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haines sur vous. Tenez-vous sous vos lauriers de Palluau. ce sont arbres sacrés que la foudre ne touche pas.
« Et moi je creuse le sillon de ma Thérapeutique , élaborant mon deuxième tome 4; et puis comme M. Desgenettes s’en va rendant par le canal de l’urètre mucosam et purulentam animam , à l’exemple du malade de Stoll, qui purpuream evomit animam (il était rhéteur et quelque peu précieux votre ami Stoll), je m’occupe intercurremment du concours d’hygiène pour lequel currus et rahiem par o1 2.
« Je suis dans ma trente -sixième année; il commence à être temps d’arriver à l’école, et je mire cette cible avec complaisance. J’y maigris , car les clients viennent et il faut prendre sûr mon sommeil.
« Mon cher Maître, je commence à m’abrutir dans le malade, et si je n’avais l’hôpital que j’aime encore avec passion, je deviendrais bête comme un Narbonneau3. Le datura-stramonium se fume tout bêtement dans une pipe , mêlé ou non à des feuilles de sauge. C’est un des plus miraculeux médicaments que je connaisse, quand il entre dans le joint.
« Et puis vous vous obstinez à ne pas donner aux dysentériques des pilules de nitrate d’argent, à l’exemple de Boerhaave, comme j’en donne la formule à la fin de
1 Traité de Thérapeutique et de matière médicale, avec H. Pidoux. Paris, 1836-1839, 3 vol. in-8°.
2 Trousseau n’est pas tendre pour Desgenettes. Au surplus, ce ne fui pas sa chaire qu’il obtint. (Voir la Biographie de Bretonneau.)
Le concours pour la chaire d’Hygiène eut lieu, en effet, au mois de novembre 1837. Douze candidats étaient inscrits, parmi lesquels Piorry, Raguin, G. Broussais, Mesnière, Sanson, H. Royer- Collard , Trousseau.
Ce fut Hippolyte Royer-Collard qui fut nommé (février 1838).
3 Médecin de Tours.
BRETONNEAU A VELPEAU
mon premier volume de Thérapeutique , et surtout, surtout, surtout, les lavements avec 2, 4, 6, 8, 10 grains. Je vous en prie, aidez -vous-en , et vous mépriserez bien les lavements de sulfate de soude. J’avoue que j’aime mieux par l’estomac le calomel : un grain par jour, de sorte que je les prends entre deux feux, mercure et pierre infernale.
« Pensez à moi dans vos prières. »
LETTRE CCXLIII e
DE BRETONNEAU A VELPEAU
« Tours, 19 mars 1838.
« Ah! je vous écrirai et pour le moins, mon vieil ami, je trouverai , le matin , le temps de vous répondre et de vous dire combien je suis sensible au témoignage de votre affection filiale. J’ai enfin quitté le service de l’hôpital ; j’aurais dû prendre ce parti plus tôt. Je vais travailler; j’ai commencé, et j’y prends plaisir.
« Le cercle de mes excursions s’est encore agrandi. J’ai déjà été appelé deux fois à Nantes depuis quelques mois , et la partie n’était plus tenable. Dans l’intérêt de Frédéric, je m’étais obstiné à faire des leçons de clinique. Je n’ai pu le retenir, et cet aventureux garçon est maintenant à la Nouvelle -Orléans.
<* Je suis resté ébahi en voyant à Nantes le physiologisme à peine arrivé au plus haut degré de sa splendeur ;
chez un de nos confrères, maîtres, enfants, domestiques, sont maintenus dans un état d’anémie et d’inanition, de peur de gastrites. Mais ce n’est pas de cela que j’ai à vous parler.
<r C’est de vous, mon ami , c’est de vous que je veux causer. Vous me montrerez vos merveilleux succès, vous ne me les apprendrez pas ; ma tendresse paternelle les suit et en jouit.
d Je désire fort que le temps confirme les bons résultats de la médication à laquelle vous avez vu si promptement céder les phlegmasies articulaires. J’ai promis en votre nom, en quittant le service, au préfet, à l’administration, au conseil municipal , une école secondaire dont on veut me confier la direction. Mais si bien disposés que puissent être Faculté, Université, Ministère, une école secondaire naîtra difficilement à Tours. Le personnel fera défaut. Pour commencer j’ai proposé T...; il a été accepté, il me remplace. Mais déjà je ne sais s’il tiendra ce qu'il promettait, et je n’ai que trop lieu d’en douter.
« Pour vous voir, pour Trousseau, pour cette école, je voulais aller à Paris; il me reste encore assez de motifs, et si vous jugez que je puisse réellement être de quelque utilité à Trousseau, je vous arrive. Votre intervention à cet égard m’a été au cœur, et j’en ai été heureux, comme d’entendre Trousseau vous appréciant , vous rendant complètement justice.
« Notre pauvre Gottereau s’est donc retiré? J’ai vu avec douleur se réaliser une de mes prévisions.
« Noviciat d’épreuves un peu dures et nécessaires aux commençants, et vous ne regrettez plus, j’en suis sûr, les amères épreuves que vous avez eues à subir.
« Je veux vous dire moi-même, mon ami , que je ne
BRETONNEAU A TROUSSEAU
vous trouve plus seul dans mon souvenir, vous y êtes accompagné de l'aimable et digne maîtresse de maison dont j’ai reçu un si gracieux accueil, de l’amie intime qui me parlait de vous avec une estime, un orgueil bien senti, de votre femme, que je revois avec son expression de physionomie tout à la fois si naturelle et si intelligente.
« Votre vieil et sincère ami. »