PREMIÈRES EXPLORATIONS DU BRÉSIL; COUP
D’OEIL HISTORIQUE SUR LES ÉTABLISSE- MENTS DU XVIe SIÈCLE.
Une fois la découverte accomplie, les expéditions qui devaient reconnaître les cotes de Santa-Cruz se multiplièrent, et appelèrent l’attention des nn-
Voyage en Amérique, t. VJ I , p. yü.
tions commerçantes de l'Europe sur le magnifique pays qu’on n’avait fait qu’entrevoir. Plusieurs discussions assez peu importantes , du reste , se sont élevées dans ces derniers temps sur l’antériorité de ces découvertes partielles. Il importera toujours assez peu dans l’histoire de ce pays que Diego de Lèpe ait vu le cap Saint-Augustin dès la première année du XVIe siècle, et que Christovam Jacques soit le navigateur qui ait succédé immédiatement à Canral. Ces explorations furent à peu près sans résultat, puisqu’il n’en est resté qu’un souvenir confus. Il n’en fut pas de même d’un voyage accompli dès l’année suivante. Cet homme envers lequel la postérité a été presque injuste, à cause d’un caprice de son siecle(*), ce grand navigateur, que Christophe Colomb lui-même admirait , Amerigo Vespucci, parcourut la côte du Brésil en 1501, au milieu des plus grands dangers, et ses explorations périlleuses n’étaient, pour ainsi dire, qu’une continuation du voyage de Cabrai, puisque le navigateur florentin fut envoyé par Emmanuel, avec la mission expresse d’explorer les lieux visités l’année précédente , et de transmettre les documents qui pourraient plus tard servir à la colonisation.
Comme le prouvent ses relations et ses découvertes, Amerigo Vespucci était un homme d’une haute intelligence.
Toutefois, arrivé sur les côtes du Brésil, on le voit préoccupé de la pensée qui, quelques années auparavant, agitait Colomb à la vue des embouchures de l’Orénoque. « S’il y a dans le monde
(*) Il y a certains préjugés historiques généralement adoptés, qu’on ne saurait trop mettre de côté dans les histoires modernes, Amerigo Vespucci ne s’attribua pas audacieusement un honneur qui ne lui était point dû , et il ne se posa jamais comme un rival de Colomb. Meilleur juge que tous dans cette cause , le grand homme qui a été lésé plaignait lui-même Amélie de la situation où il se trouvait. «< On n’a point fait pour lui, disait-il dans une de ses dernières lettres, ce que la raison dit qu’on aurait dû faire. » Voy. à ce sujet Fernandez de Navarrele, Colecion de via g es , etc.
un paradis terrestre , s’écrie-t-il , il doit être près de ces lieux. » Quand ce grand navigateur s’exprimait ainsi, il avait déjà doublé le cap Saint-Augustin , auquel avait été imposé , par T’ expédition, le nom qu’on lui a conservé; il se disposait à parcourir ces régions du sud-ouest, dont tant d’autres voyaeurs après lui ont admiré l’inépuisale beauté. Enfin , étant parvenu au 32e degré de latitude, 750 lieues de côte se trouvèrent relevées. Je ne parlerai pas ici de ses autres découvertes dans les terres australes , il suffira de dire que le 7 septembre 1502 il était de retour à Lisbonne, après avoir employé un peu plus de quinze mois à ce laborieux voyage, qui allait faire connaître aux Portugais l’importance de leur nouvelle possession.
On voit par la relation d’Amerigo, conservée dans Ramusio, qu’il avait fort bien observé l’aspect du pays, quoique avec un peu d’enthousiasme peut-être, et qu’il appréciait avec assez de justesse le degré d’état social auquel étaient parvenus ses habitants.
Les récits d’Amerigo n’exercèrent probablement pas encore une grande influence sur Emmanuel, car la première expédition qu’on lui confia devait se diriger d’abord vers un autre pays, qu’on supposait pouvoir servir un jour d’entrepôt au commerce de l’Inde. Ce fut cependant à partir de ce voyage que la baie de Tous-les-Saints fut explorée, et qu’on apprécia mieux les contrées magnifiques découvertes depuis trois ans.
La première colonisation du Brésil date réellement de cette époque , et ce furent, dit-on, les débris d’un naufrage qui servirent à la former. S’il faut s’en rapporter à Damien de Goes, historien portugais d’une grande exactitude, Gonçalo Coelho ayant éfé envoyé à la terre de Santa-Cruz, perdit uatre de ses navires, tandis que les eux autres revinrent chargés de bois de teinture , de singes et de perroquets. Ce seraient les équipages de quatre caravelles naufragées qui auraient formé le premier établissement européen qu’on eût vu encore au Brésil.
BRÉSIL
Si la découverte de Pedralvez Cabrai et les explorations de ceux qui lui succédèrent avaient fait d’abord quelque sensation en Portugal, il faut convenir que cette impression alla bientôt en diminuant. Qu’importaient, en effet, de vastes déserts et quelques bordes sauvages, au peuple qui ajoutait chaque jour à ses conquêtes quelque ville magnifique de l’Asie, quelque riche province de l’Inde, de celles que l’empire romain eût enviées? Cependant, soit que l’on supposât que ces déserts pouvaient renfermer des trésors, soit que l’on imaginât vaguement, comme cela est arrivé plus tard pour la Guiane, que quelque ville était cachée dans la profondeur des forêts, on voit dès l’origine les plus illustres navigateurs apparaître dans les mers du Brésil, à quelques mois de distance. C’est donc non seulement Goncalo Coelho ui longe la côte et qui laisse partout es traces de son passage ; on trouve encore des bornes en marbre qui attestent sa prise de possession (*). C’est Christovam Jacques qui pénètre dans la vaste baie qu’on dédiera à tous les saints; le grand Albuquer^ue, luimême, apparaît devant la cote; deux ans plus tard, Le vainqueur des Indes,
(*) Il y a, comme je l’ai déjà fait remarquer, une grande obscurité en ce qui touche la priorité de ce3 premières expéditions ; il y a même des ailleurs estimables qui veulent nier absolument celle d’Amerigo Vespucci. Cependant l’historien le plus récent, et peut-être le plus scrupuleux de tous, Pizarro de Araujo, admet ses découvertes pour le compte du Portugal. Il pense également que Gonçalo Coelho passa plusieurs années sur les côtes du Brésil. Cazal affirme qu’après avoir perdu quatre caravelles , il s’établit avec les naufragés à Porto-Seguro. Deux missionnaires français faisaient partie de la colonie naissante, et ce furent peutêtre eux qui révélèrent à la France les avantages que pouvait offrir le commerce de l’Ibirapitanga. Coelho fut, dit-on, le premier qui fit charger ses deux caravelles de ce précieux bois de teinture , et qui en introduisit l’usage en Europe. C’est à partir de cette époque que Santa -Cruz prit le nom de Brazil.
D. Francisco d’AJmeïda, croise devant le littoral; puis c’est Tristan de Cunha qui , six ans après la découverte, côtoie la terre de Pernatnbuco. De 1508 à 1509 on voit surgir, pour la seconde fois, le compagnon célèbre du grand Colomb, ce Vicente Yanez Pinzon , auquel tant d’écrivains accordent l’honneur de la première découverte; mais cette fois il accompagne Solis, et c’est toujours pour la Castille qu’il entreprend ces expéditions. A partir de cette époque , et soit qu’une sorte d’émulation s’établisse entre les deux plus grands peuples navigateurs, les explorations sont plus nombreuses et plus difficiles à signaler. Les naufrages qui ont lieu servent à la connaissance du pays. On amène des Brésiliens en Portugal, etil se trouvedéja des interprètes qui peuvent parler en leur nom. Bientôt Juan Dias Solis découvrira le Rio de la Plata, et Fernando deMagalhaens, après avoir abordé la côte du Brésil, pénétrera dans le détroit qui doit immortaliser son nom. Puis dans le Nord on aura des idées fantastiques sur la richesse de cette contrée, on y placera une sorte d’Eldorado, et Henri VIII expédiera Cabot pour s’emparer de Perularia. Mais tandis que l’Angleterre rêve aux trésors de la ville inconnue, tandis que la Castille insatiable perd ses plus grands navigateurs , un drame animé, poétique, plein de fraîcheur, se passe sur ces beaux rivages. La tradition eu est trop célèbre pour que je ne la rappelle pas ici.