LETTRE XXXVIII
DU MEME
« 28 octobre 1815.
(( Mon cher ami, nous ne nous écrivons guère et je ne suis pas le moins coupable, de sorte que ce serait à moi de vous demander excuse. Je ne veux cependant pas vous laisser ignorer que ma femme est très heureusement accouchée d'une fille. Nous en sommes, comme vous devez bien le penser, fort réjouis. Les choses se passent le mieux du monde : la petite tette très bien et la mère remplit aussi, et au mieux, tous les devoirs de sa fonction. Elle me charge de beaucoup d'amitiés pour vous.
« La santé de mon petit Auguste m'a encore donné bien des inquiétudes ; enfin il est au mieux , il se développe, engraisse et se trémousse maintenant de manière à prouver qu'il a bien envie de vivre.
« J'ai sçu que vous n'étiez pas à Tours cet été; que vous vous étiez arrangé pour faire le service de l'hôpital pendant l'hiver. Nous espérons que, placé comme vous l'étiez, assez loin des grandes routes, vous n'aurez pas été tourmenté par la soldatesque, dont on a été bien fatigué ici et dans les environs de Paris, où le mal dure encore.
« Mme Guersant est près d'accoucher et elle est très bien, ainsi que toute sa famille. Picard a perdu sa femme. La famille Gloquet est très bien ; Hippolyte va venir
à Amiens avec moi pour trois jours ; il publie en ce moment un manuel d'Anatomie, en deux volumes, qui paraîtra au commencement de novembre1; d'après ce qu'il m'en a communiqué, j'espère qu'il lui fera honneur. Ce pauvre Obeuf a beaucoup souffert , il y a eu une bataille auprès de sa maison. Mme Delaroche se rappelle à votre souvenir ; je présente mes civilités amicales à Mme Bretonneau et me dis
« Votre dévoué et sincère ami. »