LETTRE CCXLIV
DE BRETONNEAU A TROUSSEAU
« Tours, 2 juillet 1838.
« On dit que vous faites un cours public de thérapeutique. Remplacez -vous à l’école mon vieux camarade? Voilà ce qui serait bon , ou que du moins ce ne fût pas le lot d’un de vos compétiteurs. Je regrette moi aussi que le concours ait été autant ajourné , et je crains que les concurrents que vous aviez devancés ne viennent dans ce long délai à gagner du terrain.
« Ecoutez ces mêmes avis. Je vais vous dire bien bas et confidentiellement ce que j’ai entendu de mon ami Gendron : M. Orfîla ne vous est pas favorable. Bellus homo est y ait y etc.? Son influence sur l’issue du concours est peut-être nulle; mais, si je ne me trompe, il vous sera bien facile de modifier, de tourner à votre avantage cette
impression ; et à tout événement , mieux vaut -il avoir pour nous les plus indirectes approbations.
<r Votre bonne mère est bien , très bien; je suis moins content de M. Dupuy.
<r Dévoué.
« P. -S. Mon cher Armand, je t’aurais répondu bien plus tôt si M. Bretonneau ne m’avait fait attendre sa petite note que je te fais passer. Fais-en ton profit. Il ne faut pas négliger les petits moyens. Il paraît que la doyenne trouve que tu fais trop le superbe et que tu n’es pas assez révérencieux, etc. etc. etc.
« Fais des visites, fais même ta cour s’il le faut (en tout bien, tout honneur, s’entend); tu brûleras cette lettre dans la crainte des indiscrets 4.
<r Continue ta bienveillance aux Tourangeaux Millet1 2 et Berger ; ce dernier a écrit à sa mère que tu avais beaucoup causé avec lui, ce qui lui a fait grand plaisir. Dans mon particulier, je t’en remercie beaucoup.
(( Adieu, mes chers enfants, je vous embrasse tous de tout mon cœur.
<r Votre mère et amie. »
1 L’influence d’Orfila était toute-puissante: doyen de la Faculté, médecin du roi, membre du conseil des hôpitaux, du conseil de l’instruction publique, très personnel, en outre, dans sa manière de voir, on a pu dire de lui qu’aucun médecin n’était élu, promu, décoré, récompensé sans son agrément ou son intervention.
Ces conditions font comprendre les exhortations de la mère de Trousseau. — T.
2 Millet. — Depuis professeur à l’École de médecine de Tours. — T.
BRETONNEAU A VELPEAU