INTRODUCTION IX
Sera-t-il possible, en effet, à ceux qui liront ce qu'en dit M. Triaire, de dénier à Bretonneau l'honneur d'avoir, le premier, mis en évidence l'unité, la spécificité, les caractères anatomiques de la fièvre typhoïde? Depuis l'année 1818 il l'avait si bien fait connaître à ses élèves que l'on comprend la surprise de Velpeau lorsqu'il voyait ses maîtres de Paris disserter encore sur la nature des fièvres muqueuses, bilieuses, ataxiques, adynamiques, etc., et que l'on ne s'étonne point qu'il s'écrie : « Ils ont tous vu les altérations pathologiques qui s'y développent, mais chacun les interprète à sa manière et pas un ne semble approcher du vrai; » ou encore : « Vous voyez qu'ils ont le nez dessus, mais qu'ils n'y verront pas clair. Le principe de leur imagination les en éloigne de plus de cent lieues. Ils vous décriront une perforation, une plaque, un ulcère, un bouton, etc., comme autant de maladies différentes. » Chacun pardonnera donc au jeune disciple de Bretonneau d'avoir osé écrire : « Admirez, Monsieur, s'il vous plaît, la sagacité de pareils observateurs, et leur utilité pour les progrès de la science ; » ou , dans un langage moins parlementaire : « Ah ! les chiens ! je leur arracherai les yeux. » L'irritation qui dicte ces paroles pourra, en effet, sembler presque naturelle à ceux qui ont peine aujourd'hui à admettre que l'on puisse méconnaître les principaux symptômes d'une fièvre typhoïde , et surtout les relations qui existent