‹ Bretonneau et ses correspondantsChapitre 30 sur 78 · DU MÊME À U MÊME · texte numérisé non relu

DU MÊME À U MÊME

« Tours, 2 avril 1832.

« Décidément nous voici en présence du choléra1; je n’aurais jamais cru que Broussais valût mieux que vous tous.

« Ici le choléra s’est montré inopinément : un pauvre

I La correspondance de Bretonneau avec Trousseau et Velpeau relate les grandes épidémies de choléra auxquelles ils ont assisté et qui firent de si grands ravages : celle de 1832, celle de 1848 et celle de 1853.

Le 15 mars 1852 le choléra était signalé à Calais.

Le 26 il était à Paris, d’où il rayonnait sur toute la France consternée.

Le fléau migrateur, développé dans l’Inde en 1817-1818, avait frappé successivement Ceylan, Coromandel, la Birmanie, Sumatra, l’île de France et Bourbon, en 1819; Java, Bornéo, les Philippines, Manille, Batavia, Macassar, Madura, le littoral du golfe Persique, la Perse, la Syrie, puis la Cochinchine et la Chine en 1820 et 1821. En 1823 il avait franchi la frontière d’Europe à Astara (Caucase) et s’était propagé le long de la mer Caspienne.

II suspend alors sa marche pendant quelques années; mais, en 1829, il s’étend de la Perse en Tartarie, en Sibérie, gagne la Russie qu’il désole, moissonne en deux mois 4,385 personnes à Moscou, atteint la Pologne en 1831, envahit la Prusse et l’Autriche, franchit la mer du Nord et gagne l’Angleterre. Le 10 février 1832 il est à Londres, d’où il se propage en France, qui ne pouvait échapper à son invasion.

L’épidémie dura six mois et fit dans Paris 18,406 victimes sur une population de 645,898 âmes, envahit cinquante-deux départements et fit mourir plus de 100,000 personnes.

De la France, l’épidémie gagne la Hollande, le Canada, le Portugal, l’Espagne. La Suisse seule fut épargnée parmi les pays circonvoisins de la France.

L’opinion des corps savants de France était alors défavorable à la contagion. Les commissions que l’Académie de médecine avait envoyées en Pologne et en Russie, et qui se composaient, pour la Pologne, de

passementier, qui soignait sa femme depuis huit jours, qui semble avoir moins que personne des rapports avec des gens venant de Paris, a paru le premier atteint.

« Mais enfin cet événement n’est arrivé qu’ après l’entrée du choléra en France. Les rustres décideront encore une fois contre vous. Aux champs, les traces de la contagion peuvent être suivies, et là on dit ce qu’on pense. Moi je pensais à vous en écrivant à Mme Velpeau ; j’étais si préoccupé de ce pauvre enfant que je n’ai pas su dire combien je serais heureux de faire connaissance avec ma nouvelle fille.

« Moreau vient de me dire à l’instant votre déclaration. Si le premier mouvement eût été passé, je vous aurais plus tendrement témoigné combien j’avais été touché de votre lettre.

« Votre ami quand même.

« Voilà Morand, votre successeur à l’hôpital. Je ne vous fais pas l’injure de vous le recommander. »

H. Cloquet, président, de Gérardin et de Gaymard, et, pour la Russie, de Dubled , Sandras , Boudart , Alibert et Charles Londes , avaient rapporté des impressions anticontagionnistes. L’Académie elle -même, dans le rapport si complet et si remarquable d’ailleurs qu’elle rédigea, sur la demande du gouvernement, pour être communiquée au public médical, dissimulait à peine ses répugnances à admettre la contagion.

C’est contre cet état d’esprit que s’éleva Bretonneau avec la chaleur ordinaire qu’il apportait dans la défense de ses doctrines. On verra ciaprès, dans la lettre qu’il adressa de nouveau sur le même sujet à Velpeau , avec quelle force d’argumentation , quelle conviction , quelle lucidité il défendit l’existence et la trarftmission par contagion du germe infectieux. — T.

BRETONNEAU A VELPEAU

LETTRE CCXXXe

DE BRETONNEAU A VELPEAU

« Tours, 14 avril 1832.

(( Mon ami, avant de recevoir votre lettre, j’éprouvais tout ce que vous peignez si fortement. La rapidité de la progression ascendante de la peste asiatique ne m’a pas laissé longtemps dans l’illusion de l’apprivoisement du choléra.

« Comment un homme de votre sens se laisse-t-il imposer l’opinion de ces doctes à courtes vues, qui ont pris à tâche de stratifier les cholériques dans tous les hôpitaux de la capitale avec les autres malades, et qui ont si impertinemment recommandé tant de niaises précautions ?

« Vous doutez encore de la contagion de la peste de l’Inde ! Mon ami, ne voyez-vous pas que c’est un fait immense? L’Asie, l’Afrique, l’Europe l’attestent; et le nom de choléra asiatique n’est-il pas la preuve que, bon gré mal gré, ils reconnaissent que cette maladie a été transportée, importée? A peine Paris en a-t-il reçu le germe que cette maladie asiatique a été répandue, multipliée, cultivée, et chacun y a mis la main; la vanité parisienne s’en est mêlée ; vous voyez le résultat. A Londres, l’opinion de la contagion est populaire: the typhus fever, tlie mumps are contagious. Cela ne souffre aucun doute. Je ne doute point non plus qu’une prudente réserve, qui

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