‹ Bretonneau et ses correspondants, ouvrage comprenant la correspondance de Trousseau et de Velpeau avec BretonneauChapitre 3 sur 94 · LETTRE CXXIX · texte numérisé non relu

LETTRE CXXIX

DU MÊME

« Charenton , 16 février 1826.

« J’ai reçu et corrigé samedi la première épreuve de la deuxième feuille ; j’attends l’autre demain. J'ai changé une phrase tout entière, ou plutôt j’ai complètement interverti les membres de la phrase. Je ne me rappelle plus le texte. C’est à l’endroit où vous prouviez que la gangrène scorbutique n’était pas scorbutique, attendu que le malade n’offrait aucun symptôme de cette diathèse. La phrase était absolument inintelligible et surtout nullement française ; il y avait eu évidemment erreur de copiste : j’ai rétabli à ma manière et la chose est française et claire maintenant.

« Vous avez dû recevoir les Archives: ils ont mis oo9tv7j au lieu de SoSnjv ; en quarante jours au lieu de au quarantième jour, etc. C’est égal, vous avez trouvé cela bien imparfait de description ; mais encore en est-ce assez pour effaroucher des pirates. Vous verrez le deuxième article, dans lequel je donne quelques observations et passe en revue les auteurs qui font semblant de s’être occupés de l’inflammation des cryptes.

<c Vous avez eu dans le temps un chien, mort de fièvres ataxo - adynamiques , à la suite de l’injection de sub-

TROUSSEAU A BRETONNEAU

stances irritantes dans la conjonctive. La même chose vient de m’arriver: depuis quinze jours, je mettais impunément de l’alcool à 36° dans l’œil d’une petite chienne ; voilà, qu’elle est prise de symptômes cérébraux, en même temps qu’une large ulcération se déclare tout à coup et sans travail inflammatoire appréciable sur la cornée lucide de l’œil droit ; ma chienne meurt au cinquième jour, après avoir offert des symptômes de paralysie générale fort curieux. Aucune exsudation, aucun ramollissement. Injection des méninges, coloration de la substance grise , rachis sain , thorax sain , membrane muqueuse gastro- intestinale d’un rouge vif, général, uniforme. Il m’a semblé que cette membrane était phlogosée. Cryptes de Peyer et de Brunner tout à fait exempts d’inflammation. Adieu, mon cher Maître, je saurai vendredi si je suis admis au concours. Travaillez à vos traductions et ne vous fiez pas sur celles de Velpeau , car il se pourrait bien qu’il se fiât aussi sur les vôtres. Mettez au net l’épidémie de Chenusson , et que tout cela ne vous empêche pas de nous renvoyer promptement votre deuxième épreuve.

« Votre élève reconnaissant. »

LETTRE CXXXc

DU MÊME

« Charenton, 17 février 1826.

« Je viens de corriger votre troisième feuille , mon cher Maître, et je la renvoie à Velpeau. Page 34, j'ai mis: dans ce dernier cas, au lieu de dans ce cas. Après la cinquième observation j’ai ajouté ces mots : Les malades qui font le sujet de ces deux observations ne furent pas confiés à nos soins ; mais nous pûmes néanmoins en faire nous-même l’autopsie. En effet, ils ont été brusquement envoyés dans l’autre monde, et il ne faut pas prendre sur la conscience plus qu’on en a.

« Paragraphe 49, j’ai effacé les trois dernières lignes de ce paragraphe, qui sont aussi les dernières du premier mémoire ; parce que 1°, elles n'ajoutent rien au sens, et que 2°, elles sont d’une composition équivoque. Paragraphe SI, à l’avant-dernière ligne, j’ai effacé le mot: En se concrétant, que vous rétablirez si vous voulez ; il m’a semblé qu’il faisait une sorte de contresens avec la putréfaction de la production albumineuse ; il y a au moins faute de temps grammatical.

« J’étais hier chez Velpeau, qui recevait la première feuille revue par vous. En conséquence, les autres vous seront exactement et promptement envoyées, pourvu que vous continuiez à nous les renvoyer exactement et promptement. En vérité, il ne vous faut pas plus de deux heures

TROUSSEAU A BRETONNEAU

pour corriger une feuille dans laquelle il ne reste plus que peu de fautes ; et si vous vouliez vous en donner la peine, vous pourriez, par le même courrier, nous adresser vos corrections. Dans votre désespoir, vous avez écrit à M. Guersant, qui a trouvé que nous faisions bien ; nous pensions déjà que vous écriviez à votre imprimeur, qui était décidé à n’écouter non plus que nous ; de façon que la mauvaise opinion que vous avez donnée faisait que personne n’avait écouté vos réclamations. Comptez bien que nous vous ferons une guerre impitoyable jusqu’au dernier jour, parce qu’il importe que la diphthérite, annoncée déjà dans les journaux, ait paru au plus tard le 1er avril.

« Mettez au net l’épidémie de Chenusson , traduisez votre anglais et votre italien, et, s’il vous reste une minute, écrivez-moi deux mots. J’ai dit à Velpeau qu’il activât son imprimeur, de manière que tous les quatre jours je reçusse une nouvelle épreuve, et qu’il en fût de même pour vous. Ainsi il s’établirait une navette, et la publication de l’ouvrage n’en éprouverait aucun retard.

« Je me suis fait inscrire hier pour l’agrégation. Ma pétition pour la dispense d’âge a été renvoyée à la Faculté, et les professeurs m’ont promis de l’accorder. Nous sommes vingt-deux pour la médecine , dont buit très vigoureux. Il y a sept places. Velpeau, qui connaît tous les concurrents, m’assure que je serai reçu; mais moi, qui me connais mieux qu’il ne connaît les concurrents, je sens que je ne puis concevoir de grandes espérances. Le fait est qu’ils ont tous grand'peur de moi. Dans presque tous les hôpitaux j’ai eu des discussions très chaudes , et comme j’ai le timbre sonore et qu’une parole n’en attend pas une autre, ils se sont fait de mes

forces médicales une idée assez peu juste, d’après mes forces physiques. Vaille que vaille, je me battrai, encore que je doive être battu. Il me reste deux mois, et c’est bien peu quand on sait si peu ; mais gare aux Broussistes ; la diphthérite , la dothinentérite , trois ans de clinique de Tours et les chiens : en voilà plus qu’il n’en faut pour ne rien redouter de leurs arguments et pour argumenter énergiquement contre eux. Le hic, c’est la leçon orale et la question par écrit; je tremble d’avance; d’ici là, mon cher Maître, priez pour moi, in ancipite casu.

« Adieu, mon cher Maître ; nous sommes tous réconciliés avec vous jusqu’à nouvel accès de musarderie.

<c Votre reconnaissant élève.

« Veuillez offrir mes respects à Mme Bretonneau. »

LETTRE CXXXP

« 21 mars 1820.

« La diphthérite marche , comme vous voyez ; fasse le ciel que la dothinentérie ne nous oblige pas à crier de nouveau ; vous avez vu que l’on s’était trompé l’autre jour, en vous envoyant une première épreuve, au lieu d’une seconde. Vous n’aviez demandé les lithographies que pour trois ou quatre jours, et cependant elles ne sont

VELPEAU A BRETONNEAU

pas encore revenues. Nous les attendons pourtant, car il importe de tirer promptement, pour que la planche ne s’altère pas. Vous aurez l’autre incessamment, elle est à moitié faite, et vous la renverrez, s’il vous plaît, aussitôt. Je ne vois pas trop à quoi serviront vos coupes verticales et transversales du conduit aérifère ; celle que vous avez en indique assez, il me semble, aidée d’une description, pour que tout le monde s’y reconnaisse et puisse l’entendre. D’ailleurs, avec la canule et le petit balai, qui est vraiment job, elles surchargeraient la planche qui nous reste, ou bien ebes obbgeraient à en tirer une autre, ce dont le libraire ne se soucie point; répondez -nous si vous y tenez beaucoup.

« Le sujet que vous avez était âgé de sept ans ; j’aime à croire que vous avez fait votre description et que la lettre est placée sur cette figure. D’après ce que m’a dit M. Jacquart, vous pensez donc que les organes péyériens ne sont pas des glandes 1 ? Qu’ entendez -vous par votre appareil folbculaire ? Est-ce que vous ne voyez pas de différence entre les follicules qui se rencontrent à la surface de toutes les membranes muqueuses et les petits corps qui deviennent le siège de la dothinentérie ? Prenez -y garde, au moins ; il n’y aurait rien de si contraire à votre spécificité. Moi, il m’a semblé, d’après ce que j’ai

1 On était mal fixé , à cette époque , sur la physiologie des organes de Peyer. On sait aujourd’hui qu’ils représentent, avec les follicules clos isolés , un système d’organes lymphatiques mis , par des sinus largement ouverts , en communication avec les lymphatiques de la surface d’une part, et, de l’autre, avec ceux qui débouchent sur la surface péritonéale; que c’est là la porte d’entrée la plus ordinaire des bacilles d’Eberth et la région où se montrent le plus habituellement les lésions causées par leur pénétration. On voit combien le médecin de Tours avait raison d’attribuer un caractère spécifique à l’altération pathologique de cesappareils. — T.

pu voir, que c’étaient de petits sacs plus composés que les follicules, doublés d’une couche glanduleuse et sécrétant une matière particulière qui était versée à l’intérieur des intestins dans un but quelconque, et je vais faire soutenir cette idée par M. Delange1. M. Jacquart m’avait promis des renseignements à ce sujet, et je les attends encore.

« Le premier article de Trousseau était mieux que le second à mon avis, qu’en pensez -vous? Songez que le mois de mai approche et que vos deux compères auront bien besoin de votre présence. Pourquoi la dothinentérie ne serait -elle pas terminée? parce que vous retournez cent fois les phrases avant de les trouver bonnes ; c’est assurément perdre son temps que d’être aussi minutieux. Si Horace et Boileau avaient raison de leur temps, ils auraient tort maintenant. L’homme a beau faire, jamais les œuvres ne sont parfaites, et souvent, après avoir limé six mois une page, elle vaut moins que le premier jour ; en sorte que, par le temps qui court, ce sont, comme dans l’Evangile, les premiers qui arrivent les derniers. »

1 Élève de Velpeau , à qui il faisait préparer une thèse sur la dothiénentérie.

TROUSSEAU A BRETONNEAU

LETTRE CXXXIP

« 21 mars 1826.

« J’étudie maintenant les maladies cérébrales, mon cher Maître, et c’est pour moi un inextricable labyrinthe. Lallemand1 et Rostan2 ont avancé la science, ont éclairé beaucoup l’inflammation du cerveau et l’apoplexie ; mais il s’en faut de beaucoup qu’ils aient dissipé tous les doutes qui restent dans mon esprit. Je n’entends rien, absolument rien, à la méningite, à l’arachnitis , à l’hydrocéphale. J’ai vu avec vous quelques-unes de ces maladies , et je ne retrouve, dans les auteurs qui semblent les plus exacts, aucun de ces symptômes si constants , si uniformes , que vous m’avez appris à voir dans la méningo-céphalite. Le symptôme le plus constant, disent -ils, dans la phrénésie est le délire phrénétique, et voilà que je ne l’ai pas observé une seule fois , et que vous ne l’avez vu que chez ce pauvre Boisrogé, dont vous n’avez pas fait l’autopsie. Cette méningo-céphalite, que nous avons si souvent rencontrée à l’hôpital, et qui a été si constamment mortelle, serait-elle un mode particulier de phlegmasie qui ait été maladroitement confondu

1 Lallemand. — Recherches anatomo-pathologiques sur l’encéphale et ses dépendances (1820). Réédité à Paris (1834-1836), 3 vol. in-8°.

- Rostan. — Recherches sur le ramollissement du cerveau. Paris, 1819) n- 8° ; 1823, in-4".

avec les autres par les auteurs qui ont écrit sur les maladies cérébrales? J’ai besoin de votre aide, dans cette circonstance ; veuillez me répondre à ce sujet et dites -moi comment je dois me diriger.

« Le concours approche, et Gouraud devra bien m’apporter la solution du problème. Vous verrez que la diphtbérite a marché rondement la semaine dernière ; j’ai corrigé six feuilles, et nous en sommes aujourd’hui à la page 240 ; espérons que pendant cette sainte semaine ils mettront autant d’activité. Vous avez en vérité bien fait de demander pardon, dans votre avant-propos, de l’excessive irrégularité du plan de votre ouvrage. Il me semble absolument nécessaire pour sauver les contradictions, les redites, de mettre en tête de l’épidémie de la Ferrière et de Chenusson ce titre : deuxième ou troisième mémoire sur la diphthérite, etc. Le mot ajouté fera voir clairement que la dernière partie a été faite postérieurement à la première , et l’on aura moins de droit d’exiger l’ensemble si nécessaire dans un ouvrage aussi court. Consultez votre sagesse, et épargnez un peu de peine à vos pauvres élèves chargés de la tâche difficile de démontrer, dans les journaux de médecine, que vous n’êtes pas du tout en contradiction avec vous-même et que vous êtes un chef-d’œuvre de méthode. Non seulement je voudrais que vous missiez un numéro à l’épidémie de la Ferrière et de Chenusson, mais je voudrais, ou plutôt désirerais que la date y en fût accolée; qu’ ainsi on vît :

« Troisième Mémoire sur, etc., 1825.

« Quatrième Mémoire sur, etc., 1826.

« Je sais bien que tout cela va exciter votre hilarité ; mais je n’en persiste pas moins dans ma proposition.

TROUSSEAU A BRETONNEAU 31

« En lisant un de ces derniers paragraphes qui ont été imprimés, je voyais que vous proposiez d’introduire, par l’ouverture que vous pratiquez à la trachée , une tige de baleine flexible, pour repousser en haut et au-dessus de la glotte les concrétions peu adhérentes qui l’assiégeaient ; pourquoi donc n’avez -vous pas tenté d’introduire dans la trachée et en bas, jusqu’à la bifurcation des bronches , une éponge légèrement imbibée d’acide hydrochlorique , surtout dans le cas où la fausse membrane n’était pas encore parvenue au delà de l’ouverture de la canule? et si dans le pharynx vous bornez si admirablement la phlegmasie à l’aide du traitement topique , pourquoi ne pas le tenter dans la trachée? Il me semble qu’un pareil moyen offrirait plus de chance de salut et, dans certaines circonstances , moins de danger que le calomélas. Il me semble que l’action topique de l’acide ne pourrait entraîner aucun inconvénient grave, surtout si l’on portait l’éponge après une inspiration. Je grille qu’il me tombe entre les pattes un lot de diphthéritiques ; je vous réponds qu’ils seraient cautérisés , quand ils devraient l’être jusqu’au diaphragme ; mais les bonnes aubaines (je suis un grand coquin) ne vous tombent qu’à Tours. Adieu, mon cher Maître, priez Jacquart de ne pas oublier ce qu’il m’a promis , et vous , de votre côté , n’oubliez pas Moreau.

«■ Je travaille toujours avec courage pour notre concours, et je compte toujours que vous serez à Paris du 15 au 20 de mai, pour soutenir votre pauvre et reconnaissant élève.

(c Veuillez présenter mes respects à Mme Bretonneau.

« Mes amitiés bien sincères à Jacquart. »

Post-scriptum de Velpeau. — « Ma lettre était partie

quand j’ai reçu la vôtre, et j’en suis fâché, car vous répondez à plusieurs de mes questions. Si vous persistez à me laisser maître des indications anatomiques des lithographies, vous pouvez garder celle que vous avez ; mais j’attends votre réponse. Ce que vous me dites de M. Moreau me fait vraiment plaisir, d’autant mieux qu’à mon sens, le deuxième volume est mieux que le premier1. Les Anglais, les Allemands, les Brésiliens, les Belges, voire aussi les Portugais et les Suisses, ont paru fort contents de ce travail, et je viens de voir un article bien flatteur à ce sujet dans la gazette de Lyon ; mais ici j’ai des rivaux !... et je ne suis pas assez imbécile pour croire que je n’ai pas laissé de prise à la critique. Quant à vous, mon cher Maître, j’ambitionne vos louanges ; mais j’aime mieux vos conseils. Trousseau a raison, il me semble, relativement aux épidémies de la Ferrière et de Chenusson. Gomment se fait-il que M. Ed. Gendron vient dire, dans l’un des journaux sous-broussistes , qu’il a guéri ses malades affectés du croup, à Ghenusson, en leurs carifîant les amygdales ? Est-ce que vous ne seriez pas amis ? »

i Velpeau venait de publier le deuxième volume de son Anatomie chirurgicale : Traité d’Anatomie chirurgicale ou Anatomie des régions considérée dans ses rapports avec la Chirurgie. Deuxième et dernier volume. A Paris, chez Crevot. — T.

BRETONNEAU A VELPEAU

LETTRE CXXXIIP

DE BRETONNEAU A VELPEAU

« Tours, 25 mars 1826.

« J’arrive de Loches et repars pour Azay, et cependant je ne veux pas remettre à répondre à vous et à Trousseau; vous aurez incessamment l’extrait que vous a promis Jacquart, ainsi que les deux ou trois observations, etc. etc. J’approuve très fort le troisième et le quatrième mémoire , ce qui n’enlèvera pas les défauts dont j’avais été frappé. J’ai dit une partie de mes motifs pour les laisser subsister. Les contradictions sont plus dans le fait que dans le dire, et ce n’est pas ma faute; mais j’aurais cru en commettre une bien grave si j’avais dissimulé que le traitement mercuriel, efficace l’été, devient mortel l’hiver. Pendant trois jours et trois nuits j’ai été préoccupé de l’idée de porter une éponge dans la trachée de Babet de Puységur. Mais cela est plus aisé à projeter qu’à exécuter; il est surtout difficile, à la profondeur où se trouve l’ouverture de la trachée, d’aller fourgonner avec une baleine munie d’une éponge. Je sais que l’absorption se fait dans les voies aériennes d’une manière fort active ; je sais aussi que les effets du calomel sont fort à redouter. Vous noterez, s’il vous plaît, que je ne le sais positivement que depuis que ces malheureux de Chenusson ont été si déplorablement empoisonnés, au moment où ils allaient devoir leur résurrection à la trachéotomie. Mais

je sais aussi que sous une température plus favorable un grand nombre de malades avaient subi un traitement plus prolongé, sans qu’un seul m’eût laissé soupçonner la possibilité d’aussi redoutables effets que ceux observés sur mes chiens. Le temps est venu m’apporter les matériaux du troisième et du quatrième mémoire, et il a bien fallu faire amende honorable et ne pas déguiser la vérité ! Passe pour les contradictions ; quant aux redites , si vous en signalez quelques-unes qui ne soient que des répétitions des menus faits et des mêmes idées, vous êtes dûment autorisé à en faire justice.

« Ce M. E. Gendron est le frère de celui avec lequel je suis lié. Cador, d’heureuse mémoire, est aussi un grand scarificateur, et qui guérit toujours le croup à coups de lancette; mais c’est le croup advnamique du bon Albert de Bremen , croup qui se réduit à une sérosité spumeuse et difïluente dans la trachée; entendonsnous, ce n’est pas même celui-là qu’ils guérissent, mais des angines scarlatineuses , très douloureuses et très bénignes; car une centaine de scarlatineux de moins bonne composition se sont moqués des scarifications et sont allés de V ouvray, de la Ferrière, de Chenusson, de Châteaurenault, des H ermites , etc. etc., dans l’autre monde bien et dûment sanguisugés, scarifiés et phlébotomisés. Je sais, du reste, de ceux qui les ont tués, qu’il n’en est pas mort un seul; et je sais d’autant mieux à quoi m’en tenir que c’est dans les cimetières que je l’ai appris.

« Maintenant c’est en particulier à Trousseau que je m’adresse pour lui dire, en thèse générale, que l’affection méningo-céphalite est aux arachnoïdites, aux méningites, méninginites , cérébrites , etc. etc. , ce qu’une fluxion de poitrine, une pleuro -péripneumonie est à la péricardite,

BRETONNEAU A YELPEAU

la pleurésie diaphragmatique, pariétale, la pneumonie, etc. etc.

« Je crains bien que le dogmatique Lallemand n’ait fait un tri dans Morgagni et dans les observations qu’il a pu recueillir, et que, sans altérer les faits, il n’ait choisi ceux qui convenaient à la symétrie de ses plans. Il sait très positivement comment et pourquoi chaque malade est mort, et sait surtout comment quelques sangsues eussent imprimé une autre direction à la maladie, et je suis en admiration devant son savoir. Après cela, sur un sujet que je n’ai point assez approfondi je me récuse. Quant à votre idée de spécificité, je ne doute point qu’elle n’ait un grand fond de vérité; et je suis convaincu que toutes les méningo-encéphalites, qui sont la suite et la conséquence d’une résolution purulente, ont un caractère commun, un caractère très grave. Ah ! que je regrette que des recherches nécropsiques n’aient pas complété la curieuse observation de M. Lenoble ! A une pleuro -péripneumonie tardivement enrayée par une application de sangsues succède une méningo-encéphalite , dont les funestes progrès sont excessivement rapides , et en même temps apparaissent au bout des doigts des tournioles remplies én dix ou douze heures d’une sérosité lactescente, dont l’horrible puanteur l’emportait sur celle des plus fétides macérations anatomiques. Les ramollissements partiels du cerveau, la méningo-encéphalite, dont vous avez recueilli à l’hôpital plusieurs observations , l’hydrencéphale, qui accompagne la fièvre léthargique de Torti, les inflammations traumatiques, me paraissent des affections énormément distinctes; peut-être ensuite n’y a-t-il pas plus de différence entre telles distinctions, dont on fait grand état, qu’entre le sixième et le quinzième jour

de la dothinentérie. Mon ami, les âges des maladies sont un point trop négligées de leur histoire; mais, je le répète, ces messieurs peuvent avoir raison, et si je puis être guéri de la dothinentérie, j’espère bien écouter plus attentivement leur dire, et même encore une fois celui de M. Lallemand, quoiqu’en vérité j’aie déjà lu ses lettres bien consciencieusement et à mesure qu’elles ont paru1.

« Ce n’est pas l’acide hydrochlorique que je regrette de n’avoir pas porté dans la trachée , mais l’alun vanté par Arétée, par Carnevale2, par tous les auteurs du xvie siècle; mais l’alun, dont M. Pommier, de Sens, a narré de si merveilleux effets dans son histoire particulière d’une guérison de croup, mais l’alun, que je viens d’appliquer avec le plus prompt succès sur une amygdale recouverte d’une concrétion couenneuse très suspecte. Cependant, il faut le dire, ce n’était, ainsi que l'a prouvé l’éruption scarlatineuse qui a paru , rien de plus que le croup de MM. Cador et Gendron, cette paire de baudets auxquels vous pouvez, si bon vous semble, distribuer quelques coups de fouet ou donner une botte de chardons. J’étais avec Jacquart lorsque j’ai entendu braire le Cador, qui avait fendu les tonsillaires de ce pauvre enfant de la Ferrière qui devait être trachéotomisé. Et Cador convenait que l’ouverture des tonsillaires lui avait mieux réussi lorsqu’une éruption s’était montrée à la peau. En voilà trop sur ces misérables !

a Sans plaisanterie, votre expédient des dates me plaît beaucoup; il explique le décousu du travail et il en justifie l’incohérence. Reconnaissez donc que le titre de

1 L’ouvrage de Lallemand avait paru sous forme de lettres. — T.

* Carnevale (J.-B.). — De epidemico slrangulalorio uffeclu. Ncapoli, 1 620.

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