‹ Bretonneau et ses correspondants, ouvrage comprenant la correspondance de Trousseau et de Velpeau avec BretonneauChapitre 69 sur 94 · LETTRE CCLXXXIII · texte numérisé non relu

LETTRE CCLXXXIII

DU MÊME

« Paris, 24 février 1846.

« Mon cher Maître,

<c L’œsophage de Mme B. ne va pas trop bien. Je n’avais pas plus d'une ligne de lumière. Je suis arrivé à une éponge de cette grosseur.

« Je rencontre vers la deuxième dorsale un rétrécissement de trois centimètres de longueur , beaucoup plus étroit en bas qu’en haut. Une éponge s’engage assez aisément, mais l’obstacle franchi, j’ai une peine de diable à la retirer ; il semble qu’un anneau fibreux la serre en bas du rétrécissement. J’ai cautérisé l’autre jour, mais très bêtement, en imbibant une éponge de solution caustique. Il en est résulté un ramonage fort douloureux tout le long de l’œsophage, dont j’ai détruit l’épithélium; je vais m’occuper d’y porter localement le caustique en revêtant mon olive de gomme.

<r J’ai affaire à une malade bien impatiente ; elle ne supporte pas un cathétérisme plus de vingt à trente secondes, de sorte qu’il m’est bien difficile de faire vite du chemin.

« Prenez ma Thérapeutique , deuxième volume, article Belladone. Déchirez tous les feuillets y relatifs, et puis ajoutez en y faisant des renvois. Dans trois semaines je vais imprimer la Belladone, et je vous ferai dire quelque

bêtise1. Si vous avez perdu mon livre, prenez celui de Frédéric, je le lui remplacerai par la troisième édition. Une petite fille de douze mois avait une fissure bien visible. Elle criait comme le diable quand elle faisait ses horreurs dans ses langes. Cinq jours de ratanhia ont fait l’affaire. Cela avait commencé à dix mois, après une constipation opiniâtre 2.

« Adieu, mon cher Maître, faites une petite note sur Y antimoine. Je vous embrasse. »

1 Les paroles de Trousseau confirment l'influence considérable que Bretonneau exerça sur la thérapeutique de son temps. Il en fut de la belladone et du ratanhia comme du quinquina, du kermès, de l’antimoine, des alcalins, des ferrugineux. C’est lui qui en fut l’initiateur, qui en établit les règles et les doses, et ce fut Trousseau qui les propagea. Mais Bretonneau ne se contenta pas de remettre en honneur des médications oubliées ou condamnées, il leur trouva des indications nouvelles , telles que la belladone dans l’asthme , dans l’angine de poitrine (associé aux alcalins), dans l’incontinence nocturne d’urine, dans la spermatorrhée, dans la paralysie (cas de Royer- Collard) et dans la constipation. Toutes ou presque toutes les applications thérapeutiques de la belladone. — T.

2 On sait que c’est encore à Bretonneau que l’on doit le traitement par le ratanhia de la fissure anale. Il partait de cette observation que la lésion douloureuse est assez ordinairement occasionnée et compliquée par une constipation habituelle. Cette constipation finissant, sous l’influence des matières accumulées, par déterminer une dilatation amphorique de l’intestin qui devient une nouvelle cause d’inertie, il pensait que le ratanhia, par ses propriétés toujours astringentes, pourrait rendre au rectum la tonicité qui lui manquait. Pour atteindre ce résultat , il prescrivait des lavements avec l’extrait et la teinture alcoolique de ratanhia dissous dans l’eau. — T.

TROUSSEAU A BRETONNEAU

LETTRE GCLXXXIV6

DU MÊME

« 5 juin 1846.

« Cher Maître, '

« Samedi soir, à sept heures, je pars pour Tours et j’arrive à une heure et demie du matin. M. Lassègue , votre petit-fils en médecine , m’accompagne. Il veut vous voir. C’est un Athénien dans toute T acception intellectuelle du mot.

« Nous allons pour vous voir, pour deviser, pour manger des fraises à Palluau. Comme nous repartons irrévocablement par le train de quatre heures dix, de manière à être à l’hôpital à sept heures du matin, après avoir dormi dans notre lit, nous aurons à bien employer notre journée.

« Nous logerons probablement au Faisan, ou bien au voisinage du chemin de fer s’il y a là quelque hôtel convenable; à huit heures nous serons chez vous.

« Il est bien entendu que nous n’allons là que pour vous, et que nous voulons causer médecine , raisins , pêches , melons , théologie et autre chose encore si la fantaisie nous en prend. Vous serez donc le maître des cérémonies. En attendant , je vous embrasse bien affectueusement. »

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