PROVINCE DU PARA
Cidade de Belem ou Para , Yilla-Yiçosa , jadis Cametâ, Santarem , Gurupâ ou Curupâ , SouzeJ , Obidos, jadis appelée Pauxis , Macapâ, Gurupi, Coilares, Ourem , Melgaço , Pombal, Aller do Châo, Pinbel.
Comarca de Marajo. Yilla de Monforte ou Yilla- Joannes , Cliaves, Soure, Salvaterra , Monçaras.
Comarca du Rio- Negro. Barra do Rio- Negro, BarceUos, Tbomar, Moira , Olivença, jadis San-Paulo , Borba, Serpa, Sylves.
M. Debret annonce dans son grand ouvrage que le Brésil n'est plus divisé qu'en onze provinces , mais comme il n'indique pas les subdivisions, nous avons laissé subsister celles qui existaient il y a encore bien peu de temps, et dont l'exactitude nous a élé garantie par le savant Balbi.
comprendre notre opinion, que la province du Mato- Grosso, unie à l'ancienne Amazonie , formerait à elle seule un empire égal , pour l'étendue, à l'ancienne Germanie . tout entière.
Telle est en même temps la prodigieuse difficulté des communications à travers ces vastes déserts , que dans les derniers villages de la province du Maranhâo , ouest quelquefois une année entière, comme le dit fort bien le docteur TVaish, avant de pouvoir se procurer des nouvelles de la capitale. Souvent alors ces nouvelles franchissent le cap Horn , et elles sont transmises à ceux qui portent encore le nom de sujets brésiliens , par les anciennes possessions espagnoles.
Quand on considère donc sur la carte les divisions ecclésiastiques et civiles qui se partagent cet immense territoire, l'esprit reste confondu des différences qu'elles offrent avec celles de l'F.urope. C'est ainsi qu'il y a dans l'intérieur telle paroisse qui n'a pas moins de cent lieues d'étendue, et dont le vigario (curé) serait toujours en voyage , s'il n'était aidé dans ses fonctions par quelques ecclésiastiques, qui nécessairement sont contraints de se transporter fréquemment d'une chapelle à une autre. Koster écrivait même, il y a vingt ans, que pour desservir dans le Piaùtiy quelquesunes de ces paroisses , il y avait des prêtres qui parcouraient l'immense solitude , transportant à dos de mulet les Objets nécessaires au culte , et s'arrêtant de fazenda en fazenda , pour y célébrer la messe. Au Brésil donc, de même que certaines provinces sont aussi vastes que des empires, il y a tel évêché qui égale en superficie' un puissant royaume. Au besoin , il suffirait de citer ceux du Para et du Maranham.
Quelques dénominations très-familières à ceux qui ont séjourné au Brésil, et dont la signification réelle est indispensable à ceux qui veulent se faire une idée de la géographie du pays , reviendront désormais trop souvent, pour que nous ne disions
pas quelques mots à ce sujet. Le nom de comarca, qui spécule une grande subdivision de ia province, signifiait pri m il i veinent en portugais, territoire, frontière, confins, banlieue, et il peut répondre parfaitement à notre division départementale; le termo est beaucoup moins considérable, et s'applique à rétendue d'une certaine portion de territoire qui varie d'une manière assez indéterminée ; Yarrayal indiquait primitivement un camp, et s'applique à une portion de terrain où errent des populations disséminées ; Vouvidoria représente un développement de territoire plus ou moins considérable : on désigne ainsi l'étendue de la juridiction dïm ouvidor , magistrat dont les fonctions offrent quelque analogie avec celles de nos préfets.
Au Brésil , le titre de cidade , de cité proprement dite , n'appartient guère qu'aux chefs-iieux de province^, la position géographique a nécessairement beaucoup d'influence sur la concession de ce titre : il y a telle cité qu'on ne saurait comparer pour l'importance à un de nos gros bourgs de France ; de même que la villa, qui servait à désigner primitivement la simple bourgade, prend souvent l'importance d'une ville, et peut s'élever à ce rang, comme cela est arrivé dernièrement à Villarica, qui a pris le titre de cidade impérial de Ouro-Preto. Le povoacào désigne en général une population égale a celle de nos gros villages, mais infiniment plus disséminée,, tandis que le mot iïaldea s'applique presque toujours aux" hameaux habités par les Indiens : cependant il y a telle aidée qui renferme une population analogue à celle de nos gros villages ; et si l'on joint à toutes ces dénominations celle de quartelf qui sert à désigner dans les lieux déserts de l'intérieur et de la côte, les petits postes militaires qu'on y a établis pour protéger les voyageurs, on aura tà peu près, sous un même coup d'œil , l'appréciation des termes de circonscription municipale et territoriale que l'on
rencontre dans ■ toute l'étendue du Brésil (*)
(*) Je crois devoir ajouter ici qu'il y a des fermes ou fazendas qui ont reçu un tel accroissement par l'industrie de leurs propriétaires , qu'on peut les considère]' comme de vrais hameaux. Les diverses dénominations qui servent à caractériser l'aspect physique du territoire, son! passées en partie dans la langue du voyageur, et il est bon de ne pas en ignorer la signification réelle. Je répéterai donc ici en partie ce que j'ai dit dans mon Traité géographique. Nous ne nous arrêterons pas au mot serra, qui désigne, comme on l'a déjà vu, une chaîne de montagnes ; il sera bonde se rappeler néanmoins qu'il se transforme quelquefois en serro ou cerro , pour indiquer plus spécialement un mont isolé, connue dans Serro du Frio. Le mot rid (fleuve) est trop généralement connu pour que nous en parlions ; cependant il faut dire qu'il s'applique également aux fleuves et aux rivières. On appelle proprement campo tout ce qui n'est pas bois vierge, ou ce qui se trouve couvert i'herbe. Le mot de capoeira dé^ign • un bois un peu épais, croissant dans les défrichés cultivés et abandonnés. Les carrasqueiros ou carrasqueinos sont des bois d'une nature plus vigoureuse"; le capoe.irdo , bien que plus considérable, a à peu près la même signifi caiio:i. Le capào est un bois semblable à une oasis, et entouré de campos. Ce mot vient du brésilien caùponm , île. Le catinga. est un bois rabougri. Les carrascos , considérés connue appartenant aux pays décou verls, forment la transition des campus proprement dits à une végétation plus élevée. Ces carrascos, espèces de. forêts naines, couvrent quelquefois L s tabuleiros ou plateaux. Les taboleiros , lorsqu'ils acquièrent plus d'étendue, prennent le nom de cliapa das. Le rnorro n'est autre chose qu'un morne. Les bandeiras et bandeirinhas désignent les lieux où se sont arrêtées des troupes de Paulisles qui prenaient ce nom. Les pastos geraes ('pâturages généraux) sont des espaces couverts d'herbes; on dit aussi malus geraes (bois généraux) pour les vastes contrées couvertes de bois. Les queimadas sont des pâturages nouvellement incendiés. On entend par sertao un désert , et cette expression ne peut jamais caractériser une division politique de territoire. Chaque province a son sertao ; c'est la partie intérieure la plus déserte qu'on désigne sous ce nom.
Rio de Janeiro et son tebbjtoire. Vers le milieu du seizième siècle, la province de Rio de Janeiro a porté un moment ie nom de France antarctique, et ce titre, qui rapf>eiait à des hommes persécutés leur patrie, fut, dit-on, imposé par Viilegagnon, qui devait bientôt les trahir. Quoique ce fait soit resté comme enseveli dans de vieilles relations, on se le rappelle involontairement, quand on envisage la population de cette belle contrée. Non seulement, ainsi que l'ont fait remarquer plusieurs écrivains, les habitants de cette portion de l'Amérique semblent devoir occuper un jour dans le nouveau monde le rang intellectuel et politique qui nous est assigné en Europe , mais c'est déjà la patrie adoptive d'un grand nombre de Français (*) , et nulle contrée lointaine ne semble se ployer davantage que celle-ci à l'adoption de notre mouvement intellectuel, de même qu'elle se prête au développe ; eut de notre industrie. Ce sera donc une raison pour que Rio de Janeiro et son magnifique territoire deviennent pour nous l'objet d'un sérieux examen.
Quand , après une traversée qui dure ordinairement deux mois, et que l'habitude a rendue si familière à nos marins, on arrive devant ces belles roches granitiques qui forment l'encrée de Rio, qu'on voit se déployer ces rives montueuses , chargées d'une végétation si abondante, que les lissures des rochers se parent d'une verdure éclatante, et que les sables du rivage étalent eux-mêmes leurs belles fleurs roses de pervenche et d'ipommœa, rien qu'à la brise embaumée venant des forêts , on sent qu'on vient d'atteindre un pays privilégié entre toutes les contrées du globe, et que la richesse naturelle de son territoire l'a destiné à occuper le plus haut rang parmi les jeunes nations, où l'Europe viendra peut-être se retremper un jour.
(*) En i83o, le docteur Walsh faisait monter la population française de la ville •de Puo de Janeiro seulement, à quatorze mille Français.
La province de Rio de Janeiro se trouve placée presque exactement sur la limite des régions équatoriales et de la zone tempérée. On aura à peu près une idée de sa température, si l'on se rappelle que ses limites extrêmes sont en latitude, les parallèles de 2î° 16' et 23° sud , et en longitude, les méridiens de 42° 17' et 47° 19' à l'ouest de Paris (*). Ce riche territoire est borné au nord-est par la province d'Espirito - Santo ; au nord par la , province de Minas- Geraes ; à l'ouest on rencontre la province de San-Paulo; au sud et à l'est, elle se trouve baignée par l'O céan. Ce beau pays n'a pas moins de quatre-vingt-cinq lieues marines (**) sur une largeur de dix-neuf lieues, qui prend de l'entrée de la baie de Rio de Janeiro jusqu'au Rio Parahybuna.
En général , la surface de la province de Rio de Janeiro est montueuse , et une chaîne , qui court presque parallèlement à la côte, la divise en deux parties. Si l'on en excepte le district de Goytakazes, qu'un rencontre dans la partie orientale, nulle portion du Brésil, peutêtre, n'offre un aspect plus pittoresque ; et quiconque a erré quelques journées dans les gorges solitaires de la Serra -Acima et de la Serra do Beiramar , conviendra aisément qu'il est difficile de rencontrer des paysages plus imposants et plus gracieux à la fois. 11 y a déjà trois siècles, c'étaient les forêts vierges dont ces belles montagnes sont encore couvertes , qui faisaient s'écrier au vieux Lery : Sus-, sus , mon ame ; il te faut dire ta joie , et qui lui donnaient cette ardeur religieuse qu'il a exprimée d'une manière si touchante et si naïve. Il y a quelques années seu-
(*) Freycînet, Voyage autour du monde, partie historique, p. 74.
(*) Il est bon d'observer que la lieue ma> rine es! d'un quart plus grande que la lieue moyenne de 25 au degré. Le mille marin est égal au tiers de la lieue marine, 11 milles font exactement 5 lieues moyennes.
L'UNIVERS
lement , c'étaient ct\,- admirables solitudes qui arrêtaient dans ses extases le prince Maximilien , et qui lui inspiraient ces descriptions où Ton voit encore l'enthousiasme poétique laisser son empreinte à la science, et lui donner un caractère religieux.
Pour nous, qui avons traversé ces belles solitudes à l'âge des plus vives impressions, nous croyons que les formes du langage sont insuffisantes à les décrire , et nous dirions volontiers comme le vieux voyageur:
Il ne reste qu'à louer Dieu, quand on vient de contempler tant de merveilles.
Avec la fertilité de la terre, ce qui donne cette abondance à la végétation, cette richesse aux forêts , c'est le nombre de rivières et de sources qui arrosent les provinces de Rio de Janeiro, et qui vont se jeter dans l'Océan après un cours de peu d'étendue. Toutefois, si i'on en excepte le Parahvba, qui prend ses sources dans les montagnes de San-Paulo, aucun de ces fleuves, comparés surtout à ceux du nord , n'exige réellement une mention particulière : leur principale influence est de fertiliser le territoire qu'ils traversent ; peu d'entre eux sont navigables sur une grande étendue, et le Parahyba lui-même, que des bricks d'un assez fort tonnage peuvent remonter jusqu'à San-Salvador dosCampos, est embarrassé par des îles nombreuses, et par des chutes d'eau qui rendent ses bords plus pittoresques, surtout à San-Fidelis, mais qui s'opposent , il faut l'avouer, à la prospérité du commerce intérieur. Quand j'aurai cité le Rio Piray, le Piabanha, le Parahybuna, le Rio Negro ou Bosorahi, le Rio Grande et le Rio Muriahé, dont les sources sont habitées par les sauvages Puris , j'aurai nommé les affluents du fleuve principal , et tous ceux aussi qui arrosent la partie la plus septentrionale de la province, qu'on doit considérer peut-être comme la plus riche et la plus favorable à l'agriculture.
Les rivières du Beiramar ou de la bande méridionale sont en général
moins importantes. On nomme cependant le Rio das Lagas , et le Rio Mambu , qui va se jeter dans la vaste baie de Marambaya , après avoir passé devant la résidence impériale de Santa-Cruz. Il est indispensable aussi de nommer le Macabu et le Rio Imbé.
Bien qu'il fallût sans doute, pour plus d'exactitude, citer les noms de plusieurs cours d'eau , je clorai cette liste déjà bien monotone, en ajoutant que la province, mais surtout la plaine de Goytakazes, se trouve parsemée de lacs nombreux. Le lac Feia est ie plus considérable de tous , il a un peu plus de quatre lieues , et comme l'Ararauma, qui s'étend au nord du cap Frio, il communique avec la mer.
Décrire les animaux qu'on rencontre dans les bois vierges, dont les lacs et les fleuves sont couverts, ce serait répéter en partie ce que nous avons déjà dit dans nos généralités sur l'histoire naturelle du pays. Cependant , comme cette province est la plus peuplée et une de celles où l'agriculture a fait le plus de progrès , à l'exception du tapir, qui se montre quelquefois dans la Serra dos Orgôes, c'est en vain peut-être qu'on y chercherait certains grands animaux, qui errent encore fréquemment le long de la côte orientale, dans le pays deGoyaz, ou dans le Mato-Grosso. Partout depuis quelques années, de nombreux défrichés attestent l'activité des populations émigrantes; mais ces cultures naissantes , qui repoussent dans les forêts désertes les animaux curieux dont pouvait s'enrichir facilement la zoologie , ne sont pas aussi fatales à la botanique. Telle est l'activité de la nature sous ce beau climat, qu'un terrain défriché et abandonné quelque temps à lui-même ne tarde pas à se couvrir de plantes nouvelles et d'arbres vigoureux. Ce qu'il y a de plus curieux" sans doute, et ce qu'a déjà fait observer M. de Freycinet , c'est que ces nouveaux arbres, ainsi que les plantes herbacées qui y naissent spontanément, ne ressemblent en rien aux végétaux dont le sol fut primitive-
ment couvert. Ce sont des fougères, dit» le savant voyageur , des arbres à Dois tendre pour la plupart , dont les analogues ne se rencontrent point dans les forêts vierges. Lorsqu'il se fait un second défrichement à une distance assez considérable de celui-là, pour que les semences ne puissent pas être transportées de l'un à l'autre par les vents, le même phénomène s'y reproduit.
Si l'on cesse d'envisager les grands établissements agricoles auxquels l'influence des étrangers donne un aspect de vie qu'on ne "retrouve plus guère ensuite que dans Minas ; si l'on met de côté l'aspect imposant de ces forêts auxquelles une industrie naissante n'a rien ôté de leur grandeur primitive; à l'exception de la capitale, la province de Rio de Janeiro est à coup sûr une de. celles qui offrent le moins d'intérêt au voyageur européen , par cela même qu'elie marche à grands pas vers la civilisation, et qu'on n'y trouve plus ces grands traits de la nature sauvage, ou ces mœurs originales qui se- reproduisent encore avec tant d'énergie dans le pays des Mines, dans le Goyas ou lo Mato-Grosso. La province dé Rio de Janeiro fut habitée jadis par les nations les plus belliqueuses et les plus civilisées du littoral (*) ; mais, comme
(*) Les Tupinambas et les Tamoyos. En avançant dans fétude historique de ces peuplades, on se convaincra de plus en plus que l'examen des étymologies guaraniques peut porter le plus grand jour sur la connaissance de leurs relations politiques. C'est ainsi que les Ta;no\os, qui occupaient une partie de la province , pourraient être considérés comme la tribu primitive parmi les Tiations topiques, s'il est vrai, comme le fait observer M. d'Orbigny , que leur nom dérive du mot tamôi, qui veut dire grandpère. Ce serait un grand trait d'analogie de plus à ajouter aux rapports existant entre les nations de l'Amérique du sud et celles du nord. Les Goytakazes, qui donnèrent leur nom à un des districts, n'appartenaient pas à la race dominatrice , et ce fut probablement des Tu pis qu'ils reçurent une dénomination signifiant homme venant desforèts.
on a déjà pu le voir dans la première partie de cette notice, elles n'y ont laisse aucun monument. Bien qu'à peu près aussi avancés dans l'échelle de la civilisation que les Pietés de l'antique Calédonîe, avec lesquels l'usage de se peindre le corps leur donne tout au moins une certaine analogie dans les habitudes sociales , ces Indiens n'ont pas même laissé , comme eux , des autels grossiers de pierre, des enceintes religieuses formées de roches granitiques ; leurs tombeaux étaient ingénieusement façonnés, mais quelques années ont pu les détruire; et excepté à St.-Paul, parmi les Bogres, nul iumulus, que je sache , n'indique la sépulture d'un chef redouté. Je ne doute pas cependant que le hasard ne fasse trouver un plus grand nombre de ces urnes immenses dans lesquelles les Coroados ensevelissaient leurs guerriers, et que M. Debret a figurées avec tant de bonheur dans son curieux voyage.
Peut-être même quelque tombe, garantie par les arbres de la forêt, découvrira-t-elle ses richesses sauvages aux yeux des curieux : rien alors ne devra être mis en oubli , pour préserver ces fragiles antiquités d'une entière destruction. Peut-être pourra-t-on se procurer ainsi quelques-unes de ces idoles à figure humaine, dont parle si positivement le P. Yves d'Évreux , et dont aucun fragment ne nous est parvenu ; peut-être encore verra-t-on apparaître quelques-uns de ces maracas sacrés , emblème de la toute-puissance des Piayes ou des Caraïbes; mais il faut se' hâter, et probablement que l'humidité des forêts séculaires a été aussi fatale à ces restes curieux d'un grand peuple que les sables du Piauhy.
Cette province, qu'on pourrait appeler l'Égyptedu Brésil, a été favorable sans doute à la conservation de quelques urnes, ou de quelques instruments primitifs. Qu'il serait intéressant de retrouver aujourd'hui , au fond d'une solitude ignorée, quelques-uns de ces grands villages palissadés dont nous parlent si souvent Schmidel, Lery et Hans Stade! Qu'il serait curieux' de constater l'emplacement de cette es-
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pèce de château fort, garni de bastions et d'ouvrages en terre , dont nous entretient Tbevet, et que le vieux voyageur allemand déjà cité visita durant sa captivité douloureuse! Il y a à coup sûr des faits qui ont été imparfaitement observés par les vieux auteurs , et dont l'examen plus attentif établirait certainement de curieuses origines. N'est - il pas remarquable, par exemple , si les Tu pis viennent du sud , et sont d'origine guarani , de leur voir employer, comme ornement des lèvres, cette rouelle de jade, si analogue à la barbote que portaient les nobles mexicains? Vasconcellos parle d'une empreinte, visible encore de son temps au cap Frio, et qui rappelle les pérégrinations de Surnê , le législateur errant des Tu pis , qui a tant d'analogie avec Quetzalcoatl et Boehica ; ne saurait- on la retrouver ainsi que les traditions qui s'y rattachent? Un mémoire ignoré parle des masques trouvés sur les rives du Rio Mosquito; ne pourrait-on pas espérer de découvrir sur les bords du Para, ou du Rio Negro, quelque antiquité analogue? Déjà le savant ouvrage de Spix et Marti us a constaté de précieuses découvertes en ce genre, et l'on ne saurait trop engager les savants brésiliens à réunir leurs efforts à ceux des étrangers, pour qu'elles se multiplient; c'est semer pour l'avenir quand il en est temps encore.
Certes, il existe de nos jours, dans la province de Rio de Janeiro, plusieurs descendants des anciens dominateurs du Brésil ; mais, à l'exception de quelques Puris , habitant les frontières de l'intérieur, ils ont adopté le christianisme, et ils sont si complètement soumis au gouver nement, qu'ils exercent en paix et pour le compte de ceux qui veulent bien les employer, les métiers de caboteur ou de potier, seules industries qui rappellent peutêtre parmi eux certains usages des Tupinambas ou des Tamoyos. Les habitants des aidées indiennes, qu'on visite encore à peu de lieues de la capitale, ont bien conservé les caractères physiologiques des Tupis ou des
Goaytakazes , ils ont même gardé religieusement l'empreinte de certaines coutumes fondamentales dans la vie intérieure , et elles distinguent sans les confondre des hommes de diverses origines qui n'eussent jamais habité ensemble, si les efforts des missionnaires ne les y avaient contraints ; mais il est fort incertain qu'on trouve encore chez eux les traditions curieuses qui s'étaient propagées parmi les nations indiennes, à l'époque de la conquête. Ces hommes semblent avoir oublié leur filiation ; tous les indigènes sauvages parlant même la lingoa gérai, sont pour eux des 7aputjasj des ennemis; ils ignorent la grande fédération qui existait encore au seizième siècle parmi les Tupis, et je suis convaincu que des alliances successives avec les gens de couleur feront disparaître avant peu leur caractère physique, comme l'usage du portugais des basses classes tend à faire disparaître la connaissance du guarani; et cependant cette belle langue, aux inflexions si variées, ravissait d'admiration le P. Anchieta, et elle lui permettait de prêcher les vérités métaphysiques du christianisme, sans faire, disait-il, d'emprunt forcé aux idiomes européens. Avec les derniers vestiges de la lingoa gérai, qu'on parle encore assez purement dans certaines localités, disparaîtront pour ainsi dire les derniers traits de l'individualité indienne. Cela est déjà arrivé, à peu de chose près, pour la province de Rio de Janeiro, et lorsqu'en 1815 des hordes isolées de Botocoudos, de Puris et de Coroados, furent envoyées dans la capitale de ce vaste empire, comme représentant les tribus dispersées qu'une administration mieux entendue voulait soumettre à une civilisation graduelle, elles furent accueillies avec presque autant d'intérêt et de curiosité que l'ont été parmi nous les Osages et les Charruas.
La véritable originalité dans les mœurs ou dans les traditions (mais ceci nous reporte aux usages de l'Europe ou de l'Afrique ), c'est donc à Rio de Janeiro même qu'elle se trouve, et cela surtout dans les classes secon-
daires de la société; car, ainsi que l'a fait observer avec beaucoup de justesse H. Hippolyte Taunay, dans un ouvrage que nous publiâmes ensemble, il y a plusieurs années , les usages de la haute société à Rio de Janeiro ne .diffèrent pas d'une manière assez essentielle de ceux de Londres ou de Paris pour qu'on puisse en faire l'objet d'une observation particulière.
Comme je l'ai remarqué vingt fois, il n'en est pas de même des classes inférieures , et il n'est guère de population en Amérique où le mélange des races , et les races elles-mêmes dans leur pureté, donnent lieu à des circonstances plus curieuses. C'est ce que la description détaillée de la capitale du Brésil pourra bientôt nous faire aider à faire comprendre.
Noms divers de la ville de San Sebastiao de Rio de J a:\eiro; éty-