‹ Bretonneau et ses correspondants, ouvrage comprenant la correspondance de Trousseau et de Velpeau avec BretonneauChapitre 91 sur 94 · LETTRE CCCXLVII · texte numérisé non relu

LETTRE CCCXLVII

« 28 décembre 1855.

« Cher Maître,

« Encore deux croups guéris par la trachéotomie, l’un par moi, l’autre par mon chef de clinique Beylard; ce dernier, malgré une diphthérie nasale fort sévère qui a été vigoureusement traitée par les injections de sulfate de cuivre. Ainsi, en 1854, j’ai fait neuf trachéotomies avec sept guérisons; en 1855, quatre trachéotomies avec trois guérisons. Total en deux ans : treize opérations, dix guérisons. Vous voyez que la trachéotomie s’établira.

<l Encore deux ponctions de la poitrine, cette semaine, dans deux pleurésies aiguës. Une jeune fille a été guérie en trois jours , un jeune garçon en huit jours. Gela me rend singulièrement heureux.

« Vous avez la simplicité de lire encore le Forget; il y a quatre ans que la suffisance et l’insuffisance de cet animal me l’ont fait prendre en un tel dégoût que je ferme le journal dès que je vois son nom. Il a un grand mépris pour Sydenham, Torti, Stoll et Graves; mais, en

revanche, il a pour lui une admiration sans bornes*.

« Il y a des gens qui attendent votre venue et qui viennent chez moi pour que je leur promette de vous mener chez eux. Je ne vous promets pas trop.

<t Adieu, cher Maître; nous avons le printemps à Noël, nous patinerons à Pâques.

« Mille tendresses. »

LETTRE CCCXLVIII*

DE BRETONNEAU A MttJt SOPHIE MOREAU*

« 30 décembre 1855.

« . Vous ne pouvez douter de ma

confiance en vous. Votre charité et votre bienfaisance, dont j’ai si souvent abusé, sont éclairées par un admirable

1 Nous avons vu que Trousseau était plus d’une fois fort libre dans ses jugements sur ses contemporains. C’est ainsi que cette appréciation sur Forget n’est, comme tant d’autres, qu’une boutade échappée à sa plume trop facile.

Forget, né à Saintes en 1800, agrégé à Paris en 1829, fut nommé au concours à Strasbourg , en 1836 , à la chaire laissée vacante par la mort de Lobstein.

Penseur profond et convaincu, savant ingénieux, également habile à manier la parole et la plume , Forget a laissé dans la science une profonde trace de sa personnalité, et contribué pour une large part à l’illustration de cette célèbre École médicale de Strasbourg, qui compta, jusqu’à sa fin violente et à jamais regrettable , tant d'hommes remarquables.

Forget a laissé de nombreux travaux sur la philosophie médicale, la thérapeutique générale et spéciale , les maladies des divers appareils de l’économie. Un de ses ouvrages les plus originaux est son livre sur les Principes de thérapeutique générale et spéciale. — T.

2 M1Ie Sophie Moreau, nièce de Moreau de Tours, l’aliéniste, devint Mme Bretonneau , et est aujourd’hui Mme la comtesse Clary. — T.

BRETONNEAU A Mlle SOPHIE MOREAU 628

discernement. Aussi, pour vous aider dans votre bonne œuvre, ai- je réfléchi au moyen d’atteindre le but.

« Quand l’accoucheur de l’impératrice" ne douterait pas de mon aptitude à bien apprécier les qualités d’une nourrice, il penserait que de Tours à Paris je n’ai pas la vue assez longue pour bien juger. Aurait -il tort, mon petit enfant ?

«: Voici, ce me semble, un bien meilleur expédient. Le professeur Paul Dubois et le professeur Armand Trousseau s’estiment et s’aiment beaucoup l’un l’autre.

<r Vous savez quelle est la piété filiale de mon bon fils pour son vieux maître.

« Je reçois de lui une lettre exquise, je réponds à sa lettre.

« Pour vous épargner des démarches , vous mettrez cette lettre à la petite poste.

« En allant à son hôpital, Armand passera chez 'vous, vers sept heures et demie du matin. Vous lui demanderez le jour qu’il aura choisi pour examiner la nourrice future; elle l’attendra chez son concierge, excepté le dimanche, et au moment où il sera prêt à monter en voiture, elle lui dira qu’elle lui est adressée par la nièce de M, le docteur Moreau, d’Ivry. »

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