVERS

de marchandises anglaises que certaines places de Manchester; on pourrait presque en dire autant de la rue de l’Ouvidor, qui a été adoptée presque exclusivement par les marchands français, et qui offrait naguère tant de magasins d’objets de luxe ou de nouveautés, qu’on était tenté de se croire dans les environs de la rue Vivienne ou du Palais -Royal. Malgré cette affluence de négociants étrangers , malgré le caractère européen que leur présence donne nécessairement à Rio, la population très-mélangée n’en offre pas moins son caractère original, précisément même en raison de la diversité extrême de teintes et de races qu’on rencontre à chaque instant. Ce ui frappe d’abord lorsqu’on s’éloigne es quartiers plus particulièrement habités par les Européens , c’est l’excédant de cette population noire, qui se montre en beaucoup plus grand nombre qu’à Buenos-Ayres , à Mexico ou à Lima. Il y a quelques années seulement , la classe qui avait le pas sur les autres , celle qu’on pouvait reconnaître d’avance à son maintien , à ses habitudes de domination, se composait de Portugais purs, d e jilhos do reino, comme on disait alors; en général , les Brasileiros ne venaient guère qu’après eux, quoiqu’ils se montrassent impatients de cette espèce d’infériorité. C’est précisément cette discussion de position qui a engagé la lutte , et l’Europe sait maintenant quel en a été le résultat. Après les Brasileiros, dont le nom générique, du reste, désigne tous les mélanges de races , on distingue les Mulatos , provenant du mélange de blancs et de nègres, les Mamalucos , qui sont beaucoup plus rares qu’à Sainte-Catherine et qu’à Saint-Paul , et qui proviennent de l’alliance de blancs et d’Indiennes. Les nègres établissent entre eux certaines différences marquées : il y a les noirs qui viennent directement d’Afrique, negros muleccos; il y a les nègres nés au Brésil , criolos , qui reçoivent seuls une dénomination qu’on réservait dans nos colonies aux blancs nés dans la contrée.

Bien que le territoire de Rio ait été jadis habité par les deux nations les plus puissantes du littoral , c’est à peine si l’on rencontre de loin en loin quelques Indios de race pure, et encore, s’ils n’arrivent pas de l’intérieur, sontils désignés sous la dénomination dédaigneuse de Caboclos. Ceux qu’on appelle Gentios , Tapuyas , Bugres ne sont pas tombés dans un aussi grand mépris sans doute; mais ils sortent si rarement de leurs forêts , que l’apparition qu’ils font de temps à autre dans les rues de Rio est un événement. Si l’on joint à tous ces hommes de race pure eu mélangée quelques Cariboços nés d’un nègre et d’une Indienne, on aura une idée des nuances infinies que présente la population indigène. Quant à la population accidentelle, en admettant qu’on puisse se servir de cette expression, elle se composait d’abord de Français, d’Anglais, de Suisses, d’Espagnols, auxquels il fallait adjoindre cent cinquante à deux cents Chinois qui erraient par la ville, préférant le brocantage auquel on les laissait se livrer, à la culture du jardin botanique pour laquelle ils avaient été appelés. Depuis, et grâce à l’alliance de l’empereur don Pedro avec une princesse de la maison d’Autriche , le nombre des Allemands s’est successivement accru. Vers la même époque, et même antérieurement, les Suisses avaient été appelés à la fondation de colonies intérieures ; les Irlandais prirent rang dans l’armée ; on vit arriver successivement quelques Suédois, des Danois et des Russes. On conçoit aisément combien cette population" hétérogène doit rendre l’aspect de Rio de Janeiro différent de ce qu’il était autrefois. Par suite de ce mélange des races qui s’est nécessairement opéré dès l’origine, s’il est un pays de l’Amérique où les préjugés qui s’attachent à la couleur doivent disparaître complètement, c’est à coup sûr Rio; il en est de même des diverses capitales des provinces qui composent maintenant l’empire. Cependant presque tous les travaux pénibles sont réservés à la race noire.

BRÉSIL

Une des choses qui frappent toujours l’étranger lorsqu’il arrive dans la rue conduisant à la Douane, que l’on désigne sous le nom de rua da Alfandega , et où s’opèrent presque tous les transports de la ville , c’est cette réunion de noirs , appartenant à tant de races africaines, et qu’un premier coup d’œil confond toujours : cette deminudité, car ils ne portent guère qu’un caleçon de toile , ces membres robustes qui rappellent les plus belles formes de la statuaire antique , ces tatouages bizarres qui servent bientôt à reconnaître les nations diverses, ce tumulte qui accompagne presque toujours la moindre opération confiée à des nègres , cette espèce d’harmonie mesurée de la voix qui lui succède , et qui doit toujours marquer la marche lorsqu’on porte quelque fardeau, tout cela forme un tableau auquel on devient bientôt indifférent sans doute , mais qui étonne au premier aspect, comme la révélation d’un monde inconnu , dont mille traits seront à étudier. Si l’on en excepte quelques circonstances purement locales , le même spectacle , il est vrai, se renouvelle dans toutes les contrées soumises jadis au régime colonial; mais ce qui est particulier à Rio et à Éahia, et ce dont il faut louer le gouvernement sans doute, car il prépare l’émancipation depuis bien des années , c’est un parti pris d’assimiler les noirs aux autres classes. Une observation bien attentive n’est pas nécessaire pour distinguer parmi cette population laborieuse de noirs , des hommes appartenant à la même race, et qui occupent un rang réservé partout ailleurs à la population blanche : des officiers commandant certains régiments, des prêtres qui ont reçu les ordres à San- Thomé , et qui ont droit de célébrer la messe.

Après avoir admiré un moment la force musculaire que développent les ouvriers noirs dans leurs travaux , on est frappé de l’imperfection des moyens de transports qu’ils ont à leur disposition : presque nulle part on ne fait usage de la brouette et du camion , et une forte gaule, garnie de ses cor-

8e lJvraison. (Brésil.)

des , est à peu près le seul instrument que l’on emploie pour transporter les plus pesants fardeaux ; cinq ou six hommes la saisissent à chaque extrémité, la posent sur leurs épaules , et savent maintenir un tel ensemble dans leurs mouvements , qu’ils parcourent souvent de grandes distances, sans qu’on puisse les croire fatigués.

Rien de plus animé, de plus varié même que cette rue de P Alfandega :

ici, ce sont des négresses portant le cesto rempli de fruits qu’elles viennent de cueillir dans la quinia de leurs maîtres, et qu’elles vont déposer au marché; d’autres, comme les canéphores antiques, balancent une urne sur leur tête ; plus loin , c’est une négresse créole richement parée de sa chemise de dentelle et de ses longues chaînes d’or. Elle s’en va accomplir quelque message; et si la nudité de ses pieds atteste son esclavage, l’indolence de sa démarche prouve combien elle se croit supérieure à ses compagnes , qui la regardent avec envie.

Mais , dans cette hiérarchie de l’esclavage, si l’on est surpris de la différence qu’établit la richesse du costume ou seulement l’opulence du maître, une chose frappe encore davantage , ce sont les vieux souvenirs d’Afrique qui survivent à la captivité. Ce noir que vous voyez à l'écart, c’est souvent un chef qu’on honore, et qui retrouve toujours son pouvoir quand on vient le consulter. Ce musicien solitaire, qui écoute avec tant d’attention les sons mélancoliques de son banza ou de son balafo, c’est quelque barde demi-sauvage, qui n’ignore pas sa puissance, et il lui suffit d’un air plus rapide ou d’un chant plus passionné pour voir accourir près de lui ceux qu’il domine par son enthousiasme, et qui le reconnaissent pour inspiré. Ici , c’est le nègre de Mozambique qui dédaigne le noir Congo ; plus loin, l’habitant de Minas se raille du Koromantin. Ainsi, dans cette population en apparence si uniforme, au milieu de ces hommes que l’esclavage semble avoir nivelés, il y a transmission de la puissance guerrière,

L'UNIVERS

on reconnaît la suprématie de l’intelligence, on assiste à la lutte des nations; c’est, n’en doutons pas, ce qui imprime une allure si originale à cette population esclave, dont les mœurs sont trop peu étudiées.

Comme nous le faisions observer tout à l’heure, plus que nos colonies, les rues de cette capitale présentent l’aspect qui doit résulter de l’union des races entre elles. L’activité des Européens qui ont émigré sans fortune dans la province, et qui se livrent à des professions purement mécaniques , l’habitude qui permet l’introduction de serviteurs blancs dans l’intérieur, tout contribue à établir cette différence.

Si l’on s’en rapporte néanmoins a quelques voyages très-récents, l’aspect de Rio de Janeiro a subi un changement notable depuis les derniers événements. Voici ce qu’écrivait, à ce sujet, le commandant Laplace, au retour de ses longs voyages. Mais, tout en convenant que le tableau est triste, il est probable qu’un repos de deux années en a déjà changé quelques traits. « Ces rues que parcouraient naguère une multitude de riches équipages et de traliquants affairés, sont a présent presque désertes, surtout loin des bords de la mer. On y retrouve pourtant encore une teinte européenne :

ces postes remplis de bruyants gardes nationaux en uniforme, avec la casquette sur l’oreille, et nonchalamment assis à l’ombre ; ces blancs qui , malgré la chaleur excessive du soleil, circulent à pied dans les rues, vous retracent fidèlement l’image de votre pays, et vous font douter si vous êtes réellement sur les rivages du nouveau monde. La vue des opulentes demeures des négociants anglais vient encore aider à l’illusion . et témoigner en même temps de la richesse du commerce britannique au Brésil. Ces négociants n’y vendent pas , comme les nôtres, ce que le luxe des capitales a fait inventer de plus somptueux ; mais, suivant ici la même méthode qu’ils pratiquent au Pérou et au Chili, ils fournissent la population de toutes

les marchandises de première nécessité (*). »

Puisque cette dernière phrase nous met sur la voie, nous répéterons volontiers avec l’habile voyageur auquel nous venons d’emprunter cette citation, que la balance penche du côté des Anglais dans les transactions commerciales qui ont lieu entre l’Europe et le Brésil. Nous ajouterons même que le crédit des Anglais repose sur des bases plus solides, et sur une considération personnelle la plupart du temps mieux établie. Pour être juste, cependant, il faut considérer les circonstances dans lesquelles se sont trouvées les deux nations. Dès l’origine, l’avantage fut à nos rivaux ; c’est ce qu’on peut aisément prouver , en rappelant seulement quelques faits.

Pendant longtemps, l’entrée du Brésil, comme on le sait, était complètement interdite aux étrangers par la métropole. Le commerce intérieur et extérieur était alors excessivement borné; on pourrait dire, qu’il était nul, en quelque sorte, pour toute autre puissance que le Portugal , puisqu’on voit dans certaines relations, telles que celle de Dampier, qu’on restait quelquefois quinze ans à San-Salvador sans voir plus d’un seul navire anglais. A partir de 1808, les choses commencèrent à prendre une face très-différente.

A la paix générale, elles changèrent complètement. On fit des traités avec les grandes puissances maritimes, et l’on vit augmenter prodigieusement la somme des importations et des exportations. Dans ces premières dispositions , et à la suite de guerres désastreuses , dont le souvenir n’était pas éteint, la France ne fut pas aussi bien partagée que l’Angleterre. Dès le principe, les marchandises des Anglais ne payèrent que quinze pour cent, quand elles provenaient de leurs manufactures; on les taxa à seize pour cent quand

(*) "Voyage autour du monde par les mers de l’Inde et de la Chine, exécuté sur la corvette de l’État la Favorite, pendant les années i83o, i83i et 1 83 2. Paris, i835, 4 vol. in-S.

BRESIL

il fut reconnu qu’elles avaient une autre origine. Mais ce qu’il y eut de plus important , c’est qu’il fut stipulé que l’estimation des droits serait faite par les consuls de la Grande-Bretagne.

Nos rivaux ne pouvaient pas être mieux traités ; car ils l’étaient comme les nationaux. Les Français reçurent d’abord des conditions Lien différentes :

ils payèrent vingt-quatre pour cent, et la valeur de leurs marchandises fut fixée sur les factures par l’autorité portugaise. Il en résulta les plus notables abus. Car, outre ce droit exorbitant, nos marchandises furent appréciées de la façon la plus arbitraire. Les choses ont été régularisées depuis , et nous ne payons que quinze pour cent pour toutes les marchandises importées au Brésil ; mais les Anglais , comme on le voit , ont eu le temps d’affermir leur commerce, et d’établir leur crédit. D’ailleurs, outre les droits dont le taux vient d’être établi , il y en a quelques-uns qui peuvent venir accidentellement , et qui accroissent encore les frais. La baldeacâo, par exemple, est un droit de transbordement de quatre ou simplement de deux et demi pour cent sur les marchandises dont l’introduction est prohibée, et qui doivent être réexportées. Les navires étrangers , mouillés sur la rade extérieure de Rio, payent un droit d’ancrage de mille reis, ou de six francs vingt-cinq centimes par jour.

Sans nous occuper spécialement des objets d’importation que l’Angleterre verse dans le Brésil , et qui sont fabriqués à Liverpool et à Manchester, d’après certaines données beaucoup plus avantageuses, selon nous, au négociant qu’au consommateur , nous dirons que les articles pour lesquels nous conservons la prééminence, sont les toiles fines désignées sous le nom de cambraya , les étoffes de soie, la chapellerie, la bonneterie en soie et en coton, la parfumerie, les objets de mode et de fantaisie, la bijouterie, certains meubles de luxe , et la librairie, dont nous avons le monopole presque exclusif. En échange de ces marchandises , nous exportons du Brésil des

SU

cotons, du café, du cacao, du sucre en petite quantité, des bois de teinture et d’ébénisterie, de l’ipécacuana , du faux quinquina, de la salsepareille, des baumes de copahu et du Pérou , une faible quantité d’indigo , des diamants bruts, des pierres de couleur, telles que les améthystes , les topazes, (es aigues-marines , dont le prix a singulièrement diminué. Si c’est dans le sud que s’opère le chargement , il consiste surtout en cuirs bruts, en peaux, en cornes de bœufs, en suifs. Dans le nord, au contraire, ce sont les bois d’ébénisterie ou de construction, le jacaranda, entre autres, qui, plus connu ici sous le nom de bois de palissandre, commence à être d’un grand usage en Europe, et multiplie les meubles de luxe.

Industrie propre au Brésil et a Rio de Janeiro en particulier.

Sans doute que si l’on voulait comparer sous le rapport industriel cette ville à ce qu’elle était autrefois, on constaterait un progrès bien évident, qui ne doit plus guère s’arrêter. Néanmoins, et par cela même que le commerce a pris une extension considérable, et qu’un grand nombre d’objets fabriqués en Europe sont transportés chaque année dans les diverses capitales de i’empire, on sent fort peu la nécessité d’une industrie nationale, et l’on compte trop sur l’activité des manufactures de l’Angleterre et de la France pour lui donner du développement. Essayons de faire connaître ce qu’elle est encore aujourd’hui; reproduisons ici un tableau rapide, où nous avons tenté de rappeler ses progrès. Presque tous les produits chimiques viennent de l’Europe; néanmoins , on fabrique déjà de fort bonne poudre aux environs de Rio. Les cotons, que l’on récolte en si grande abondance, ne fournissent que des tissus très-rares et très-grossiers , qui ne peuvent jamais entrer en concurrence avec ceux de l’Europe, quoique le sol fournisse des matières premières d’une excellente qualité. L’art du teinturier est complètement dans l’enfance à Rio de Janeiro et à Bahia. Les cuirs bruts, qui, rendus en France et en Angle

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terre , fournissent des cuirs de première qualité, ne donnent, au Brésil, que des produits extrêmement imparfaits, probablement à cause des procédés qu’on emploie dans les diverses tanneries, où l’écorce du manglier remplace le tan d’Europe : le charronnage et la carrosserie n’ont pas reçu plus de perfection. M. de Saint-Hilaire parle d’une manufacture d’armes établie dans l’intérieur ; mais nous ignorons si ses produits se sont accrus depuis quelques années. Il y a en outre, à Rio de Janeiro , une fonderie et une manufacture d’armes , où sont occupés plus de deux cents ouvriers. Diverses tentatives ont été faites pour établir des verreries et des manufactures de faïence; jusqu’à présent, ces établissements n’ont pas pu prospérer suffisamment pour diminuer l’exportation européenne des objets qu’ils fabriquaient. Il y a quelques années, on n’aurait pas trouvé , à Rio de Janeiro, un miroitier ayant l’habileté nécessaire pour mettre* une glace au tain, et, dans ce genre, ceux de Bahia et de Pernambuco n’étaient pas plus expérimentés. Dès l’époque de la découverte, les indigènes s’occupaient avec succès de la fabrication de la poterie : sur plusieurs points ils sont restés en possession de ce genre d’industrie, dans lequel ils réussissent admirablement. Les briques et les tuiles, dont on fait usage dans l’architecture civile, sont en général d’une assez bonne qualité. La chaux s’obtient presque partout des coquilles de mer, que l’on fait brûler. Le petit charbon de bois que l’on confectionne au Brésil pourrait être beaucoup meilleur si l’on employait des procédés différents de ceux qui sont en usage ; le boapeba , l’arco de pipa , le tapinhoa , le grauna , sont les bois qu’on emploie de préférence à sa fabrication.

Le gros charbon, employé pour les forges , est fait par des procédés analogues à ceux qu’on emploie en France; il se vend, en général, trente pour cent de plus que le précédent. Les chaudronniers brésiliens ne le cèdent guère aux ouvriers d’Europe, de même que les serruriers taillandiers; mais les objets qui sortent de leurs mains re-

viennent à un prix beaucoup plus élevé.

Dans les grandes villes , on compte un certain nombre d’orfévres et de bijoutiers habiles; on s’occupe très-peu de la taille des pierres fines , et elles sont presque toujours envoyées dans leur état brut en Europe, où elles ont singulièrement diminué de valeur : à Rio de Janeiro, du reste, on taille le diamant, et la même ville renferme quelques horlogers , que leurs rapports avec un grand nombre d’ouvriers français et anglais perfectionnent nécessairement dans leur art. On peut citer l’adresse des brodeurs et des passementiers. Quoique l’ébénisterie ne s’exerce pas sur un grand nombre d’objets , on ne peut pas s’empêcher de reconnaître que les ouvriers brésiliens sont fort habiles en ce genre d’industrie. Les luthiers ne fabriquent guère que des guitares à cordes métalliques, et les nombreux pianos dont on fait usage au Brésil viennent presque tous de l’Angleterre et de la France. Quoique l’art du parfumeur n’ait pas encore fait de grands progrès à Rio et à Bahia, on y obtient , de la fleur des orangers , une eau odorante assez estimée. C’est, en général, dans les couvents de femmes qu’on s’occupe de la fabrication de ces confitures qui jouissent dans le pays d’une si grande réputation, et dont l’exportation pourra devenir un jour très -considérable. On peut regarder comme une industrie particulière au Brésil, et surtout aux couvents de femmes de Bahia, ces fleurs en plumes que l’on connaît à peine en Europe, et qui forment une des parures les plus recherchées et les plus gracieuses des dames brésiliennes. Nous ajouterons à tous ces détails, que l’on commence à apprécier à leur valeur réelle les objets qui proviennent des différentes manufactures européennes, et que ce tact, qui se développe chaque jour davantage, conduira infailliblement les Brésiliens à quelques efforts que l’on ne pouvait pas espérer d’eux autrefois.

Etablissements scientifiques

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