II
doutable. Je voulais prendre son heure et continuer son cours, malheureusement il s’était arrangé pour cela avec Gibert, celui qui a été reçu le premier de notre concours. C’est un garçon qui ne sait pas l’anatomie pathologique , et qui a une peur extrême des hôpitaux et des amphithéâtres; mais il parle avec une facilité et un charme extraordinaires. Je n’ai entendu personne encore débiter aussi bien que lui. Il n’a qu’un défaut, et je sais déjà que c’en est un capital : il est froid. C’est donc entre nous deux que la lutte va s’établir, dans quinze jours, époque à laquelle Andral quittera1 2.
« En attendant je prends les devants. D’abord je n’ai parlé que d’anatomie pathologique. Vers la cinquième leçon, j’ai fait un peu de symptomatologie; j’attendais le croup pour commencer brillamment la thérapeutique. Ces chers élèves maintenant suivent mes cours de pathologie interne.
<r Demain je leur annonce solennellement que, d’après le désir qu’un grand nombre d’entre eux m’en ont témoigné et d’après l’intérêt qu’ils ont paru prendre à mes dernières leçons, je me ferai désormais un devoir de les entretenir
1 Gibert, né en 1797, était docteur en 1822 et devint médecin de l’hôpital Saint- Louis. 11 était, en effet, doué d’une grande facilité d’élocution ; mais, à cette époque de grands et continuels examens, ce don n’eut cependant pas le privilège de le faire entrer à la Faculté. Il s’ocoupa plus spécialement des affections de la peau, sur lesquels il publia une série de travaux : Mémoire des maladies spéciales de la peau (1834),
2e édition. Traité pratique des maladies spéciales de la peau (1839). Considérations générales sur les maladies de la peau (1844).
A ces ouvrages, il faut ajouter des notes et des mémoires insérés dans les journaux du temps et un précis des maladies vénériennes. Ce fut lui qui, en 1859, fit le célèbre rapport sur la contagion des accidents syphilitiques secondaires niés jusqu’alors par Ricord, et qui arracha au célèbre chirurgien de l’hôpital du Midi l’aveu de l’erreur qu’il avait si longtemps professée. — T.
VELPEAU A BRETONNEAU
avec soin de l’étiologie, des symptômes et du traitement de chaque maladie; que je crois d’autant plus utile de le faire que M. Andral cessant, etc. etc... A ces gluaux -là j’en prendrai bien quelques-uns, et surtout je m’établirai comme successeur d’ Andral. Le savoir-faire, mon cher Maître, est bien utile en ce monde.
« J’irai voir Scoutetten aujourd’hui, et je vous en rendrai bon compte. Je verrai aussi Velpeau ; je lui porte la lettre pour M. Allard; nous la lirons ensemble ainsi que votre dernier cahier, et ensuite j’irai chez M. Allard.
<r Je vous écrirai avant peu de jours, pour vous parler d’une pneumonie bien singulière dont sont atteints les chevaux.
« Adieu, mon cher Maître, je vous embrasse de tout mon cœur.
(( Votre élève attaché et reconnaissant.
« P.-S. Veuillez présenter mes amitiés à ces dames et mes amitiés à Jacquart. »