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fiait place, comme cela arrive chez les Guaranis, à l’adoption d’une mode européenne. Les petits cylindres d’argent enfilés les uns au bout des autres, et formant une espèce de chapelet, qu’on portait au cou, les plaques de métal tombant sur la poitrine, les demi-cercles en or suspendus aux oreilles , tout cela est peut-être remplacé à l’heure où nous écrivons par quelque bijou de cuivre fabriqué à Paris ou à Manchester, ou tout au moins par une pesante chaîne de métal, ouvragée dans quelque cité brésilienne.
Moyens de transport. Marches dans la campagne. L’enharnachement du cheval ne paraît pas avoir subi de grands perfectionnements parmi ces Indiens. Les hommes ont bien une espèce de selle , leurs pieds sont bien retenus par un étrier de bois ; mais les femmes se tiennent tout simplement entre deux bottes de foin , sur une couverture. Ajoutons qu’elles ont une telle habitude d’aller à cheval, qu’elles peuvent allaiter ainsi leurs enfants, et qu’on les voit errer dans les plaines, transportant, outre leurs bagages, les animaux favoris qu’elles avaient apprivoisés dans leur cabane, et qui s’accoutument si bien eux-mêmes à l’allure du cheval, qu’ils semblent, comme les hommes , y demeurer indifférents.
Habitations. La vie errante que mènent les Guaycourous les a empêchés jusqu’à présent de modifier la construction de leurs cabanes. C’est ordinairement le bord des rivières qu’ils choisissent pour s’y établir durant quelques mois. Mais le caprice d'un chef, l’avertissement mystérieux du devin ou de quelque oiseau prophétique, peuvent faire disparaître en quelques instants ces bourgades éphémères; et le voyageur, qui s’attendait à trouver une population animée sur les bords d’un fleuve, se voit contraint plus d’une fois de l’aller chercher au fond de quelque autre désert.
Nous avons déjà eu occasion de décrire, d’après la Corogrqfia b rosilica, ces espèces de campements, qu:
ne manquent ni d’ordre ni de régula-
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Irité O- Les rues de chaque bourgade sont très-larges et parfaitement droites ; mais lés maisons , comme celles de tous les peuples nomades, méritent
ià peine ce nom. Les habitations des Guaycourous sont recouvertes avec des espèces de nattes en jonc , posées horizontalement durant le temps sec,
Iet sur un plan incliné lorsqu’il vient à pleuvoir. L’eau pénètre cependant intérieurement pendant les orages, et l’on est obligé de l’éponger et de la vider avec certains vases destinés à cet usage. Iæs cabanes des chefs ou des gens aisés sont beaucoup plus complètement à l’abri de cet inconvénient et des chaleurs extrêmes , parce qu’on est ! dans l’usage de les recouvrir de nattes superposées à différents intervalles.
Les Guaycourous ne se servent point de hamacs, comme le font plusieurs hordes infiniment moins avancées qu’eux en civilisation; ils dorment sur des cuirs étendus à terre, se couvrent des vêtements des femmes , et posent leur * tête sur les petites bottes de foin dont i leurs compagnes se servent ordinairement pour monter à cheval.
Ainsi qu’on l’a fait remarquer récemment dans un ouvrage publié en Allemagne , les Guaycourous diffèrent essentiellement des autres Indiens de i1 l’Amérique du Sud, en ce sens qu’ils n’enterrent pas leurs morts dans les cabanes que ceux-ci ont jadis habitées.
! Iis ont un cimetière général : c’est un l1 grand hangar couvert de nattes, où chaque famille choisit d’ordinaire le lieu de sa sépulture.
Idées religieuses des Guaycourous. Croyances étranges des chefs. Le macauhan , OU LE MES- SAGER des ames. Ce qui paraît s’être j maintenu avec une réelle persistance ! chez les Guaycourous , ce sont les idées j religieuses de leurs pères. Toutefois il ne nous paraît pas juste de dire, comme on l’a fait en Allemagne , que I l’être souverain , le nanigogigo , ne f représente que le génie du mal , et que
(*) Hipp. Taunay et Ferd. Denis, leBréi *»1 , 6 vol. in-18.
les devins , ou les unigenitos (*) , ne sont occupés qu’à éloigner sa fatale influence. Si l’on en croit d’autres renseignements , ces indigènes croient à l’existence d’un être créateur de toutes choses; mais ils ne lui offrent aucun culte. Le nanigogigo n’est qu’un esprit d’un ordre inférieur, qui a la connaissance des événements futurs.
De même que les Tupis, ces Indiens admettent l’immortalité de l’ame; mais ils semblent n’avoir que des idées fort vagues sur le genre de châtiment ou de récompense qui attend l’homme après sa mort. Un dogme étrange, déjà signalé, et qui n’a pu jamais entrer que dans la tête orgueilleuse d’un chef sauvage, rend cette religion différente de toutes celles qu’on a observées dans l’Amérique méridionale. Les Guaycourous sont fermement persuadés que les capitâes seuls jouissent après leur mort de toute sorte de félicités, de même que les unigenitos. Les simples guerriers, disent certains auteurs, et en tout cas les esclaves, ne sont destinés qu’à devenir des ombres errantes , et elles ne doivent pas même quitter l’enceinte funèbre du cimetière.
Un fait curieux, une transmission bizarre des anciennes idées religieuses qui dominèrent jadis le Brésil, se fait remarquer chez ce peuple- L’oiseau prophétique des Tupinambas , le messager des âmes , reparaît sous le nom de macauhan. Les prêtres devins l’écoutent attentivement durant des journées entières ; iis font même alors usage d’une espèce de maraca pour
(*) Les piayes guaycourous sont nommés ainsi par Ayres de Gazai ; d’autres voyageurs écrivent Vünagenito. On affirme que l’ancien géographe n’a fait que copier le Patriota dans tout ce qu’il dit sur les Guaycourous ; mais il tient les faits principaux de M. Alves do Prado, témoin oculaire des événements qu’il raconte , et après tout, rien d’important n’a été ajouté à sa relation. Malgré le respect que nous inspirent certains noms , nous pensons avec M. de Saint-Hilaire , qu’on manque souvent de justice envers le patriarche de la géographie brésilienne.
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l’évoquer , et ils supplient le nanigoigo d’interpréter pour eux les chants ’avenir qui viennent d’être entendus.
Langage des hommes différent du langage des femmes. Une circonstance singulière , renouvelée plus d’une fois dans l’histoire de la linguistique américaine, reparaît chez ce peuple. Les hommes et les femmes ont un langage qui présente des différences notables. Le sifflement produit par une contraction des lèvres a reçu en outre parmi eux certaines modifications convenues, qui en font en quelque sorte un idiome à part. Les Guaycourous, dit-on, ne chantent pas, et toutefois ils paraissent saisis de la plus vive émotion én écoutant de plaintives modinhas brésiliennes. Il n’est pas rare de les voir alors verser des larmes , et ils rappellent l’impression toute religieuse que le vieux Lery fit éprouver à des sauvages de Ganabara, en entonnant dans leurs forêts un psaume , « au son duquel , dit le vieux voyageur, ils prindrent tel plaisir qu’ils l’écoutoient vraiment émerveillés. »
Alliance conclue avec les Brésiliens. Les Guaycourous, qui, pendant tant d’années , furent des ennemis redoutables pour les habitants du Brésil central , se sont décidés , en 1791 , à conclure une paix durable avec eux. On vit alors les deux chefs principaux se rendre à Villa Bella pour signer une paix que rien ne devait interrompre. Nonseulement Emavidi Chaimé et Gueyma se rendirent caution pour leur peuple, mais, en signe d’alliance, ils prirent des noms portugais. Le premier se nomma Paulo Joachim, Ferreira, et le second Joam Gueyma d' Albuquerque. Us étaient accompagnés de aix-sept guerriers , et durant la négociation une négresse créole leur servit d’interprète.
Payagoas. Leur vie errante. La troisième nation puissante de ces contrées, les Payagoas, qui se rendaient si redoutables aux premiers colons sur le haut Paraguay, n’apparaissent plus aujourd’hui, qu’à de rares intervalles , sur tes bords du fleuve qu’ils domi-
naient jadis. Séparés de leurs alliés en 1778, ils dédaignèrent de rester dans une contrée ou ils ne pouvaient plus le disputer davantage aux étrangers. Après avoir été demander un asile aux Espagnols sur le territoire de l’Assomption, ils se disséminèrent, et ne formèrent plus, pour ainsi dire, une confédération. Poursuivis maintenant par les autres tribus , qui les regardent comme des êtres sans courage et sans foi, ils remplissent absolument, sur les rives du Paraguay, le rôle que l’on voit jouer aux Muras le long de l’Amazone et de la Madeira.
Routes du Mato- Grosso. Un grand nombre de routes conduisent aujourd’hui dans le Mato-Grosso. On en a ouvert une par terre, qui conduit à Goyaz ; celle que prenaient jadis les Paulistes sur le Tieté est presque abandonnée, à cause des difficultés qu’elle présente. Beaucoup de personnes prêtèrent la voie qu’offre ia Madeira et la Guaporé. En 1827, M. Langsdorff écrivait : « Dans quelques semaines, « je compte faire une petite excursion « pour remonter le Rio San-Lourenzo «jusqu’à sa source, et examiner s’il ne « serait pas possible de gagner par « terre les sources du Rio-Sucuriu , « afin d’établir une communication fa- « cile entre la province de San-Paul et « celle de Mato-Grosso. Si je réussis « dans ce projet avoué par le gouver- « nement brésilien, j’aurai effectué ce « que personne n’a encore tenté depuis « la découverte de l’Amérique. » Nous ignorons si le hardi voyageur a accompli son projet. Ce qu’il y a de certain, c’est que les négociants de Cuyaba viennent Échanger ordinairement leui or à Bahia par la route de Goyazes, el qu’ils se rendent aussi à Rio de Janeiro par le même chemin, ou bien encore par le pays de Camapuan. La route qui conduit au Para est également très fréquentée (*).
(*) Dans l’excursion que nous avons en. treprise à travers toutes les provinces di Brésil , nous avions eu fintcntion de ne par courir d’abord avec le lecteur que la por
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Province de Goyàz. Voici encore une immense province centrale dont il n’eût pas été possible de donner la description, même la plus sommaire, il y a seulement vingt ans. En 1727, Rocha Pitta parle bien des événements tragiques qui arrivèrent de son temps au Mato-Grosso , mais il se tait sur le pays de Goyaz , et les historiens contemporains imitent son silence. Il n’en est pas de même aujourd’hui. Néanmoins, en ce qui concerne les moeurs locales , c’est encore des étrangers que nous viennent les renseignements les plus précieux. Il y aune dizaine d’années environ , M. Natterer, qui employa sept ans à parcourir les solitudes du Brésil , visita le pays de Goyaz avec son fidèle compagnon , le chasseur Sochor, avant de pénétrer dans le Mato-Grosso. Pluj sieurs voyageurs l’ont imité, et de précieux renseignements géographiques ont été obtenus. Les documents les plus certains pour la France, ceux auxquels des travaux antécédents assurent une supériorité réelle, doivent nous venir d’un voyageur auquel la topographie et l’histoire naturelle du Brésil ont les plus grandes obligations. Si nous éprouvons un regret, c’est de n’avoir pu mettre à profit, pour cette partie de notre notice, les savantes recherches de M. Auguste de Saint- Hilaire. Essayons de recourir à quelques documents historiques fort sommaires, mais dont l’authenticité est du moins reconnue.
Le pays de Goyaz tire son nom d’une nation indienne qui n’existe plus. C’est la province la plus centrale du Brésil, et il suffit de jeter un coup d’œil sur ses limites naturelles pour s’en assurer. Située entre le 6° et le 21° de latitude
lion nord de la province de Mato-Grosso , et de réserver le sud pour une description séparée. Il eût fallu, en adoptant ce plan, répéter certaines généralités ; nous avons préféré continuer la description, sans l’interrompre, à une subdivision qui eût pu gêner le lecteur. C’est ainsi que nous nous sommes vus contraints à parler des Guaycourous de la frontière, quand il nous restait à mentionner tant de tribus du centre.
sud , elle est bornée au nord par les provinces de Para et de Maranham ; à l’ouest, elle a le pays de Cuyaba; au sud, c’est le district de Camapuania.
Ainsi que la province de San-Paulo, à l’orient, une chaîne de montagnes la sépare de Minas-Geraes et du sertâo de Pernambuco. Depuis le confluent de l’Araguaya avec le Tucantins, jusqu’à celui du Rio-Pardo avec le Paranna , elle n’a pas moins de deux cents lieues de longueur, sur une largeur proportionnée. Quelques géographes ajoutent même cent lieues de plus à cet immense territoire , que se partage aujourd’hui la faible population de cent soixante-quinze mille habitants; et encore faut-il supposer un accroissement considérable dans les naissances, puisque, d’après le recensement de 1804, le dénombrement ne s’élevait qu’à cinquante mille cinq cent trente-neuf individus.
Découverte des mines d’or.
Bàrtholomeu Buenno. L’histoire de la découverte présente un /ait assez curieux. On ne sait trop vers quelle époque un Pauliste, nommé Manuel Correa , s’avança des plaines de Piratininga jusque dans ce désert. Il en rapporta de l’or qu’il avait tiré des sables au moyen d’un plat d’étain; c’était sur les bords du Rio dos Aracis. Cet or fut employé plus pieusement peut-être que n’en agissaient d’ordinaire les Paulistes à cette époque. Il contribua à orner le diadème de Notre-Dame da Penha , au bourg de Sorocaba.
Nous passerions sous silence ce fait assez peu notable en lui-même, s’il n’avait pas les résultats les plus importants pour les découvertes ultérieures.
De l’or a été trouvé dans le désert par un Pauliste ; un autre Pauliste part surle-champ sur ses traces pour chercher aventure. Cette fois c’est Bàrtholomeu Buenno, le hardi certanista, qui se met en marche. Il emmène avec lui son fils, un enfant de douze ans ; et au bout de quelque temps les deux voyageurs arrivent à l’endroit où s’est élevée depuis Villa Boa : ils y trouvent établis les Indiens de la nation goya. Les femmes
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portaient des pépites d’or comme ornement; mais, moins industrieuses que les Guaycourous, elles en faisaient usage telles qu’ on les avait tirées du torrent.
Nos aventuriers retournent à Saint- Paul ; et , pendant longtemps, ils semblent avoir oublié la nation goya, ainsi que les ornements de leurs femmes , comme chose de trop faible valeur. Le père meurt, c’était l’époque où l’on venait de découvrir les mines de Cuyaba; le goût des explorations aventureuses se renouvelle chez le fils par l’appât d’un gain immense. Bartholomeu Buenno s’enfonce dans le désert ; il se met en quête de la nation goya; mais, pendant trois ans, il la cherche en vain, et cependant il lui a fallu souffrir des fatigues inouïes ; il lui a fallu endurer toutes les misères du désert. Au bout de ce temps, il arrive à Saint-Paul, ayant cherché inutilement le pays enchanté; et ce qu’il y a de. pis , c’est qu’il a perdu la plus grande partie de son monde.
Si l’on fait attention que Bartholomeu Buenno n’avait pas moins de cinquante ans alors, et qu’une quarantaine d’années s’étaient écoulées depuis qu’il avait accompagné son père, on sera moins surpris du peu de succès de sa course aventureuse. C’était un homme d’une probité reconnue, dit la chronique. Le gouverneur n’hésita pas à l’envoyer de nouveau dans le sertâo; et , cnose merveilleuse , cette fois , après avoir surmonté des obstacles plus grands peut-être que ceux qu’il avait rencontrés dans son premier voyage, il arriva à deux lieues de l’endroit où s’est élevée depuis la capitale. Là, deux vieux Indiens sont faits prisonniers : on les a reconnus comme appartenant à la nation goya; cela suffit au certanista. Interrogés sur l’endroit où ont dû camper jadis les hommes blancs, les deux vieillards s’offrent à servir de guide aux étrangers ; et, au bout de quelques heures, Buenno peut reconnaître les lieux qu’il a visités jadis avec son père. La découverte n’est plus douteuse; les essais que l’on fait sur les lieux prouvent son importance.
Buenno retourne à Saint-Paul; mais c’est cette fois , c’est pour recevoir les félicitations générales , et revenir à la petite colonie avec le titre de capitào mor régent.
Bartnolomeu Buenno, que les Indiens avaient surnommé Anhanga deira , ou le vieux diable, me paraît offrir le type parfait de ces Paulistes rusés et infatigables , auxquels aucun trésor ne restait caché dans le désert. Il n’hésite jamais dans ses résolutions, et il invente chaque jour de nouveaux stratagèmes pour en assurer le succès. Craint-il quelque trahison des Indiens, comme cela arrive presque toujours dans les nouvelles colonies, il va au-devant du danger, aussi fautil convenir qu’une observation bien stricte du droit des gens ne lui sert pas toujours de guide dans sa conduite. Les femmes d’une tribu sont enlevées , et non-seulement les Indiens abandonnent leurs projets de révolte , mais ils indiquent de nouveaux sables aurifères plus abondants que les anciens. Ces richesses lui paraissent-elles insuffisantes; soupçonne -t- il l’existence de mines qu’on lui veut cacher , une ruse plus innocente que la première les lui fait bientôt découvrir. A l’imitation d’un aventurier français, M. de Tissonet, qui voyageait à Samt- Domingue, il se contente de faire brûler un peu de tafia dans un plat d’étain ; et il déclare aux sauvages épouvantés que, s’ils persistent dans leur silence , une flamme bleuâtre, mais dévorante , va bientôt parcourir leurs fleuves, et qu’après les avoir taris , on lui verra incendier les forêts. Il est bon de le dire néanmoins, quels que soient les moyens qu’il emploie, on ne cite pas de sa part d’actes vraiment cruels; et telle est bientôt la réputation acquise par les mines de Goyaz, qu’une foule de Paulistes ne veulent plus s’exposer aux périls de la route qui conduit dans le Mato-Grosso, et viennent se fixer dans la province qui l’avoisine.
Cherté prodigieuse des denrées. L’affluence devint telle au bout de deux ans, qu’une espèce de famine
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se déclara, et que les vivres envoyés de Saint-Paul furent insuffisants. On vit se renouveler alors ce qui a eu lieu, en Amérique, dans tous les pays où les mines sont exploitées. Les colons, qui avaient pris en apparence le chemin le plus lent pour s’enrichir, furent précisément ceux qui marchèrent d’une j manière directe a la fortune. Vers cette (époque, toutes les denrées obtenues par l’agriculture se vendaient, dans l’étendue du mot, au poids de l’or. Un j alqueire de maïs coûtait de six à sept ! octaves en valeur métallique. La même mesure de farine de manioc trouvait des acheteurs à dix octaves. Une vai che laitière, qui arriva une des premières dans ce pays où tant de bestiaux se sont multiplies , coûta deux livres de pépites; un porc se vendit dans la même proportion. Une livre de sucre | était cotée à deux octaves. Il résulta de ! cet état de choses que les commerçants et les agriculteurs eurent bientôt à' leur disposition des capitaux beaucoup plus considérables que ceux dont pouvaient disposer les mineurs eux-mêmes.
Produits des mines. Comme dans ! tous les pays de mines qui font partie du Brésil , l’or de Goyaz est répandu à la | surface de la terre, et s’obtient par le lavage des terrains aurifères. Selon j Cazal, plusieurs mineurs, frappés de la diminution trop évidente des richesses métalliques de la province, pensent i que les vraies mines sont encore in- 1 tactes, et qu’il suffira, pour les découvrir, de mettre les montagnes en exploitation. C’est une observation, sans aucun doute, qui n’échappera pas à la société anglo-brésilienne fondée depuis peu ; et le pays de Goyaz doit i conquérir de nouveau , en fort peu d’années, son ancienne réputation.
Depuis quelque temps, du reste, la provincede Goyaz attiresingulièrement | l’attention des spéculateurs étrangers.
La beauté des diamants qui se trou- ! vent dans le Rio-Cayapos et le Rio- I Claro , ses cristaux et même ses pierres fines , les mines d’or inexploitées qu’on suppose exister dans ses déserts , l’abondance du minerai de fer, et peutêtre même des autres métaux, tout
fait présumer que des richesses incalculables pourraient être déversées de cette province dans le reste du Brésil.
Cependant, comme dans tous les pays de mines qui appartiennent à l’empire, les prehiiers travaux d’exploitation ont été plus considérables qu’ils ne le sont aujourd’hui. Peut-être seulement la contrebande était - elle moins active qu’elle l’est de nos jours. Ce qu’il y a de certain, c’est que l’impôt connu sous le nom de quint n’a jamais été plus considérable qu’en 1753 ; il se monta à cent soixante - neuf mille quatre - vingts octaves. Il est vrai qu’à cette époque l’or se ramassait encore abondamment à la superficie de la terre , et sans exiger de grands travaux. Dixneuf ans auparavant , lors des grandes découvertes de Manoel Rodrigues, on trouva, entre autres richesses, un lingot qui pesait quarante-trois livres portugaises de seize onces, et qui fut offert en présent à don Joâo V. Il disparut du cabinet d’histoire naturelle de Lisbonne lors de l’entrée des Français. Depuis, d’autres découvertes importantes du même genre ont été fai tes ; mais les habitants n’en ont pas moins senti la nécessité de se livrer à l’agriculture , et surtout à l’éducation des bestiaux.
Quand on pense à l’immensité de ce territoire, à sa faible population, aux communications que peuvent ouvrir l’Araguaya, le Piloens, le Rio-Claro et le Cayapos , on n’hésite pas à reconnaître que cette immense province devrait être , avec Mato-Grosso , le but des expéditions coloniales que méditent la plupart des États européens.
Il suffirait peut-être, pour les rendre avantageuses, de s’entendre avec le
Description du pays. Goyaz est peu montueux ; la face du pays est cependant inégale. Quelques grandes forêts vierges s’élèvent sur les rives des fleuves ; mais , en général , la plus grande partie de la province est couverte de cette végétation peu élevée , que l’on désigne sous le nom de caras quenos et de caiingas , et qui caracté-
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rise si bien diverses portions du sertao de Minas.
Pasteurs. La facilité que présente le territoire de Goyaz pour l’éducation des bêtes à cornes est cause de la direction particulière que prennent les habitants , dans la portion voisine de Minas surtout. Ils sont vaqueiros , et leur industrie principale consiste à enlacer un bœuf, ou à réunir de temps à autre dans le coral les immenses troupeaux du désert , afin de les marquer de l’empreinte qui doit les faire reconnaître. Ils doivent également donner quelques soins, mais dans les enclos , aux vaches qui viennent de mettre bas.
Les pasteurs de Goyaz ne sont pas moins célèbres par leur habileté que les autres habitants du sertao ; et ce que nous savons de leurs coutumes et de leurs habitudes prouve assez qu’ils ne leur sont point inférieurs en courage. On doit aisément se figurer ce que peut être , sous le rapport moral et intellectuel, cette population d’une province si reculée, qu’on la considère, au Brésil même, comme un immense désert.
Une seule phrase du voyageur le plus exact qui ait écrit sur l’intérieur du Brésil fera comprendre suffisamment de quels efforts bienveillants de la part du gouvernement brésilien les habitants de Goyaz ont besoin aujourd’hui. « Il est dans cette province , dit M. Auguste de Saint-Hilaire, des descendants de Portugais , qui , réfugiés dans les déserts , y perdent jusqu’aux éléments de la civilisation, les idées religieuses, l’habitude de contracter des unions légitimes , la connaissance de la monnaie et l’usage du sel. » C’est bien de ces hommes dont on peut répéter ce que dit le savant écrivain à propos du sertao de Minas : « J’ai vu une grossière incrédulité se glisser jusque dans le désert; si l’on n’y prend garde , elle achèvera d’abrutir des hommes qui ont un si grand besoin de morale et de civilisation, et ils finiront par tomber dans un état pire que celui des Indiens. »
Il y aurait néanmoins peu d’exactitude à appliquer ce portrait , dont plu-
sieurs autres écrivains reconnaissent la fidélité, aux bourgades. Quelques efforts ont été faits pour répandre l’instruction dans la capitale , qui offre une population fort différente de celle dont nous avons essayé défaire comprendre les habitudes errantes et les mœurs agrestes.
Capitale du pays Goyaz. Villa Boa, connue jadis sous le nom d’Arrayal de Santa-Anna , gît par les 16° 20' de latitude australe, et le 329° 10' 30" de longitude du méridien de l’île de Fer; elle se trouve placée par consé-
?[uent au centre de l’empire. Elle fut ondée en 1739; c’est la résidence du ouverneur et d’un évêque inpartîbus, e même que celle de l’ouvidor de la comarca. Elle est située dans un lieu bas, sur les bords du Rio-Vermelho, qui la divise en deux faubourgs à peu près égaux. Ses édifices sont grands , mais ils n’ont ni élégance ni beaucoup de solidité; outre la cathédrale, il y a cinq églises. Il y a une fonderie pour l’or.
On remarque à Villa Boa une promenade publique ; ce qui n’existe pas dans toutes les villes de l’intérieur du Brésil. La population entière est évaluée à huit mille habitants.
En 1818, précisément à l’époque où Mato-Grosso et Villa Real de Cuayba étaient élevés à cette dignité, on conférait le titre de cidade à Villa Boa.
Outre San-Joao das duas Barras, qui est le chef-lieu d’une comarca, il y a dans le pays de Goyaz une vingtaine de bourgades ou de villas. Mais, après la capitale, Meia-Ponte est l’établissement le plus considérable du pays; c’est une villa fondée en 1731 , et qui renferme quelques édifices d’utilité publique. Les espèces de caravanes qui viennent de Villa Boa ou de Cuyaba, et qui se dirigent vers Rio, San-Paulet Bahia, font une station à Meia-Ponte, et poursuivent ensuite leur voyage.
Divisions actuelles et divisions naturelles. Depuis un décret de 1809, et nous ne pensons pas que les choses aient changé, toute la province de Goyaz est divisée en deux comarcas : celle de San-Joao das duas Barras , dont San-Joao da Palma est
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îe chef-lieu, et celle de Villa Boa, qui dépend de la capitale. Ceci , comme le dit un habile géographe, est proprement la division civile. Pour se former une idée de la grande division naturelle que présente le pays , il faut tirer une ligne partant de l’embouchure du Paranahyba, et suivant son lit jusqu’au confluent du Rio-Anicuns; ensuite , et en remontant le Rio dos Bois jusqu’à sa naissance, on coupera le Rio das Pedras, et on le prolongera jusqu’au Rio das Aimas, qui continue son cours avec le Maranham et le Tucantins. Alors on aura deux portions territoriales, divisées un peu inégalement il est vrai , (celle de l’est et celle du couchant), mais que l’on admet déjà dans quelques descriptions. Quoique la partie occidentale soit plus considérable, ces divisions pourront être subdivisées elles-mêmes en trois grands districts. La partie orientale comprendra les pays du Rio das Velhas, du Parannan et du Tocantins ; la partie occidentale aura en partage Goyaz, Cayapoina et la Nova-Beira. On pense qu’un jour la politique intérieure adoptera ce projet soumis à l’administra- ; tion.
Minas-Geraes. En 1573, nous le rappelons ici , à peu près vers l’époque où les Aymorès portaient la désolation dans tous les établissements du littoral , et où on ignorait encore quelles étaient les nations qui existaient dans les vastes forêts dont on ne connaissait que la lisière, un homme d’une rare intrépidité, Sebastiào Fernandez Tourinho, partit de Porto- ; Seguro. Il osa remonter le Rio-Doce, visita quelques régions de l’intérieur, et gagna enfin le Jiquitinhonha , par lequel il descendit vers l’Océan (*). Dès le jour où ce voyage étonnant se trouva accompli , le pays de Minas fut découvert ; mais cela ne veut pas dire que l’existence de ses immenses richesses j métalliques fut seulement soupçonnée.
En ces temps aventureux, un prei mier voyage était toujours le signal de . plusieurs autres expéditions : on vou-
(*) Prononcez Jiquouitignogna.
lait voir les déserts qu’un autre avait parcourus ; et il faut convenir que les lieux habités par les Européens n’en différaient pas assez essentiellement pour qu’on redoutât beaucoup de semblables incursions. Fernandez Tourinho avait, dit-on, découvert une mine d’émeraude. Dès le seizième siècle, un autre aventurier, Antonio Dias Adorno, résolut d’aller s’assurer de ce fait important : il rassembla cent cinquante blancs et quatre cents Indiens, remonta le Rio-Cricaré , et s’en revint sur le bord de la mer, par le chemin qu’avait suivi son prédécesseur. Plus tard, un certain Marcos d’Azevedo l’imita, et il pénétra jusqu’à lalagoa Vupabassu, dans ce pays que les Indiens nommaient le Grand Lac , espèce de terre enchantée qu’on a vainement cherchée depuis , et qu’on suppose être située dans la partie occidentale de Porto-Seguro. Ajoutons quelques faits. Ce qui paraît certain dans l’histoire si curieuse des premières explorations, c’est que Marcos d’Àzevedo rapporta réellement des émeraudes et de l’argent, et qu’il périt dans une prison pour s’être refusé à faire connaître les lieux qui renfermaient de telles richesses. Quelques années plus tard, un homme d’une prodigieuse énergie , Fernando Dias Paes, obtenait la permission de faire des recherches à ses frais ; et , malgré son âge avancé, il explorait la plus grande partie de cette vaste contrée , il y traçait les premiers chemins. Puis, abandonné par les siens au milieu des grandes forêts, il y périssait à 80 ans, sans avoir découvert les richesses qu’il y cherchait , mais ayant plus fait pour les Brésiliens , par son infatigable courage, que ceux, peut-être , qui devaient recueillir le fruit de ses immenses travaux (*).
(*) Nous avons essayé de faire coïncider ici deux récits différents, adoptés cependant tour à tour par des écrivains dignes de confiance : Southey et Pizarro admettent l’expédition d’Azevedo comme étant la première ; Ayres de Gazai n’en dit qu’un mot, et il fait honneur du premier voyage à Tourinho. On peut fort bien supposer que
L’UIN I VERS.
A cette époque , les riches émeraudes du Pérou étaient, parmi les trésors de l’Amérique du Sud, ce qui préoccupait les esprits. Tous les aventuriers qui se mettaient en marche dans le désert, s’en allaient à la recherche de la serra das esmer aidas ; c’était comme cette pierre de promission que cherchaient les philosophes hermétiques, qu’on ne voyait jamais, et qui faisait accomplir néanmoins en chimie les plus étonnantes découvertes. On ne retrouva pas les mines d’émeraudes, en quête desquelles on s’était mis en courant tant de risques. Mais en 1693, un Pauliste de Thaubaté, Antonio Rodriguez, pénétra dans le sertào de Cuyaté avec cinquante hommes ; et, bien qu’on ignore quel était son projet en s’avançant si loin dans le désert, on sait qu’il gagna l’Océan après avoir traversé la capitainerie de Porto-Seguro , et qu’il présenta à la chambre municipale de cette ville trois octaves de poudre d’or :
c’étaient les premières valeurs métalliques qui attestassent la richesse du désert, ou, si on l’aime mieux, de ce vaste pays intérieur, auquel on n’avait pas encore imposé un nom.
Peu de temps après avoir accompli sa découverte, Antonio Rodriguez mourut dans son pays ; mais il avait un parent auquel il pouvait léguer sans crainte ses renseignements, et par conséquent l’accomplissement de ses projets. Ce successeur, c’était le père du célèbre Bartholomeu Buenno, que ses excursions lointaines et ses entreprises audacieuses avaient réduit, diton , à la pauvreté. Aussitôt son cousin mort, et se sentant muni d’excellentes instructions, le hardi Pauliste se mit en marche, accompagné seulement de quelques aventuriers qu’il était parvenu à réunir. Ceci se passait en 1694.
Un vague récit des richesses du sertao circulait sans doute habituellement dès cette époque à Saint-Paul ; car, tandis que notre chef de bandeira était
les deux voyages ont été entrepris à deux époques qui ne seraient pas extrêmement éloignées l’une de l’autre.
déjà dans les forêts, le capitaine Manuel Garcia, accompagné du colonel Salvador Fernandez et de quelques bandeirantes, prenait la résolution d’entreprendre les mêmes recherches.
Il rencontra Buenno et sa troupe dans la montagne d’Itaberava, à huit lieues au sud de Villa Rica, et il revint le premier dans son pays, après avoir recueilli huit octaves d’or seulement.
Cette dernière découverte néanmoins détermina le gouvernement à établir par anticipation une fonderie à Villa de Thaubaté, en raison probablement de l’espoir qu’inspiraient les découvertes à venir. Ce qu’il y a de certain, c’est qu’à partir de cette époque , une prodigieuse impulsion se fait sentir parmi les cerlanistas , et qu’elle entraîne au pays des mines tous les hommes doués de quelque énergie. Ce ne sont plus des esclaves, des hordes indiennes qu’ils vont chercher , c’est de l’or, et le pays de Minas est nommé.
Guerres des forasteros et des Paulistes. On ne s’attend pas sans doute à ce que nous fassions ici le récit des expéditions plus ou moins heureuses qui se succédèrent à Minas, des projets plus ou moins gigantesques qui entraînaient vers les portions ignorées du sertao quelques nouveaux aventuriers; nous nous contenterons de dire que, dès 1699, 1700 et 1701 , les mines d 'Ouro-Preto étaient découvertes, et que ces importantes exploitations , mises en pleine activité, furent bientôt suivies d’une foule d’autres
Durant cette première période de l’histoire de Minas , une lutte sanglante commence , et elle a lieu pour la possession exclusive de tant de trésors. Regardés, avec juste raison, comme les premiers explorateurs du pays , les Paulistes s’en croyaient les maîtres ; et en effet les nombreuses caravanes qui se dirigeaient sans cesse vers Saint -Paul, ou qui conduisaient des nouveaux explorateurs dans les mines, se composaient exclusivement d’habitants de Piratininga.
Dans la nouvelle division territoriale qui avait été établie, on regardait les mines comme une simple
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comarca de Saint-Paul. Villa Rica, Mariana, Sabara, Caete, San-.Toüo del Rey , San-Jozé s’élevèrent successive- | ment, et ils eurent des Pauîistes pour fondateurs. Un jour cependant, on vit arriver, des campagnes qu’arrosent le Rio-Preto et le Paranyba , de nouveaux bandeirantes qui prétendaient exploiter à leur tour ce riche territoire.
Conduits par un Européen d’une sini gulière énergie, les forasteros (les il étrangers), c’est le nom qu’on leur donna d’abord , eurent à lutter contre les prétentions de ceux qui les avaient précédés. Us se contentèrent d’abord de répondre par une dénomination | ironique aux termes dédaigneux dont on se servait en les interpellant; et l’épithète d'embuabas, qui répond à peu près au surnom de bas de cuir , dont un romancier moderne a créé le type avec tant de bonheur, la dénomination d’embuabas, disons-nous, servit à désigner parmi eux les Pauîistes. Deux n partis se formèrent cependant. Les forasteros et leurs rivaux en vinrent j aux mains, et le fleuve sur lequel se livra la bataille mérita deux fois le sur- :j! nom de Rio das Mortes qu’il a toujours H conservé depuis (*).
Ce fut le chef des forasteros , Mail noel Nunez Viana, qui remporta la victoire. Les Pauîistes furent mis en fuite, et le titre de gouverneur de la province fut pris par celui qui en avait chassé les premiers explorateurs. Sa prospérité fut de courte durée. Après avoir résisté au capitaine général de Rio de Janeiro , don Fernandez Martins Mascarenhas, qui marcha contre lui , et qui fut contraint de se retirer, il trouva dans le gouverneur de San- Salvador un homme énergique et habile, qui mit fin à la lutte. Après bien
(*) Un écrivain qui recherche curieuse- | ment les origines pense que le Rio das Mortes avait déjà reçu le nom qu’il porte,
| à la suite d’un combat livré aux Indiens,
[ qui laissèrent beaucoup de monde sur le | champ de bataille. Bcauchamp , dont, il est vrai , on ne peut guère invoquer le témoij gnage , pense que le nom de Rio das Mortes . ne fut imposé au fleuve qu’à l’issue de la grande bataille.
des efforts, Antonio d’Albuquerque parvint à pacifier le pays des Mines.
Les rebelles obtinrent néanmoins leur pardon, et ils contribuèrent à augmenter la population de cette capitai- . nerie encore déserte. Viana , qui s’était vu un moment le maître absolu du plus riche territoire de ces contrées, fut jeté dans les prisons de Bahia , et ce fut là qu’il mourut.
Minas reconnu comme capitainerie. On commençait à comprendre l’importance dont pouvait être ce pays fertile pour la métropole. Ce ne fut toutefois qu’en 1721 qu’il forma une capitainerie à part. Don Lourenço d’Almeïda fut son premier capitaine général.
Troubles a Minas. Mais le temps des courses aventureuses était passé , les mines étaient en pleine exploitation. Les habitants , que l’on connaissait dès cette époque sous le nom de Mineiros, payaient loyalement au roi la cinquième partie ou le quint des trésors qu’ils découvraient. De temps à autre , de nouvelles mines étaient ouvertes , d’anciens lavages étaient abandonnés, des villas s’élevaient, de grandes cultures commençaient même à se former aux lieux où l’on ne pouvait plus se livrer uniquement au lavage des sables aurifères ; les capitaines généraux gouvernaient paisiblement une population qui grandissait peu à peu, et dont nul événement politique ne venait troubler l’heureuse tranquillité. Qui croirait que la révolution française dût avoir quelque retentissement dans ces régions éloignées. En 1793, ce besoin vague d’indépendance , qui s’est manifesté depuis parmi toutes les populations du nouveau monde, se faisait sentir à Minas-Geraes, et excitait au plus haut degré les craintes du gouvernement.
Avant la fin du dix-huitième siècle , on buvait déjà dans un festin à la liberté future du Brésil; et, si le chef d’un prétendu complot payait de sa tête quelques paroles généreuses mais prématurées , si un poète rempli de charme mourait dans l’exil pour avoir partagé ses vœux, c’est peut-être de ce
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temps qu’on a surnommé VinconficLencia (*) dus Minas, qu’il faudra dater un jour pour ce pays l’aurore de sa liberté.
Depuis cette époque mémorable, dont le souvenir dure encore à Minas, nul événement de quelque importance politique ne vint troubler la tranquillité de l’intérieur jusqu’en l’année 1820.
Séparé du littoral par des campagnes encore désertes, beaucoup moins en contact que Rio de Janeiro, San-Salvador et Pernambuco , avec certains éléments politiques, on aurait pu supposer que le pays de Minas, apres avoir pris part au mouvement d’indépendance générale, rentrerait dans son état de tranquillité habituelle; il n’en fut pas ainsi, et il y eut un moment où cette belle province fut sur le point de séparer ses intérêts de ceux du reste de l’empire. G race à l’activité prodigieuse que don Pedro développa dans cette circonstance, ce mouvement partiel se trouva immédiatement réprimé. Aujourd’hui , forte des principes d’une administration plus rationnelle, heureuse d’avoir conquis l’abolition de certains droits, ou tout au moins de les avoir vu modifier, la belle province de Minas sent en elle-même d’immenses éléments de prospérité, et elle' les met à profit. Ses intérêts particuliers d’ailleurs ne sauraient être mieux représentés qu’ils ne le sont à la chambre législative. Le député qu’on a surnommé l’Adams et le Franklin du Brésil, Vasconcellos , porte la parole en son nom , et défend ses prérogatives.
Situation actuelle du pays. CA- RACTÈRE DES MlNEIROS. ISSUS pour la plupart de ces anciens Paulistes si renommés par leur courage, moins mélangés en général avec la race noire que la plupart des populations du lit-
(*) On imposa ce nom d ' inconfidencia en raison des soupçons qu’excitèrent alors à Rio et dans la métropole les idées des Mineiros, chez lesquels on put reconnaître dès celte époque la transmission de certaines idées indépendantes qu’ils avaient reçues des Paulistes.
toraî, soumis à un climat plus tempéré que celui du bord de la mer, favorisés par l’abondance du sol et par la richesse de ses productions, les Mineiros forment pour ainsi dire une population à part dans la population brésilienne. Non-seulement elle se distingue par sa sagacité naturelle, par sa franchise, par ses habitudes d’hospitalité, mais, aprèsRiode Janeiro, nulle contrée dans ce vaste empire ne présente réunis, mieux que Minas, tant d’élémentspropres àdévelopper un mouvement industriel favorable, et cela grâce à un sens droit, à une perspicacité peu commune. Les lavages d’or sont abandonnés aujourd’hui à l’industrie étrangère ; mais l’agriculture nationale fait, ait- on, quelques progrès. Le contact avec les étrangers qui accourent de toutes parts dans l’intérieur, ne peut manquer d'avoir d’excellents résultats, et l’établissement spontané des mines de fer signale , sans aucun doute, une ère nouvelle pour l’amélioration de certains arts. Toutefois, si une plus favorable situation matérielle influe comparativement sur le moral des Mineiros, si d’heureuses dispositions naturelles ont suppléé jusqu’à présent au manque d’efforts vraiment actifs, il reste aujourd’hui encore bien des progrès à faire, bien des abus à extirper. Le voyageur qui a visité cette province avec le plus de fruit pour les étrangers et pour les nationaux euxmêmes, celui qui a mis dans ses remarques tout à la fois le plus de tolérance affectueuse et de sérieuses observations, M. de Saint-Hilaire, se plaint amèrement d’un relâchement extrême dans la conduite du clergé, et, par contre-coup peut-être , dans celle de la population. Selon lui, on est devenu indifférent sur les devoirs les plus essentiels : les fautes contre les mœurs sont à peine aujourd’hui des fautes.
La religion est restée sans morale , et l’on n’a conservé d’elle que les pratiques extérieures (*). Spix et Martius,
(*) Voyage au Rrésil, t. I, p. 179 de la première relation. Nous aimons d’autant mieux invoquer dans ces sortes de matières
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Walsh même, ne se montrent pas moins sévères ; et , tout en regardant les Mineiros comme appelés à jouer un rôle important dans l’empire, ils sont frappés du degré d’ignorance, de l’insouciant abandon, disons plus, de la corruption générale qui gâte leurs pius belles qualités. Quant à nous , à qui les bornes de ce livre ne permettent pas de traiter avec toute l’étendue qu’elles le mériteraient, de semblables questions, nous nous contenterons de les signaler au moraliste et à l’historien ; et nous allons nous hâter d’étudier la situation matérielle du pays, afin de reconnaître, s’il se peut , dans son état actuel, les causes futures de sa prospérité.
Description géographique de la province. La province de Minas-
le témoignage de l’auteur que nous citons ici, que ses opinions morales et religieuses ne sauraient être l’objet d’un doute lorsqu’it parle du clergé brésilien ; il est évident que ses expressions s’adressent aux hommes et non au ministère. Non-seulement à Minas, mais encore dans toute l’étendue de l’empire , la réforme morale ne pourra s’opérer pendant longtemps que par le concours du clergé. Mais qu’attendre sous ce rapport d’un pays dont on peut dire : « Être prêtre , c’est une sorte de métier, et les ecclésiastiques euxmêmes trouvent tout naturel de considérer ainsi le sacerdoce dont ils sont revêtus. » Après avoir rappelé les efforts d’un ancien évêque de Mariana pour établir la pureté du culte et pour multiplier les moyens d’instruction, le même écrivain ajoute que sans doute les éléments d’une utile réforme ne sont pas tout à fait anéantis , mais qu’il faudrait , pour amener cette réforme complète , du temps et une extrême prudence. « Aucun peuple n’a plus de penchant que les Mineiros à devenir religieux , continue M. de Saint-Hilaire , et même à l’être sans fanatisme. Tout à la fois spirituels et réfléchis , ils sont naturellement portés aux pensées graves. Leur vie , peu occupée , favorise encore cette propension , et leur caractère aimant les dispose à une piété douce. En général les Mineiros ont été heureusement doués par la Providence; qu’on leur donne de bonnes institutions, et l’on pourra tout attendre d’eux. * ( loc . cit.)
Geraes présente à peu près la forme d’un carré; elle est située entre les 1 8e et 23e degrés 27' de latitude sud , et entre les 328e et 336e degrés de longitude. On lui donne cent douze lieues brésiliennes du nord au sud, sur environ quatre-vingts de largeur de l’est à l’ouest. Au nord , elle confine avec les provinces de Bahia et de Pernambuco; au levant, le pays d’Espirito- Santo forme ses limites, et lui permet de communiquer avec la côte orientale ; au sud, Rio de Janeiro et Saint-Paul présentent encore un débouché poqr ses productions, et enfin , vers l’occident, elle s’unit avec la province si peu connue de Goyaz. Comme le dit Ayres de Cazal, auquel nous n’empruntons pas ici néanmoins tous nos renseignements géographiques , aucune province ne présente des eaux d’irrigation aussi abondantes. Une grande partie des rivières qui arrosent Minas- Geraes prennent naissance dans la la chaîne da Mantiqueira, puis elles vont grossir l’Océan par quatre canaux naturels : le Rio-Doce et le Jiquitinhonha qui reçoivent plusieurs affluents , et vont se perdre sur la côte orientale ; le Rio San- Francisco qui coule au nord , et enfin le Rio-Grande qu’on voit se diriger vers l’occident. Il y a peu d’années encore, les quatre grands fleuves arrosaient autant de comarcas séparées. Aujourd’hui on en compte cinq; ce sont Rio das Mortes et Villa Rica vers le sud; à l’est, le Serro do Frio; au centre, Sabara; et enfin, à l’ouest, Paracatu.
Population. Production. Agriculture. Après ces données géographiques assez arides, mais indispensables, nous le dirons volontiers avec un savant voyageur : « S’il existe un pays qui jamais puisse se passer du reste au monde, ce sera certainement la province des Mines. » Nous ajouterons cependant avec M. de Saint- Hilaire, que, pour parvenir à cet heureux résultat, il faudra nécessairement « que ses ressources innombrables soient mises à profit par une population moins faible. » Elle ne comptait, il y a quelques années, vers 1817,
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guère que six cent mille habitants.
Mais il était prouvé aussi qu’elle avait presque doublé dans l’espace des quarante-quatre dernières années.
On l’a dit avec raison: « la province de Minas-Geraes n’est pas riche seulement de ses métaux et des diamants, elle l’est encore de ses gras pâturages, de ses belles forêts et de son territoire fertile, qui, suivant les lieux et les hauteurs, peut produire la vigne, le sucre et le café, le chanvre et le coton, le manioc, le froment et le seigle, la mangue, la pêche, la figue et la banane. »
Rien n’est plus varié , comme on le voit par cette seule phrase , que l’agriculture de la belle province dont nous avons réservé la description pour clore cette notice. Cependant ne craignons pas de le dire, un vice radical et profond s’oppose encore chez les Mineiros aux progrès de cet art , le plus indispensable de tous , et il a produit pour l’avenir les résultats les plus déplorables. Comme dans le reste du Brésil, les plantations nouvelles se font toujours aux dépens des forêts ; les cendres des nouveaux défrichés sont le seul moyen que l’on emploie pour fertiliser la terre : l’usage des engrais est à peu près inconnu. 11 résulte de cette manière de procéder, que dans quelques districts la pénurie des bois se fait vivement sentir , et que , lorsque la terre a été épuisée par quelques moissons, il faut abattre de nouvelles forêts.
Prix des terres. Une lieue carrée de terrain sur les bords du San-Francisco ne vaut que 100,000 ou 200,000 reis, 625 ou 1,250 fr.; un quart de lieue de bonne terre, situé dans certains cantons de Minas, se vendait, il y a dix ans, 500,000 reis, 3,125 fr.
Ces prix augmentaient , on le suppose bien , dans les endroits très-fertiles ou très-peuplés au bord de la mer. Nous regrettons de ne pas avoir pu rassembler de plus nombreux documents sur cet objet; mais nous croyons faire plaisir au lecteur en citant une note de M. de Saint-Hilaire, où ce voyageur compare les prix des terres de l’inté-
rieur avec ceux de quelques-unes de nos terres en France. « On peut évaluer à 60 fr. l’hectare des plus mauvaises terres de la Sologne , pays renommé par sa stérilité; par conséquent, il suffirait de cinquante-deux hectares de pes terres pour acquérir un quart de lieue carrée à Salgado , le pays le plus cultivé peut-être de la province des Mines; et pour ces cinquante-deux hectares on aurait environ de trois à cinq lieues carrées sur les bords du San-Francisco. En vendant un seul arpent des bonnes terres de la Beauce, évalué à environ 1,200 fr. , on pourrait devenir propriétaire d’une ou deux lieues sur les bords du San-Francisco.
Enfin l’on acquerrait plus de deux à quatre lieues sur le même fleuve , avec un hectare planté en muscat dans le canton de Lunel ou celui de Frontignan. »
Cessions de terrains. Pour encourager la culture des parties désertes , le gouvernement accorde une exemption d’impôt à ceux qui entrent dans les forêts afin d’y former des défrichés. Jadis la terre était au premier occupant : « Plus d’une fois le premier qui a voulu former quelque établissement, est monté, m’a-t-on dit, sur une colline, rapporte M. de Saint- Hilaire. Il s’est écrié : La terre que je découvre m’appartient ! et ces propriétés gigantesques ont été en quelque sorte consacrées par le temps. » On appelle sesmaria, du mot sesmar , partager, les terres qui n’ont point de propriétaires , et que le gouvernement peut concéder à qui bon lui semble.
On n’accorde plus guère à la fois qu’une étendue de terrain d’une demi-lieue de longueur, surtout dans les Mines; mais il y a des sesmarias infiniment plus considérables. Les frais indispensables pour les obtenir peuvent s’élever à 100,000 reis, 625 fr. On doit commencer la culture d’une sesmaria qu’on a obtenue, dans l’année même où elle a été concédée ; sinon elle retourne au ouvernement. Il ne faut pas croire, it le voyageur déjà cité, que la possession d’une sesmaria donne d’autres droits que celui de la cultiver ; pour
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pouvoir tirer l’or de la terre, il est nécessaire d’obtenir un titre particulier que délivre l’officier public désigné sous le nom de guarda-mor . On pouvait naguère," et l’on peut peut-être encore obtenir de ces permissions pour chercher des métaux précieux sur le terrain cultivé par un autre. Le cultivateur doit être indemnisé.
L’étendue de terrain cédée par le guarda-mor porte le nom de data ; cet officier civil accorde la date sur une simple requête , et le titre qu’il délivre n’a pas besoin d’être confirmé par le gouvernement.
Obstacles qui s’opposent aux progrès de l’agriculture. Ces obstacles sont faciles à détruire , puisqu’ils viennent surtout de l’exubérance de la végétation ou de certains préjugés dont l’ expérience finira par triompher.
Au premier rang, il faut mettre cette idée si fausse, et qui a exercé une influence si déplorable en Europe , que la terre a besoin de repos. En général, les cultivateurs brésiliens ‘imaginent que la cendre des bois vierges est le seul engrais convenable ; qu’après cinq à six récoltes , la terre la plus fertile' est épuisée, et ils vont brûler de nouveaux bois pour obtenir de nouvelles moissons. On parviendra aussi trèsdifficiiement à introduire l’usage de nouveaux instruments aratoires. Dans beaucoup de terrains de l’intérieur, un nouvel obstacle est venu depuis une cinquantaine d’années s’opposer aux progrès de l’agriculture : une graminée , désignée sous le nom de capim gordura ( tristegis glutinosa) , envahit d’immenses portions de terrain , et s’oppose en apparence à toute culture ; cependant M. de Saint-Hilaire a prouvé, par des exemples certains, qu’un peu d’activité ou de persévérance pouvait vaincre cet obstacle. La capim gordura ne peut malheureusement pas être employée comme fourrage ; elle engraisse les bestiaux , mais elle les affaiblit. On pense que c’est un religieux , nommé Frey Luiz, qui l’introduisit dans les Mines avec l’intention d'être utile à ses compatriotes ; d’autres personnes affirment qu’un muletier, qui
en avait chargé momentanément ses bêtes de somme sur le bord de mer , l’a ensuite répandue dans l’intérieur , où son incroyable multiplication est devenue un véritable fléau. Au nombre des obstacles qui s’opposent à la prospérité de l’agriculture , on peut, dans certains cantons, compter les fourmis, comme on compte les sauterelles au Paraguay, et leur mode de destruction pourrait devenir l’objet de quelques recherches du plus haut intérêt.
Législation des mines. Ce fut en 1G95 que les Paulistes envoyèrent au roi don Pedro II les premiers échantillons de minerais d’or trouvés à Minas-Geraes ; il ne paraît pas qu’à cette époque on ait donné d’autre soin à l’extraction du métal, que de nommer un provedor du quint (directeur de l’impôt). L’exploitation fut laissée libre aux explorateurs. Ce fut six ans après qu’on forma une administration, et qu’on ouvrit des routes , afin que l’impôt fût plus complètement payé à la couronne. Déjà, en 1713, la population s’était engagée à payer au fisc royal un impôt annuel de 30 arrobas d’or. Ce règlement fut en vigueur jusqu’en 1716. La population de Minas s’étant singulièrement accrue, il fut décidé, en 1719, qu’une fonderie royale serait établie pour que tout l’or trouvé à Minas y fût fondu , et qu’on prélevât exactement le quint. En 1735, un gouverneur changea la forme de l’impôt, et établit la capitation; ce qui amenait infailliblement la ruine de tous ceux qui ne recueillaient pas d’or. Cette capitation ne fut abolie qu’en 1751. M. d’Eschwege admet, comme cause de décadence, deux points principaux, savoir : l’abandon illimité aux habitants des mines d’or, sans inspection de leurs travaux; puis, l’absence absolue de lois sur ces mines.
Le quint royal monta pour l’or, à Minas-Geraes, jusqu’à 118 arrobas, et cela en 1753. Malgré l’augmentation de la population , ce rapport a été tellement en diminuant, que, vers 1815, les mines ne rendaient au gouvernement guère plus de 20 arrobas-
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Du reste, la législation des mines est trop compliquée pour recevoir ici tous les éclaircissements nécessaires.
PROCÉDÉS EMPLOYÉS POUR RE- CUEILLIR l’or. Nul voyageur n’a mieux expliqué les divers procédés de minoration adoptés au Brésil que M. Auguste de Saint-Hilaire; nul n’a mieux fait connaître la manière imparfaite dont ils se sont pratiqués de tous temps chez les descendants des colons brésiliens ; c’est donc à lui que nous empruntons les détails que l’on va lire , parce qu’il nous eût été impossible de le résumer sans altérer des faits positifs, et presque partout mal reproduits.
« Ce que les Mineiros entendent le mieux , c’est la manière d’amener l’eau dans les lieux où le lavage de i’or la rend nécessaire. D’ailleurs, l’art d’exploiter les mines n’est chez eux qu’une routine imparfaite et aveugle Sans
prévoyance pour l’avenir, ils jettent dans fes vallées la terre des montagnes ; ils recouvrent avec les débris des lavages des terrains qui n’ont point été encore exploités, et qui eux-mêmes contiennent une grande quantité d’or; ils encombrent le lit des rivières de sable et de cailloux, et souvent ils compromettent l’existence de leurs esclaves.
« On distingue en général au Brésil deux modes principaux de minération, mot qui indique l’exploitation des mines d’or, considérée d’après la nature de leur gisement. Ces deux modes sont la minération des montagnes ( mine raçào de morro ) et la minération de cascalhao {miner açâo de cascalhao ).
Toute minière en exploitation se désigne sous le nom de lavra; et l’on peut distinguer les lamas d’après leur mode de minération.
« Quand il s’agit de la minération des montagnes, c’est-à-dire, lorsque l’or n’est pas sorti de son gisement naturel ( Eschwege ), les mineurs, dans leur langage , reconnaissent deux sortes de formation : celle de sable { formacao de area) et celle de pierre {formaçâo de pedra) , suivant que le métal précieux se trouve renfermé
dans des matières divisées ou compactes, quelle que soit d’ailleurs la nature de ces matières.
« L’or se rencontre , soit à la surface, soit dans l’intérieur des mornes, tantôt en poudre, en grains ou en paillettes , tantôt en lames peu épaisses et plus ou moins grandes , très-rarement en morceaux d’un volume considérable ; For est ou disséminé dans sa matrice , ou disposé en veines ou filons. Cette matrice est très-ordinairement du fer, et la poudre fine à laquelle celui-ci se trouve souvent réduit porte le nom d ’esmeril. Les veines ou filons reposent sur un lit appelé piçarra , qui quelquefois contient lui-mêîne une poudre d’or extrêmement fine aisément emportée par l’eau.
« Deux méthodes sont mises en usage pour extraire des montagnes les substances aurifères : l’une, que l’on appelle la minération de talho aberto (travail à ciel ouvert) , consiste à couper les mornes perpendiculairement au sol , jusqu’à ce que l’on arrive à l’or qu’ils contiennent dans leur sein ; ouvrir des galeries, afin de suivre les filons dans l’intérieur des montagnes, constitue la seconde méthode, appelée miner açâo de mina. On pourrait être tenté de faire aux mineurs brésiliens un reproche d’employer le travail à ciel ouvert; mais on doit considérer que, dans certaines localités, le manque de bois ne leur permet pas de creuser des voûtes souterraines , qu’il faudrait, pour la sûreté des travailleurs, soutenir avec des étais.
« Lorsque les matières qui renferment de l’or ont été extraites de la minière , il est nécessaire de les briser avant d’exécuter l’opération du lavage.
J’ai vu employer à cet effet deux procédés différents, dont l’un consiste à faire écraser le minerai par des esclaves armés de masses de fer, et l’autre à le soumettre à des bocards analogues à ceux qui sont en usage chez les Européens.
« Les mineurs se servent de trois outils principaux, l 'alavanca, le cavadeira et Valmocafre. V alavanca est une barre de fer d’environ trois à
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quatre pieds de longueur, terminée d’un côté par un coin, et de l’autre par un pic en pyramide quadrangulaire ; l’extrémité en forme de coin sert à détacher le minerai, et l’autre s’emploie quand il est dur. Le cavadeira est une langue de fer droite, tranchante à l’extrémité, et d’environ trois ou quatre pouces de large ; on en fait usage pour creuser la terre à la partie supérieure des galeries, et la préparer à recevoir les revêtements à mesure qu’on avance dans la mine.
; Enfin on désigne sous le nom d’almo ~
\ cafre une pioche aplatie et courbée,
; dont la largeur diminue de la hase à ! l’extrémité, qui est arrondie ; les mi- ! neurs s’en servent pour rassembler le ; minerai et le mettre dans les sébiles ( carumbé ) destinées à le transporter :
on ne connaît pas la pelle, avec laquelle on se donnerait moins de peine en perdant moins de temps. »
Les grandes exploitations des environs de Villa Rica , le lavage d’un minerai d’or près de la montagne d’Itaco- ! îumi , représentés ici d’après des vues 1 prises sur les lieux mêmes, aideront, mieux que nous ne le pourrions faire |! sans doute, à la complète intelligence i de ces renseignements précieux.
Compagnie anglaise des mines.
' Depuis que le savant voyageur a eu ! occasion d’exposer les procédés si simples que nous venons de citer d’après lui, on peut le dire, une ère nouvelle ! a commencé pour les mines d’or du | Brésil. Grâce à un décret de l’empereur don Pedro, maintenu par le 1 nouveau gouvernement, une compagnie anglo-brésilienne s’est établie à Minas-Geraes pour l’exploitation des sables aurifères. Si l’on s’en rapporte I à quelques voyageurs anglais , rien ne ! serait plus étrange que les contes bizarres qu’on entendit circuler parmi le peuple à l’arrivée de cette compaj gnie. Ne pouvant croire sans doute à la possibilité d’employer des moyens 1 mécaniques plus efficaces que ceux dont on avait fait usage, les bons la- | vradores aimaient mieux attribuer aux nouveaux mineurs un pouvoir surna- I turel , que d’examiner rationnellement
22* livraison. (Brésil.)
leur manière de procéder : les uns crurent un moment que l’optique perfectionnée leur avait rourni les moyens de découvrir les filons métalliques jusque dans les entrailles de la terre ; les autres affirmaient qu’on avait en Europe le pouvoir de transporter en quelques instants les fleuves au sommet des collines, et que tout était simplifié alors dans certaines exploitations réputées impossibles. Ce qu’il y a de certain , c’est que la compagnie s’est établie d’abord à San-Jozé, près du Rio das Mortes , sur un territoire travaillé depuis l’origine des mines, et que , grâce à l’avantage de ses procédés, elle s’est trouvée immédiatement en bénéfice. Aujourd’hui l’établissement principal de la compagnie des mines est à Congo Soco ; et , sous l’administration d’un des plus célèbres voyageurs de cette époque, le capitaine Lyons , il marche vers un tel état de prospérité, que l’on peut prévoir un changement complet dans le système d'exploitation adopté même par les nationaux.
Congo Soco. C’est à environ quarante lieues au nord de Villa Rica que l’on rencontre le district de Congo Soco, destiné à devenirplus célèbre peut-être qu’aucun des établissements fondés jadis à Minas-Geraes. Il est situé dans une belle vallée, pouvant avoir quatre milles de long et deux de large. Sur un des côtés se développe une chaîne de collines aurifères couvertes de forêts; de l’autre, ce sont encore des collines, des vallées et des pâturages. Dans le lointain , on aperçoit des montagnes plus élevées, qui semblent l’entourer d’une barrière circulaire. Au centre de la vallée coule un ruisseau. C’est seulement dans le sol que baigne ce torrent qu’on s’avisa primitivement de chercher de l’or : les rives de ce cours d’eau portent les traces d’anciennes exploitations.
Il paraît que le premier mineur qui s’établit dans ce district fut un Portugais nommé Bethencourt. Il commença, vers l’année 1740, à creuser le sol de ses propres mains ; en peu de temps il amassa une fortune considé-
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rable , qu’il laissa à son neveu , Manoel Camara. Celui-ci transmit sa propriété à ses enfants : mais, par des habitudes d’indolence et de dissipation fort communes aux Mineiros, Congo Soco cessa d’être productif entre leurs mains ; si bien que la propriété entière fut achetée, il y a vingt-cinq ans environ, par un capitào mor, nommé José Alvez, qui ne la paya que la très-modique somme de neuf mille cruzades.
Le nouveau propriétaire était plus actif et surtout plus industrieux que ses prédécesseurs. A la première inspection , il lui parut probable que l’on n’avait pas été encore à la source réelle des richesses , que le bruit public disait épuisées. Il chercha à la hase des collines, et un jour, après diverses perquisitions, il trouva un gros fragment d’or enchâssé dans une pierre micacée ferrugineuse. Dès cet instant, il acquit la pleine certitude que ses prévisions ne l’avaient point trompé; et, dans ce district même, en déblayant la surface, il découvrit une grande quantité de riche minerai.
La colline fut mise en exploitation; et telle fut l’abondance des produits, qu’un village se forma immédiatement sur l’emplacement désert de Congo Soco. Il ne se composa d’abord que de pauvres gens qui venaient laver le minerai rejeté par le propriétaire ; ils y trouvaient encore un profit raisonnable, si bien que l’établissement présenta bientôt un aspect de réelle prospérité.
En 18 18, les travaux commencèrent à être poussés d’après un système mieux entendu ; les produits arrivèrent à un chiffre jusqu’alors imprévu; si bien que l’on affirme qu’en 1824 le capitaine Jozé Alvez ne recueillit pas moins de 480 livres d’or. La compagnie impériale des mines du Brésil , formée en Angleterre, entendit nécessairement parler des magnifiques résultats de cette exploitation. En conséquence, elle n’hésita pas à envoyer M. Edward Oxenford avec plusieurs mineurs habiles pour les examiner. Ceci se passait en 1825. et le rapport fut des plus favorables ; on put même y consigner
que les mines de Congo Soco avaient été exploitées avec plus d’habileté qu’on n’en met d’ordinaire dans les travaux de minération au Brésil. Outre cela, les expériences faites en présence de M. Tregoning, excellent mineur pratique, avaient donné des résultats plus surprenants peut-être qu’on n’eût osé d’abord l’espérer. Il n’en fallut pas davantage pour provoquer une décision.
Ainsi que nous venons de le dire, les personnes déléguées par la compagnie ayant été à même de faire leur rapport , et cela d’après un examen de visu , des propositions furent faites sur-le-champ au propriétaire. Les prétentions du capitaine Alvez parurent un peu exagérées ; car il ne demandait pas moins de quatre-vingt-dix mille livres sterling, ou, si on l’aime mieux, un million de cruzades. Après quelques débats , on conclut enfin à soixante-dix mille livres sterling. Une pétition fut alors présentée à l’empereur pour qu’il sanctionnât de nouveau, par son agrément, la licence obtenue en 1824. Ce fut à cette époque que la compagnie prit le titre à' Association impériale des mines du Brésil.
Éboulement immense. Tradition
DES MINEURS. PROFITS DE LA COMPA- GNIE ANGLAISE. LE MÉTAL SAUVA- GE. La nouvelle société ne s’en est pas tenue uniquement au district de Congo Soco; elle a dirigé ses entreprises sur plusieurs points, tels que Inficionado , Catas-Altas et Antonio- Pereira. La dernière de ces localités est située à huit milles de Villa Rica, dans la montagne do Ouro-Preto, et une histoire fort tragique se lie à son ancienne exploitation. Il y a vingtcinq à trente ans , l’ancien propriétaire , Antonio Pereira, avait fait ouvrir une galerie dans la montagne; mais il avait malheureusement négligé de faire disposer des étais pour la soutenir. Au bout de quelque temps, les ouvriers tombèrent sur une veine si riche que l’or qu’on put en extraire en une heure montait déjà à des sommes considérables. Par les ordres du maître, ses
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nombreux esclaves continuèrent les travaux toute la nuit ; mais , au lever du jour , lorsque Antonio Pereira vint sur les lieux inspecter la nouvelle excavation, il ne trouva plus de traces ni des esclaves ni des trésors : un éboulement, facile à prévenir, avait tout englouti. De nombreux efforts ont été faits depuis, et des sommes considérables ont été dépensées pour découvrir le gisement du filon auquel se rattache cette tradition malheureuse; mais toutes les dépenses ont été inutiles , et c’est peut-être à l’association anglaise qu’est réservée la découverte de ce trésor enfoui sous des monceaux de cadavres.
Les travaux des mines de Congo Soco sont loin d’avoir trompé l’espoir de la compagnie- Le dernier rapport qui nous soit parvenu faisait monter, pour les six premiers mois de 1829, les résultats de l’extraction à 2,037 liv. , 4 onces 15 grains; et les nouvelles adressées en Angleterre , ne laissent pas de doutes sur l’amélioration croissante des diverses exploitations. Ceci est d’autant plus remarquable que, dans toutes les autres régions de l’Amérique du Sud , la compagnie est , dit-on, en perte. A ces détails, puisés aux meilleures sources, nous ajouterons seulement que l’or de Congo Soco n’est pas aussi pur que celui de San- Jozé , il ne dépasse point en effet dixneuf carats , et celui du premier établissement s’élève jusqu’à vingt-trois, pour ne pas dire davantage.
Nous n’entrerons pas ici dans de plus longs détails sur la nature de l’or des mines du Brésil, sur ses teintes diverses, sur son mélange assez fréquent avec le platine ou avec d’autres minéraux. Nous renverrons, pour une foule d’anecdotes racontées à ce sujet, au mémoire queM. Ménèzesde Drummond a fait insérer, il y a quelques années, dans le Journal des Voyages, et qui se basait en partie sur des renseignements fournis par le savant Andrada. C’est là, entre autres choses curieuses, que l’on peut voir comment un fondeur inhabile du gouvernement, ne pouvant parvenir à former en lingot
une certaine poudre grisâtre qui lui était apportée par un paysan , lui déclara fort sérieusement que son minerai était un métal sauvage; lelavrador désappointé répétait avec amertume qu’il était fort triste de renoncer à ses espérances , qu’il avait découvert une quantité prodigieuse de ce métal grisâtre, et de quoi enrichir, disait-il, une foule de pauvres diables comme lui.
Plus tard, et quand un essayeur habile eut fondu la prétendue poudre inattaquable au feu, il se trouva que c’était de for mêlé à du platine ; mais le propriétaire ne se montra plus.
Nous n’ajouterons plus qu’un mot.
On a beaucoup écrit dernièrement sur les mines du Brésil, et un savant mémoire a été publié même à ce sujet par l’académie de Lisbonne. Disons-le bien, comme moyen d’industrie particulière, la recherche de l’or est un fléau réel pour les classes les plus laborieuses ; et ce n’est pas sans une surprise douloureuse qu’on peut lire l’histoire de ces pauvres bateadores , qui rêvent toujours leur fortune au bord d’un torrent, et qui doivent se contenter cependant chaque jour de la modique somme de quinze à vingt sous.
Il serait bon sans doute de joindre à tous ces détails des faits positifs sur les produits généraux des diverses exploitations. Tout en renvoyant pour cet article aux ouvrages spéciaux , nous dirons que des recherches de MMWard, Eschwege, Mollien , et de celles de quelques autres voyageurs , il résulte que l’Amérique n’a produit, de 1809 à 1829 inclusivement, que 2,018,419,200 f., et qu’à ce chiffre il faudrait ajouter pour le Brésil 4,110,000 f. Aux personnes curieuses de semblables recherches, du reste, nous nous contenterons d’indiquer le livre de M. W. Jacob, sur la consommation des métaux précieux.
Prévision d’amélioration industrielle. L’établissement de la compagnie des mines dans l’intérieur du Brésil n’aura pas pour unique avantage de faire connaître un meilleur mode d’exploitation des richesses métalliques : peu à peu un village, corn posé presque uniquement d’Anglais.
L’UNIVERS
t’est formé à Congo Soco. Les préjugés religieux qui existaient contre des étrangers d’une communion différente diminuent chaque jour : avec la génération nouvelle ils auront disparu complètement. II est impossible qu’un contact immédiat avec des hommes instruits et industrieux n’exerce pas à la longue son influence. On peut tout attendre de l’imagination prompte, de l’esprit actif qui caractérise les Mineiros; et pour cela, il suffît de lire les détails que nous offre le Voyage de Walsh.
District des diamants. C’est un préjugé assez généralement répandu en Europe, que le diamant ne se trouve au Brésil que dans la province de Minas-Geraes ; il en existe à Minas-Novas, à Goyaz et au Mato- Grosso, où ils sont d’un poids fort peu élevé , mais où ils se font remarquer parla pureté de leur eau. Il est probable aussi que plusieurs districts inexplorés de ces provinces renferment des gisements inconnus; et il pourrait se faire même que ces gisements fussent plus abondants que ceux qui ont été découverts. Alors, grâce au nouvel ordre de choses établi, il y aurait diminution dans les prix auxquels montent encore aujourd’hui ces pierres en Europe. U y a quelques années, M . Ménèzes de Drummond faisait monter la totalité des superficies déclarées diamantines à trente-cinq lieues carrées. Jusqu’à présent, l’exploitation la plus considérable de ce genre, celle dont le gouvernement a tiré les bénéfices les plus réels, est confinée dans le Serro do Frio, que l’on désigne aussi , à Minas, sous le nom d 'arrayal Diamantino, ou de district Diamantin.
On l’a dit avec raison, le district des Diamants forme, en quelque sorte, un État séparé au milieu de l’empire.
Non -seulement la nature l’a entouré de bornes gigantesques, et, en l’environnant de roches presque inaccessibles , elle l’a caché longtemps aux premiers explorateurs; mais des règlements, tracés de la main même de Pombal , lui ont donné, vers le milieu du dix-huitième siècle, une législation
bien différente de celle qui régit les autres comarcas (*). Deux clauses seulement en feront connaître le caractère, et en diront plus au lecteur que toutes les explications. Le directeur des mines, dès qu’il entrait en fonction, recevait, par ces règlements, des pouvoirs tellement absolus, que le gouverneur de la province lui - même ne pouvait se rendre dans le district soumis à son administration sans un consentement positif. En même temps, et d’après le rapport du directeur, tout homme libre qui était convaincu d’avoir fait la contrebande, non-seulement voyait ses biens confisqués au profit de l’État , mais encore était envoyé , pour dix ans, à la côte d’Afrique. Pour quelques individus, c’était une peine équivalente à la peine de mort.
Aspect de l’ arrayal Diamantin.
Climat. Étymologie indienne du nom de Tijuco. Description de l’arrayal. Vierge noire, commerce ALIMENTÉ PAR LA CONTRE- BANDE. Le district Diamantin est un des plus élevés de la province des Mines, et il n’occupe pas tout le territoire du Serro do Frio, dont il n’est, à proprement parler, qu’une enclave.
Selon l’observateur qui nous inspire le plus de confiance , l’arrayal comprend un espace 5 peu près circulaire , d’environ douze lieues de circonférence (**).
(*) Il s’agit ici des règlements encore en usage, il y a une vingtaine d’années : ceux qui émanaient directement de Pombal avaient été déjà modifiés. C’est ainsi qu’autrefois la population du Serro do Frio était limitée à un certain nombre d’individus , et qu’un noir rencontré avec un Almocafre pouvait être envoyé aux galères. Le nombre des marchands était également borné, et l’on ne pouvait point creuser les fondations d’une maison nouvelle sans la présence de certains officiers civils.
(**) Manoel Ayres de Cazal donne au district Diamantin une étendue de seize lieues carrées du nord au sud , sur huit de large de l’est à l’ouest. Un voyageur Anglais lui en accorde vingt de longueur sur neuf de large; mais ces contradictions proviennent en partie de la différence qui existe entre la îegoa et la lieue marine , et elles sont dues aussi au peu de certitude des anciens rapports.
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On n’aurait qu'une idée bien fausse de ce riche territoire , si on s’attendait à y rencontrer la végétation abondante que l’on admire dans le reste de la province. Des pics gigantesques , affectant souvent une forme pyramidale , des rochers sourcilleux, que sillonnent une foule de ruisseaux ; presque partout des terrains sablonneux et stériles; au lieu d’imposantes forêts , une végétation curieuse et variée, et qui atteste d’ailleurs, par son aspect chétif, la pauvreté du sol, voilà, en quelques mots , les traits distinctifs du paysage.
Le nom qui a été imposé aux montagnes environnantes rappelle assez que sa température est moins chaude que celle des régions voisines. Des rafales humides et froides s’y font souvent sentir; et, si l’horticulture avait fait jusqu’à présent plus d’efforts , la plupart des fruits d’Europe pourraient prospérer aux alentours de la capitale.
En nommant Tijuco, nous avons nommé la capitale du district ; le nom indien qui désigne encore aujourd’hui cet arrayal , a une signification tout analogue à l'ancienne dénomination de Lutèce, en dépit de l’extrême différence du climat et des localités. Tijuco, dans la lingoa gérai , signifiait un lieu fangeux. Depuis sa fondation néanmoins , le terrain marécageux des alentours s’est desséché , et c’est une des bourgades les plus propres de l’intérieur. Malgré l’importance du district où il s’est élevé, nonobstant même sa population croissante , qui monte déjà a cinq ou six mille âmes, cet établissement n’a que le titre de village ou d’arrayal (*). Les rues en sont larges, très-propres , assez mal pavées ; mais les jardins se sont multipliés à tel point, qu’il n’y a guère d’habitation particulière qui n’ait le sien. On y cul-
(*) Tijuco est situé par le i3° 14' 3" lat. sud, et est élevé à 371 5 pieds au-dessus du niveau de la mer ; l’air qu’on y respire est extrêmement pur. Le terme moyen de la chaleur est de 2i à 220. La capitale du district Diamantin est à huit lieues au nord-est de Marianna , à trente-deux lieues de Sahara, à trente lieues au sud-est de Fanado , et à huit lieues nord-ouest de "Villa do Principe.
tive plusieurs arbres des tropiques eè quelques fruits d’Europe. Tel est l’effet charmant que produisent, sur les teintes grisâtres et austères des montagnes, ces jardins plantés en amphithéâtre, que les voyageurs rappellent tous avec admiration la première impression que leur a causée l’ensemblede la bourgade. On remarque plusieurs églises à Tijuco ; mais , comme dans les autres villes de l’intérieur , il n’a été permis à aucun ordre religieux de s’établir, et les couvents y sont ignorés. Une des églises présente une circonstance assez curieuse , dont nous avons été témoins , du reste , dans plusieurs autres endroits du Brésil. La Vierge qui se voit sur le maître-autel de Notre-Dame du Rosaire, est noire, et sur les autels latéraux on a placé des saints nègres.
Les Indiens (que nous le sachions du moins) n’ont pas encore obtenu un semblable privilège , ou peut-être ne l’ont-ils pas réclamé.
L’arrayal de Tijuco est richement approvisionné de marchandises d’Europe ; et , ce qui paraîtra sans doute étrange, les objets provenant des manufactures anglaises et françaises , y sont à un tout aussi bon marché que dans les villes maritimes. Une circonstance fort simple explique ce fait. Les contrebandiers qui passent en fraude du diamant trouvent un bénéfice trop réel dans les échanges qu’ils font journellement, pour ne pas céder, au prix le plus raisonnable , les marchandises qu’ils rapportent du littoral. C’est à cet avantage , ou , pour mieux dire, à ces échanges illicites, que se borne le commerce intérieur de Tijuco. Comme le territoire des environs est stérile, ou que l’on ne s’occupe point de sa culture, la bourgade est approvisionnée par les pays circonvoisins, dans un rayon de dix à douze lieues , et la vie y est beaucoup plus chère que dans les autres villes de Minas-Geraes.
Directeur des mines. Son administration INTÉRIEURE. TlJUCO est le séjour habituel du directeur général des mines et des principaux officiers qui composent l’administration ; il résulte de la réunion de ces hommes
L’UNI VERS
instruits une politesse sans affectation, un ton de bonne compagnie que remarquent tous les voyageurs qui arrivent à l’arrayal. L’instruction commence à y être fort répandue; et, parmi les jeunes étudiants que le Brésil envoie chaque année en France pour y suivre nos cours, il y en a plusieurs qui appartiennent à cette ville centrale , et qui s’y sont fait remarquer. L’intendant général , M. Manoel Ferreira da Camara Bethencourt e Sa , jouit , comme minéralogiste, d’une réputation vraiment européenne ; et c’est à lui que l’on doit la plupart des améliorations qui se sont manifestées, depuis quelques années , dans le régime intérieur de Tijuco.
Des diamants et de leue exploitation. Quand on a lu les divers voyageurs qui signalent l’existence du diamant au Brésil , on s’aperçoit qu’il en est de cette importante découverte comme de presque toutes celles qui ont eu quelque renommée. Son origine est environnée d’un certain vague qui ne se dissipera jamais complètement , et néanmoins elle ne remonte pas au delà des premières années du dix-huitième siècle. Méconnut-on longtemps la valeur réelle des premières pierres qui avaient été découvertes , par des mineurs , dans les petits ruisseaux de Milho Verde et de Saint- Gonçales (*)? S’en servit -on, comme on le dit , en guise de jetons pour marquer les points au jeu du voltarete? Un ouvidor, qui avait résidé longtemps à Goa , vint-il au Serro do Frio à cette époque, et fut-il le premier à reconnaître la valeur de ces diamants, dont il fit passer une certaine quantité en Hollande? Ce sont autant de questions que l’on se fait journellement dans le pays même; autant de faits que raconte là tradition , mais qu’elle ne peut affirmer. Ce qu'il y a de certain , c’est que , selon les écrivains les plus dignes de confiance, Bernardo Fonseca Lobo fut le premier qui découvrit des diamants dans le
(*) Voy. un article du Temps , publié en
*8 ta.
Serro do Frio (*). Le titre assez mince de capitào-mor de Villa do Principe , et la propriété de l’office de notaire dans cette bourgade , voilà toutes les récompenses que l’on jugea convenable d’accorder à celui qui venait de jeter tant de millions dans les coffres du roi de Portugal. Selon Ayres de Cazal , cette grande découverte aurait eu lieu en 1729. Cependant une circonstance rapportée par un voyageur dont nous avons déjà invoqué le témoignage, expliquerait cette ingratitude apparente.
On ignora d’abord quelle était la véritable nature des diamants trouvés par Lobo. L’ouvidor, dont nous avons déjà parlé fut le premier qui signala leur prix. Lorsqu’en l’année 1729 le gouverneur de Minas -Geraes, don Lourenço d’Almeida , fit un premier envoi de ces cailloux transparents , qu’il considérait, disait-il, comme des diamants, on le confirma dans ses conjectures, en lui apprenant toutefois que deux envois semblables avaient été faits à Lisbonne depuis quelques années , et qu’ils provenaient des contrées soumises à son administration. Ce ne fut qu’à partir du 8 février 1730, que les diamants du Brésil furent considérés comme propriété royale; avec cette réserve, cependant , qu’il fut permis à tout le monde de s’occuper de leur recherche, moyennant un droit de capitation , qui devait être payé par chaque nègre employé à ce travail. Sans multiplier ici dès détails arides qui fatigueraient le lecteur, nous dirons qu’en 1735 l’extraction du diamant fut affermée , et qu’elle ne rapporta d’abord que huit cent soixante-deux mille cinq cents francs au gouvernement. Lorsque Pombai prit les rênes du gouvernement, il comprit rapidement de quelle ressource pouvait être pour la couronne une exploitation qui avait reçu encore si peu de développement. Comme nous l’avons déjà dit , il traça de sa propre main les règlements rigides qui devaient gouverner à l’avenir le district Diamantin ; et sa vo-
(*) Aug. de Saint-Hilaire ; Southey, History of Rrazil.
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fonte inflexible entoura ce pays d’une ligne d’obstacles plus insurmontable encore que les barrières naturelles dont il se trouve environné : c’est à partir de cette époque seulement que l’on commença à encourir les peines les plus graves en essayant de frauder les droits.
Abondance décroissante du diamant. Contrebande dont il est l’objet. Son extraction. Vers le milieu du XVIIIe siècle, telle était encore l’abondance du diamant , qu’on le trouvait , sans exécuter de grands travaux, sur le revers des montagnes, ou dans le lit des moindres ruisseaux. A cette époque, des hommes aventureux , auxquels on donnait le nom de Garimpeiros, ou de Grimpeurs , ne craignaient pas de gravir journellement les montagnes presque inaccessibles qui entourent le Serro do Frio. En franchissant mille obstacles, en s’exposant ainsi à toute la rigueur des lois , ils parvenaient quelquefois à se procurer des pierres d’une immense valeur, qui pouvaient les dédommager de la vie errante et des privations de toute espèce auxquelles nécessairement ils se condamnaient durant plusieurs mois.
A cette époque , le gouvernement luimême se procurait les valeurs les plus précieuses sans bouleverser tout le sol. Aujourd’hui, il n’y aurait plus aucun bénéfice à chercher dans les montagnes à Garimpar, comme on disait alors; la race des Garimpeiros a disparu, ou elle s’est réfugiée dans les contrées désertes de Cuyaba et de Mato- Grosso; il n’existe plus que des contrebandiers, et encore est- il assez rare qu’ils fassent une vraie fortune.
L’extraction du diamant exige donc de grands travaux. Les différentes parties du sol où l’on opère sont désignées sous le nom de Serviços. Mais , comme on l’a dit, l’exploitation des terres diamantines devient chaque jour plus difficile; et; comme le fait très-bien observer M. Auguste de Saint- Hilaire, « on peut attribuer cette rareté des pierres tout à la fois à la négligence et à l’activité des fermiers. Tandis qu’ils étaient maîtres de l’exploita-
tion, ils ont fait des recherches dans les terrains et les ruisseaux les plus riches , dans ceux qui présentaient le moins de difficulté; comme les mineurs des environs de Villa Rica , ils ont encombré le lit des ruisseaux du résidu des lavages; et, pour trouver le cascalhao , il faut souvent aujourd’hui enlever une couche épaisse de sable et de rochers. »
Si le travail des mines de diamants est pénible , il est assez simple ; il consiste en deux opérations fort distinctes, raccumulation du cascalhao et le lavage. La première de ces opérations se fait généralement durant la saison chaude, à l’époque où le lit des rivières et des torrents est à sec, et où le sable diamantin peut s’extraire aisément. De temps à autre , et au moyen de barrages considérables , le Jiquitinhonha (*) est détourné de son lit, et on en tire une quantité énorme de cascalhao, dont on forme des masses pyramidales destinées au lavage de plusieurs mois.
D’autres fois, on se contente d’extraire le caillou diamantin des gupiaras , c’est-à-dire, des pentes qui s’étendent sur le bord des ruisseaux , ou des ruisseaux eux-mêmes. Le travail des gupiaras peut se faire dans tous les temps et durant toutes les saisons.
Quand l’époque des pluies est arrivée, commence l’opération du lavage.
Elle s’exécute de deux manières différentes : en plein air, quand l’extraction doit être de courte durée; sous des hangars, lorsque le travail doit se prolonger, et que l’action du soleil pourrait compromettre la santé des noirs. Ces hangars ont, selon les uns, de quarante - huit à cinquante palmes de iongueur; selon d’autres, on leur donne une centaine de pieds ,
(*) Les procédés usités dans cette circonstance, ont été décrits d’une manière détaillée par John Mawe, voyageur anglais, qui parcourait l’intérieur du Brésil vers 1812 , mais que l’on accuse à juste raison d’avoir commis de grandes inexactitudes.
Indépendamment de son voyage en 1 vol.
in-4, il a publié un livre spécial sur le diamant.
sur une largeur de cinquante. Mawe leur accorde un tiers de plus; ces légères contradictions sont sans importance réelle; d’ailleurs ces constructions éphémères ont pu varier selon la valeur des exploitations. Voici comment un voyageur qui donnait ces détails il y a environ trois ans , décrit la disposition des lieux , et la manière dont se doivent pratiquer les recherches. «Audessous du hangar coule un petit conduit d’eau qui occupe un des côtés, et de l’autre se trouve un parquet dont les planches, longues de seize pieds , atteignent aux deux bouts du hangar. Ces planches sont légèrement inclinées, et au bout de chacune d’elles se trouvent des baquets, au fond desquels on jette le cascalhao qui doit être exploité. » Nous l’avouerons néanmoins , ce récit très-succinct, diffère un peu de la description donnée par John Mawe , il y a une vingtaine d’années (*). Des baquets auraient été substitués aux compartiments, formant des espèces de caisses, où l’eau était introduite par la partie supérieure.
Dans tous les cas , il est indispensable de rappeler que des sièges, élevés et sans dos , sont disposés le long du hangar, de manière à ce que des officiers subalternes, auxquels on donne le nom de feitor es , puissent surveiller les nègres du service. Ces rigides inspecteurs se sont-ils installés à leur place, un nègre entre dans chaque canal , ou ,
(*) M. Aug. de Saint-Hilaire, qui voyageait dans le district Diamantin en 1817 , dit que sous chaque hangar sont vingt-quatre canaux placés à côté les uns des autres , et
3 u’ une même planche sert à deux canaux ifférents. Ces canaux sont légèrement inclinés; chacun d’eux a deux palmes de large à sa partie la plus haute , et va en s’élargissant un peu depuis cette partie jusqu’à l’extrémité inférieure. Un conduit en bois où l’eau coule sans cesse , se trouve placé perpendiculairement à l’extrémité supérieure des vingt-quatre canaux , et il est assez rapproché d’eux pour que l’un de ses côtés ferme cette même extrémité. L’eau passe par un trou du conduit dans chaque canal, et, à l’aide d’un bondon , on ferme celte ouverture quand on le juge convenable.
si on l’aime mieux , dans chaque caisson. Il est muni de son alavenca, le corps penché en avant; il remue fortement le cascalhao ; puis , quand la terre mêlée au caillou est complètement délayée , il enlève à la main les pierres les plus grosses , et c’est alors seulement qu’il cherche le diamant. John Mawe niait que les noirs fussent contraints d’entrer nus sous le hangar; et il affirmait que de son temps on leur permettait de se revêtir d’un caleçon et d’une chemise. Nous ignorons si 'les règlements ont pris depuis une rigueur inaccoutumée; mais un voyageur français qui nous inspire une tout autre' confiance , affirme que les noirs travailleurs sont complètement nus , et qu’on leur permet tout au plus l’usage d’un gilet sans poche et sans doublure, dans les temps les plus froids. Les vols de diamants n’en sont pas moins fréquents ; et telle est , sous ce rapport , l’habileté des noirs , qu’un directeur qui voulut s’assurer de la manière dont les diamants bruts pouvaient être soustraits , promit la liberté à celui qui en détournerait un devant lui. Il ne quitta plus des regards le travailleur, et il put s’assurer, par sa propre expérience , que la surveillance la plus attentive échouait devant une telle dextérité. Le devoir le plus indispensable d’un feitor est de ne pas détourner un seul moment les yeux des huit noirs qui sont désignés pour être l’objet de sa surveillance. Si on l’interroge , il peut répondre , mais ce doit être sans tourner la tête. Aussitôt qu’un noir a découvert un diamant, il frappe dans ses mains, le montre au feitor, et va le déposer dans une grande sébile, ou batea, suspendue au milieu du hangar. Le noir qui est assez heureux pour rencontrer une pierre du poids de dix-sept carats ,est acheté par le gouvernement à son maître, et il reçoit [sa liberté, en .conservant toutefois le privilégede travailler pour l’administration. C’est également l’administration qui se charge alors de lui payer directement le prix de son labeur. La découverte d’une pierre moins considérable entraîne aussi après elle le don de li-
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berté, mais c’est avec certaines restrictions. Diverses primes enfin sont distribuées progressivement, selon la valeur des pierres, jusqu’à la plus mince des récompenses , qui consiste dans une prise de tabac. Malgré ces privilèges , malgré les précautions bizarres que l’on emploie à l’égard de certains noirs soupçonnés de recéler des diamants, une fraude active se fait continuellement parmi les noirs employés au service (*). Ces ouvriers infidèles vendent à vil prix aux conti'abandistas les diamants qu’ils ont pu dérober; et, ce qu’il y a de plus bizarre sans doute, c’est qu’en habiles voleurs ils trouvent moyen de tromper ceux des contrebandiers eux-mêmes qui ne sont pas encore assez rusés pour découvrir leur fraude. Des morceaux de cristal usés d’une certaine manière , et secoués parmi des grains de plomb , acquièrent, grâce à cette opération si simple , un tel aspect , qu’on les prendrait pour des diamants bruts. Une fois munis des pierres qu’ils ont achetées en fraude , et qu’ils se procurent ordinairement dans les cabarets, les contrabandistas, qui ont remplacé la race audacieuse des Garimpeiros, sont bien loin d’avoir échappé à tous les risques qu’ils savent devoir courir en entreprenant un semblable trafic; mais souvent les noirs qui leur ont vendu des diamants les cachent dans leurs propres cabanes ; et la fraude devient plus facile encore, lorsque c’est aux feitores eux -mêmes qu’ils n’ont pas craint de s’adresser. Les récits qui nous ont été faits au Brésil , sur les stratagèmes employés par les Garimpeiros ou par les contrabandistas, afin d’échapper aux surveillants du district Diamantiri , formeraient à eux seuls un long chapitre. Tantôt c’est un cavalier jouissant d’une certaine réputation d’opulence , qui cache habi-
(*) Telle est celle enlre autres, qui consiste à enfermer un nègre et à le soumettre à cette réclusion , jusqu’à ce qu’il ait restitué trois cailloux qu’on lui a fait avaler. Si nous rapportions ici tous les récits qui circulent à ce sujet, le chapitre deviendrait un livre.
lement des pierres d’un poids considérabledansla cuisse du pauvre animal, dont il se sert comme monture, et qui se voit prié poliment de céder la bête, pour ne point donner lieu à un esclandre désagréable; une autre fois, c’est un noir stylé par son maître, qui , au moment de passer les dernières barrières de l’arrayal , allume son cigare avec le tison enflammé qui recèle la pierre précieuse ; une autre fois encore , ce sont des pigeons messagers qui passent par-dessus les montagnes. Il est probable qu’il y eut de tout temps, dans ces récits , une part laissée à l’imagination. On aimait à animer, par des circonstances curieuses , la vie déjà fort aventureuse des Garimpeiros. Aujourd’hui l’existence du contrabandista offre beaucoup moins d’événements.
« Le contrebandier qui s’est hasardé à aller acheter des diamants dans les services, dit M. de Saint -Hilaire, trouve principalement le débit de ces pierres chez les boutiquiers de Tijuco et de Villa do Principe. Souvent aussi des marchands viennent de Rio de Janeiro avec des étoffes , de la mercerie, et d’autres objets , afin d’avoir un motif plausible ; mais leur but véritable est d’acheter des diamants. A Tijuco, le contrebandier ne revend que sur le pied de vingt francs les petits diamants qu’il a été acheter directement des nègres; mais, à Villa do Principe, on lui donne déjà vingt-cinq francs de ces pierres, parce qu’il n’a pu sortir du district sans courir de plus grands risques. Comme les nègres vendent indistinctement tous les diamants qu’ils dérobent , sans faire aucune différence pour la grosseur, c’est sur ceux qui ont le plus de volume que le contrebandier fait ses principaux bénéfices. »
On aura, du reste, une idée de la diminution qui s’est opérée dans les produits du lavage, en se rappelant qu’on a employé jadis 3,000 nègres à ce genre d’exploitation, et qu’il y a une vingtaine d’années on n’en admettait plus que le tiers. Selon le savant Frevrcss , dont les travaux ne sont guère connus qu’en Allemagne, il faudrait