LETTRE CXXVII
« 29 janvier 1826.
« Mon cher Maître,
« Voici le titre arrêté de votre ouvrage : Des inflammations spéciales des tissus muqueux en général , et en particulier de la diphthérite. Second titre : Traité de la diphthérite ou phlegmasie pelliculaire de la bouche, etc. Ensuite à l’introduction, au lieu de mettre : dans le premier volume qui comprend, etc., nous avons réuni ce paragraphe à celui qui précède, et cela fait : ce travail comprend, etc. ; puis au lieu de : le second volume qui suivra immédiatement, etc., j’ai mis : dans un autre volume qui suivra, etc. ; enfin je fais précéder les deux mémoires des mots premier ou second. Tels sont, quant à présent, les changements que j’ai cru convenable de faire, après les avoir soumis au jugement de M. Duméril et du camarade Omar. Vous allez dire que ce sont des futilités et que nous nous moquons de vous, soit; mais c’est du charlatanisme de libraire, et la faute en est à un misérable public qui ne veut point de la vérité toute nue. Du reste, s’il j avait dans ces petites transmutations des mots que vous ne voulussiez pas absolument y laisser, il est encore temps de faire vos réflexions; mais il est temps, tout à fait temps , car la feuille qui comprend l’introduction sera donnée en bon à tirer vendredi sans le moindre retard.
VELPEAU A BRETONNEAU
M. Fournier m’assure que dans cinq semaines tout sera terminé. En conséquence il n’y a plus de biais à prendre; nous marcherons avec vous si vous voulez ou sans vous si vous reculez : répondez de suite, fermez l’épidémie de Chenusson et faites -nous promptement parvenir ce que vous avez à nous dire ; il y a dix ans que vous dormez , maintenant il faut veiller. Il est entendu que les Tourangeaux formeront cercle à Paris : vous serez le général; Trousseau, le plus enthousiaste et le plus audacieux, sera mis en avant toutes les fois qu’il faudra tomber sur quelqu’un, et Georget est là pour recevoir dans ses bras les travaux ou les éloges de l’école Bretonnienne l. Déjà la diphthérite est lancée, nous la défendrons contre quiconque osera l’attaquer, et vous pouvez croire qu’elle sera vivement combattue. La dothinentérie est aussi partie par fragments dans les Archives. Trousseau, de son côté, va la faire soutenir dans une thèse; et moi, du mien , dans une autre , mais avec les nuances que le séjour de Paris m’a inspirées. Longtemps j’ai respecté vos secrets, maintenant je m’en mords les doigts, et cette folie ne sera plus renouvelée : vous écrirez ou nous écrirons.
« Ah ! j’oubliais de vous dire que M. Cloquet père me charge de vous faire ses compliments, ainsi qu’à
1 Georget, né à Vernou (Indre-et-Loire) en 1795, était ancien élève de l’hôpital de Tours, auquel il avait été attaché de 1813 à 1815.
Interne à Saint -Louis et à la Salpêtrière, lauréat du prix Esquirol, docteur en médecine en 1820, Georget s’adonna à la Pathologie mentale, où il conquit dès ses débuts un rang distingué. En moins de deux ans , il fit paraître un Traité de la folie et une Physiologie du système nerveux, ouvrages remarquables par le talent de l’analyse et la puissance de déduction et qui jetèrent des clartés nouvelles sur la psychologie morbide. Georget mourut à Paris le 14 mai 1828. Il avait à peine trente-trois ans. — T.
Mme Bretonneau, dont il m'a plusieurs fois demandé des nouvelles, et au souvenir de laquelle je vous prie de me rappeler aussi. »
LETTRE CXXVIIP
DE TROUSSEAU A BRETONNEAU
« Charenton , 6 février 1826.
« Vous nous désespérez, mon clier Maître, avec vos épreuves. Il est pour nous bien démontré que vous ne nous enverrez pas une épreuve avant huit jours et qu’ainsi votre livre lassera nous , le libraire et l’imprimeur. Jamais vous ne vous astreindrez à corriger une épreuve aussitôt reçue, et à nous la renvoyer aussitôt corrigée. Nous vous donnons en ce moment la plus grande preuve d’obéissance que nous vous ayons jamais donnée. Nous avons donc décidé que je corrigerai la première épreuve, que je la renverrai à Velpeau, qui la collationnerait; que Velpeau la renverrait à l’imprimeur, qui en tirerait une deuxième ; que cette deuxième vous serait envoyée ; que si elle ne nous était pas revenue au bout de cinq jours, nous passerions outre, aux termes de vos propres conventions écrites dans la lettre désespérante que vous écriviez hier à Velpeau. Je vous proteste que notre obéissance n’ira pas au delà, parce que nous aurions à répondre devant Dieu d’avoir favorisé votre excessive paresse, si
TROUSSEAU A BRETONNEAU
nous n’étions pas aussi sévères pour vous que vous êtes exigeant pour nous. Le libraire est tout rouge fâché, l'imprimeur est tout inquiet ; et malgré notre attachement pour notre maître, nous ne pouvons prendre sur notre conscience de les consoler ; faites par votre exactitude que, la première fois de votre vie , vous donniez à vos amis meilleure opinion qu'ils n’avaient de vous.
cc Dans l’instant même, je reçois votre première épreuve. Je viens de la corriger ; elle était assez correcte. Je me suis permis quelques changements ; c’est une licence que vous m’avez donnée. Page 2 de l’introduction, vous avez mis: Pendant le cours d’une épidémie ; j’ai substitué : de plusieurs épidémies. Page S de l’introduction , le mot morbide est répété deux fois à trois lignes d’intervalle. J’ai effacé le second, ce qui ne nuit aucunement au sens. Page 9, la première du mémoire, à phlegmasie diphthérie, j’ai substitué diphthéritique ; j’espère que vous êtes content. Page 12, paragraphe 5, Si l’examen des viscères qui n’avaient offert aucune altération morbide a quelquefois été négligé, c’est avec la plus minutieuse exactitude que l’état du canal digestif et des voies aériennes a été étudié; j’ai mis : Si l’examen de quelques viscères, etc., c’est du moins avec, etc. Page 7 : Je m’ arrêterai dans cette dernière lecture ; j’ai substitué partie à lecture. Dans une seconde partie, j’ai mis : Dans un second travail. Voilà tout ce que j’ai changé ; vous rectifierez, mon cher Maître, ou vous mettrez le veto. »