‹ Bretonneau et ses correspondants, ouvrage comprenant la correspondance de Trousseau et de Velpeau avec BretonneauChapitre 17 sur 94 · II · texte numérisé non relu

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en a vu une dans la veine cave, il l’a donnée à analyser à Lassaigne. J’ai vu avant-hier toute la partie supérieure des muscles qui de l'ischion se portent au tibia converti en une masse mélanique , qui conservait intactes les aponévroses, les tendons et la forme des fibres musculaires, de sorte qu’on eût dit de beaux morceaux d’ébène sculptés. Il est impossible de comparer ces productions accidentelles aux cancers et aux tubercules, et voici, entre autres, deux grandes différences. Des tumeurs mélaniques s’ulcèrent et la peau se cicatrise avec une extrême facilité. Les ganglions de l’aine et du bassin, quand d’énormes tumeurs occupent le bassin et le scrotum , ne sont pas plus altérés que les ganglions de l’aisselle. Les tissus environnant les mélanoses ne s'enflamment pas comme cela arrive lorsque les cancers et les tubercules commencent à se ramollir. La constitution de l’animal n’est pas sensiblement altérée, à moins que le volume des tumeurs n’apporte un obstacle physique à l’exercice de quelque fonction. Qu’est-ce qu’une mélanose? Une aberration du pigment, dit-on. La chose est probable. Lassaigne a analysé des tumeurs mélaniques, il a trouvé exactement les mêmes principes que dans le sang : fibrine, albumine, sels, etc., sauf une altération du principe colorant. En levant une trentaine de choroïdes de chevaux, je recueillerai une assez bonne quantité de pigment pour qu’on puisse l’analyser; je prierai Lassaigne de me faire ee travail; le résultat, il me semble, répondra suffisamment.

« Vous avez probablement lu l’article de Deslandes1

i Deslandes. (Voir la note de la p. 141.)

TROUSSEAU A BRETONNEAU

dans le Journal du progrès des sciences médicales la seconde partie avec mémoire paraîtra probablement dans le courant de ce mois. Je compte profiter de deux observations de croup, que j’insérerai dans les Archives, pour j répondre ainsi qu’à notre ami Billard. Lorsque vous m’écrirez, chose dont vous aurez bientôt perdu l’habitude, indiquez-moi la forme que je dois suivre dans mon article récriminatoire.

« Je n’ai vu Velpeau qu’une fois depuis près d’un mois. Il m’a dit que vous vous plaignez de mon silence. Est-ce que M. Delavergne ne vous a pas remis une lettre que je lui avais donnée pour vous? Cette lettre était accompagnée du deuxième volume de Rostan et de mon plan de campagne dans la Sologne. Il y a quelque temps que je n’ai vu M. Bacot; il est maintenant jusqu’aux yeux dans la discussion des projets de loi, il ne pourra s’occuper activement de mon affaire que dans une quinzaine de jours. Je n’entends plus parler de la dothinentérie ; comptez-vous enfin la publier? Avant de l’imprimer vous nous l’enverrez, et je vous jure sur l’honneur que si vous me faites un fatras comme de la diphthérite, nous vous la renverrons impitoyablement. Je croyais Duméril et Guersant trop sévères. Si nous n’avions pas été assez bêtes pour vous céder, il n’aurait pas paru sous votre nom un livre qui, à la portée de bien peu de gens , puisqu’il était tout pratique, devenait inintelligible pour ceux mêmes qui étaient les mieux intentionnés, grâce à votre inconcevable désordre. Tantum sériés juncturaque fallit. Votre livre pourtant fait fortune en Angleterre , à ce que m’a dit Crévot.

« A propos, il a paru dernièrement un article fulminant contre Velpeau, moi, et en général l’école de Tours; nous

voilà signalés. Nous tenons conseil pour savoir si décidément il faut lever l’étendard et prendre une attitude hostile.

« Je vous embrasse de tout mon cœur. »

LETTRE CLXXe

DU MÊME

« Mon cher Maître,

« Vous avez bien raison de me tancer sur mon impertinence lorsque je me presse de condamner Laënnec et Bayle. Bien souvent je me prends à me dire comme feu Montaigne : « Bran du fat! » et ce nonobstant je recommence. Voilà sur la mélanose de nouveaux faits qui me semblent être du plus haut intérêt, et que je n’ai jamais lus. Dernièrement, en faisant l’autopsie d’un cheval blanc, qui portait au dedans et au dehors plusieurs mélanoses volumineuses , nous fûmes frappés de l’aspect singulier de la plèvre pulmonaire : elle nous semblait marbrée, tigrée de taches violettes tirant sur le noir; ces taches se réunissaient par groupes plus ou moins considérables, et, entre ces groupes , restaient des intervalles où la plèvre conservait sa couleur ordinaire. Ce n’était point cette forme radiée, étoilée des taches noires des poumons des hommes âgés. C’étaient des taches arrondies comme si de

TROUSSEAU A BRETONNEAU

grosses gouttes de suc de mûres fussent tombées sous les plèvres ; du reste le poumon ne faisait en ce point aucune saillie; mais, lorsque l’organe se fut affaissé, on remarqua que l’affaissement ne s’effectuait qu’imparfaitement audessous de ces taches. Le toucher d’ailleurs indiquait une grande consistance du tissu pulmonaire. En enlevant la plèvre (qui se détache chez le cheval avec beaucoup de facilité), cette membrane nous parut transparente avec un reflet légèrement opalin; mais vis-à-vis des taches dont je vous ai parlé plus haut, elle était elle -même teinte en rouge foncé, et cette coloration ne disparaissait pas par le lavage. C’étaient des pétéchies ou plutôt de véritables gouttes de matière colorante qui pénétraient toute l’épaisseur de la membrane et le tissu cellulaire sous-séreux. En étendant cette plèvre sur une lame de verre et en l’exposant entre la lumière solaire et l’œil armé d’une forte loupe , on ne distinguait pas la moindre trace de vaisseaux, mais bien une agglomération de globules sanguins, qui au centre de la tache étaient trop nombreux pour être distincts , et qui à la circonférence étaient bien isolés et très faciles à apercevoir. Les taches les plus foncées en couleur laissaient voir une certaine quantité de globules entièrement noirs ; on en voyait même de réunis en petites masses d’un noir de jais, qui tranchaient vivement sur la couleur pourpre du reste de la tache.

« Le tissu pulmonaire partout était dans l’état normal; mais là où il offrait plus de consistance , là où la plèvre était plus foncée en couleur, il ressemblait au premier abord à un morceau de foie. Il n’avait pourtant pas l’aspect grenu de l’hépatisation ou de l’apoplexie pulmonaire. La teinte était rouge foncé mêlé de veinures noires comme si de la mélanose eût été infiltrée dans ce tissu ; observez

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pourtant qu’en malaxant entre les doigts les portions du poumon qui étaient le plus noires , les doigts n’étaient teints qu’en rouge , aussi bien que l’eau dans laquelle on les mettait macérer, ce qui n’a pas lieu pour les mélanoses parfaites.

« Entre les deux feuillets du mésentère (et cette double membrane est chez le cheval d’une extrême ténuité parce qu’elle ne contient pas de graisse), on trouvait une quantité considérable de taches analogues , pour la forme et la disposition , à celles que nous avons signalées sous la plèvre, si ce n’est qu elles étaient noires comme de l’encre de Chine. En les regardant à la loupe de la même manière que les autres, nous distinguions parfaitement à la circonférence une multitude de petits globules noirs , et pas la moindre trace de vaisseaux. Au-dessous du péritoine qui revêtait le bassin, les lombes, etc., on trouvait dans le tissu cellulaire une immense quantité de petites taches de grandeur variable , et d'une teinte noire extrêmement foncée.

« Voici maintenant quelque chose de fort singulier. Dans l’espace de deux pieds au moins, le tissu cellulaire sous -péritonéal des parois inférieures de l’abdomen était d’une teinte bistre uniforme. Cette teinte ressemblait tout à fait à celle du réseau de Malpighi chez un mulâtre; il n’existait d’ailleurs aucune altération de tissu. Dans quelques points cependant on trouvait des agglomérations de globules noirs qui constituaient de véritables taches mélaniques. Sous la plèvre et le péritoine diaphragmatiques on voyait quelques taches rouges analogues à celles de la plèvre. Voilà, mon cher Maître, une ouverture de corps qui me semble pleine d’intérêt, car je crois avoir pris la nature sur le fait. C’est-à-dire qu’en

TROUSSEAU A 'BRETONNEAU

vertu d’une disposition spécifique le cruor s’arrête dans diverses parties, s’y arrête en y affectant une forme, une disposition particulière, et s’y altère ensuite d’une manière spéciale h Ces animaux défunts , les physiologistes ont beau dire, ils mangeront la spécificité en pâtons mélaniques comme en fraissure dothinentérique. Veuillez, quand vous m’écrirez, me faire part des réflexions que ces mélanoses vous auront fait naître dans l’esprit.

« Croiriez -vous, et je vais vous indigner, croiriez -vous que pas un de ces bipèdes d’Alfort n’a entendu parler de

1 Les premières notions sur la mélanose sont dues aux travaux des anatomo-pathologistes du commencement du siècle. C’est Laënnec qui introduisit ce terme dans la science (1806). Il désignait ainsi un groupe de productions spéciales, sans analogue dans l’organisme, les tumeurs mélaniques, qu’il séparait des tumeurs cancéreuses. Breschet (1821) et surtout Trousseau et Leblanc (1828) jetèrent un jour nouveau sur la question. Trousseau, comme on le voit dans sa correspondance avec Bretonneau et dans son mémoire publié dans les Archives de médecine (1828), considérait la mélanose comme une aberration du pigment, une accumulation pathologique de cette substance en dehors de son siège normal, ou comme un résultat de l’altération du sang, soit dans lés inflammations chroniques, soit au contact des gaz ou des sécrétions altérées.

Aujourd’hui , il est établi que la mélanose peut reconnaître des causes diverses bien déterminées, que Ch. Robin a divisées en quatre classes :

1° Introduction du dehors de l’orgânisme de particules de couleur noire ;

2° Formation dans l’économie de composés chimiques de teinte noire ;

3° Modifications survenues dans certaines matières colorantes naturelles des liquides ou des solides, comme celles de la bile, des hématies, êtc.

4° Enfin, la production hétérotopique ou simplement l’augmentation anormale, en quantité, de granules de mélanine ou mélaïne, cellules semblables à celles que l’on trouve dans l’iris, la choroïde, la couche muqueuse de Malpighi (chez le nègre, partout; chez le blanc, autour du mamelon), les cellules du tissu connectif de la pie-mère, les fibi’es musculaires du cœur et les cellules nerveuses.

Par suite de cette classification , on distingue les fausses et les vraies mélanoses. Les trois premiers groupes constituent les fausses, le dernier représente seul la mélanose vraie. — T.

la picote des dindons1! Pour l’honneur de la spécificité, pour l’honneur de la Touraine et pour le plus grand salut de ses renommés dindons , priez Bodin , avant que ses tubercules ne l’aient tué, de vous envoyer une petite note sur cette singulière maladie. Je ferai imprimer cette note sous son nom dans le Journal vétérinaire. Cette note d’ailleurs ne déparerait pas votre do thin entérite. Le plus beau serait s’il vous envoyait un gros dindon , ou du virus, ou des champignons de picote ; nous ferions alors à Alfort une belle é.pidindonnerie artificielle. Sérieusement, écrivez à Bodin. (Je fais cette recommandation à Jacquart et je le rends responsable.)

« Je ferai des pleurésies comme vous les voulez; je n’ai point encore pu exécuter ce projet, à cause des examens de la mi -année qui ont arrêté nos massacres pendant quelques jours. Je n’ai pu joindre Lassaigne pour lui lire ce qui le concernait dans votre lettre. Il y a tantôt un mois que je n’ai été à la Faculté, ainsi je n’ai point encore votre diplôme.

« M. Bacot est à Tours, de sorte que j’ignore où en est notre Sologne ; j’ai grand’peur que ce projet ne soit pas réalisé cette année, et je vous avoue que j’en serais vivement contrarié. Bientôt probablement de nouvelles dispositions réglementaires vont faire quitter Charenton à- Calmeil et à moi , qui sommes docteurs ; bientôt nous serons forcés de nous établir comme nous pourrons à Paris , et dans un axa il ne serait peut-être guère raison-

1 Picote des dindons, petite vérole, chancre cutané, ulcère de la crête. Maladie fébrile, pustulente, à caractère épizootique et contagieux.

N’offre pas les mêmes caractères que chez l’homme, bien que vraisemblablement l’espèce soit commune ; mais il est è supposer que le viras varioleux a changé de nature en passant d’une espèce à une autre. — T.

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nable d’abandonner une clientèle commençante pour courir le pays et recommencer l’année suivante sur de nouveaux frais. C’est surtout mon défaut absolu de fortune qui me mettrait dans l’impossibilité de quitter Paris après, y avoir fait un premier établissement fort coûteux , dont il me faudrait recommencer les frais un an après. Au lieu que, partant cette année pour la Sologne, je ne ferais aucune dépense pour m’établir avant d’avoir mis fin entièrement à l’entreprise que j’aurais commencée.

« Dans ce moment- ci, il est question pour moi de la direction d’une maison d’aliénés à Paris ; le médecin qui tient cet établissement ne s'entend guère qu’à la cuisine, et il désirerait pour diriger ses malades un homme qui eût l’habitude des fous. J’aurais là soixante -dix aliénés. Quelques avantages pécuniaires que j’y trouve, quelque attrayant qu’il soit pour moi de suivre ce genre d’études et d’avoir des malades sous ma direction spéciale, je recule cependant, en songeant qu’il me faut renoncer à Alfort et à la Sologne. Sachez donc de M. Bacot où en est le grand projet.

« J’apprends de ma mère que ma cousine de N... a une grave maladie du sein. D’après la description que j’en ai eue, je crains bien qu’il ne s’agisse d’un carcinome ; puis-je compter sur votre complaisance pour savoir ce qu’il en est?

« Adieu, mon cher Maître, je vous embrasse de tout mon cœur. Votre élève reconnaissant.

« Veuillez présenter mes respects à Mme Bretonneau ; assurez Jacquart de ma sincère amitié.

« Parlez -moi de vos diphthérites , envoyez -nous votre interminable dothinentérite. »

LETTRE CLXXP

DU MÊME

« Charenton , 9 avril 1827.

« Mon cher Maître,

« J’ai fait une œuvre dont je suis tout glorieux, et c'est peut-être la seconde bêtise que je fais cette année. J’ai refusé rétablissement dont je vous avais parlé dans ma dernière lettre. Voici quels étaient les arrangements. Je partageais le service avec le directeur de la maison, il me logeait, etc., etc., me donnait deux mille francs la première année, deux mille cinq cents la seconde, et mille écus la troisième. C’était, ainsi que je vous l’avais dit, une maison d’aliénés , qui contenait soixante -dix malades. Peut-être j’aurais accepté sans la douce espérance de ma chère Sologne, et le vil amour de l’argent m’aurait déterminé à changer la direction de mes études ; mais Dieu merci, comme dit ma mère , je ne suis qu’un sot, qui ne saura que manger de l’argent, et jamais en gagner.

« Votre dernière lettre, que Velpeau ne m’a donnée qu’hier, parce qu’hier seulement je le suis allé voir, m’apprend que M. Bacot parle toujours de ma Sologne avec un enthousiasme de nouveau converti; veuillez l’entretenir dans ses chaleureuses dispositions et surtout donnez-lui un petit mot de lettre pour moi. Faites -lui bien sentir qu’il serait tout à fait à propos de me faire partir

ayant la fin de juin , afin de voir naître et se développer les fièvres.

« Je me suis toujours reproché de n’être pas né avec mille écus de rentes, je n’aurais pas eu besoin de M. de Bois-Bertrand pour faire mes excursions médicales, et la ferrea nécessitas ne m’eût pas emporté dans des directions qui sont loin de mes goûts , et qui me font regretter tous les jours qu’il faille tant de choses pour l’homme de dedans et de dehors.

« Je vais faire tout ce que vous me demandez. Je vais répéter les expériences dont vous désirez que je m’occupe, et dans un mois je vous aurai envoyé tous mes résultats. Il me sera fort difficile d’ examiner vos glandes de Peyer chez les ruminants autrement que dans la boucherie de Charenton.

« Je ne puis savoir rien de vos dothinentériques, parce que je ne suis pas à Paris ; pourtant je vais mettre en quête quelques limiers, et je vous rendrai compte de ce qu’ils auront vu.

« J’apprends que Mme Bretonneau doit venir bientôt à Paris; je vous saurais bien mauvais gré si vous ne m’informiez de l’époque précise de ce voyage. Je m’estimerais fort heureux de lui offrir souvent mon bras , et de l’aider dans toutes commissions dont les Tourangeaux et les Tourangelles ne manqueront pas de la charger. Mme de Martigné veut absolument s’occuper de tout ce qui concerne les folies de ces dames.

« Adieu, mon cher Maître, je vous embrasse de tout mon cœur. Votre élève reconnaissant.

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LETTRE CLXXIP

DE BRETONNEAU A TROUSSEAU

« Tours, 21 mai 1827.

« Remerciez M. Rigot de la belle expérience qui vous a prouvé que vous étiez un arcki-sot; pour moi la chose était claire , et je vous avais moins pardonné vôtre rougeur inflammatoire que votre dysenterie. Dieu sait que vous avez pourtant tiré bien mauvais parti d’excellents matériaux. Par exemple, vous dites que je n’ai eu à regretter que peu de sujets, et vous ne rendez compte que de la clinique des salles militaires. Or, dans cette clinique, il n’en est mort qu’un seul sur quatre-vingts, et c'est précisément celui qui a été saigné. Croyez-vous que ce soit là précisément l’idée que laisse la lecture du vigoureux article que vous avez inséré dans les Archives {? Basta,

1 Trousseau venait de faire paraître dans les Archives de médecine le travail suivant :

Mémoire sur une épidémie de dysenterie qui régna dans le département d’Indre-et-Loire en 1826, par MM. Trousseau, agrégé près la Faculté de médecine de Paris, et Parmentier, ex-élève de l’hôpital de Tours. (Clinique de M. Bretonneau.)

(Arch. gèn. de méd. Mars et mai 1827.)

Dans ce travail, Trousseau et Parmentier rendaient compte de l’influence qu’avaient exercée sur les dysentériques soignés pendant l’épidémie à l’hôpital de Tours la médication et le régime auxquels les avait soumis Bretonneau.

Us démontraient, avec de rigoureuses observations h l’appui, que les malades traités par les émissions sanguines avaieht offert plus de mortalité, des accidents infiniment plus graves et des guérisons plus labo-

j’espère mettre en œuvre ces mêmes matériaux, et nous verrons si je saurai en tirer meilleur parti.

« Avoir vu mon enfant prendre cette teinte uniforme des colonnes tendineuses du cœur pour une lésion phlegmasique, l’avoir vu douter, j’eusse autant aimé lui voir prendre pour un érysipèle la coloration des mains d’un teinturier ou d’un vendangeur. Mon ami, il n’y a qu’un savant, c’est-à-dire un animal incapable de faire usage de ses sens, qui puisse tomber dans une semblable faute. Puissent mes admonestations paternelles vous préserver à l’avenir de si monstrueuses bévues !

« Mais, si vous n’avez pas de chevaux, vous ne me ferez pas croire que vous ne pouvez avoir quelques chiens; de grâce, au moins, injectez de l’eau fétide filtrée dans les veines d’une pauvre bête , vous aurez satisfaction de vos quand même.

« Donnez-moi donc enfin l’ultimatum de M. Lassaigne.

« Ma femme est partie lundi dernier; je devais vous écrire à l’avance, je devais vous écrire le jour de son départ, mais la diphthérite ne me laisse plus respirer. J’ai à Vouvray une petite fille que je n’aurais pas daigné trachéotomiser, et que l’insufflation du calomel maintient

rieuses que ceux auxquels on avait administré le sel d’Epson et dont on avait soutenu les forces par quelques aliments légers.

Certes, l’administration des purgatifs dans la dysenterie n’était pas une idée nouvelle , et les vieux maîtres classiques y avaient eu fréquemment recours. Mais, depuis longtemps, cette méthode de traitement, considérée comme irritante, avait été bannie de la médecine et avait fait place aux émissions sanguines. — Comme tant d’autres agents thérapeutiques, le médecin de Tours venait de les remettre en honneur non seulement dans les dysenteries, mais aussi dans les fièvres continues, et' on a vu plus haut la spirituelle boutade de Trousseau racontant à son maître qu’à son exemple il salait ses dothinentériques comme des jambons de Mayence. — T.

depuis soixante-douze heures dans l’état le plus merveilleux d’agonie ; sans doute elle finira par succomber, mais cela n’en est pas moins prodigieux : voilà, y compris le docteur Guimier, vingt-quatre personnes que l’application topique de l’alun ont préservées d’une mort aussi inévitable que celle dont un second accès de fièvre pernicieuse était le présage avant l’admirable médication enseignée par Torti. Ma femme est descendue chez MIIe Gobert, rue de Hanovre , n° 8 ; elle ne doit pas rester plus de quinze jours à Paris.

« Vale , mi fili.

« Toujours, toujours, j’ai dû vous parler du pauvre Henri Bassereau. Je crois que je pourrais avec vous traiter ce sujet de vive voix, et j'ai avec cet excellent garçon l’apparence d’un tort qui me pèse; je serais bien heureux que vous pussiez contribuer à alléger ce cas de ma conscience opprimée.

« Injectez de l’eau fétide.

« Vos cousines sont bien, bien, bien; il n’y a pas moyen de vous dire cela en détail. »

LETTRE CLXXIIP

DU MÊME

« Tours, 11 juin 1827.

« Oui, mon cher Loyola, je suis un jésuite, et vous devez vous y connaître. Toute votre objurgation est une pièce digne d 'Escobar. Je voulais que les résultats de la

clinique militaire fussent présentés à part, mais je voulais qu’en même temps les résultats de la clinique civile fussent mis au grand jour; une importante vérité pratique ressortait pour les moins clairvoyants d’une si simple et d’une si franche exposition. C’est aux deux extrémités de la vie que la dysenterie est plus à redouter. Ce sont les sujets les plus forts et les mieux constitués qui résistent le plus souvent à cette dangereuse phlegmasie. Mais vous m’aviez très bien compris avant de me décorer des insignes de votre ordre.

« Cette tunique interne des artères, qui se laisse sans rougir déchirer par les écailles pierreuses qui la soulèvent, est-elle susceptible d’être pénétrée par les plus fines injections? (La gélatine colorée.) N’a- 1 -elle pas plus de rapports avec la tunique épidermoïde de l’œsophage qu’avec les membranes muqueuses dont on l’a rapprochée? Oh ! que je voudrais avoir le temps d’y regarder, que je me moquerais de vous!

« Oui, je mettrai à fin la dothinentérie ; oui, elle concourra avec les additions qui me restent à faire à la thérapeutique de la diphthérite pour le prix de 1828. Si vous voMez venir à mon aide, et me préserver du danger que je cours d’être absorbé par quelques nouvelles séries d’expériences, tenez votre promesse, je vous en conjure, puis armez-vous de cette ébauche du soufïloir, prenez une leçon de Jacquart, qui, tandis que je cours à Preuilly, va vous expliquer le mécanisme du merveilleux instrument; insufflez dans le pharynx de quelque pauvres chiens, d’un couple de chevaux , du calomel porphyrisé avec de la gomme, un mors échancré mettra à votre disposition le pharynx et le larynx de vos patients. J’ai le plus grand désir de savoir si le deuto- chlorure, en parvenant dans les

cellules pulmonaires, ne peut pas occasionner une irritation inflammatoire, puis un engorgement péripneumonique. Une ouverture à la trachée vous permettra de forcer les doses de la substance pulvérulente insufflée à un point qui ne puisse laisser aucun doute. Jacquart vous transcrira la plus grande partie d’une observation qui a donné naissance à tous ces scrupules. Cette surface muqueuse pulmonaire est si éminemment absorbante, qu’il est encore bon de savoir jusqu’à quel point des effets mercuriels peuvent être à redouter pour la constitution à la suite des insufflations réitérées. Vous comprendrez comment, à moins de trois ou quatre jours, il n’y aurait aucune induction à tirer de l'innocuité de vos expériences. Je suis porté à croire que la prolongation de l’asphyxie et la dilatation forcée des cellules pulmonaires pendant les accès de suffocation ont été la cause de la péripneumonie; mais je saurai bien mieux à quoi m’en tenir lorsque vous aurez sacrifié trois ou quatre chiens à ces expériences.

« Mon cher Omar, je n’ai jamais désespéré de vous; voilà une belle occasion de vous réhabiliter et de vous blanchir de cette teinte physiologique qui menace de passer au brun et même au noir. J’ai le plus grand désir de connaître les résultats qu’obtiendra M. Lassaigne; l’opinion d’un homme aussi expérimenté fixera toutes mes incertitudes.

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