INTRODUCTION
La Biographie de Bretonneau est un commentaire si bien pensé et si bien écrit de sa correspondance , que, pour faire ressortir toute la valeur et tout l'intérêt des lettres qu'on va lire, il ne me reste presque rien à glaner dans les deux beaux volumes que publie M. le docteur Triaire.
J'aurais donc pu me borner à signaler les notes critiques et les biographies médicales dont il a enrichi chacune de leurs pages. Ce m'eût été une occasion de faire comprendre combien des appréciations aussi judicieuses ajoutent à la portée philosophique d'un ouvrage où se trouve écrite, avec une sincérité indéniable, l'histoire médicale de la première moitié de ce siècle.
Mais mon ami Triaire ne me permet d'insister ni sur le mérite qu'il a eu de compléter ainsi une œuvre à laquelle il s'est dévoué avec autant d'intelli-
VIII NTRODUCTION
gence que de talent, ni sur les services qu'il a rendus en réussissant à la mener à bonne fin.
Ce qu'il me demande, c'est de faire ressortir avec lui le caractère spécial de cette correspondance, et les enseignements qu'elle offre à la méditation de nos contemporains.
Une première réflexion s'impose. A l'époque déjà relativement ancienne où ces lettres ont été écrites, ni Bretonneau ni ses illustres disciples ne pouvaient prévoir quel intérêt s'attacherait, pour la postérité, aux faits qu'ils racontent, aux interprétations qu'ils en donnent, aux jugements qu'ils suggèrent. Si, au moment de les faire paraître, on les avait amendées ou corrigées, la série des témoignages qu'elles nous apportent auraient perdu quelque chose de leur spontanéité et partant de leur autorité. Ecrites sous l'inspiration du moment, sans préparation, sans arrière -pensée, avec toute l'exubérance et quelquefois toute la passion de la jeunesse, les lettres de Velpeau et de Trousseau mettent mieux en lumière leurs sentiments intimes, leurs idées de prédilection. Malgré certaines vivacités de langage et quelques critiques trop sévères à l'égard des médecins dont nous aimons à respecter la mémoire, elles nous apparaissent surtout comme un hommage rendu au talent aujourd'hui incontesté et au grand caractère du modeste savant de Tours, dont le nom, grâce à elles, restera désormais impérissable.