‹ Bretonneau et ses correspondantsChapitre 39 sur 95 · DE VILLENEUVE A BRETONNEAU · texte numérisé non relu

DE VILLENEUVE A BRETONNEAU

lable. Nous tâcherons de placer d'une manière ou d'autre cet éternel beau -frère, que je ne veux pas reconnaître. Je vais en causer avec Chaptal et M. de Marolles ; mais dans ce moment tout est dans la nuit et le chaos, tout a été déplacé par la secousse, et rien ne remplace ce qui était, que le chef de l'Etat, dont on attend beaucoup; mais que faire, quelques talents et quelque bonne volonté qu'on ait, quand on trouve dix-huit cent millions de dettes, les provinces ruinées, plus des trois quarts de toutes les administrations à supprimer, les rouages à simplifier? vous conviendrez que c'est une couronne d'épines et qu'un ange n'y ferait œuvre.

« Enfin nous verrons, au milieu de tout cela, ce à quoi il faut penser. Toutes les portes sont assiégées de demandeurs ; on croit qu'il n'y a qu'à paraître et importuner pour obtenir, et tout le monde dit avoir des droits. C'est un spectacle amusant que l'on se donne à bon marché quand on entre aux Tuileries; ensuite d'entendre les plus grands admirateurs du misérable fou se réunir à tout propos et parler de leur amour pour les Bourbons. Le monde fait pitié, en vérité, et nos champs valent mieux que tout cela, malgré l'ennuyeux voisinage de mon ancien valet. Nous nous reverrons bientôt, quand j'aurai mis en

train l'affaire de Si l'on peut compter sur la justice

des hommes, il faut espérer.

« Ah ! mon cher ami, votre souvenir m'occupe bien souvent ; mille tendresses à Mme Bretonneau. Mon frère vous remercie de votre lettre, moi de votre confiance ; j'ai besoin de respirer loin de Paris et près de vous.

« Je vous embrasse de tout mon cœur. »

272 CORRESPONDANCE. — ANNEE J81a

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