‹ Bretonneau et ses correspondantsChapitre 36 sur 95 · LETTRE XXXVI · texte numérisé non relu

LETTRE XXXVI

DE GUERSANT

« Paris, 28 février 1815.

« J'attendais, mon cher ami, chaque jour, de vos nouvelles, et surtout avec impatience l'article sur les maladies des abeilles que vous m'aviez promis bien positivement. Je suis très pressé par le libraire et je compte lui remettre demain l'article Epizootie terminé, moins le dernier chapitre, où je comptais insérer votre article. Mais pour vous éviter l'embarras d'une rédaction que je n'aurais pas le temps d'attendre, faites -moi seulement le plaisir de me répondre courrier par courrier, s'il est possible, aux questions suivantes, qui me suffisent pour rédiger un petit chapitre sans trop d'erreurs :

« 1° Qu'est-ce qui arrive dans la ruche quand, par un vice d'organisation de la reine, la fécondation, ou plutôt la ponte, se trouve retardée jusqu'après le vingt et unième jour ?

« 2° Quels sont les symptômes de la diarrhée ? le vin , le sucre et le miel sont -ils un bon moyen pour y remédier ?

« 3° Quelle est la cause du vertige, en quoi consistet-il ? est-ce une maladie épidémique ?

« 4° J'aurais désiré plus de détails que vous ne m'en avez donnés sur le faux couvin ; quel est l'état du couvin

GUERSANT X BRETONNEAU 267

ainsi dénommé ? Quelle est la cause de cette altération ? quel moyen employer pour arrêter cette contagion ?

« 5° Quelle a été la cause de la destruction de toutes vos ruches , il y a deux ans ? Quelle était la maladie qui les a ravagées ?

<( Excusez, mon cher ami, mon profane bavardage; je suis un ignorant et, qui pis est, un paresseux, qui n'ai pas le temps de lire tout ce qu'il faudrait pour me mettre au courant. En répondant à ces questions, vous m'éviterez des recherches que je redoute, et vous me mettrez en état de parler comme un savant, même de ce que je ne connaîtrai pas.

« Sans vous, je suis aux abois ; et, en vérité, vous devez bien avoir un peu pitié des paresseux, car vous l'êtes passablement. Répondez-moi promptement, c'est le seul mo3^en que je puisse me charger de plaider votre cause auprès de Mmcs Duméril et Delaroche , qui sont très fâchées contre vous.

« Vous voiez, mon cher ami, que vous ne pouvez résister à tous ces arguments.

« Du reste, je vous embrasse de tout cœur et vous renouvelle l'assurance de l'amitié de ma femme et en particulier celle du meilleur de vos amis.

« Mille compliments de nos parts à Mme Bretonneau.

« Vous avez sçu sans doute ce que contenait cette lettre, lors de votre passage à Amboise; mais enfin j'ai préféré vous l'envoyer à la brûler. »

LETTRE XXXVIIe

DE DUMÉRIL

« 5 mars 1815.

« C'est moi, mon cher ami, qui réponds à la lettre pleine d'intérêt que vous avez écrite à ma femme et qui nous a donné un nouveau témoignage de votre amitié, dont nous n'avions pas besoin de nouvelles preuves. Je me suis chargé de vous répondre pour vous prouver que je suis tout à fait bien. Vous avec sçu, je suppose, par Guersant Y accident que j'ai éprouvé ; car il ne vous a peut-être pas dit que le sang que j'ai rendu à diverses reprises était tout à fait pur, sans mélange ni de mucus, ni d'air. Je le sentais sortir, pour ainsi dire, et une petite toux en opérait le rejet. Les saignées, la diète, le repos , le silence , ont opéré ma guérison complète au quatrième jour. La saignée m'avait heureusement débarrassé de ma toux nerveuse, dont je n'ai pas eu un seul accès depuis. Mon pouls, qui était naturellement à quatrevingt-quatre, est tombé à soixante, et maintenant, depuis que j'ai repris de la nourriture, il n'est remonté qu'à soixante -douze. C'est le soir du mardi gras, au moment où j'allais me mettre au lit, après avoir eu assez de fatigues physiques dans la journée, que le premier crachement de sang a eu lieu. J'ai cependant dormi toute la nuit.

<( L'heure me presse; je suis obligé, ayant été dérangé, de finir en vous embrassant.

« Votre ami. >

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