LU MYERS
porter encore à 2,000 esclaves le nombre de noirs qui sont employés à l’extraction des pierres fines et des diamants.
L’administration intérieure est assez compliquée : outre l’intendant général, il y a l’ouvidor, ou fiscal, qili vient immédiatement. Les officiers de l’administration diamantine ( officiaes da contadoria),\e s deux trésoriers ( caixas ), les teneurs de livres ( guarda livros ) et sept commis composent le reste de la hiérarchie bureaucratique. Les affaires de haute importance sont soumises à un conseil qui prenait, naguère encore, le titre de junte royale des diamants, et qui était présidé par l’intendant (*).
Les administrateurs envoient tous les diamants qui ont été trouvés dans les divers services, à Tijuco. Il y a trois clefs au trésor ; l’une reste entre les mains de l’intendant, les deux autres sont remises à des employés supérieurs. Un ordre extrême préside au pèsement des pierres , à la manière dont on les inscrit sur les registres officiels, en indiquant les services d’où elles proviennent. Chaque mois, les administrateurs particuliers font leur envoi au trésor général. On n’expédie annuellement pour Rio de Janeiro que les diamants qui ont été réunis dans le courant de l’année précédente. « Voici, ditM. de Saint-Hilaire, ce qui se passe à cet égard. On a douze tamis percés de trous dont la grandeur va en diminuant depuis le premier jusqu’au dernier, et l’on passe successivement tous les diamants à travers ces tamis. Les plus gros diamants restent sur le tamis percé des trous les plus larges, et ainsi de suite jusqu’aux plus petits, qui restent sur le tamis le plus fin. De cette manière on a douze lots de diamants, que l’on enveloppe de papier, et que l’on met ensuite dans des sacs. On dépose ces sacs dans une caisse, sur laquelle l’intendant , le fiscal et le premier trésorier mettent leur cachet. La caisse part accompagnée d’un employé choisi par l’intendant, de deux soldats
*) Second voyage au Brésil, 1. 1, p. 24.
du régiment de cavalerie de la pro- 1 vince, et de quatre hommes à pied ( pedestres ). Arrivée à Villa Rica, elle est présentée au général , qui , sans l’ouvrir, y appose également son cachet; et, lorsque cêtte formalité est remplie, le convoi se remet en marche pour la capitale (*).»Une de nos gravures indique quel est l’aspect de la caravane lorsqu’elle se dirige sur Rio.
Selon M. Freyress , qui a fait un long séjour dans l’intérieur, le revenu annuel des terres diamantines monte aujourd'hui à cent vingt-cinq onces.
D’après un autre voyageur, de 1807 à 1817, le district des Diamants fournit, année moyenne, dix-huit mille carats , en admettant toutefois , comme le fait remarquer M. Auguste de Saint-Hilaire, que le carat portugais est de cinq pour cent moins fort que le carat français. D’après d’autres documents, il faudrait estimer le revenu générai de ces mines de vingt-cinq à trente mille carats. Aujourd’hui l’estimation de M. de Saint-Hilaire nous paraît la plus probable. Dans cette hypothèse, ce serait de l’époque de la découverte qu’il faudrait baser son appréciation ; et sans doute que, dans ce calcul, le produit des années antérieures devrait compenser la faiblesse du revenu des temps qui vinrent ensuite.
Le diamant de l’Abaeté. Le plus gros diamant de l’univers, celui que Rome de l’Isle estimait à la somme prodigieuse de sept milliards cinq cents millions, a été obtenu des mines du Brésil; mais ce ne fut pas l’administration qui le trouva , et des circonstances assez curieuses se rattachent à l’histoire de sa découverte.
Trois Brésiliens avaient été condamnés, on ignore pour quel délit, à un exil perpétuel dans la portion la plus reculée du Sertâo de Minas. Antonio de Souza, Jozé-Félix Gomez et Thomas de Souza, car la tradition nous a conservé leurs noms , errèrent longtemps dans l’intérieur, sur les confins de Goyaz, cherchant sans cesse, au fond des vallées ou dans le lit des
(*) Second voyage au Brésil, t. I , p. r5.
torrents, quelque trésor ignoré qui les mit à même de demander leur grâce.
Se berçaient-ils, comme on l’a dit souvent, de l’espérance qu’ils parviendraient à découvrir un jour quelque riche mine d’or, entreprirent-ils quelques travaux, ou le hasard eut-ii seul part à leur bonne fortune, c’est ce qu’on n’a jamais pu complètement éclaircir. Ce qu’il y a de positif, c’est qu'après avoir erré durant six ans sans rien découvrir, nos exilés arrivèrent dans le nord-ouest, sur les bords d’une petite rivière qu’on nomme l’Abaëté, et qui est située à quatre-vingt-dix lieues environ du Serro do Frio. La tradition raconte qu’ils ne cherchaient que de l’or dans le lit desséché de ce ruisseau , lorsqu’ils trouvèrent un diamant qui pesait près d’une once. Malgré l’incertitude qu’ils conservaient sur la valeur réelle de cette pierre , précisément à cause de sa grosseur, ils éprouvèrent une joie facile à comprendre. Ils se confièrent d’abord à un curé, qui les accompagna sur-le-champ à Villa Rica,etqui remit le diamant de l’Abaëté au gouverneur général des mines. Là, tous les doutes que l’on avait manifestés d’abord se renouvelèrent; mais ils furent promptement dissipés. Par les ordres du gouverneur, une commission spéciale s’assembla; et, après un sérieux examen, il fut décidé que cette pierre était le plus riche présent que le Brésil eût encore fait à la couronne de Portugal. Les trois malfaiteurs reçurent alors des lettres de grâce provisoires, et le curé partit immédiatement pour Lisbonne avec le riche dépôt qu’il avait reçu aux frontières de Goyaz. Là, le fameux diamant de l’Abaëté excita une admiration plus vive encore peutêtre que celle qu’on avait ressentie à Minas : les points de comparaison existaient pour les joailliers. C’était décidément le plus gros diamant qui existât dans aucun trésor royal. L’ecclésiastique en recueillir, dit-on, plus d’un privilège. Quant à Félix Gomez et à ses compagnons , l’histoire ne dit pas qu’on leur ait accordé la moindre récompense. On sait seulement que les lettres de grâce du gouverneur de Villa
Rica furent ratifiées. On envoya surle-champ un destacamento (un poste) sur les bords de l’Abaëté, et cette rivière fut mise immédiatement en exploitation; mais, jusqu’à présent, on n’en a obtenu que des pierres d’une grosseur fort ordinaire , ou d'une eau qui n’a rien de remarquable.
Quelque magnifique qu-e puisse être un diamant tel que celui dont nous parions ici, on sent combien il est difficile de l’ utiliser d’une manière convenable, même dans un costume d’apparat. Jean VI , qui avait la passion des pierres précieuses, l’avait fait percer, et il le portait suspendu à son cou dans les jours de cérémonie.
Pierres de couleuk. La recherche des autres pierres précieuses du Brésil n’est nullement soumise au régime rigoureux qui frappe le district Diamantin. Tout Je monde peut se livrer librement à ce genre d’exploitation; et, selon M. Freyress , l’extraction de la topaze jaune rapporterait à elle seule une valeur de trente mille florins (*). Ce qu’il y a d’assuré, c’est que le prix que les mineurs attribuent sur les lieux mêmes aux pierres de couleur qu’ils viennent de découvrir, est en général fort exagéré. Quand ils se rendent dans les grands marchés du littoral, tels que Rio de Janeiro, Pernambuco et San- Salvador, ils éprouvent souvent un désappointement complet en voyant qu’on leur offre à acheter des pierres brutes, dont le prix est fort inférieur à celui qu’ils se croyaient en droit d’exiger sur les lieux mêmes d’exploitation. Il y a, dans le commerce des cristaux colorés et des pierres fines, un encombrement qui se fait sentir jusqu’en Europe. Si l’on en croit quelques rapports, un genre de fraude, inconnu jusqu’alors, se serait introduit dans le commerce des pierres précieuses du Brésil :
(*) Le savant M. Wardenciteun ouvrage manuscrit de Lastarria , qui évalue à plus de 700,000 pesos fuertes ou dollars, lerevenu des mines de diamanls, chiysolithes, topazes, rubis, améthystes et hyacinthes, découvertes, depuis 1730, dans le Rio das Caravellas et le Serro do Frio.
L’UN I VERS
des topazes blanches auraient été taillées dans l’intérieur même par un lapidaire français ; et tel est l’éclat de la pierre et l’Habileté de la mise en œuvre, que ces topazes auraient été mises dans le commerce comme de véritables diamants.
Autant les pierres de valeur secondaire, telles que les topazes jaunes, les améthystes, les aigues-marines, sont abondantes au Brésil , puisqu’il y a des lots qui ne se vendent guère plus de deux francs la livre, autant les pierres d’un haut prix sont vraiment rares. Cependant M. Ménèzes de Drummond(*) affirme, dansses curieux détails sur les mines du Brésil, que, dans la rivière Ita-Marandimba , que l’on voit couler en grande partie sur le territoire de Minas-Novas, il y a abondance d’émeraudes; et, d’après la même autorité, le Rio-Ita-Miju roulerait dans ses eaux des topazes blanches et des saphirs (**). On sent qu’ici les noms des localités pourraient être singulièrement multipliés, puisque les géographies brésiliennes contiennent à ce sujet de nombreuses nomenclatures. L’espèce d’Eldorado que nous avons entendu désigner tour à tour sous les noms d 'Americanos et de Rio das très Americanas, jouissait naguèred’unegrandecélébrite, grâce à l’abondance de ses pierres précieuses. Mais, outre que ce lieu est encore exposé aux incursions des sauvages , et que ses solitudes sont complètement dénuées de ressources, il s’en faut bien qu’on puisse s’y procurer aujourd’hui des richesses capables de dédommager de leurs fatigues ceux qui osent y pénétrer. Les mineurs eux-
(*) Voy. l’ancien Journal des voyages , t. 33, 34 et 36. Nous le répétons, ces articles intéressants se basent en partie sur les observations de deux savants minéralogistes brésiliens, les frères Andrada.
(**) On comprend aisément que la collection de pierres précieuses appartenant à la couronne de Portugal , pouvait être une des plus belles qui existassent au monde , si ce n était la première. Dans sa description du Brésil , M. Henderson ne craint pas de l’évaluer à deux millions de livres sterling.
mêmes ont presque abandonné son exploitation.
Parmi les pierres d’un prix élevé qui ont été trouvées à Minas dans ces dernières années, on cite une aigue-marine d’une teinte admirable. Elle fut offerte au roi Jean VI par un habitant nommé Vieira; et, à cette époque , on ne l’évalua pas à moins de cent mille francs.
Nouveaux détails sur les mines de fer. Voici en quelques pages, et réunis d’une maniéré aussi rapide qu’il nous a été possible de le faire , ce qu’on a écrit de plus positif, durant ces derniers temps , sur les richesses minéralogiques du Brésil ; mais ce qui , bien plus que les métaux précieux, doit être une source inépuisable de prospérité pour le pays, ce sont ces mines de fer, qui n’ont pas leurs pareilles dans le monde, et dont la métropole jalouse ne défendit l’exploitation que parce qu’elle y voyait un de ces moyens décisifs d’indépendance qui font conquérir tous les autres. Ici , l’opinion des plus habiles minéralogistes pratiques est sans réplique. Selon un rapport presque officiel de M. VonEschwege, des chaînes de montagnes entières sont couvertes de fer micacé magnétique, spéculaire et rouge. Aussi est-on moins surpris, quand on a lu les descriptions données par ce savant, de voir dans les meilleurs Voyages , tels que ceux des Saint-IIilaire, "des Spix et Martius, que le minerai rend de quatre-vingthuit à quatre-vingt-dix pour cent dans les usines deMinas-Geraes. On l’a déjà dit, le monde entier pourrait être approvisionné de fer par cette province centrale, sans qu’une diminution sensible se fît remarquer dans la quantité de minerai dont elle pourrait alimenter les fonderies. Il en est de même de la province de Saint-Paul ; et l’esprit aime à se reporter vers cette époque où les mines immenses de Gaspar Soares, de Bomfim, de Sorocaba, étant en pleine exploitation, toutes les prévisions des économistes commenceront à se réaliser. Des constructions immenses s’élèveront, des routes en fer traverseront des lieux aujourd’hui
BRÉSIL
inhabités, d’immenses solitudes se peupleront, et l’on comprendra seulement alors ce qu’il y a de vrai dans ces paroles un peu enthousiastes d’un publiciste brésilien : « L’exploitation du fer, disait , il y a quelques années , un des rédacteurs de V Investigador, forme une ère de gloire et de prospérité pour le Brésil ; et c’est quand cette exploitation aura reçu tout son développement qu’on le verra s’avancer au rang des grandes nations. » Selon le même écrivain, la liberté d’ouvrir enfin les mines de fer, était sans contredit le plus grand avantage que l’on eût tiré de l’arrivée du roi dans ces contrées , et il aurait voulu qu’une pyramide gigantesque, formée du premier métal qu’auraient livré les usines à l’industrie, s’élevât sur la montagne d’où on l’aurait tiré. Ce monument devait attester non-seulement au Brésil, mais aux âges les plus lointains, l’époque mémorable où commencèrent les premiers travaux d’exploitation. On n’a pas mis à exécution ce projet tout patriotique; mais une croix immense , faite uniquement en fer, a été élevée solennellement au sommet du Garassoava, pour constater l’origine d’une industrie nouvelle. Malgré sa simplicité, c’est bien certainement aujourd’hui un des monuments du Brésil auxquels se rattachent les souvenirs les plus précieux.
Bien qu’il soit question déjà du minerai de fer dans le précieux Roteiro du Brésil, que j’attribue à Francisco d’Acunha, et qui remonte à 1587, si l’on s’en rapporte à la tradition, ce seraient des noirs du pays de Mina, en Afrique, qui les premiers auraient reconnu l’existence de ce minéral , et auraient fait penser à son extraction.
Ce qui parait plus positif, et ce que nous avons déjà eu occasion de rappeler dans un de nos ouvrages sur le Brésil, c’est que c’est à M. da Camara qu’appartient la gloire d’avoir mis le premier le fer en exploitation à Minas- Geraes. En 1818, Jean VI appela quelques mineurs suédois, sous la direction du colonel Frédéric Yarnagem.
Les travaux de cet homme habile furent
couronnés d’un plein succès; de nombreux mineurs vinrent plus tard du nord de l’Europe pour s’établir en différentes parties du Brésil; et, dans quelques localités, les Anglais eux-mêmes ont été forcés de convenir que le métal extrait des contrées centrales égalait en bonté celui qu’on pouvait obtenir des mines d’Angleterre. L’époque sans doute n’est pas éloignée où l’on refusera de croire que les peines les plus fortes aient pu frapper, à l’abri de lois, ceux qui se livraient, même secrètement, a l’extraction du fer.
C’était le temps où les plus simples ustensiles nécessaires au travail des mines d’or, arrivaient à grands frais de Lisbonne. Malheureusement les pages qui attestent de semblables actes d’ineptie ne sont que trop fréquentes dans l’histoire de l’Amérique; et, lorsqu’on pourra donner enfin le récit des causes qui ont amené la liberté générale , il faudra voir, en dépit de la futilité de certains détails, les causes réelles d’indépendance dans ces misérables tracasseries. Grâce à l’histoire contemporaine, elles seront là comme d’irrécusables documents de l’esprit de vertige qui dominait la métropole.
Moeurs et costumes. Malgré l’intérêt qui s’attache naturellement aux riches produits de l’intérieur , et qui nous a engagé à donner quelque développement à cette portion de notre livre, le pays de Minas offre au voyageur et à l’historien bien d’autres sujets d’observation. Placé au centre de l’empire, et, par cela même, en contact moins immédiat avec les Européens, les vieilles moeurs portugaises s’y sont conservées , en partie du moins, dans leur naïveté primitive; ceci est remarquable surtout dans le costume et dans certaines habitudes locales. Tandis que les gens riches de Rio et de San -Salvador suivent les modes de Paris ou de Londres, à Villa Rica , à Sabara , à Marianna , il n’est pas rare de voir des vieillards qui rappellent, par quelques portions de leur costume du moins, les modes du dixseptième siècle; le chapeau à larges bords, le grand manteau, les guêtres
L U IN I VERS
de cuir; et, s’il est à cheval , la selle et les éperons moresques : tout cela donne encore au Mineiro un aspect particulier . qui le distingue des autres habitants du Brésil. Il en est de même des femmes : comme «à Saint-Paul , elles portent le chapeau de feutre ; écuyères habiles , elles ne redoutent ni i’ailure d’un cheval ombrageux, qu’elles montent souvent à la manière des hommes , ni les ravins nombreux ou les catingas, dont Minas est entrecoupé.
La seja, qui roule assez rapidement dans les rues de Rio de Janeiro , la cadeira qui transporte, à San-Salvador et à Pernambuco, les élégantes d’un quartier dans un autre; le hamac suspendu qui forme la litière habituelle d’une habitante deMaranham, tout cela n’est pas complètement inconnu à Minas sans doute; mais ces divers moyens de transport seraient d’un usage prodigieusement difficile dans des vallées interrompues sans cesse par le travail des diverses exploitations, ou sur des routes prétendues royales, telles que celle d’Itambé à Villa do Principe , par exemple, qui porte cette pompeuse dénomination, et dont on a peine quelquefois à retrouver les traces; fût-ce donc sur cette extrada real qui conduit de Villa Rica d’Ouro Preto à Tijuco , on va généralement à cheval , ou bien à dos de mulet. Dans les habitations reculées, l’antique char aux roues massives et au bruit formidable , tel qu’on en rencontre encore à Rio , fait l’office de char-à-banc ; il n’est pas rare d’atteler des bœufs à cette voiture toute patriarcale; et, le dimanche, c’est souvent de cette façon que des familles entières se rendent à la villa , voire même à l’arrayal , où le service divin est célébré.
Villes et bourgades de l’intérieur. Malgré une population encore assez faible , comparée à son étendue , la province de Minas-Geraes renferme plusieurs villes, qui sont loin d’être sans intérêt pour le voyageur, quand bien même il aurait visité les plus belles cités du littoral ; au besoin, et outre la capitale, il suffirait de
citer San-Jozé du R.io das Mortes, qui , bien qu’elle n’ait été bâtie qu’en 1718, est une des villes les plus anciennes de la province; déjà on pourrait presque dire que l’établissement des mineurs anglais, dirigé par M. Milward, lui a donné une physionomie nouvelle. Toujours en suivant la route qui conduit de la province de Rio de Janeiro dans l’intérieur, San-Joào del Rey nous apparaîtra , bâtie à la base de la montagne du Bûcheron ( Serra do Lenheiro ) , et traversée par le Rio- Limpo, qui a emprunté le nom qu’il porte à la pureté de ses eaux; à quelques lieues de San-Joào del Rey, la ville propre et opulente, toujours dans la comarca du Rio das Mortes, ce seraient Queiuz , San-Carlos de Jacuhy , Santa-Maria de Baependy, Campanha , Barbacena , Tamandua , toutes bourgades plus ou moins florissantes , et qui prendront un jour de l’importance. Si c’était le district Diamantin que nous visitions, après avoir jeté un coup d’œil sur Tijuco, avec ses jardins verdoyants et ses grands rochers à pic , ce serait Villa do Principe qui devrait nous arrêter quelques moments.
Villa do Principe, en effet, est la capitale de la comarca, et l’on ne compte pas moins de cent six legoas de là à Rio de Janeiro. Forcés de visiter un moment la comarca de Sabarà , la ville de Sabarà elle-même mériterait , plus que toute autre peut-être, d’exciter notre intérêt. Située près de la rive droite du Rio das Velhas, dans l’endroit où il reçoit la petite rivière de Sabarà (la rivière des Chèvres, en langue guarani ) , cette ville est assez grande, et ne manque pas d’opulence.
On l’a bâtie dans une vallée environnée de montagnes ; et , comme tant de villes de Minas-Geraes, sa première splendeur s’est évanouie avec l’épuisement de ses mines. Cependant c’est encore une cité populeuseetflorissante; et ses habitants se distinguent autant par leur instruction que par leur exquise politesse. Dans notre excursion rapide, Caeté, l’ancienne Villa-Nova da Rainha, ne saurait être omise. En effet sa célébrité a commencé avec
BRESIL
l'histoire du pays des Mines ; et ce fut là que s’alluma la guerre civile entre les Paulistes et les forasteros. Caeté, si remarquable par ses rues spacieuses, mais désertes, puisque ses habitants ont fui dès qu’ils n’ont plus trouvé de l’or, Caeté ou Cahvté, qui ne compte plus guère que 3 a 4 mille âmes, s’enorgueillit d’une église plus belle et plus vaste peut-être qu’aucune de celles du Brésil. Pitangui , Paracatu , ont eu une destinée analogue à ceile de cette vilie déchue; mais ce qu’il y a de plus triste adiré, sans doute, c’est que c’est le sort , en partie du moins, qu’a subi la ville la plus célèbre de la province.
ClDADE IMPÉRIAL DE VlLLA RICA d’Ouro Preto , capitale des Mines , est située à 80 lieues de Rio de Janeiro, par les 20u 25' 30" de latitude , et les 334° 2' 12'' de long. Les mines d’ouro preto ( or noir ) , qui lui donnèrent ! naissance, furent découvertes en 1699, 1700 et 1701 ; mais elle ne fut érigée
Ien ville qu’en 1711. Villa Rica est bâtie dans une position bien défavorable, si l’on examine son éloignement de toute rivière navigable et la stérilité de son territoire ; c’est ce qui fait que cette ville, si florissante au temps des mines , n’offre plus que l’aspect de la décadence. M. de Saint-Hilaire dit qu’il est extrêmement difficile de donner | une idée très-exacte de cette capitale , f à cause de son peu de régularité ; elle est bâtie sur une suite de mornes qui bordent le Rio d’Ouro Preto. On compte à Villa Rica environ deux mille maisons, quinze ou seize chapelles, deux églises paroissiales : celle de Nossa- Senhora da Conceiçâo, connue généralement sous le "nom d’église do Rio de Ouro Preto , est ancienne , et a une longueur d’environ cinquantecinq pas ; on y voit quelques tableaux supportables. L’hôtel du gouverneur , connu sous le nom de Palacio , est l’édifice le plus considérable ; ce n’est qu’une masse de bâtiments lourds et de mauvais goût. L’hôtel de ville ( casa da .camara) n’est point d’une meilleure architecture. L’hôtel du trésor ( casa da fazerula) est remarquable par son étendue ; c’est là
que se trouvent les caisses publiques et que s’assemble la junte du trésor.
Il y a à Villa Rica deux hospices :
l’hospice civil est fort mal entretenu ; l’hospice militaire se fait remarquer au contraire par sa propreté et par sa bonne administration. Au dire de Walsh, le quartier de l’aristocratie , celui des fonctionnaires publics , est réellement fort beau. Avec ses églises qui se détachent sur la verdure des montagnes, ses fontaines ornées de sculptures, ses jardins plantés en éminence , elle offre encore sans doute l’aspect d’une cité opulente, mais près de cinq cents maisons inhabitées font assez comprendre sa misère. On ne voit dans cette capitale aucune promenade publique , aucun cabinet littéraire, aucun café supportable; on y trouve néanmoins une salle de spectacle qui passe, je crois, pour le plus ancien théâtre du Brésil.
Si l’on en excepte , dit M. de Saint- Hilaire, la manufacture de poudre, qui appartient au gouvernement, et une fabrique de faïence, qui a été établie depuis un petit nombre d’années à peu de distance de Villa Rica , il n’existe, dans cette ville et dans son voisinage , aucune espèce de manufacture. Nous pensons cependant qu’il a dû s’opérer dans l’industrie de cette ville quelques améliorations. Le commerce qui existe entre Villa Rica et Rio de Janeiro se fait 5 dos de mulets: la route qui établit des communications entre ces deux villes passe pour la meilleure du Brésil. La capitale de Minas renfermait jadis vingt mille âmes ; on ne lui en accorde maintenant guère plus de sept ou huit mille : car les voyageurs , d’accord sur la déchéance de cette ville , ne le sont, point sur sa population. C’est la résidence d’une administration assez nombreuse; outre la garde nationale établie aujourd’hui dans toutes les villes du Brésil , Villa Rica entretient un régiment à ses frais.
Le dernier voyageur accrédité qui ait fait un court séjour à Villa Rica , Walsh, dit qu’il y a une imprimerie, et que l’on y publie un journal intitulé V Universal ; mais là s’arrête ce qui
L’UNIVERS
peut propager l’instruction publique , et il n’existe pas encore de bibliothèque.
Au dire du même écrivain , à l’époque où commença à se manifester l’épuisement des mines, Villa Rica offrit la preuve déplorable du danger qu’il y a à épuiser le sol par des exploitations mal entendues. Percées pour ainsi dire à jour, comme une ruche d’abeilles, les collines du voisinage n’offraient plus à leur superficie de terre végétale, tandis que de leur côté les lavages ne rendaient plus rien. La culture ne pouvait plus s’opérer sur l’emplacement de ces mines délaissées. Villa Rica devint alors l’asile d’une foule de spéculateurs ruinés et de gens sans aveu.
Les vols et les assassinats se multiplièrent d’une manière effrayante. On va jusqu’à affirmer que tous les crimes révélés dans le cours d’un an , par les journaux de telle ou telle contrée européenne , ne pourraient se comparer en aucune manière à ceux dont les rues ténébreuses de Villa Rica étaient témoins. Peu à peu cependant une police active s’établit , les mœurs s’améliorèrent , et Villa Rica est renommée aujourd’hui par l’urbanité de ses habitants.
Siège de l’évêché. A quinze lieues environ de là, Marianna, la ville épiscopale, Mariannopolis , comme l’appelle un peu pompeusement le patriarchede la géographie brésilienne, s’étend sur la rive droite du Ribeirào do Carmo. Cette petite ville , qui a pris son nom de la femme de Jean V, et qui peut avoir quatre ou cinq mille âmes de population , est le centre d’un mouvement intellectuel malheureusement déjà fort ralenti. Le séminaire, si peuplé autrefois, tombe, dit-on, en ruine ; et, bien que Marianna porte le titre de cidade , il n’est que trop évident que la crise funeste qui se fait sentir sur presque toute l’étendue de Minas ne l’a point non plus épargnée.
Clergé du pays de Minas. Observations sur la dîme au Brésil.
A Marianna, chef-lieu d’une justice, en même temps que c’est un évêché, M. Auguste de Saint-Hilaire a eu occasion de faire des observations sur le
clergé de Minas ; et , après avoir remarqué que le gouvernement avait interdit l’entrée de cette province aux corporations religieuses, il ne peut s’empêcher de signaler une foule d’abus qu’on remarque dans le clergé séculier. Là , comme dans toute rétendue du Brésil, les prêtres ne perçoivent plus la dîme, qu’ils ont cédée jadis au gouvernement moyennant un revenu annuel d’environ douze cent cinquante francs, payable à chaque curé. Grâce à l’accroissement de la population et de l’industrie, le gouvernement, au bout d’un certain nombre d’années , obtint d’énormes bénéfices; mais le traitement des curés ne suffisait plus, parce qu’ils se voyaient contraints à faire desservir certaines succursales.
Bientôt un arrangement, connu sous le nom de constitution de Bahia , accorda aux pasteurs quarante reis (vingtcinq centimes) pour chaque propriétaire et pour sa femme , et vingt reis (douze centimes et demi), pour chaque tête d’esclave ; cet impôt avait été volontaire. Le clergé néanmoins ne tarda pas à élever d’autres prétentions. « Sous prétexte, dit notre auteur, d’être indemnisé de la confession pascale , prétexte que les catholiques européens auront heureusement quelque peine à concevoir, les curés parvinrent a introduire l’usage de se faire payer trois cents reis (un francquatre-vingt-quinze centimes) par chaque communiant. Un ecclésiastique charitable n’exigera rien des indigents; mais on a vu des curés, on ose à peine le dire, qui, au moment de donner la communion dans le temps de Pâques , suspendaient cet acte solennel pour demander à des hommes pauvres la rétribution accoutumée.
C’est sans doute de cette manière que certaines cures rapportent jusqu’à neuf mille cruzades. »>
On le voit, on ne saurait trop féliciter l’auteur du Voyage à Minas de ce qu’en ne s’éloignant pas un seul instant d’un ton de modération qui donne une nouvelle autorité à ses paroles , il a signalé de monstrueux abus, qui s’opposent , comme il le prouve, à la prospérité du pays.
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«La confession, continue-t-il, est celle de toutes les fonctions sacerdotales qui prend aux prêtres le plus de temps , et j’ai vu cinq nègres expédiés en un quart d’heure. Si les ecclésiastiques disent leur bréviaire , il faut que ce soit bien secrètement; car il ne m’est arrivé qu’une seule fois d’en sur- I prendre un remplissant ce devoir. Être prêtre, c’est une sorte de métier, et les ecclésiastiques eux-mêmes trouvent j tout naturel de considérer ainsi le sacerdoce. »
M. de Saint-Hilaire, dans lequel cependant l’esprit religieux semble dominer, ajoute les derniers traits à ce tableau de l’état moral du clergé des Mines, en disant qu’il n’est pas sans exemple de voir des ecclésiastiques s’adonner (à la lettre) au commerce, et ;i même vendre en boutique. « Au reste, si les prêtres sont loin d’être exempts de torts, on doit se plaire à reconnaître qu’ils n’y ajoutent point celui de ! l’hypocrisie. Ils se montrent tels qu’ils sont , et ne cherchent nullement à en imposer par de graves discours ou par un extérieur austère. Hors des villes, leur costume ne diffère nullement de celui des laïques, et personne n’est étonné de voir un curé avec des bottes , une culotte de nankin et une veste d’indienne verte ou rose. »
Nous ajouterons à ce tableau bizarre que nous avons vu nous-même , aux environs de San-Salvador, un curé faisant danser ses paroissiens au son de la guitare, sans que personne en fût scandalisé. M. de Saint-Hilaire, en provoquant des réformes importantes, veut qu’elles soient faites avec une extrême prudence.
Termo de Minas - Novas. Une seule phrase fait assez comprendre l’importance qui s’attache a cette vaste contrée, encore inconnue il y a un siècle , et sur laquelle on n’a possédé, durant longtemps, que les renseignements les plus incomplets et surtout les plus vagues. « Le pays de Minas-Novas , comme le dit M. de Saint-Hilaire, diffère, par son aspect et par sa végétation , de tout ce qu’a pu observer l’explorateur qui vient de
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parcourir une partie du littoral et le pays des Mines. » Nous ajouterons que, par sa position centrale, ses grandes forêts désertes , sa population encore rare, ce termo est devenu l’asile de plusieurs tribus, qui cherchent à conserver leur indépendance , et que sous ce rapport , de même que sous celui de l’importance agricole , il mérite le plus sérieux examen. Si quelques essais fructueux de civilisation peuvent être tentés sur les nations indiennes, c’est bien dans ce pays qui , par ses moyens de communication , se trouve en relation directe avec la côte orientale et Rio de Janeiro, qu’on doit les mettre à exécution. Malheureusement ces efforts , toujours louables, ne sauraient plus porter que sur des hordes à moitié détruites, appartenant pour la plupart à la race des Tapuyas, et se montrant par conséquent plus rebelles et plus sauvages que les nations descendant des Tupis.
Le termo de Minas-Novas, qui forme aujourd’hui une comarca , n’a pas moins de cent cinquante lieues de longueur sur quatre-vingt-six de large.
Mais , ce que l’on aura peine à croire, c’est que ce vaste territoire ne renferme qu’une faible population de soixante mille âmes, que les géographes se trouveraient encore avoir beaucoup exagérée , si l’on s’en rapportait au consciencieux Pizarro. Il y a dix ans environ , l’auteur de la statistique la plus complète du Brésil ne faisait monter qu’à vingt-sept mille âmes le total des habitants disséminés dans cette vaste solitude.
Comme cela est arrivé pour toutes les contrées de l’intérieur, ce fut la recherche de l’or qui lit découvrir Minas-Novas. Cet événement arriva en 1726 ou 1727, et ce fut encore à des Paulistes,conduitspar Sebastiâo Leme do Prado , que l’on dut ce nouvel accroissement de territoire. Trois ans après, on bâtissait sur les bords du Rio - Fanado, ou plutôt Falhado, une petite ville qui allait devenir la capitale, et on lui imposait la dénomination un peu pompeuse de Villa de Nosso-Sennor de Bom Successo das
L’UNIVERS
Minas-Novas do A rassuahy . L’établissement prospéra, la ville s’accrut; mais , par bonheur pour ceux qui ont à écrire l’histoire de ces contrées, on réserva pour le style de chancellerie, le premier nom imposé par les fondateurs, et l’on se contenta d’appeler la nouvelle capitale Villa do Fanado. C’est même sous ce nom qu’elle commence à acquérir une certaine célébrité en raison de la fertilité extrême du territoire qui l’environne, et de son entrepôt de coton.
Villa do Fanado n’est encore qu’une petite ville assez riante, pouvant contenir deux ou trois mille habitants; mais il est difficile de dire où s’arrêtera sa prospérité croissante : car plusieurs écrivains , et entre autres JY1. de Saint-Hilaire, regardent le termo de Minas-Novas comme un des plus favorablement situés pour le commerce qui existent, depuis que la route par eau sur le Jiquitihonha a été ouverte, et qu’elle permet une assez prompte communication avec la côte orientale.
Quoique le territoire de Minas-Novas soit riche en lavages d’or, que l’on puisse s’y procurer des pierres de couleur en plus grande abondance peut-être que dans les autres provinces, et qu’il y ait même des diamants dont il serait difficile au gouvernement dese réserver exclusivement l’exploitation, les habitants ont eu le bon esprit de se livrer ardemment à l’agriculture; et aujourd’hui leurs cotons ont acquis une assez grande célébrité dans les différents ports de l’Europe , pour qu’on les compare à ceux des Alagoas et du Maranham. La multitude des plantations de cotonniers et l’abondance de leurs produits ont développé même un genre d’industrie qu’on ne trouve que dans un bien petit nombre de localités au Brésil, et qui cependant, depuis l’abolition des privilèges, devrait avoir reçu un grand développement dans la plupart des grandes villes. Depuis plusieurs années, on fabrique à Villa do Fanado des tissus grossiers, et principalement des couvertures, qui sont expédiés pour Rio de Janeiro et pour Bahia. Fidèle à
notre habitude de rappeler, en parlant d’un lieu, le genre de culture qui assure sa prospérité , nous allons entretenir le lecteur du cotonnier et de ses produits.
CULTURE DU COTONNIER SUR LE LITTORAL ET DANS MlNAS NOVAS (*).
Nous l’avons déjà dit au commencement de cette notice, le coton est cultivé depuis le nord du Brésil jusqu’aux délicieux plateaux de Campos-Geraes, à la base de la Serra das Fumas, et cette culture s’étend dans le sud , jusqu’au 30e degré; mais il paraît que c’est dans la région non pluvieuse que le coton se plaît le mieux, et qu’il atteint l’age de dix à quatorze ans. Dans les régions plus rapprochées de la côte, il acquiert une végétation trop vive, une constitution pléthorique qui l’épuise plus promptement.
Pour planter le cotonnier, il faut commencer par bien nettoyer le terrain, c’est-à-dire, par abattre les arbres sans arracher les racines (**), détruire et brûler les broussailles; cela se fait de septembre à décembre. Une fois le terrain nettoyé, quatre nègres font des trous de quatre pouces tout au plus; des femmes qui les suivent y mettent la graine , et la recouvrent légèrement avec la main ou le pied.
Au bout de huit à dix jours , le jeune arbuste paraît, et il faut sarcler; car les lois de la végétation sont aussi favorables aux plantes que nous n’utilisons pas qu’à celles dont nous faisons usage..
Aussitôt que le cotonnier a atteint deux pieds à deux pieds et demi , on coupe les bourgeons qui sont à l’extrémité de ses branches , et l’on enlève surtout celui de la branche principale.
Cette opération a pour but de faire refluer la sève et de faire étaler la plante , et l’on évite une croissance de quinze à dix-huit pieds , qui serait fort incommode pour la récolte. Cette opération, faite dans un âge si tendre , ne suffi-
(*) Ces détails agricoles sont en partie extraits des Notes dominicales.
(**) Si on les laisse en terre, ce n’est tpie pour se donner moins de travail.
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rait pas ; il faut la répéter deux à trois fois , à mesure que l’arbuste s’élève.
Il y a , au reste , là-dessus des controverses sur lesquelles la seule expérience peut éclairer.
Lorsque les cotonniers ont produit pendant trois ou quatre années consé- ' cutives, leurs branchages sont débili- • tés, et ne donnent que des fruits rares et petits. Il faut les receper, c’est-àdire en couper le tronc , et renouveler l’arbuste pour ainsi dire ; c’est ce qu’on appelle la descotacào : l’arbre pousse de nouvelles branches plus vigoureuses , qui rapportent autant que des plants nouveaux. Je crois que cette opération se fait vers le mois de juin.
Je n’ai pas besoin de dire que les sarclages doivent être répétés d’autant plus fréquemment, que les pluies ont donné plus d’activité à la végétation :
sarcler est l’ouvrage habituel des esclaves; on ne sarcle jamais assez. On recommande spécialement aussi de détruire les reptiles dangereux qui se multiplieraient dans les broussailles , et qui feraient périr les esclaves au moment de la récolte. Il n’est pas rare, dans un seul sarclage de douze à quinze arpents , de tuer une douzaine de serpents à sonnettes. Les nègres veillent a n’être pas surpris par le reptile; et, aussitôt qu’ils l’aperçoivent, ils lui cassent les vertèbres avec une simple baguette.
Dans nos pays boréaux , la végétation suit rigoureusement les lois de la température, et l’ordredes saisons, fondées sur celles-ci , permet de connaître l’époque des récoltes à quelques semaines près. Dans cette région équatoriale, la température est en tout temps propre à la végétation: on citera, pour exemple , le raisin dont il se fait au Brésil deux à trois récoltes dans une année. Chaque mois est donc à peu près également propre à semer et à recueillir. Les pluies seules engagent à planter dans un temps plutôt que dans un autre.
Ce serait donc eu égard au temps des pluies (ju’on pourrait à peu près juger de la récolté du coton. Mais elles sont inconstantes ; tous les cantons
ne les reçoivent pas en même temps.
Quoiqu’ilVen soit pas de même dans l’intérieur et à Minas-Novas, on peut presque dire que , dans la province de Pernambuco, on récolte du coton toute l’année. Le fruit du cotonnier pousse toujours , mais il ne mûrit que quand il n’y a pas de pluie ; aussi voit-on des cotonniers, qui ont donné une récolte en décembre et janvier, en produire encore une nouvelle en mai , pour peu que la saison ait été sèche après les premières pluies de janvier.
Telle est la difficulté des communications dans l’intérieur , que la majeure partie des cotons ne peut être transportée que sur des chevaux ou en descendant les fleuves. En employant ce dernier moyen , ils subissent de nombreuses avaries; aussi préfère-t-on la voie des caravanes. Malheureusement, et cela ne saurait être autrement dans un pays privé de routes , les arrivages se font avec une extrême lenteur, et il n’est pas rare de voir des convois qui ont mis plusieurs mois à se rendre au bord de la mer. Sur le littoral, et grâce à la permanence de récoltes, les entrées se succèdent pendant toute l’année.
Un des grands bienfaits de la culture du cotonnier est que tous ses fruits ne mûrissent pas à la fois ; on voit sur l’arbre le bouton , la fleur et la capsule. Le cultivateur, visitant son champ, aperçoit-il des capsules qui commencent a s’ouvrir, il y envoie immédiatement ses nègres ; chacun de ceux-ci est muni d’une corbeille qui peut contenir une arroba (*) de capsules ; trois doigts seulement doivent être employés à faire cette cueillette, et il doit veiller surtout à briser la tige sans trop ébranler l’arbre. Le commandeur, armé d’un fouet, surveille cette opération, et punit les négligences. Aussitôt que le champ a commencé ainsi à blanchir, on peut y envoyer les nègres tous les matins ; de nouvelles capsules se sont ouvertes , et l’on recueille ainsi à peu près plusieurs jours pendant plusieurs mois. La quantité à recueillir devient si régulière, qu’il y a des planteurs
(*) Quatorze kilogrammes et demi.
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qui fixent une tâche à chaque esclave , punissant d’une férule le pauvre diable, pour chaque livre apportée de moins que le tarif, et lui donnant une légère bonification quand ce tarif est excédé.
Il y a des nègres libres qui cueillent le coton à dix reis (cinq liards par arroba) ; ils y gagnent peu , mais ils se retirent, dit-on , sur les vols qu’ils peuvent commettre.
Quand les capsules sont recueillies , on les fait sécher au soleil. Si on les emmagasinait avant qu’elles fussent bien sèches , il se produirait une petite fermentation qui ferait jaunir le coton.
Une fois sèches et emmagasinées, les capsules , avant d’être nettoyées , ont beaucoup à craindre des rats , qui sont très-friands de la graine, et qui , pour l’atteindre , déchirent les fibres du coton. Le meilleur moyen de prévenir ce dommage, est de les couvrir d’une toile, sur laquelle on étend de vieilles graines. Les rats s’en tiennent alors à la provision qui leur est réservée.
A Minas-Novas , le semis du cotonnier se fait ordinairement en octobre ; et, ce qu’il y a d’assez remarquable, c’est qu’on est dans l’usage de jeter des grains de maïs dans le trou où l’on n’a déposé qu’une semence de cotonnier.
La croissance de l’un ne nuit pas au développement de l’autre, tant s’en faut. Dans cette région , les cotonniers ne persistent guère que cinq ou six ans. On évalue à trois mois le temps que dure la récolte: elle commence à partir du mois de mai , et c’est au mois d’août qu’elle finit dans l’intérieur. Le coton a plus d’un ennemi ; mais c’est surtout une certaine chenille arpenteuse qui dévore ses feuilles , et qui lui fait le plus de tort.
Il s’agit maintenant d’indiquer comment on débarrasse le coton de sa graine et de son enveloppe: c’est ce que les cultivateurs appellent descaroçar. Autrefois cette opération se faisait à la main , avec une perte de temps infinie. Aujourd’hui on fait passer le coton entre deux baguettes d’un pied de long, sur environ six lignes de dia-
mètre. Un nègre leur donne un mouvement giratoire opposé, au moyen d’une roue d’abatage; un autre présente le coton en graines, qui livre sa laine aux cylindres, tandis que sa graine tombe à terre.
Cette machine ne nettoie par jour que deux arrobas, vingt -neuf à trente kilogrammes de coton en graines, d’où provient le quart en coton net.
La lenteur de ce travail a nécessité l’invention de machines plus expéditives : dans les grands ateliers , on en a qui sont mues par des animaux , et qui nettoient cent vingt-huit arrobas de matière , d’où proviennent trente et un de coton net.
Sur le littoral , le coton nettoyé est mis dans des sacs de quatre et demi à cinq et six arrobas ; l’usage veut que l’on n’emploie que trois varas d’emballage pour chaque sac, de sorte que le poids dépend de l’ensacheur. A Minas-Novas, dit M. de Saint- Hilaire , le coton en laine et les couvertures s’emballent dans des espèces de sacs ou de boîtes (boroacas ou bruacas) , faites avec des cuirs de bœuf écrus.
On emploie un ou deux cuirs pour fabriquer ces boîtes. On fait les coutures avec des lanières qui sont également de cuir, et l’on met toujours les poils en dehors. Ces boîtes sont carrées sur leurs faces , et ont quatre palmes de large, avec autant de hauteur; mais leur épaisseur n’est que de deux palmes. Elles se ferment avec un couvercle qui retombe comme un portefeuille.
Les uns ensachent à la main , en foulant le coton avec leurs bras et un pilon , les autres en suspendant les sacs à quatre cordes, et pressant avec le pilon et leur propre poids ; c’est ce que nous appelons en France balles en pelotes : mais un homme ne peut guère faire de cette manière qu’un sac par jour.
Population de Minas-Novas.
Nous avons dit qu’à Minas-Novas on manufacturait une partie des cotons sur les lieux ; ce qui peut faire croire à l’augmentation rapide de cette industrie naissante, c’est l’accroissement progressif que l’on voit s’effectuer
BRÉSIL
dans la population. Tandis que , dans l’excellent Voyage autour du monde, de M. de Freycinet, un observateur constate le peu de fécondité des femmes de Rio de Janeiro , tous les explorateurs qui pénètrent dans le sertao de Minas sont frappés du cas contraire.
Il est très-commun de rencontrer, dans les Campos-Geraes et dans Minas-Noî vas , des femmes qui ont douze ou quinze enfants. On affirma même, il y a une vingtaine d’années , à un voya- ; geur, qu’il existait, à Villa do Fanado,
| trois maisons qui formaient à elles seules un total de cent individus. Il semble donc que , dans ces contrées reculées et désertes , l’augmentation de la population s’élève en raison du j besoin politique et social. C’est une
1“ grande loi providentielle, qui n’est pas restée inaperçue des observateurs; et l’accroissement rapide des habitants de l’Amérique du Nord se présente à la pensée comme un exemple remarquable idu fait que nous signalons.
Il suffit de jeter un coup d’œil sur la position géographique de ce district , et de se rappeler combien doi- ! vent être rares encore les communij cations avec la capitale (Villa do Fanado n’est pas à moins de deux cents | lieues de Rio), pour se figurer ce que peut être en général la faible population de Minas-Novas. Elle se compose presque entièrement de gens de couleur, ou de colons nouvellement établis, qui viennent tenter la fortune sur ce territoire encore peu exploité. Bien que ces hommes laborieux se fassent remarquer par leur caractère hospitalier, affectueux, ennemi des querelles , il y a en eux une sorte de rusticité grossière, qui les rend bien i différents des habitants de Minas-Geraes ; on les représente du reste comme | étant fort disposés à faire tous les 1 sacrifices pécuniaires nécessaires à la I prospérité publique, et il est probable | qu’avant peu d’années des moyens plus faciles d’instruction auront remédié à un état de choses que signalent tous les voyageurs. Déjà la popu- | lation indienne de ce district se mêle plus fréquemment avec les colons qui
habitent la lisière des forêts, et s’il y a amélioration dans l’état moral des habitants de Minas, ces hordes errantes doivent nécessairement y participer.
Or de Minas -Noyas. Pierres précieuses. Faibles avantages
QUE PRÉSENTE LEUR RECHERCHE. Il paraît qu’à l’époque où les habitants de Minas-Novas se livraient à l’exploitation des sables aurifères , l’or qu’ils recueillaient était remarquable par son extrême pureté. Il est probable que cette circonstance n’échappera pas à la Compagnie anglaise, qui a établi le siège de ses principales opérations à Congo Soco. On doit souhaiter que cette population, toute agricole, abandonne les chances de la minération à des étrangers qui tiennent à leur disposition les ressources de l’industrie européenne, et qu’elle persiste dans la voie qu’elle semble avoir adoptée.
Le sol de Minas-Novas est tellement varié; il présente, selon les directions diverses , une telle succession de forêts, de pâturages et de terrains propres aux cultures les plus différentes (*) , qu’on doit faire des vœux pour que des travaux agricoles, si bien commencés , ne soient plus interrompus pour la vaine recherche des filons métalliques et des pierres précieuses. Sans doute la découverte fortuite d’une ma-
(*) «Ce pays peut être divisé, d’après sa végétation naturelle et l’élévation de ses différentes parties, en quatre régions fort inégales, mais très-distinctes: à l’orient, celle des forêts s’étend sur la frontière, du sudouest au nord-est ; après elle vient la région des Carrascos , qui est fort élevée, et où le froid se fait sentir dans les mois de juin et de juillet ; la région des Catingas , beaucoup plus chaude et si propre à la culture des cotonniers, est située sur les bords de l’Arassuahy , et entre cette rivière et le Jiquitinhonlia ; enfin la région des Campos, peutêtre plus chaude encore, se trouve comprise entre le Jiquitinhonha et le San-Francisco. Cette dernière est très - propre à l’éducation des bestiaux , et fait partie de l’immense contrée que l’on appelle, à cause de sa faible population , le sertàoou désert.» Aug. de Saint-Hilaire, Voyage au Brésil,, première relation, t. If, p. 3.
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gnifique émeraude , d’une chrysolithe, ou même d’une aigue-marine qui dépasse les dimensions ordinaires , peut enrichir tout à coup celui qui l’a faite. Mais, dans ces contrées désertes, l’espoir de rencontrer un semblable trésor est tout à fait semblable à celui qu’inspiraient à la population laborieuse nos jeux de hasard , avoués naguère encore par le gouvernement; c’est le quine à la loterie, qui a ruiné tant d’individus. Il ne faut pas oublier u’à Minas, les chercheurs detopazes et ’améthystessont souvent les hommes les plus pauvres , et qu’un homme qui passe misérablement sa journée à laver le sable aurifère d’un ruisseau , doit se trouver heureux quand il a gagné une somme équivalente à vingt-cinq sous.
Il n’en est pas de même des agriculteurs ; et, si leur fortune est médiocre, ils vivent au moins dans une sorte d’abondance.
Plantes utiles. Par la disposition du sol et la diversité de son exposition , le district de Minas-Novas présente une variété de plantes médicinales, plus grande peut-être que dans aucune autre province. Les vertus , plus ou moins énergiques de quelques - unes d’entre elles, ont été révélées aux colons par les indigènes eux -mêmes; mais souvent aussi ces vertus ont été exagérées , ou bien leurs effets ont été observés sous l’empire de certains préjugés qu’il importe aujourd’hui de détruire. C’était donc un vœu fort sage que celui qui était émis dernièrement par un de nos voyageurs les plus accrédités , et qui consistait à ce que des botanistes éclairés fussent envoyés sur les lieux mêmes , nonseulement pour observer les végétaux signalés à l’intérêt public, mais pour constater leur action comme médicaments, et pour recueillir les traditions qui en ont fait adopter l’usage.
C’est le seul moyen d’obtenir une matière médicale complète du Brésil , à laquelle les naturalistes français et allemands ont si activement travaillé dans ces dernières années. Tout le monde sait d’ailleurs que dans ces forêts désertes un champ immense est
laissé à l’observation en cette circonstance. Ce ne sont pas seulement les Indiens qui ont enseigné les colons , et il est de tradition constante aujourd’hui , que c’est au guara , au loup du Brésil, que l’on doit la connaissance des vertus curatives de l’ipécacuana.
Sauvages de Minas-Novas. Parmi les débris de nations indiennes qui errent encore dans les grandes forêts de l’Est, ou que l’on a commencé à réunir en villages, il faut compter surtout, avec lesBotocoudos, lesMacunis et les Malalis. Les premiers nous ont déjà occupé lorsque nous avons décrit la côte orientale ; les deux autres offrent quelques traits caractéristiques vraiment curieux à observer.
Ainsi que nous l’avons déjà fait remarquer, ces deux peuples n’appartiennent pas à la grande nation des Tupis, qui dominaient la côte. Bien qu’ils se soient fait la guerre jadis, et qu’ils parlent un idiome différent, comme cela arrive si souvent aujourd’hui, sous l’influence brésilienne, ils ont formé une sorte de confédération, où l’on distinguait naguère quelques restes des Panhames , des Copoxos et des Monoxos. Ils avaient d’abord formé un village florissant à Porto de Santa -Cruz , lorsqu’il y a une vingtaine d’années une maladie épidémique enleva une partie de cette population naissante. Aujourd’hui la tribu des Macunis habite un lieu qu’on nomme Alto dos Bois, et elle est toujours en guerre avec les Botocoudos. Lorsque ces Indiens se présentèrent, en 1787, dans l’aidée qu’ils occupent maintenant , et où il n’existait que trois colons, ils allaient complètement nus, et n’avaient aucune idée de la civilisation européenne. Depuis, ils sont entrés en de fréquents rapports avec les habitants de Minas , et ils ont été baptisés; mais le respect vraiment religieux qu’ils conservent pour leurs ancêtres est sans doute la cause du peu de progrès qu’ils ont fait dans l’état social. Leur grossièreté frappe tous les voyageurs; et, bien qu’ils répètent machinalement, soir et matin, leurs prières en portugais , on ne saurait dire qu'ils
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aient la moindre idée des devoirs (qu’impose la religion chrétienne. Bien différents de ce que sont aujourd’hui les Botocoudos, dont on a fréquemment occasion de signaler la probité , ils sont fort enclins au vol, et l’adultère leur paraît une faute assez légère, pour que, moyennant le moindre présent, un mari laisse partager ses droits aux étrangers. Ce que ces Indiens ont emprunté aux colons, c’est l’usage de se vêtir. Les hommes portent un caleçon et une chemise ; les femmes ont remplacé par une jupe de coton la simple corde dont elles se ceignaient les reins ; quelquefois elles joignent à ce vêtement si exigu une chemise. M. de Saint-Hilaire, qui a bien observé ces ! Indiens, vante leur industrie, et rappelle qu’ils mettent leur amour-propre à surpasser les Portugais dans ce qu’ils entreprennent. Mais, comme il le dit aussi, iis sont inconstants, mobiles, paresseux, et ils n’ont rien perdu de i l’imprévoyance qui caractérise les hommes des forêts. « Ils n’amassent jamais d’argent; souvent ils mangent ! leur maïs avant qu’il soit mûr, ou ils consomment en peu de mois la provi- ! sion qui aurait pu leur servir pour une année entière. Plusieurs élèvent des poules, et il leur arrive de les tuer toutes à la fois, ou bien, s’ils ont des cochons, ils 11’attendent pas que la femelle mette bas , mais ils l’éventrent pour dévorer les petits. Manger et se livrer aux plaisirs de l'amour, c’est à peu près là ce qui occupe toute leur pensée. »
Eh bien, qui le croirait? ces hommes I qui semblent si complètement dominés par les plaisirs sensuels, ces pauvres Indiens dégénérés, dont la race va s’éteindre, ont une sensibilité ardente, et qu’on ne trouve pas toujours chez les peuples les plus civilisés. On a vu chez les Macunis des pères mourir de douleur après la mort de leurs enfants. Et ce fait rappelle ce qui arriva à Salvador Gilii sur les bords del’Orénoque, où il remarqua un Indien qui avait planté un bosquet de bananiers sur la tombe de sa fille , et qui chaque jour allait y pleurer. Chez les Macunis, lorsque
la tribu est assemblée, et que l’on vient à rappeler l’histoire des ancêtres, des larmes abondantes témoignent du souvenir de tendresse qui se rattache à leur mémoire. Tel est le respect que l’on a , chez cette peuplade, pour tout ce qui vient des temps anciens , qu’on a vu naguère encore les guerriers qui la composent refuser de faire à leurs armes de chasse un changement qui les eût améliorées, parce qu’ils craignaient d’offenser en agissant ainsi la mémoire de leurs pères. Mais que dire d’une horde qui ne comptait déjà plus qu’une centaine d’individus il y a environ vingt ans , et dont la population a dû aller toujours en diminuant? le seul vœu que l’on puisse émettre à leur égard, c’est celui qui a été déjà fait tant de fois. Trop peu nombreux pour former un corps de nation dont on s’occupe spécialement, il est vivement à désirer, pour les Macunis , qu’ils sentent la nécessité de former des alliances avec les hommes et les femmes de couleur. Cela ne s’applique pas uniquement à ces Indiens. Sur bien des points de Minas- Novas, c’est le seul moyen de faire passer dans la population active les restes de tant de nations qui menacent aujourd’hui de s’éteindre , et cela peutêtre avant la fin du siècle.
Malalis. Il en est à peu près des Malalis comme de leurs anciens alliés, ils sont aujourd’hui bien peu nombreux. Poursuivis par les Botocoudos, ils vinrent chercher un asile près des Portugais, et ils commencèrent à se livrer à l’agriculture; l’épidémie de 1814 en enleva un grand nombre, et ceux qui y résistèrent n’échappèrent à cette cruelle maladie qu’en abandonnant le village qu’ils avaient fondé avec les Panhames et surtout les Monoxos, dont ils se disent les descendants. Ces pauvres Indiens ont conservé dans leur aidée la maison du conseil , en souvenir de leur ancienne indépendance. Néanmoins ils dépendent complètement des Brésiliens, dont ils se trouvent environnés. Catéchisés depuis quelques années, comme les Machacalis et tant d’autres tribus, on les
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dit chrétiens, et ils vont à confesse; mais leurs idées sur la religion sont bien étranges sans doute, et elles donnent une opinion bien triste de ce que peuvent être , chez la plupart des nations indiennes, les prétendus principes qu’on est parvenu à leur inculquer. Interrogés par un voyageur sur le nom de Dieu, ils le désignèrent sous le nom de Tupan ; puis, quand on vint à leur faire également quelques questions sur saint Antoine, le patron de leur village, ils ne surent pas trouver une autre dénomination pour le désigner et probablement aussi pour caractériser son pouvoir.
Nouveaux détails sur le bicho
DA TAQUARA CONSIDERE COMME ALI- MENT. On se rappelle probablement ce que nous avons dit , au commencement de cette notice, du bicho da taquara qui procure aux Malalis un sommeil extatique. Il paraît que l’usage immodéré de cet insecte produit, sur la constitution des sauvages, les effets les plus délétères, et que l’excès des boissons enivrantes lui serait moins fatal que celui de cette étrange substance. C’est probablement par un tremblement nerveux général , et par l’engourdissement de tous les sens, que les Malalis payent l’ivresse prolongée que leur procure cet insecte. Aux détails que nous avons déjà donnés nous ajouterons que le bicho da taquara ne sert pas uniquement à l’usage auquel l’emploient les Indiens de Minas; quand on a eu le soin d’arracher la tête et le tube intestinal, il fournit une graisse très-fine, que l’on recueille dans des vases, et dont on se sert pour l’assaisonnement de certains mets. Lorsqu’on peut surmonter une répugnance fort naturelle, et qu’on se décide à le manger cru, il a, dit-on, le goût de la creme la plus délicate; et, sous ce rapport , on peut le comparer à certaines larves du murichi dont, au rapport de Leblond, les Guaraons de l’Orénoque font leur nourriture la plus recherchée. Séché et réduit en poudre , le bicho da taquara acquieA des qualités curatives, vraiment précieuses, et l’on s’en sert alors pour guérir les
plaies, qui se cicatrisent avec une extrême promptitude.
Panhame. Nous ne quitterons pas les Indiens de cette partie de Minas- Novas sans rappeler un fait curieux , c’est que , dans le voisinage des Malalis, M. de Saint* Hilaire rencontra un homme de la race des Panhames, qui ne portait sur sa physionomie aucun des traits de la race indienne , et dont la figure au contraire semblait offrir ce caractère de bonne foi naïve qui appartient à quelques paysans français.
Il est fâcheux qu’un plus grand nombre d’individus appartenant à la même horde, n’aient pas permis de multiplier les observations, et de savoir s’il n’y avait pas là un type à part, qui se reproduit chez toute la nation.
Sertao de Minas, Campos-Geraes.
C’est ce dernier pays que l’on appelle proverbialement le jardin du Brésil ; mais, pour qu’il paraisse mériterce nom au voyageur européen, il ne faut pas que celui-ci le parcoure durant la saison des sécheresses ; c’est à l’époque où l’hivernage vient de rendre sa première fraîcheur à la terre , c’est au temps où des graminées abondantes couvrent les riantes élévations qui font onduler la campagne , et lorsque de beaux arbres isolés surgissent de loin en loin pour se parer de fleurs et de fruits , que les campos peuvent mériter ce nom. Dans l’autre saison, et lorsque le soleil a brûlé la terre, ce sont des pâturages désolés, dont rien n’interrompt la mélancolie. On l’a dit avec une grande vérité d’expression : « C’est toute la tristesse de nos hivers avec un ciel brillant et les feux de l’été. »
Qu’est- ce donc en réalité que cette région qu’on appelle le désert, dans un pays qui offre encore lui-même de si vastes solitudes. Le sertao de Minas ( car chaque province a le sien ) forme à peu près la moitié de cette grande contrée. Quoique ses limites soient assez vagues, il s’étend environ depuis le 13° jusque vers le 21° de latitude. Après avoir embrassé, au midi, une faible portion de la comarca du Rio das Mortes, à l’orient il englobe une partie considérable des districts
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de Sahara et du Serro do Frio; à l’ouest, toute la comarca de Paracatu, située jau couchant du fleuve San-Francisco , peut être regardée comme faisant partie du sertao. « Aussi , comme le dit un voyageur, il ne faut pas croire que le sertao soit borné à la seule province de Minas-Geraes, il se prolonge dans celle de Bahia. »
Qu’on lise le prince de Neuwied, Spix et Martius , M. Auguste de Saint- Hilaire, tous les auteurs enfin qui, dans ces derniers temps, ont visité l’intérieur du Brésil , ils sont unanimes dans leur opinion sur le sertao et sur ses habitants. Cette vaste con- I fcrée , entourée de montagnes , mais qui n’offre, dans son étendue, que des 1 élévations peu considérables , présente presque partout la même physionomie. Ce n’est guère qu’en s’avançant vers le Rio San-Francisco qu’elle ! change un peu de caractère. De pauvres villages, établis de loin en loin, et fort peu peuplés, quelques rares fa- ■ zendas , où l’on s’occupe de l’agriculture, un assez grand nombre decoraes, espèces d’enclos grossiers où l’on réu-
Init les bestiaux lorsqu’on veut les marquer du fer chaud qui porte le chiffre du propriétaire, ou bien lorsqu’on veut les abattre ; voilà à peu près tout ce qui atteste le travail des hommes. Des pâturages sans fin, couverts d’une assez belle espèce de bestiaux, dont on prend soin à peine, quelques animaux sauvages parcou- ! rant le désert , voilà ce que le voya- ! geur rencontre , pendant des semaines entières, durant une marche monotone.
Habitants du sertao. Au milieu des populations de l’intérieur, les ser- : tanejos, les pasteurs du désert, ont j essentiellement une physionomie à I part, et qui rappelle celle des habii tants de l’intérieur de Pernambuco ,
’ que déjà nous avons fait connaître. On s’accorde à les peindre comme étant généralement hospitaliers, généreux, on parle même de leurs mœurs bienveillantes; mais aussi tous les voyageurs qui les visitent sont frappés en arrivant chez eux d’une paresse qui paralyse les plus heureuses qualités. Nulle
instruction ne les vient chercher dans leurs déserts, et ils finissent par se trouver étrangers aux plus simples notions de la morale et de la religion; en un mot, une profonde indifférence pour tout ce qui existe au delà de leur solitude est le trait distinctif de leur caractère. Discuter serait pour eux une fatigue, et cette fatigue de la simple conversation , ils ne sauraient la prendre. Aussi un voyageur qui les a visités a-t-il dit éloquemment, «qu’il avait vu, avec une sorte d’effroi, une grossière incrédulité se glisser parmi ces pasteurs du désert.» Le manque de croyance religieuse , chez ces hommes ignorants, ne les garantit point des superstitions les plus bizarres ; et, si le sertao de Minas n’est point le pays des pratiques minutieuses du culte, comme certaines parties du Brésil , c’est le pays des devins et des sorciers. Il y a une vingtaine d’années , c’était un noir qui était, dans ces contrées, le prophète en crédit, et sa ruse savait mettre à profit , pour s’enrichir, tout le pouvoir imaginaire que lui prêtaient ses grossiers voisins. En dépit de cet esprit de fainéantise, et meme de la corruption qui l’accompagne , les sertanejos ont les facultés les plus remarquables ; et , avec quelques soins , il serait aisé de tourner leur intelligence vers les travaux industriels , ou même vers ceux qui exigent une sérieuse contention d’esprit.
Espérons que le gouvernement, qui s’occupe en ce moment, d’une manière active , de l’établissement des écoles primaires , n’oubliera pas le sertao de Minas, et qu’on ne trouvera plus, dans ces solitudes , des hommes qui , par leur ignorance absolue des choses les plus simples , feraient douter s’ils descendent primitivement d’une souche européenne. En effet , il est des sertanejos qui pourraient être, au besoin, confondus avec les hordes les plus grossières.
Il n’y a plus néanmoins d’indiens dans le désert. Le manque presque absolu de forêts les a repoussés vers d’autres lieux. On remarque peu de noirs; ici , comme dans le sertao de
L’UINIVERS.
Pernambuco, l’insouciance inhérente à leur race , fait craindre en général de leur confier les troupeaux. Les blancs de race pure sont également fort rares; qu’iraient-ils faire dans ces lieux reculés? Les sertanejos se composent pour la plupart de gens de couleur , parmi lesquels sans doute il serait facile de reconnaître quelques-uns de ces rnama!ucos,qui accompagnèrent les premiers Paulistes , et qui se sont mêlés depuis à d’autres métis. Ce qu’il y a de positif, c’est que ces hommes qui descendent de races si différentes , et qui durent accueillir dans l’origine une foule d’aventuriers que leurs délits avaient entraînés dans le désert, se sont adoucis peu à peu. Jadis les crimes étaient si fréquents , et ils étaient si rarement punis, que les sertanejos avaient une réputation redoutable parmi toutes les populations de l’intérieur. Aujourd’hui les meurtres sont d’une rareté extrême. Si , commetous les pasteurs de l’Amérique méridionale, le sertanejo ne sort de son habitation qu’à cheval et toujours armé, c’est plutôt afin de poursuivre le gibier qui erre dans ses campos, que pour se défendre. En effet, il existe peu de contrées dans le Brésil aussi abondantes que le sertâo en oiseaux rares et en mammifères.
Chasse au cerf. Préparation singulière des peaux. Ici , les cerfs delà grandeespèce sontcommuns, et les sertanejos ont dans tout l’intérieur une renommée de chasseurs au veado (c’est le nom brésilien de cet animal), que ne dément jamais leur habileté; tantôt ils le forcent avec le secours de leurs chiens ; d’autres fois, mettant en usage une ruse empruntée sans doute aux Indiens , ils marchent à quatre pattes le long d’un ruisseau, en se couvrant de feuillage , et ils parviennent ainsi près de leur proie, qu’ils peuvent ajuster à loisir. On l’a déjà vu, les peaux de cerf sont devenus un objet de première nécessité dans le sertào ; c’est avec elles que les pasteurs cavaliers font ce vêtement de cuir qui leur donne un aspect si original, et qui les garantit si bien des blessures dange-
reuses qu’ils se feraient dans les huiliers, sans cette espèce d’armure complète. Pour donner aux peaux la souplesse nécessaire , iis se servent d’un moyen qui n’est guère employé dans nos mégisseries d’Europe : ils les frottent à plusieurs reprises avec de la cervelle , et elles finissent par acquérir, au moyen de cette opération , une douceur au toucher, qui les ferait singulièrement rechercher dans nos villes si elles étaient mieux connues. L’expérience néanmoins ayant appris, dans le sertào, que les peaux préparées de cette manière ne duraient guère plus d’un an, on leur donne un bain de suif, avant de les préparer, d’après le procédé que nous venons de faire connaître.
Après qu’il a donné quelques soins à ses troupeaux, qu’il les a marqués d'une marque particulière dans le coral, qu’il s’est emparé, au moyen du laço, des jeunes chevaux destinés au commerce, la grande occupation du sertanejo , c’est donc la chasse , c’est l’art de se procurer de belles peaux , qu’il emploie pour lui-même , ou dont il trouve un débit assuré dans les pays environnants. Aussi près de chaque habitation, voit-on de grands cuirs de bœuf , attachés de manière à remplacer les cuves dans lesquelles on commence chez nous les opérations de la mégisserie. Là on voit préparer indistinctement, et par des procèdes fort grossiers, les peaux appartenant aux animaux les plus différents. C’est du sertào que viennent quelquefois ces belles peaux de serpent sucuriu, dont on fait des bottes ou des selles , et qui conservent, malgré l’opération du tannage, la trace en relief des écailles symétriquement rangées.
Manière de vivre des habitants du sertào. Malgré la fertilité de la terre , il ne faut jamais s'attendre à trouver près de l'habitation du sertanejo un jardin où il pourrait faire croître la piupart des légumes qui viennent dans l’intérieur du Brésil.
Dans plusieurs localités, la nourriture générale se compose uniquement de farine de manioc trempée dans du lait, car on est convaincu que le maïs pro-
BRÉSIL
duit des maladies de peau ; dans d’autres , les bestiaux sont assez abondants pour qu’on se nourrisse uniquement de viande, en y joignant les petits haricots noirs qui jouent un rôle si important dans l’économie intérieure du Brésil. Partout le sertâo fournit en abondance des fruits sauvages , parmi lesquels il faut compter celui du palmier bority; et il arrive plus d’une fois que, dans les lieux isolés, ce £oit à peu près l’unique ressource du [pasteur.
On a si souvent rapporté avec quelle adresse les Guauchos et les Peons des Pampas savaient faire usage du Iaço ou des bolas pour s’emparer des bestiaux; on les a si fréquemment représentés comme soumettant sans efforts [les chevaux de leurs vastes déserts, .au moyen d’une course forcée qui les dompte infailliblement, que nous omettons ici ce qui a été dit autre part [sur ce sujet avec tous les détails désijrables. Nous nous . contenterons de rappeler que, si les sertanejos sont d’une habileté peu commune a jeter le llaco, ils ne font pas usage des bolas; d’autre part, la configuration du sol et l’abondance de la végétation les ! obligent à une garde plus active et souj vent plus difficile que celle à laquelle sont contraints les Guauchos. Armés de la longue lance dont nous avons (parlé en décrivant le pays de Goyaz,
1 ils risquent quelquefois leur vie en (poursuivant les bestiaux au milieu des Catingas ou même parmi les bois isolés des Campos.
Comme les pasteurs du Pérou ,
S comme ceux du Chili et des Pampas ,
; les sertanejos du Brésil ont leurs I yarabis, leurs tristes, leurs chants d’amour, qu’ils répètent dans la soli- ! tude ; ces modinhas mélancoliques que pourraient leur envier les habitants de Saint-Paul , ils les ont empruntées sans doute aux heureux habitants des vallées de Piratininga. Ils ont aussi leurs chants des pâturages; et nous l’avouerons, une fois qu’on les a entendus, il nous semble difficile d’oublier cette poésie sauvage, rêvée dans le désert. C’est parce que nous avons
écouté avec une émotion profonde un de ces pasteurs exilés , que nous avons essayé de peindre déjà dans un autre ouvrage une poésie que nul ne s’occupe de recueillir, et qui est marquée cependant par une inspiration puissante (*).
Les Campos - Geraes touchent au sertâo, ou, pour mieux dire, ils en font partie ; et nous ne quitterons pas l’intérieur du Brésil sans en dire encore quelques mots. Mais ici un voyageur qui excelle à peindre en traits rapides l’aspect du paysage nous servira de guide.
« Le terrain s’abaisse de plus en plus jusqu’à Ilha, dit le prince de Neuwied, et les arbrisseaux diminuent aussi de hauteur dans la même proportion, jusqu’à ce que l’on arrive à la vue des Campos-Geraes , qui se présentent comme un monde nouveau.
Des plaines immenses, entièrement dénuées de forêts, ou bien des collines à pente douce , qui se prolongent en chaînes, et qui sont couvertes d’herbe sèche et haute et d’arbrisseaux épars, se développent à perte de vue. Ces campos, qui s’étendent jusqu’au Rio San-Francisco, jusqu’à Pernambuco, à Goyaz et au delà, sont coupés dans différentes directions par des vallées où naissent des rivières qui, de ce plateau élevé, descendent vers la mer.
La plus remarquable est le Rio San- Francisco; il prend sa source dans la Serra da Canastra, que l’on peut regarder comme formant la limite entre les capitaineries de Minas-Geraes et de Goyaz. Dans les vallées qui coupent cette chaîne et ces plateaux nus, les bords des rivières et des ruisseaux sont garnis de forêts; des bois isolés se trouvent aussi cachés dans ces enfoncements , surtout en approchant des frontières de Minas-Geraes. Ce genre de forêts est un des principaux traits caractéristiques de ces campagnes
(*) Voyez les Scènes de la nature sous les tropiques, et de leur influence sur la poésie. Voyez aussi , relativement au génie poétique des Brésiliens, notre Résumé de l’histoire littéraire du Portugal et du Brésil,
L’UNIVERS
découvertes. On s’imagine quelquefois avoir devant soi une plaine continue, et tout à coup on se trouve sur les bords d’une vallée étroite profondément escarpée , l’on entend un ruisseau murmurer au fond, et l’œil plonge sur les cimes d’une forêt dont les arbres, embellis par des fleurs variées, garnissent ses rives. Ici , dans la saison froide, le ciel est constamment couvert, le vent continuel; dans la saison sèche , la chaleur est d’une ardeur étouffante, toute l’herbe est desséchée, le sol bridant, l’eau manque entièrement. Cette description prouve que les Campos - Geraes du Brésil oriental, quoique dépourvus de forêts et généralement unis, diffèrent cependant des steppes de l’ancien et du nouveau monde, dont M. de Humboldt a fait une peinture si belle et si fidèle.»
Population des Campos-Geraes.
La population des Campos-Geraes offre , on le pense bien , une grande analogie avec celle du sertào de Minas. Comme elle , elle s’occupe de l’agriculture, et elle se livre presque exclusivement à l’éducation des bestiaux.
Les habitants des Campos ont adopté plus spécialement le nom de V aqueiros.
De même que les pasteurs dont nous avons déjà parlé , ils vont vêtus de cuir, et ils nourrissent peut-être un plus grand nombre de chevaux que dans le voisinage de Minas. S’il donne une idée assez favorable des soins qu’ils apportent à ce genre d’occupation, et du courage qu’ils déploient dans les occasions où il est nécessaire de garantir leurs troupeaux de l’atteinte des bêtes féroces , le prince de Neuwied ne fait pas , il faut en convenir , un tableau bien attrayant de leurs qualités intellectuelles. Sans doute, et nous aimons à le croire, quelques heureux changements se sont opérés à cet égard ; mais, en 1816, le voyageur dont nous reproduisons ici le témoignage ne pouvait pas trouver d’expressions assez énergiques pour peindre l’état moral des Vaqueiros. «La nature animée, écrivait - il , toujours belle , toujours active et variée , offre ici un contraste frappant avec la grande masse des ha-
bitants, qui sont aussi grossiers et aussi ignorants que le bétail auquel ils donnent leurs soins assidus, et qui est l’unique objet de leurs pensées. »
Grâce à l’innombrable quantité d’animaux et d’oiseaux de toute espèce qu’ils renferment, les Campos-Geraes seront longtemps encore le lieu de promission des naturalistes. Sans doute les Vaqueiros ont eu le temps de se familiariser, par la vue du moins, avec les étrangers que l’amour de la science entraîne dans leurs déserts; mais rien ne saurait exprimer la surprise que leur firent éprouver les premiers savants qui y pénétrèrent. Ils les accablèrent des questions les plus étranges; et, si la vue des livres et des armes donnèrent promptement une idée assez avantageuse de l’industrie européenne, ils ne purent s’empêcher d’observer d’une voix unanime, qu’il fallait nécessairement qu’il y eût en ce monde inconnu , bien des hommes étranges, puisqu’il s’en trouvait d’assez singuliers pour aller affronter des périls réels, dans le seul but de trouver « de petits insectes , que l’on maudit dans les Campos , et de petites plantes bonnes tout au plus à donner aux vaches. »
Bestiaux. Manière dont ils sont utilisés. Bien que les Campos-Geraes soient fort éloignés d’offrir les nombreux troupeaux sauvages que l’on rencontre dans> les Llanos et les Pampas, le rince de Neuwied trace encore un taleau curieux de leur aspect. « C’est, ditil , un coup d’œil intéressant que celui de ces pâturages immenses, couverts de bœufs et de chevaux , entre lesquels se promènent tranquillement toutes sortes de gros oiseaux. Les taureaux , pleins du sentiment de leur force , exercent leur domination sur les troupeaux.
Chacun a son terrain, qu’il défend en mugissant. La tête baissée, et frappant la terre du pied, il appelle au combat son voisin, qui est son rival.
Quelquefois, ces fiers animaux se rencontrent , se battent pendant des heures entières. Le vaincu cède le champ au vainqueur. Le bétail du sertào est de grosseur médiocre , charnu et robuste.
Les taureaux ont les cornes plus gros-
BRÉSIL
ses que ceux d’Europe, et le flocon du bout de la queue extrêmement touffu ; leur couleur est brun-noir ou gris -jaunâtre sale. » Un autre voyageur fait remarquer que le pis des vaches du sertâo est infiniment plus petit que celui des bêtes à cornes de la même espèce que nous élevons; elles donnent aussi un lait moins abondant.
On fait rarement du beurre dans le sertâo ; mais on prépare des fromages analogues à ceux de Hollande, qui commencent à être recherchés, et qui sans doute seraient plus communs , isi le sel devenait plus abondant. Quant à la carne secca, ou viande sèche du sertâo, elle se prépare sans sel, et après qu’elle a été coupée par lanières; e’est sans doute la raison pour laquelle elle prend à la longue un goût si nauséabond ; son plus ou moins de qualité dépend de la manière dont elle a été exposée à l’air. Quelques personnes détendent que la dessiccation déveoppe, dans ces viandes de bœuf, de l’acide prussique , et que l’usage peut en être dangereux. Les nombreuses populations qui s’en nourrissent ne paraissent pas en être incommodées.
Les sécheresses , au surplus, en ont singulièrement diminué l’exportation; et , comme nous l’avons fait voir en citant le voyage de M. Arsène Isabelle , presque tout le tassau que l’on onsomme sur le littoral est expéié des charqueadas de Rio-Grande do [Sul. Tous les ans encore néanmoins, on voit partir des Campos-Geraes de Inombreuses troupes de bœufs qui se {dirigent principalement sur la capitale de Bahia; ces nombreux troupeaux, ces boiadas sans fin , que dirigent d’habiles pasteurs, offrent souvent des profits considérables; car il n’est pas rare d’acheter dix à douze francs chaque tête de bétail, et de la revendre, rendue à sa destination , cinquante-six à soixante francs. Les cavalhadas , les troupeaux de chevaux, offrent encore des résultats plus importants.
Nations indiennes habitant
LES CONFINS DE MlNAS. LES CAMA- \ cans-Mongoyos. Rien n’est plus corn- | mun , dans l’histoire du Brésil , que de
voir un peuple qui a dominé jadis un pays, forcé à abandonner cette contrée, pour se réfugier dans des forêts souvent fort éloignées des lieux qu’il occupait jadis: c’est ce qui est arrivé aux Camacans-Mongoyos. Bien que cette nation n’appartînt pas à la race dominatrice desTupis, elle poussait, dit-on , ses incursions jusqu’à quatorze lieues de San-Salvador , dans les belles plaines de Cachoeira. Vaincue par un conquistador , elle vint se réfugier dans un lieu que l’on désignait sous le nom à' ar ray al da Conquista. Là , elle vivait en apparence sous la protection des Portugais ; mais une tragédie sanglante, qui allait achever la ruinedes tribus, ne tardapasà se tramer en silence.
La vérité nous oblige à dire que , cette fois, les premiers actes de violence furent exercés par les Indiens. De temps à autre , on s’apercevait que quelques soldatsdu détachement disparaissaient.
On était néanmoins bien loin d’accuser les Camacans de ces fréquentes désertions; une circonstance nouvelle vint tout expliquer. Un soldat portugais , qui avait suivi un de ces sauvages dans la forêt , se vit à Pimproviste assailli par son perfide compagnon; et il eût indubitablement péri, s’il ne se fût senti capable d’opposer une force et une adresse peu communes aux tentatives de l’assassin. Dès lors le sort des prétendus déserteurs ne fut plus douteux ; et la représaille qu’on tira du crime des Mongoyos fut terrible. On peut même dire que , venant de descendants d’Européens, elle surpassa en cruauté l’action des sauvages euxmêmes. Invités par le chef du quarte/ à une fête , ils s’y rendirent avec une sécurité complète, et la plupart d’entre eux furent impitoyablement massacrés.
Après cet acte sanglant , qui confondait l’innocent avec le coupable, les restes de la tribu prirent la résolution de fuir encore plus avant dans l’intérieur. Il existe , au fond de ces forêts profondes, un lieu solitaire que les Portugais ont nommé la montagne du Nouveau Monde ( serra do Mondo Novo ) : ce fut là , dans un coin de la forêt que l’on appelle Giboya , du nom
L’UNIVERS
de quelque serpent gigantesque, que les Camacans formèrent un village , où ils espéraient trouver l’indépendance, et où bientôt on sut les découvrir.
Reste d’une nation puissante, cette peuplade conserve, à l’abri de ses antiques forêts , quelques-uns des traits originaux qui caractérisaient la sousrace des Tapuvas; mais elle semble aussi s’être tansmis traditionnellement quelques-unes des habitudes des Tupis. De nomade qu’elle était , une nécessité impérieuse l’a contrainte à se fixer dans un lieu fort circonscrit , et là elle se livre à l’agriculture; son temps se passe dans les travaux qu’exige la vie des forêts , et dans les fêtes que les anciens usages avaient consacrées. C’est ainsi que 'l’on voit persister, parmi ces Indiens , une coutume que nous avons signalée parmi lesTapuyas, et qui consistait à porter un tronc d’arbre énorme, en courant vers un but désigné, et en se défendant contre une foule d’assaillants.
Les Camacans-Mongoyos ont adopté, en partie du moins, l’usage des vêtements; mais il en est encore peu qui joignent cette espèce de luxe aux ornements bizarres que l’usage a consacrés. Les femmes sont d’une habileté extrême à filer le coton; elles ont pour vêtementjournalier une espèce dejupe due à leur industrie et qui , sans couvrir complètement leur nudité, sert au moins à la voiler. C’est une ceinture d’où pendent une multitude de cordelettes colorées, assez semblables aux filets dont on fait usage en Europe pour garantir les chevaux de la piqûre des insectes. Ce léger vêtement tombe jusqu’aux genoux, et n’empêche point qu’on ne distingue les peintures dont les femmes aiment encore à s’orner , ainsi que les hommes, surtout dans les jours de solennité. La teinte bleuâtre du genipa , le rouge orangé du rocou, ne sont pas les seules couleurs qu’elles emploient dans ces occasions ; elles obtiennent de l’écorce d’un arbre dont le nom nous est inconnu, une teinture d’un beau brun rouge, qu’elles appellent catua, et qui sert à varier les peintures sans lesquelles une
fête serait , à leurs yeux , incomplète.
Industrie des Camacans. Flèches de parure. Sceptre des chefs. Bonnets en plumes. Les Camacans-Mongoyos ne dorment pas dans des hamacs, à la manière des Puris et de tant d’autres nations ; ils s’étendent nus sur des espèces de lits grossiers , recouverts de morceaux d’étoupe, et ils se reposent réunis autour d’un feu qui brûle toujours dans la cabane. Cela ne veut pas dire néanmoins qu’ils soient moins industrieux que les descendants dégénérés des peuples Tupis. Leur poterie d’argile grise est faite avec assez d’habileté. Les femmes tissent avec une rare adresse des espèces de sacs ou de filets, que les hommes portent toujours à la chasse , et qu’elles teignent de plusieurs couleurs. Les armes des guerriers ont plus d’élégance que l’on n’en remarque d’ordinaire chez les autres tribus de Tapuyas. Leur arc ( couang ) , fait avec le bois du brauna, est d’une belle teinte foncée, et reçoit un poli admirable; leurs flèches sont travaillées avec le plus grand soin , et il y en a même une espèce que l’on nomme flèches de parure , qui offrent une telle délicatesse dans le travail , un soin si minutieux dans la manière dont les différentes parties sont ajustées, que celui qui a décrit ces armes pour la première fois ne trouve point facilement d’expres^ s ions pour peindre l’étonnement que lui causa leur perfection.
Niais où se déploie encore tout le luxe industrieux des Camacans , c’est dans le sceptre si bien poli que l’on remettait jadis entre les mains du capitâo , c’est dans le charo, ce bonnet de plumes qui forme une espèce de couronne dont les chefs se parent encore durant les jours de fêtes , et qui rappelle les plus beaux ouvrages que l’on ait recueillis, en ce genre, sur les bords de l’Amazone.
Danses des Camacans - Mongoyos. Il faut bien l’avouer, chez ces pauvres sauvages décimés par les guerres , chez cette nation jadis puissante , toute prête -à s’anéantir, et qui sent bien que ses forêts ne la préser-
BRÉSIL
veront pas longtemps du sort que les blancs lui réservent , une insouciance toute caractéristique préside à la plupart des actions de la vie. Les fêtes jouent encore le plus grand rôle parmi eux , c’est peut-être même tout ce qui reste de leurs vieilles idées religieuses; c’est du moins ce qui leur fait sentir encore leur nationalité prête à s’éteindre. Chez les Camacans, comme jadis chez les Tupinambas , on prépare le caouin par l’opération dégoûtante de la mastication ; mais , au lieu de le laisser fermenter dans ces longues jarres dont parle Lery, et que l’on désignait sous le nom de cunarins, c’est dans un tronc de barrigudo, creusé ! exprès pour cet usage, que la précieuse liqueur est déposée; et ce qu’il y a de remarquable sans doute, c’est que la nature du vase ne s’oppose pas à ce que le caouin soit chauffé. Sa partie inférieure est fixée dans un trou creusé enterre, et lefeu est allumé par-dessous.
On s’est paré de brillantes peintures, les hommes sont sillonnés de lonjgues raies noires , les femmes se sont I tracé au-dessus du sein des demilunes destinées sans doute à rappeler ces espèces de hausse-cols en os , dont ! parle Lery ; les trous qu’on s’est faits | aux oreilles ont reçu de longues plumes bariolées; ceux qui doivent con- ; duire la danse se sont orné la tête de j leurs diadèmes de plumes. Tout à coup le son du maraca (*) se fait entendre ,
! et un bruit retentissant lui répond : c’est Vherenehedioca qui marque la mesure, et peut-être n’existe-t-il pas, j parmi les nations américaines, d’instrument plus bizarre. Il se compose j de sabots de tapir attachés en deux j paquets à des cordons qui permettent de l’agiter, et il pourrait bien être I destine , par la nature même des sons
(*) L’idole des Tupinambas, ou, si on ! l’aime mieux, l’instrument religieux de ces peuples, existe chez les Mongoyos, mais on le désigne parmi eux sous le nom de kekkiekh. Cette onomatopée se reproduisait dans une autre partie de l’Amérique , chez les habitants de la Floride, par exemple, dans la dénomination du chichi koueh, qui n’était antre chose que le maraca.
qu’il doit rendre , à remplacer ces jambières de graines retentissantes d'haouai, dont, au rapport de Thevet et de Lery, les anciens peuples de la côte animaient toujours leurs fêtes.
Si la musique des Mongoyos est bizarre, leur danse ne l’est pas moins, et elle n’a de commun avec celle des Tupis que son étrange monotonie.
C’est cependant celle que l’on remarque parmi les Coroados de Minas , avec lesquels ce peuple a plus d’une analogie. « Quatre individus , se tenant un peu penchés, s’avancent, et, à pas mesurés, décrivent un cercle en se tenant les uns derrière les autres.
Tous répètent avec peu démodulations :
Hoï , hoï, hé, hé, hé, et l’un d’eux accompagne ce cri du bruit de son instrument, qui est alternativement plus fort et plus doux, selon sa fantaisie, ou plutôt selon le mode que l’usage a consacré. Il paraît que c’est à la suite de ces danses générales , où l’on doit s’enivrer fréquemment, que l’on voit commencer ces luttes difficiles , mais conservées d’âge en âge par la tradition durant lesquelles un tronc d’arbre est porté avec effort jusqu’à ce que l’on succombe à la fatigue, ou bien que l’on arrive à un but désigné où les femmes attendent le vainqueur. Ces courses finissent quelquefois d’une manière funeste. Les guerriers qui ont couru n’hésitent pas , quoique tout en sueur, à se précipiter dans quelque lac du voisinage , ou dans un fleuve , et il s’ensuit des pleurésies mortelles, auxquelles ils sont bien loin de pouvoir remédier, car leur moyen curatif le plus efficace consiste , comme chez les Tupis, en fumigations de tabac.
Si l’on ajoute à ce prétendu remède les paroles sacramentelles que prononce le Piaye de la tribu , et dont lui seul se réserve l’intelligence, on aura une idée complète de leurs pratiques médicales.
Dans le cas où la maladie résiste à ces étranges remèdes , le patient reste absolument dépourvu de tout secours. Sa mort n’en est pas moins accompagnée d'un deuil général , durant lequel on pousse d’horribles lamentations. Celte
L’ UNIVERS
douleur officielle se termine par des funérailles analogues à celles que l’on remarque chez une foule de tribus.
Ce qui caractérise celle des Mongoyos, c’est que le guerrier le plus regretté est celui que l’on pleure dans sa cabane , jusqu’à ce que les membres tombent en putréfaction. Confié enfin à la terre, et toujours environné des armes et des ustensiles qui doivent l’aider à faire le voyage du pays des âmes, un bûcher s’élève sur sa tombe, et on l’allume pour chasser les mauvais génies.
A-t-on des idées bien nettes sur la mythologie des Camacans-Mongoyos?
Est-il vrai qu’ils déifient les âmes des morts , et qu’ils en fassent des divinités tutélaires ou redoutables ? C’est ce que plusieurs ouvrages s’accordent à dire. Par une croyance assez analogue à celle des Araucans , qui , durant les tempêtes, croient voir les âmes des morts combattre dans le ciel , ils pensent que l’on doit attribuer les orages, et probablement l’apparition des météores terribles , aux mânes des guerriers irrités , et ils sont convaincus qu’un homme qui emporte avec lui quelque idée de haine peut venir se venger sous la forme du jaguar.
Cette idée grossière de métempsycose n’appartient pas à eux seuls en Amérique, et on la retrouve sur les bords de l’Orénoque. Connus de tout temps par leur bravoure , les Camacans sont employés aujourd’hui avec succès contre les hordes de Botocoudos que l’on n’a pas pu faire entrer dans u*ne voie de civilisation, et on les fait marcher également contre les Patachos , leurs ennemis invétérés.
Au rapport de M. Debret, qui a donné une excellente figure d’un des chefs de tribu , les Camacans-Mongoyos déploient une rare habileté et une vigueur peu commune dans la manière dont ils se servent de nos haches de fer; et ce serait à eux qu’il faudrait ppliquer ce que dit M. Azeredo'Coutinho de l’habileté des Indiens employés dans l’exploitation des forêts.
Meniens. Il ne faut pas confondre avec les vrais Camacans-Mongoyos,
une tribu hybride qui erre sur les bords du Belrnonte , et qui porte aujourd’hui le nom de Meniens. Elle descend en effet de cette nation puissante; mais ses alliances fréquentes avec les noirs des plantations d’alentour, ont changé chez elle jusqu’aux caractères physiques de la race.
Les Coroados. Voici encore une nation importante dont on ne peut plus étudier que les débris disséminés sur différentes parties de la province, et jusque dans les contrées du sud.
Les Coroados , auxquels ce nom a été imposé à cause de la manière dont quelques-uns d’entre eux rasent leur chevelure, les Coroados ne sont autre chose que les descendants de ces fameux Goaytakazes , dont nous avons parlé à propos du riche territoire de Campos , et qui jouent un rôle si important sur la côte orientale durant le dix-septième siècle. C’est dans les anciens auteurs , dans Lery , dans Vasconcellos , dans le manuscrit de Paulo do Porto, que l’on doit étudier l’origine de ces Indiens , dont l’histoire est si curieuse. Les Goaytakazes ou Ouctacazes, dont on a si^ fréquemment altéré le nom véritable , appartenaient, selon toute probabilité, et d’après des caractères physiologiques, à la sous -race des Tapuyas; mais , par les habitudes , par les coutumes qui leur étaient propres , ces sauvages différaient essentiellement des Tapuyas proprement dits. On pourrait même supposer qu’ils formaient un grand peuple intermédiaire entre les Tupis et leurs ennemis naturels.
Ce qu’il y a de positif, c’est qu’ils se subdivisaient eux-mêmes en plusieurs tribus, qui ne cessèrent, même après l’arrivée des Européens, de se faire une guerre implacable. Le territoire qu’occupaient ces Indiens, les campos d’Ouctakazes, si fertiles aujourd’hui et qui présentent une population agricole si active, devaient, par leur configuration naturelle, donner un caractère particulier aux habitudes de ces Indiens. N’étant jamais arrêtés dans leurs marches par les grandes forêts , et ne pouvant pas faire cette guerre de ruses et d’embû-
BRÉSIL
ches, qu’on remarque chez tous les sauvages , ils s’étaient accoutumés à combattre en rase campagne; et tel était l’acharnement qu’ils mettaient dans ces espèces de batailles rangées , que les expressions semblent manquer aux anciens historiens pour donner une juste idée des grandes mêlées où des hordes entières s’anéantissaient. Au i rapport de ces anciennes relations, lors même qu’on se trouvait hors des temps de guerre, l’aspect du Goaytakaz était redoutable. L’homme appartenant à cette race était d’une taille élevée, sa force musculaire paraissait prodi- ; gieuse; des circonstances toutes locales imprimaient à sa manière d’être un caractère particulier. Ne craif gnant pas comme les autres Indiens les accidents continuels qui se succèdent au milieu des grands bois, il ' laissait croître ses cheveux, et il est probable qu’il attachait quelque idée de suprématie à la longueur de sa chei velure.
- Si ce que l’on en raconte est vrai, [i les habitudes d’anthropophagie de ce peuple , sa coutume de dévorer les chairs saignantes et de boire le sang de ses ennemis, devaient le rendre redoutable aux nations qui l’environnaient (*). On n’a que des idées fort confuses sur les traditions mythologiques de ces Indiens , mais il est probable qu’elles étaient analogues à celles des autres Tapuyas. Une coutume toutefois distinguait les Goaytakazes des autres tribus , c’était le genre de sépulture qu’ils donnaient à leurs guerriers. Aujourd’hui encore , lorsque i’on rencontre dans les campos quelques-unes de ces grandes urnes funéi raires qui portaient le nom de camucis et qui renferment toujours la momie d’un guerrier revêtu de ses I ornements et environné de ses armes,
(*) Voy,. Vasconcellos, Noticias do Brazil. ij Le récit de l’écr-ivain jésuite est fort adouci |j dans oette notice: on sera tenté néanmoins | de croire à l’exagération. Cependant , l’aui teur avait été à même de bien étudier le caractère des hordes tapuyas , puisqu’il vijr vait au milieu d’elles.
24e Livraison. (Brésil.'
on est assuré qu’on a devant soi la tombe d’un ancien guerrier goaytakaz. Au rapport de M. Debret, qu»
a reproduit avec bonheur l’aspect d’un de ces anciens monuments, l’urne qui renfermait ces restes vénérés, était enfouie profondément au pied de quelque grand arbre , et c’est toujours là que le hasard peut encore les faire découvrir.
Avec des voisins aussi redoutables que les Goaytakazes , toute chance d’établissement devait être difficile; c’est ce qu’éprouvèrent cruellement les premiers concessionnaires, Pedro deGoes da Silya, et Gil de Goes qu’on vit lui succéder. Longtemps toute espérance de paix durable parut impossible , et une grande bataille fut livrée à ces Indiens vers 1630. Les plus intrépides succombèrent; les autres espérèrent trouver un asile dans les forêts de Minas. Ce fut là qu’ils se réfugièrent ; ils s’incorporèrent les Coropos , qu’ils parvinrent à subjuguer; mais, perdant sans doute l’espoir de retourner dans leurs belles campagnes , et contraints de vivre dans des bois épais , ils coupèrent la longue chevelure qui les avait distingués des autres nations , et bien qu’ils eussent conservé- scrupuleusement leur ancien nom , ce fut alors que les Portugais leur imposèrent celui de Coroados, ou d’indiens couronnés.
Les Coroados ont certainement perdu de leur férocité primitive; mais ils ont perdu aussi de leur valeur et de l’intelligence que l’on remarquait jadis en eux. Tous les voyageurs qui les ont visités sont unanimes dans la description qu’ils nous font de leur hébétement farouche et de leur sombre indifférence pour tout ce qui les environne. « Il est difficile d’imaginer, disent MM. Spix et Martius, en parlant des Coroados du pays de Minas, que cette nation si guerrière et si entreprenante, ait pu être, en si peu d’années , réduite à un si petit nombre d’individus. Elle est parvenue à un tel degré de dégénération et d’insignifiance , qu’elle est devenue bien plutôt un objet de pitié que d’intérêt historique. »
L’UNIVERS
Quoi qu’il en soit, de grands efforts ont été faits dans le dix-huitième siècle pour civiliser les Goaytakazes ; il en est qui parmi eux se sontfondusdans .a population deCampos, et l’honneur de leur pacification appartient à un prêtre courageux. En 1757, l’abbé Angelo Passanha ne craignit pas d’aller les trouver dans leurs forêts , où aucun descendant des colons n’avait pénétré, et l’année suivante une paix durable fut conclue. Les Coroados devinrent assez franchement les alliés des Brésiliens pour les aider dans leurs guerres contre les Botocoudos.
Dispersés sur différents points, tels que San-Fidelis, Aldea da Pedra, le Rio-Bonito, Minas, Saint-Paul même, les Coroados ne sont plus nullement à craindre pour les descendants des Européens; mais il ne faut pas croire que leur abaissement les empêche de comprendre l’excès de leur misère. En 1818, M. de Saint-Hilaire avant été visiter la tribu du Rio-Bonito, qui s’est alliée avec les Tampruns et les Gasaricons , l’un d’entre eux, nommé Buré, s’avança vers M. d’Almeida qui accompagnait le voyageur, et il lui parla ainsi : « Cette terre est-à nous, et « ce sont les- blancs qui la couvrent.
« Depuis la mort de notre grand capi- « taine , on nous chasse de tous cotés, « et nous n’avons pas même assez de « place pour pouvoir reposer notre « tête. Dites au roi que les blancs « nous traitent comme des chiens, et « priez-le de nous faire donner du ter- « rain pour que nous y puissions bâtir « un village. »
Ce discours d’un pauvre sauvage n’est que l’expression trop réelle des misères d’une race entière.
Puris. Parmi les nations indiennes qui ont cherché un asile dans les solitudes de Minas-Geraes, il en est une qui appartient à la race antique des Tapuyas, et que l’on considère, avec juste raison, comme une des peuplades les plus sauvages de l’Amérique méridionale. Néanmoins il y a peut-être quelque exagération dans l’opinion des écrivains qui regardent ces Indiens comme les plus barbares des indigènes, après
les Botocoudos. Les Puris. que l’ancien voyageur Knivet désignait sous la dénomination de Portes , erraient jadis à cent lieues des côtes. On prétend que le nom qu’ils portent signifie littéralement brigand, et qu’il leur a été imposé par les Coroados, auxquels ils rappliquent à leur tour. Aujourd’hui, ils forment plusieurs tribus, dont les unes sont errantes, tandis que les autres se sont converties. Il y a une vingtaine d’années seulement, la nation entière pouvait se monter à quatre mille individus. Au commencement du siècle, ces sauvages étaient encore des ennemis fort redoutables pour les Brésiliens; on ne comptait pas moins de cent quarante-quatre fazendas qui avaient été dévastées par eux. Le Rio- Doce, les rives septentrionales du Parahyba, San-Fidelis, le territoire arrosé par le Rio-Pomba, dans Minas, sont les principaux endroits exposés a leurs incursions.
M. Martius fait observer avec raison que, lorsqu’on demande à un Indien du Brésil le nom de sa tribu, il ne manque pas, en vous répondant, de citer le nom de la peuplade avec laquelle il est en guerre. Les belliqueux Puris sont , sous ce rapport , encore plus implacables que bien d’autres Indiens ; non-seulement ils se sont déclarés les ennemis irréconciliables des Botocoudos, mais ils attaquent sans cesse les descendants des Goaytakazes; et, avec les années, leur haine s’est si peu adoucie, qu’on les a accusés, naguère encore, d’être anthropophages. Ceci, toutefois, ne saurait excuser les horribles traitements dont ils furent jadis les : victimes. On peut consulter à ce sujet ; M. d’Esehwege, qui s’exprime de la] manière la plus énergique. Selon toutes ' probabilités, ceux des Puris qui ne s’étaient pas encore réunis en aldeas vers 1818, se sont aujourd’hui beaucoup modifiés, et il est à croire que leurs cérémonies caractéristiques , que leurs usages guerriers se sont éteints, en partie du moins, si ce n’est complètement.
De l’avis de tous les voyageurs qui ont observé ces tribus indiennes dans
BRÉSIL
leur décadence , ce qui persiste le plus chez elles, ce solït les danses, où, a défaut de ces grandes assemblées , qui se renouvelaient si fréquemment jadis, et des convocations guerrières qui s’y faisaient, on remet en honneur quelque antique tradition nationale, quelque vieux souvenir des dogmes ! sanguinaires prêts à disparaître. Lorsque ce peuple existe à peine comme nation , les danses des Puris sont ce qu’elles étaient jadis, graves, mélancoliques, empreintes de ce caractère funèbre qui accompagne la plupart des fêtes solennelles chez les Américains.
Quant à la guerre, rien de ce qui la rendait redoutable de la part des Puris j n’existe aujourd’hui . Traqués dans leurs ! forêts, comme les Botocoudos et les j Patachos , à l’exemple des descendants j des Tupiniquins, Chez lesquels on retrouverait peut-être leurs anciens vainqueurs, ils se verront obligés d’embrasser quelque grossière industrie ; ils ou- | blierontjusqu’à leur langage.Mais avant que s’éteigne ainsi une population entière, nous avons voulu retracer par la gravure un de ses usages militaires, i un de ces combats particuliers qui, bien loin de ressembler à la lutte grotesque des Botocoudos, offre comme i un souvenir des temps héroïques ; nous ! ferons observer seulement que, bien | que les Puris soient fort arriérés, comj parés à d’autres Indiens , dans une cer- I taine industrie essentiellement propre au sauvage, on ne doit pas s’étonner de trouver parmi eux l’emploi du boui clier. Ce n’est pas aux Portugais des ! temps de la découverte qu’ils ont emi prunté cette arme défensive, et l’on peut se convaincre dans Lery que l’u- ! sage des targes de peau de tapir était familier aux Tupinambas et aux Taj moyos. Durant leur voyage, IYIM. Spix et Martius ont acquis la certitude que les Puris se servaient du bouclier dans leurs combats singuliers, et c’est à leur savant voyage que nous avons emprunté la planche que nous offrons ici.
Aujourd’hui, sans doute, il ne reste plus que quelques guerriers de la nation des Puris, et ils peuvent dire comme les Coroados : « Cette terre
était à nous, et cependant nos enfants n’y trouvent pas même un asile. »
Ainsi finit ce grand drame commencé il y a plus de trois siècles, et qui s’est accompli lentement sur toute l’étendue de l’Amérique. Disons-le cependant, le gouvernement brésilien devenu plus paternel, s’enquiert chaque jour avec plus de sollicitude de ces nations malheureuses , dont il lui sera demandé un compte sévère dans l’histoire. Il faut bien le dire, cette pitié est trop tardive, et si la race indienne ne s’éteint pas complètement, elle a perdu son individualité, elle se confond déjà sur plusieurs points avec celle des dominateurs. Soumis à cette grande loi qui livre désormais à une race envahissante, mais civilisatrice, toute l’étendue du nouveau monde, le Brésil se couvre d’un peuple nouveau, qui , chaque jour, tend à devenir plus homogène, et qui, ayant emprunté à chaque variété de l’espèce humaine quelques-unes de ses qualités et de ses défauts, cherche maintenant son équilibre. De nos jours, l’issue de la lutte n’est plus douteuse, et le triomphe d’une-civilisation indépendante est désormais assuré.
Situation du Brésil en 1837. Ce qu’il faut maintenant au Brésil, c’est l’échange facile de ses immenses richesses, c’est la multiplication des routes (*) , c’est l’accroissement de la po-
(*) Les Brésiliens eux-mêmes sont chaque jour plus convaincus de cet axiome d’économie politique qui regarde les routes comme le premier agent de la civilisation. Un économiste brésilien instruit, M.TorresHomem, a dit récemment :« D’innombrables entreprises d’une utilité directe , pleines de vie, ne peuvent point se réaliser parmi nous , vu que bien au delà des économies faites, monte la demande des fonds productifs. Pourquoi n’ouvrons-nous point des voies rapides de communications entre les capitales des provinces? pourquoi ne rendons-nous pas nos fleuves navigables ? pourquoi ne raccourcissons-nous pas les distances des provinces maritimes par la navigation à la vapeur ? Yoy. Nitheroy, Revis ta brasiliense. Paris, i836. Selon toute apparence, cette feuille pleine d’intérêt doit être publiée par la suite à Rio.
I/UNIVERS
fmlation. Qu’on jette un coup d’œil sur a carte, et qu’on examine la direction des montagnes, l’admirable embranchement des fleuves, qu’on lise les vieux historiens et les calculs de la statistique moderne, et l'on s’assurera bientôt que, s’il n’est guère de contrées où la nature ait plus fait pour les rapports futurs des provinces entre elles, il n'en est guère non plus aussi où les progrès de ces populations naissantes aient été plus rapides et plus marqués.
De grands vices existent sans doute encore dans l’administration de ce pays, et surtout dans certaines comarcas éloignées du foyer central de la civilisation, de grands défauts sont inhérents à certaines parties de la population , un manque d’énergie vraiment déplorable se fait sentir dans quelques-uns de ces travaux qui exigeraient le concours réuni de tous ; mais, en exceptant de nos calculs les États-Unis , nulle part on ne voit se manifester à un degré aussi remarquable le besoin de l’instruction, le louable désir des améliorations gouvernementales; nulle part peut-être, et cela grâce aux efforts soutenus de la nouvelle administration , les moyens d’instruction primaire ne sont répandus en si grand nombre. Un des voyageurs les plus estimés parmi les voyageurs modernes l’a dit : « Vous ne voyez pas à Rio de Janeiro une seule rue un peu considérable où il n’y ait quelques écoles ouvertes immédiatement à toute la population libre, et où les enfants, à quelque nuance de couleur qu’ils appartiennent, ne puissent recevoir une égale instruction. » S’il existe donc encore aujourd’hui de notables abus dans ces contrées, on pourrait en dire ce que lord Brougham disait naguère de l’obscurantisme qui règne dans certaines contrées de l’Europe : Le maître (T école y mettra bon ordre .
Mais, quelque consolantes qu’elles
Outre les réflexions sur le crédit public, dont nous donnons ici un court fragment , nous signalerons plusieurs articles de MM. Magalliaens et Araujo Porto- Alègre, qui font vivement désirer la continuation d’un tel recueil.
soient, ce n’est pas ici le lieu de développer des théories d’avenir; l’espace nous serait refusé pour cela, ce livre est un livre de faits , et si on veut bien lui reconnaître quelque utilité, c’est à cette circonstance qu’il l’empruntera.
On ne saurait se le dissimuler, malgré la publication récente d’excellents ouvrages, malgré la disposition du public à les accueillir, ce beau pays est encore bien faiblement apprécié. Il y a plus; le Brésil est ignoré du Brésil luimême , et , comme l’a dit un savant écrivain : à Rio de Janeiro, on ne connaît que Rio , et l’on méprise un peu trop ce qui n’est point Rio.
Avant tout donc, il est de la plus haute importance que les documents qui constituent l’histoire soient enfin rassemblés. Pour que les théories journalières soient utiles, il faut leur offrir une base, ou pour mieux dire un point de départ. Que ceci nous serve d’excuse, si nous ne nous arrêtons pas plus longtemps aux brillantes considérations que pourraient nous suggérer, dès à présent, certains progrès , ou même de légitimes espérances inspirées par la nature du sol, par le caractère progressif des habitants , et par la disposition du pays. A cette tâche de l’histoire philosophique nous préférons celle qui a pour but de constater les événements accomplis pour ainsi dire sous nos yeux , et qui néanmoins sont ignorés du plus grand nombre. D’ailleurs nous osons croire que la lecture attentive de ce travail mettra chacun à même de tirer de l’ensemble certaines déductions, qu’il serait peut-être oiseux d’offrir ici , puisqu’elles se présentent d’ellesmêmes à la pensée.
Immédiatement après l’abdication de D. Pedro, qui eut lieu le 27 avril 1821, un conseil de régence provisoire, composé de trois membres , fut constitué (*). Son administration ne dura
(*) Ce premier conseil de régence nommé par le sénat , était composé de MM. Yergueiro, Francisco de Lima et du marquis de Caravellas. Voyez à ce sujet un ouvrage fort récemment publié en Angleterre et intitulé : T/iG history ofJîrazil from the period
BRESIL
pas longtemps; on vit bientôt lui succéder un autre conseil de régence, composé également de trois membres, et qui devait, disait-on , tenir les rênes du gouvernement durant toute la minorité cTu jeune empereur Bientôt néanmoins les deux chambres jugèrent convenable de concentrer tous les pouvoirs de la régence entre les mains d’un seul membre, auquel les fonctions seraient dévolues pour quelques années ; un autre régent devant être nommé à l’expiration de ce terme , pour gouverner encore durant quatre ans , jusqu’à ce que le jeune empereur ait atteint sa majorité. Le régent actuel est le P. Diogo Antonio Feijo , évêque de Marianna et sénateur; il occupait le ministère de la justice sous la triple' régence, mais il se trouvait absent de la capitale lors de l’abdication de D. Pedro.
Le jeune empereur est né le 2 décembre 1825. Sa tutelle a été con-
of the arrivai of the Braganza familj in 1808, to the abdication of D. Pedro the firstin i83i , compiled frôm State documents and otlier original sources forming a con tinuation to Southey’s history of that country , by John Armitage , esq. London, i836 , a vol. in-8. L’auteur a été sur les lieux, et il a puisé , dit-on , ses documents chez un des hommes d’État les plus distingués du Brésil. Grâce à ce livre , trop peu connu en France, et aux documents officiels publiés parM. deMontglave , sous le titre de Correspondance de D. Pedro, auxquels on doil joindre les excellentes considérations d’Angliviel Labaumelle , l’histoire du Brésil, durant les dix dei’nières années, peut être facilement éclaircie. Bien qu’il ait paru en x836, le livre de M. Armitage s’arrête à l’abdication de D. Pedro. Il nous a donc fallu recourir à d’autres sources pour conduire notre travail jusqu’à l’époque actuelle , et c’est à des nationaux remplis d’instruction et d’obligeance , ainsi qu’au savant auteur de la Notice sur Amerigo Vespuci, que nous devons les documents présentés dans ces dernières pages. Pour ne point trop multiplier ici les détails arides , nous renvoyons, pour tout ce qui est relatif aux monnaies actuelles , aux poids et mesures , etc. , etc. , à notre Histoire. géographique du Brésil , 2 vol. in-i8, fusant partie de la Bibliothèque populaire.
fiée au marquis d’Itanhaem; mais il était question naguère au Brésil de l’émanciper à l’âge de douze ans , et de lui donner une part active aux affaires : néanmoins, d’après la constitution brésilienne il n’aura atteint sa majorité qu'à dix-huit ans. Le soin de son éducation a été remis entre les mains d’un homme fort respectable , du P. F. Pedro, célèbre au Brésil par ses connaissances spéciales en mathématiques, qui lui avaient valu une chaire à l’académie militaire de Rio de Janeiro. Sous sa direction le jeune empereur reçoit, dit-on , l’instruction la plus libérale, et, outre ses études classiques , on lui fait suivre des cours d’anglais et de français. L’étude du dessin et de la musique fait aussi partie de son éducation. Les deux jeunes princesses sont également élevées avec le plus grand soin (*).
Nous avons déjà dit plus haut, que le pouvoir législatif se composait de deux chambres, le sénat et la chambre des députés. Les sénateurs sont élus à vie par les provinces, et ils sont aq nombre de cinquante - quatre. Trois places auxquelles il n’a pas encore été pourvu , se trouvent vacantes. La chambre des députés se compose de cinq cent quarante- huit membres;
(*) Dona Januaria est née le 1 1 mars 18*22, et elle a été reconnue princesse héritière le 3i mai i83(j. Dona Francisca est née le a août 1824.
E11 1837, l’aristocratie brésilienne se compose ainsi qu’il suit : il y a dans toute l’étendue de l’empire 16 marquis , 6 comtes, 19 vicomtes, 20 barons, et i3 dames qui conservent les titres de leurs maris décédés. La noblesse n’est point héréditaire. La maison de l’empereur se compose de 2 55 employés. Le corps diplomatique est composé de la manière suivante : il y a deux envoyés extraordinaires, un résidant près la cour de France, l’autre près la cour d’Angleterre; viennent ensuite un résident en Autriche, et de simples chargés d’affaires en Portugal, eu Espagne, en Belgique, près des villes anséatiques, en Prusse, à Rome, à Naples, à Florence, etc. Dans le nouveau monde , on en compte trois, résidant aux États-Unis, à Buénos-Ayres et à Monte -Video. Les secrétaires et les attachés sont au nombre do 18*
L’UNI VERS
mais, s’il faut encore en croire les dernières nouvelles qui nous soient parvenues , il y aurait une telle langueurdans les travaux législatifs, que, laute de la présence dés membres , aucune question importante , aucun projet de loi, n’auraient pu être discutés en 1836.
Le pouvoir exécutif est confié à six ministres qui ont, dans leurs attributions , l’intérieur, les affaires étrangères, la justice, la marine, et enfin les finances.
Le pouvoir judiciaire a subi d’importantes modifications; il se compose aujourd’hui de sept cours de justice divisées ainsi, qu’il suit : le tribunal suprême de justice compte seize membres et un président, le conseil de guerre trois membres et un président, le tribunal de la relacâo de Rio de Janeiro 22 membres et un président , puis le nombre des juges va ensuite diminuant seion l’importance des provinces ; c’est ainsi que les relacôes de Bahia , de Pernambuco et de Maranhâo , n’ont plus que seize , douze et huit membres , avec chacune un président. On trouve en général une amélioration réelle dans l’exécution des lois.
Le jury brésilien ne compte pas moins de mille quatre cent quatrevingts membres.
Les dix-huit provinces de l’empire sont administrées par autant de présidents qui ont le titre de présidentes de provincias.
Nous avons déjà parlé de l’extrême difficulté qu’il y avait à établir d’une manière positive le total de la population brésilienne; cependant, si l’on s’en rapporte à M. Armitage qui cite à ce propos le journal V Aurore, elle s’élèverait aujourd’hui à un peu plus de cinq millions d’habitants , sur lesquels il faudrait compter environ deux millions d’esclaves. Ce chiffre, comme on le voit, est trop peu différent de celui que nous avions adopté autre part, pour ne point l’admettre ici (*).
(*) Rien n’est étrange comme jadis les
opinions qui ont été émises à ce sujet. Les éditeurs d’un Dictionnaire de Deian
Grâce à une disposition naturelle, dont plusieurs voyageurs ont constaté les heureux effets , le nombre des ha* bitants semble augmenter au Brésil, en raison de la solitude de certaines localités , et l’on a remarqué que la fécondité des femmes de l’intérieur promettait à ces lieux reculés un futur accroissement de population plus rapide que sur le littoral (*).
C’est en examinant, dans nos archives de la marine, le plan de Rio de Janeiro, que dressa un ingénieur français, précisément dans la première année du dix-huitième siècle (**), qir’on peut
dîne , publié il y a une vingtaine d’années, ont été jusqu’à donner libéralement 3o,5oo,ooo habitants au Brésil. VAurora, que nous avons citée, procède par /province, et elle fait monter par approximation le total de la population libre à 3,o35,ooo habitants. Depuis l’exécution des lois répressives , l’introduction des noirs est nécessairement moins considérable. Quant à l’émigration, elle est toujours active, et nous sommes assez heureux pour pouvoir présenter ici la liste de ceux des étrangers qui sont entrés à Rio de Janeiro seulement de iS35 à i836.
Portugais
De Brème*
Français
Danois
Espagnols
Hambourgeois
Piémonlais
Ecossais .. .
Anglais
Russes
Américains-Espagn.
Habitants de Maroc.
De Malte
Belces
Allemands
Hanovriens
Italiens
Hongrois
Génois
Romains
Suisses
Napolitains
Américains
Hollandais
Prussiens
Irlandais
Autrichiens
Total ;
Brésiliens qui se sont présentés à la police avef des passe-ports, 702.
(*) Le Brésil , considéré dans sa totalité compte près de trente habitants par mille carré. S’il en avait cent par mille carré , il renfermerait 14 millions; s’il arrivait à en avoir mille par mille carré , sa population serait de 140 millions.
Or, les États-Unis dans leur totalité ont actuellement près de cent habitants par mille carré; et les provinces de la Nouvelle- Angleterre en ont bien plus de mille.
(**) Voyage manuscrit de BeauchêneGouin, 1 vol. in-fol. Cette précieuse relation, à peine
se convaincre du prodigieux accroissement que cette ville importante a subi.
En 1830, le nombre des maisons ha- I bitées ne s’élevait pas à moins de quinze mille six cent vingt-trois, et ce chiffre présente d’autant plus d’exactitude, que M. Walsh avait pris la peine de les compter. On évalue à cent quatre-vingt mille le nombre des habitants (*), et sur cette population, malheureusement peu en rapport avec le i reste de l’empire, il ne faudrait compter que vingt-quatre mille trois cents esclaves. Le nombre des magasins et des boutiques s’est augmenté dans une j, règle proportionnelle : il se monte aujourd’hui à trois mille deux cents , tandis que l’on ne compte pas moins de trois cent soixante-deux voitures, et quatre cent vingt bateaux destinés au service du port et des habitants.
|| Quoique nous ne possédions qu’un nombre assez restreint de documents sur la consommation annuelle, nous savons qu’en 1835 on pouvait évaluer à trente mille trois cent soixante l ie nombre de boeufs qui avaient été ( abattus dans la ville.
Les revenus de la Camara sont assez considérables, puisqu’ils s’élèvent à 883,101,738 reis; mais, comme nous 'l’avons déjà fait observer, ce qui a sinjgulièrement accru le degré d’importance auquel est parvenue cette ville durant les dernières années, ce sont les établissements d’instruction publique que l’on y a multipliés. Les écoles, désignées sous le nom de primeiras \letras , sont aujourd’hui au nombre de onze à Rio, et elles étaient fréquentées, il y a un ou deux ans, par neuf jeent quarante et un élèves.
Nous avons décrit le Musée; nous j avons faitconnaître la Bibliothèque(**);
connue , existe à la bibliothèque de la ma- |rine à Paris. Il y a de nombreuses figures, i et le texte a été rédigé par l’ingénieur Duplessis.
(*) Et non deux cent soixante mille , comme on nous l’a fait dire dans la première [ partie, par une faute d’impression, facile du reste à corriger.
(**) Son administration se compose au-
nous avons essayé de donner une idée du Jardin botanique; nous ajouterons qu’il existe une Académie de marine, où les cours de mathématiques sont faits par quatre professeurs et leurs substituts.L’Académie militaire continue également à poursuivre ses enseignements; mais, en 1836, ils étaient fort peu suivis. L’Académie de médecine prend, au contraire, un certain accroissement; administrée par un directeur spécial, l’enseignement y est confié à quatorze professeurs, et l’année dernière on n’y comptait pas moins de cent quaranteneuf élèves (*). C’est à Saint-Paul, comme nous l’avons déjà dit, qu’a été établie l’École de droit; elle compte un directeur, et neuf professeurs pour les cinq chaires qui y ont été instituées , et la durée des cours est de cinq ans. Jusqu’à présent, la totalité des elèves qui y ont pris leurs grades , s’est élevée à cent soixante-dix-sept, sur lesquels l’année dernière en a fourni quarante et un. On fait également un cours de droit à Olinda; mais cinq professeurs et un directeur seulement y sont entretenus, et, comme à Rio de Janeiro, les cours durent cinq ans. Nous avons déjà parlé de cette École des Beaux- Arts, qui emprunte son origine à la France. C’est naturellement à Rio de Janeiro qu’elle doit avoir son siège : elle compte neuf professeurs et un directeur. En 1835, soixante-quinze élèves suivaient ses cours. Nous ne parlerons ici ni de la littérature , ni de l’étude de la musique, trop peu d’espace nous est réservé. Toutefois l’impulsion a été rapide, les œuvres se sont multipliées, et nous nous voyons contra nts de réserver, pour un ouvrage spécial, l’appréciation du mouvement intellectuel:
qu’il nous suffise de dire que nos pièces modernes, traduites habilement, sont jouées aujourd’hui à Rio de Janeiro, et qu’un jeune poète, JM. Magalhaens , qui a déjà réalisé parmi
jourd’hui d’un conservateur et de neuf employés.
(*) La faculté de Labia se compose également d’un hrecteur et de quatorze pro» fesseurs.
L’UNIVERS
nous bien des espérances , promet de donner une impulsion toute originale à la poésie dramatique de son pays.
Nous avons déjà fait remarquer combien en peu d’années la presse périodique avait acquis de puissance dans cette partie du nouveau monde. Ce qu’on peut lui reprocher sans doute, c’est un étrange abus de l’attaque personnelle dans la discussion; mais des noms, tels que ceux des Evarista Ferreira da Veiga, des Vasconcellos , des Januario, sont un sûr garant du talent qui y est déployé.
Si ce livre n’était pas avant tout destiné à faire connaître le Brésil sous son aspect historique et pittoresque , si nous ne craignions de fatiguer l’esprit de nos lecteurs par l’accumulation de chiffres déjà trop nombreux , nous dirions , qu’à part les fluctuations politiques, dont l’influence n’est que passagère , le commerce du Brésil a toujours été croissant; de 1835 à 1836 seulement, le nombre des bâtiments qui sont venus mouiller dans le port de Rio de Janeiro , ne s’est pas élevé à moins de seize cent dix-huit. Sur ce nombre , il n’y en avait que trente-six appartenant à la France ; mais I’Angleterre en comptait cent soixantequatorze , et les Etats-Unis cent vingtdeux. Une preuve positive que les mouvements politiques qui ont séparé
violemment le Brésil de la mère patrie, ne doivent pas avoir de suites graves dans les relations déjà amicales des deux pays, c’est que le nombre de navires portugais montait au moins à cent soixante-treize. Quant à ce qui touche spécialement notre commerce, on peut dire aujourd’hui, que les exportations de la France pour le Brésil ne s’élèvent pas à moins de 27,000,000, tandis que les importations de ce pays sont un peu moins considérables, puisqu’elles ne montent qu’à 20,000,000 de francs.
Tout en annonçant la pacification définitive des provinces , les dernières nouvelles qui nous sont parvenues, ne cessent de signaler des troubles sérieux, qui se manifestent dans Rio- Grande do Sul, et qui semblent attester un désir croissant de séparation.
Placés si loin du théâtre des nouveaux événements, il nous est bien difficile, sans doute , d’en apprécier les causes et d’en signaler les conséquences : néanmoins, nous ne saurions trop le répéter, aujourd’hui, l’union pour le Brésil, c’est la force : tenter de s’éloigner de ce principe politique, qui n’aura peutêtre point toujours la même signification et la même importance, c’est retarder une ère de prospérité et d’industrie dont les Brésiliens saluent déjà l’aurore.