‹ Bretonneau et ses correspondants, ouvrage comprenant la correspondance de Trousseau et de Velpeau avec BretonneauChapitre 44 sur 94 · DE DUMÉRIL · texte numérisé non relu

DE DUMÉRIL

« Paris, 11 juin 1835.

« J’ai le plaisir, mon cher ami, comme vous l’avez pu voir par la suscription de cette lettre, de vous annoncer que vous avez été élu hier, à la majorité de trente voix

sous les auspices de son père , chirurgien distingué de l’hôpital , et sous celles de Bretonneau et de Tonnelé. Après quelques années d’internat à Paris, il revint se fixer dans sa ville natale, où il ne tarda pas à se faire remarquer par son habileté chirurgicale et l’exact et consciencieux dévouement qu’il apportait au soin de ses malades.

Ces qualités le désignèrent bientôt aux postes les plus recherchés de là profession , et il fut nommé successivement chirurgien de l’hôpital , professeur de Pathologie externe, professeur à la Maternité. En 1854 , la chaire de Clinique chirurgicale et la direction de l’École lui furent confiées, et il conserva ses fonctions jusqu’à l’âge de la retraite.

Herpin a occupé en Touraine une position qui a été longtemps prépondérante. Son passé scientifique, sa grande honorabilité personnelle, la dignité de sa vie, la juste considération dont il est entouré ont prolongé cette situation exceptionnelle bien au delà des limites ordinaires de la carrière, et, jusqu’à près de quatre-vingts ans, il est resté le conseiller le plus entouré et le plus respecté du corps médical de la région. — T.

sur trente-six, correspondant de l’Académie des sciences*. Cette nomination aurait dû se faire il y a longtemps, car il y avait deux places vacantes; malheureusement je n’étais pas membre de la section de médecine et de chirurgie, et je n’ai pu provoquer la présentation. Ensuite il a fallu composer avec quelques-uns des membres de cette section , qui voulaient absolument faire passer d’abord Prunelle, maire de Lyon, député, qui était fortement protégé1 2. Enfin, sans aucune sollicitation, vous avez été proposé à l’unanimité par la section et nommé, quoique le nombre des membres présents n’ait pas été des deux tiers, comme le veut le règlement, qui a prévu le cas où cela arrivant, on renvoie de droit à l’une des séances suivantes convoquée à cet effet. Beaucoup de personnes qui ont eu avec vous quelques rapports, dont elles se rappellent avec plaisir, manquaient à cette séance. Le jeune Leclerc a pu vous dire que je regardais votre nomination comme certaine. Ce jeune homme a fait une thèse intéressante , et il s’en est tiré avec une note excellente : extrêmement satisfait. Je crois qu’il aurait encore pu faire mieux, mais il a eu occasion de faire preuve de connaissances variées et il s’en est fait verbalement beaucoup d’honneur.

« Le sujet qu’il a choisi est très intéressant; mais il

1 La place devenue vacante dans la section de médecine et à laquelle fut porté Bretonneau était celle de Blanc, de Londres. Les candidats présentés étaient : Bretonneau , Abercrombie , d’Edimbourg , Fleury, de Toulon, et Bellingeri, de Turin. Bretonneau fut élu au premier tour de scrutin. — T.

2 Prunelle, médecin de Lyon et député du Rhône, avait été professeur d’histoire de la médecine à la Faculté de Montpellier (1807). Révoqué pour ses idées philosophiques et libérales en 1815, il fut se fixer à Lyon, où il s’acquit une brillante situation , devint maire de Lyon et député.

Il fut plus tard nommé inspecteur à Vichy, où il mourut en 1853. — T.

DUMÉRIL A BRETONNEAU

exigeait beaucoup de recherches d’érudition, des faits recueillis et de nouvelles expérimentations. Je regrette qu’il ne m’ait présenté son travail que lorsqu’il était terminé.

« Notre jeune ménage demeure près de nous, au jardin du Roi, et nous jouissons bien de ce voisinage, surtout ma femme, et les omnibus qui côtoyent la maison des nouveaux mariés nous les amèneront cet hiver, au faubourg Poissonnière, d’une manière bien commode.

« La fabrique de sucre est dans une grande activité, telle qu’au moyen d’une demi -sphère , dans laquelle on fait bouillir le sirop à 60° R. dans le vuide, on obtient quarante pains de douze à quinze livres raffinés en quarante minutes , c’est-à-dire un pain par minute. Le malheur qu’ils ont, c’est la nécessité de perdre une énorme quantité d’eau, qui, une fois réchauffée, doit être écoulée. Ils n’en manquent pas, mais ils craignent de n’en plus avoir quand la Seine sera moins haute. Ils sont maintenant à la recherche d’un procédé pour refroidir cette eau, afin qu’elle puisse leur servir de nouveau.

« Adieu, mon cher ami; veuillez me rappeler au souvenir de tout ce qui vous est cher.

<r Tout à vous. »

LETTRE CCXLe

DE BRETONNEAU A TROUSSEAU

« Tours, 19 août 1835.

î Vous auriez reçu une réponse de Frédéric si je n’avais voulu moi -même vous écrire , et dix lettres de moi si bonne intention pouvait toujours être accomplie; mais vous savez, mon ami, comme on en use avec nous et comme on gaspille notre temps. Si vous n’aviez pas eu fantaisie du soufîloir, Dieu sait quand vous auriez eu de moi signe de vie! vous avez bien vu que je n’avais nul besoin du cheval; qui ne dit mot ne consent pas.

« Voilà un soufîloir de chez un tourneur, rue Neuvedes-Petits-Champs , presque en face du passage Choiseul. Vous en auriez sans doute trouvé à cette adresse, mais enfin en voilà un bien établi et qui fonctionne bien. Pour en tirer le meilleur parti possible , il faut toutefois y apporter quelques attentions : l’ouverture des évents ou tuyaux de plume doit être dirigée en bas et plongée dans environ une demi-once de poudre d’alun; une petite tache d’encre indique la position des évents. De petits coups latéraux doivent tasser et rassembler la poudre quand une ou deux insufflations l’ont dispersée.

« En voilà plus qu’il ne vous en faut; faites-vous donc grand cas de l’alun ? Oui , il modifie même l’inflammation diphthérique , mais lentement, mais douloureusement, et à cet égard il est bien inférieur au nitrate d’argent. Dans

BRETONNEAU A TROUSSEAU

beaucoup d’irritations chroniques, j’en demande pardon aux mânes de Bennati et à Velpeau , il m’a paru plus nuisible que profitable.

« Je dois toutefois vous avouer que depuis assez longtemps j’en ai à peine fait usage. Mais à droite, à gauche, j’entends des gens, à qui je ne l’ai point prescrit, qui ne s’en louent pas. Cependant je leur ai dit : Essayez encore, continuez; ils ne s’en sont pas mieux trouvés.

« J’ai rencontré hier madame votre mère, gaie, alerte, et ne se souvenant d’aucune incommodité.

« De nombreuses expériences m’avaient convaincu qu’on ne pouvait sans danger laisser pénétrer la moindre substance irritante dans les bronches; au reste, j’ai bien moins de défiance de l’action de la solution caustique, portée avec une éponge humectée dans la trachée, que de sa quantité. Si affaiblie qu’elle puisse être, elle causera une pneumonie lobulaire si elle ruisselle dans les divisions bronchiques.

(c Lorsque j’injecte du côté du larynx la solution caustique, ce n’est exactement que deux ou trois gouttes à la fois et à travers un pertuis extrêmement délié ; en retirant à une ou deux reprises cette injection, je multiplie les chances d’atteindre les parois du larynx, sans courir celles de laisser couler ce liquide dans les bronches.

<r A vous de cœur.

« Votre vieil ami. »

LETTRE CCXLP

DE BRETONNEAU A VELPEAU

« Tours, 26 octobre 1836.

<r Mon ami,

« Encore un élève qui est resté un an à l’hôpital, et qui le quitte dans l’espoir d’arriver à temps pour échapper aux exigences du baccalauréat ès sciences. Vous lui ferez obtenir au moins une inscription pour un an de séjour dans cette bonne école de Tours, n’est- ce pas?

« Plaisanterie à part, les écoles primaires, car notre pauvre école n’est pas même secondaire, formeraient à peu de frais une bonne et précieuse institution , si la nouvelle organisation des études médicales leur assignait un emploi et un rang convenables; si, pour être admis dans les écoles des Facultés, il fallait d’abord subir un examen analogue à celui que le gouvernement exige pour l’admission à l’École polytechnique. La santé publique, le sacerdoce médical, ne sont pas choses moins importantes qu’ artillerie , génie et ponts et chaussées.

« Là, les néophytes apprendraient à apprendre. Là, au grand avantage de leurs familles, leur aptitude serait éprouvée, et un moindre nombre de ceux qui arriveraient aux écoles, après avoir subi ces premières épreuves , s’en iraient à Paris faire du tapage et tromper l’espoir de leurs parents.

« Les examinateurs hésiteraient moins à arrêter un

TROUSSEAU A BRETONNEAU

jeune homme au début d’une carrière qu’il pourrait facilement quitter pour une autre ; le corps médical y gagnerait, et les pauvres malades, qui s’y trouvent un peu intéressés, n’y perdraient pas. J’ai déjà dit un mot à ce sujet à M. Bérard.

« En souvenir de vos premières études, vous devez votre appui à ce projet, et aussi une favorable assistance au jeune Mascarel, fils d’un docteur en médecine très distingué.

« Vale, mi fîli. »

LETTRE CCXLIP

« Février 1837.

« Bérard, qui vous aime comme s’il était de vos élèves, a beaucoup causé de vous avec moi, et il rêve un Palluau sur ses vieux jours.

Hoc erat in votis : modus agri non ita magnus,

Hortus ubi, et tecto vicinus jugis aquæ fons,

Et paulum sylvæ super his foret. Auctius atque Di melius fecere tibi, bene est, nihil amplius oro.

'( Il m’a conté comme quoi très décidément vous teniez les malades dans le plus profond mépris; et comme il fait ainsi que vous, il vous approuve, et moi aussi, qui ne vous imite pourtant. Il s’accumule à Tours d’orageuses

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