‹ Bretonneau et ses correspondantsChapitre 77 sur 95 · DE JACQUART A TROUSSEAU · texte numérisé non relu

DE JACQUART A TROUSSEAU

« 25 mars 1825.

« L'émigration prochaine vous portera, mon cher Trousseau, les observations que je vous ai promises. Je m'occupe en ce moment des lettres de M. Velpeau, et j'espère les lui adresser à la fin de la semaine. Notre pauvre maître roule maintenant sur la route d'Azay et est parti si précipitamment, qu'il n'a pas signé la lettre qu'il vous écrit. La dothinentérie marche, mais bien lentement; tout s'accorde pour retarder son allure qui naturellement n'est pas vive. Cependant comptez toujours sur M. Bretonneau; il ira vous voir, ne fût-ce qu'avec une portioncule; il nous l'a promis, et je lui pousserai si fort

1 Jacquart était un élève en médecine de l'hôpital de Tours qni servait de secrétaire à Bretonneau. — T.

l'épée dans les reins, qu'elle enfoncera plutôt jusqu'à la garde que de souffrir qu'il recule. Que direz -vous de M. Bretonneau, qui souffre qu'on fasse son portrait? c'est un compatriote, le fameux Berton , qui en est chargé par M. Guizol; il y aura des lithographies et vous en aurez. Le Gendron dont parle Velpeau est le plus plat imposteur qui ait jamais griffonné; non seulement il est faux qu'il ait guéri un croup par les scarifications, mais encore des gens qui n'avaient encore aucun symptôme de diphthérite ont été scarifiés par lui et ont eu le croup quelques jours après. Si vous avez le temps; si, malgré vos travaux pour le concours, vous vouliez flétrir un tel menteur, je vous enverrais toutes les notes qui vous seraient nécessaires. En vérité, je suis sûr que Broussais, puisque vous le jugez observateur, doit être stupéfait en lisant de telles choses, et qu'il doit dire : « Ma foi, c'est sans m'en douter « que j'ai appris à faire de si belles cures1 ! »

« Merci, mille fois merci de vos trop obligeants regrets et de votre souvenir; croyez qu'il n'est aucune amitié qui me fût plus chère (pie la votre, et que je ferai tout au monde pour l'obtenir et la cultiver.

« Votre tout dévoué.

u P. -S, Veuillez, je vous prie, dire à Mme Martigné que j'ai remis ses lettres, et que j'ai été désolé qu'un devoir pressant me forçat de quitter Paris sans lui faire ma visite et lui présenter mes respects. »

1 Les assertions de Gendron furent l'objet d'une tics vive communication de Bretonneau à la Société de médecine de Tours. — T.

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LETTRE XCIP

DE TROUSSEAU1

« 25 mai 1825.

« Mon cher Maître , nous avons enfin reçu , lu et fait lire votre intéressante lettre, qui a paru telle à tout le monde; elle nous a valu deux leçons entières de M. Récamier, consacrées exclusivement à vous, à vos éloges, à votre dothinentérite ; ainsi donc dépêchez-la, Broussais l'attend comme l'antéchrist , tous les petits antibroussistes de Paris l'implorent pour l'opposer comme le bouclier d'Ajax. Velpeau en est aux mains avec le Val-de- Grâce, et quoiqu'il plaide assez bien votre cause, il ne la fait pas valoir. L'avocat n'est pas aimé, je dis plus, il n'est pas estimé; et voulez-vous en savoir le motif? C'était en arrivant à Paris un petit écolier, et maintenant il se fait dix mille francs de ses cours. Ceux qu'il a devancés ne lui pardonnent pas, et comme il ne repousse point la

1 Les lettres de Trousseau à Bretonneau, qui sont contenues clans cet ouvrage, font passer devant nous toute la vie de l'illustre praticien, depuis le jour où il arrivait à Paris, pauvre et inconnu, mais déjà riche des enseignements que Bretonneau lui avait inculqués, jusqu'à l'époque où, parvenu au faite des honneurs et de la célébrité, il continuait à entretenir son vieux maître des événements qui pouvaient l'intéresser, et à l'entourer de la piété filiale la plus tendre.

Nous insistons dans la biographie de Bretonneau sur ces affectueuses relations entre le maître et le disciple qui tint à honneur à l'être toujours, et sur les doctrines scientifiques qui leur furent communes et dont Trousseau fut l'éloquent propagateur. — T.

calomnie il en est la victime. Vous nous dites souvent que, la dothinentérite une fois au jour, vous ne vous exposerez plus de nouveau à une grossesse aussi difficile, à une part aussi laborieux. Je serais presque tenté de vous croire , car la tendresse exclusive que vous avez pour cette dernière fille est d'un Adieux père , et surtout d'un père injuste. La pauvre diphthérite, l'abandonnez - vous ? La préface, ou, si vous l'aimez mieux, la dédicace? cela n'est pas long, et faute de cela la pauvre enfant ne peut se produire.

Il faut que je vous parle angine à propos de diphthérite, parce que précisément ce matin nous avons eu avec le père Récamier une petite discussion y relative. Un enfant de dix-sept ans, malade depuis huit jours, vigoureux, bien coloré, est entré à la clinique il y a sept semaines. Il avait, il semblait avoir une dothinentérite; soixante sangsues bien gourmandes lui furent appliquées sur la bedaine, et au bout de quarante jours de maladie il ne délira plus, il eut faim, il se remplumait un peu, toutefois en conservant une mine suppurée. Samedi il se plaint du mal de gorge : langue saburrale . légère fièvre , inappétence , épigastralgie , nulle tuméfaction aux ganglions cervicaux. On lui prescrit une saignée. Dimanche et lundi étaient fêtes, il n'y a pas eu de clinique. Ce matin nous l'avons autopsié. Dimanche soir on appela l'interne, qui lui trouva quelques concrétions sur la luette et les amygdales, le vit suffoquer, prescrivit des sangsues au col, des vésicatoires . et n'empêcha pas qu'il n'étranglât quatre heures après. La luette, les amygdales , la base de la langue , la partie postérieure du pharynx , le commencement de l'œsophage étaient tapissés d'une concrétion jaunâtre, caséeuse, albumineuse , s'écra-

sant sous le doigt, se divisant, s'en allant sous un filet d'eau, absolument analogue aux concrétions albumineuses qui tapissaient la plèvre cotonneuse de Tuphéau , n° 3 , salle 4. Cette concrétion formait une couche épaisse sur le larynx, en remplissait les ventricules-, tapissait la glotte et toute la trachée pour diminuer insensiblement et disparaître entièrement avant la deuxième division des bronches. On a appelé cela croup; j'ai nié comme un beau diable, j'ai dit que c'était là du fromage et non de la couenne, que le vrai croup était membraneux et qu'il y avait entre ces deux maladies une immense différence, que la non -tuméfaction des ganglions était un signe négatif de plus, qu'ils n'avaient affaire (eux regardeurs) qu'à une pharyngo- trachéite, peut-être aussi spécifique que l'angine diphthérique , mais à coup sûr totalement différente de cette dernière. Comme je criai le plus haut, j'ai paru les convaincre.

<( Les poumons étaient considérablement infiltrés de sérum et de sang.

« M. Récamier m'a dit avoir eu deux cas d' angine véritablement gangreneuse, où les deux piliers du voile du palais et l'amygdale étaient détruits par un véritable et très légitime sphacèle, et cela pour y avoir mis le nez, les yeux, et l'envie d'y voir autre chose. Cette autopsie m'a paru bien intéressante sous un autre rapport ; venonsen à l'intestin. Les ganglions mésentériques étaient un peu plus volumineux, et d'une couleur beaucoup plus foncée que dans l'état sain ; aucun d'eux ne contenait de pus. Il fallait beaucoup de bonne volonté pour voir dans les plaques de Peyer et dans les cryptes de Brunner la trace d'une phlogose de soixante jours de date; tous ceux à qui je les montrais les ont bien vues mieux que moi;

je n'y voyais plus rien qu'un très léger boursouflement au niveau de quelques points rouges , et très certainement il avait eu la dothin entérite. Donc, dans un cas même où l'éruption était très bénigne, les émissions sanguines ont énormément retardé la convalescence, qui a été fort orageuse, et qui à coup sûr était empêchée par autre chose que par l'ulcération des intestins que l'autopsie n'a pas montrée. Donc il faut que " les saignées altèrent bien profondément la crase du sang, ou plutôt favorisent singulièrement cette altération. J'ai cru que vous ne verriez pas cette observation sans intérêt.

Je ne clorai pas cette lettre sans vous parler d'un pauvre agonisant que nous autopsierons sans doute demain : c'est aussi un dothinentérite. Ils sont arrivés deux ensemble, celui-ci âgé de vingt-huit ans, fort, mais pâle (au sixième jour de l'invasion réelle), l'autre âgé de dix-huit ans (au dix-huitième jour de l'invasion). Ce malade était frais, coloré, délirant un peu, beaucoup plus faible que l'autre: la langue était sèche sans être encroûtée. M. Récamier les a aspergés séance tenante; voici son procédé : il fait asseoir le malade nu dans une baignoire, et lui verse sur la tête de grands bassins d'eau, d'abord à 24° ou à 25°, puis à la température du robinet de l'eau froide; cela dure cinq à six minutes. On vous ramène les gens dans leurs lits, on les couvre bien, et voilà qui est dit. L'affusion n'a rien fait au premier que le faire grelotter pendant plus de deux heures. La langue du deuxième s'est humectée dix minutes après l'aspersion ( il n'avait pas bu depuis une heure). La langue est restée humide et il est entré en pleine convalescence. Ce même malade allait donc très bien. Que lui a-t-on fait ? On l'a saigné au bras, on lui a mis sur le ventre vingt -cinq sangsues et

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un énorme vésicatoire entre les deux épaules1. Procédons par ordre. Le sang s'est fort difficilement et imparfaitement coagulé, sans couenne, sans marbrure, sans sérum: les sangsues ont bien saigné , le vésicatoire a bien pris et vigoureusement suppuré, et cela il y a huit jours. Or, savez-vous où il en est maintenant? eh bien! son vésicatoire me semble gangrené, et tout son dos est tellement tuméfié (sans rougeur, sans douleur), qu'il semble receler un vaste abcès. L'état général empire rapidement, je crains bien qu'il ne meure. Le pauvre garçon était resté dixhuit jours chez lui ne buvant que de l'eau panée, se levant pour ses nécessités , et , par une heureuse inspiration de Dieu, ne faisant point appeler de médecin. Son mauvais génie l'amène à l'hôpital ; on trouve cet homme bien , on veut qu'il aille mieux et voyez 2! Je suivrai son histoire avec attention et je vous tiendrai au courant.

« 26 mai.

(( A l'autre. C'est moi qui ai autopsié le moribond d'hier. J'ai envoyé au diable leur maladroit entérotome.

1 Récamier était doué d'un esprit novateur et entreprenant dont il a donné en médecine comme en chirurgie de nombreuses preuves. Sa pratique d'affusion froide dans la dothiénentérie a devancé la méthode de Rrandt, comme en gynécologie il a devancé les hystérectomistes. Mais ce qui nous gâte , — comme le fait remarquer Trousseau avec son sagace coup d'œil clinique, — le trait d'intuition thérapeutique dont il est ici question, c'est la suite, les sangsues et les vésicatoires du lendemain.

Tant il est vrai qu'il est difficile, même à l'homme du caractère le plus hardi et le plus indépendant, de se soustraire complètement aux idées doctrinales ambiantes ! — T.

2 « Cet homme allait bien, on veut qu'il aille mieux! » N'est-ce pas là. franchement, notre histoire à tous? Et ne sommes-nous pas encore aujourd'hui trop souvent enclins à vouloir hâter la marche des signes favorables ? — T.

et je leur ai incisé leur iléon avec des ciseaux ordinaires, et cela avec une grâce que vous auriez avouée.

«L'éruption, au seizième jour, remontait jusqu'au milieu du jéjunum. Elle était excessivement confluente partout. Toutes les glandes de Peyer, sans en excepter une, étaient plus ou moins malades. Brunner n'était pas plus épargné; le cœcum , le côlon étaient envahis. Je vous leur ai lavé leur tripe, je l'ai déroulée méthodiquement, et, une tripe saine sous les yeux, je leur ai montré ce dont ils ne se doutaient pas encore. Je compte déjà plus de vingt adeptes physiologiques que vos Omar ont convertis. Ainsi donc vivent les sangsues! Et pourtant, quels beaux cas pathologiques nous avons tous les jours sous les yeux ! quelle belle clinique pourrait faire un homme d'un jugement droit! Nous avons malgré les sangsues toujours des dothinentérites, toujours des pneumonies, des pleurésies, des affections aigués de toute sorte.

eee

« Encore une angine comme celle de l'autre jour, sue dant à une diarrhée chronique de quatre mois. Le malad n'est pas encore mort, il paraît même très vigoureux. 77 y a tout lieu de craindre que nous n'en fassions l'autopsie. Voilà son histoire. Dimanche soir , jour de la mort Me l'autre angineux , dans la salle duquel il se trouve , il a senti un léger mal de gorge: lundi c'était plus fort ; mardi il s'en plaignit à M. Récamier, qui passa outre; hier il s'en plaignit un peu plus fort , et finalement il parvint à attirer l'attention ; ce matin il s'en plaignit fort amèrement: voici les symptômes : ptyalisme considérable , douleur pharyngée , aphonie , toux aphone , fièvre peu sensible . langue saburrale. Le voile du palais est libre, la luette est coiffée d'un dé membraneux ou caséeux, la narine gauche occluse; la droite est libre, et sécrète d'abondantes muco-

sites; le pilier antérieur droit est rouge, pointillé, marbré, libre de concrétions; les deux amygdales, le pharynx aussi loin qu'on peut l'apercevoir , le pilier antérieur gauche , sont recouverts d'épaisses membranes , dont la couleur n'est pas uniforme. Elles sont en général jaunâtres; quelques parties semblent noires, quelques autres d'un rouge de sang ; et tout cela ne me paraît que caséeux. J'oubliais de vous dire qu'il n'y avait point de tuméfaction dans les ganglions cervicaux, et que les tonsilles elles-mêmes étaient peu gonflées. J'irai voir ce malade ce soir , avant dîner , car il pique vivement ma curiosité , et j'irai ratisser quelques concrétions.

« 29 au matin.

« L'angine de ce pauvre diable s'amende notablement; le voilà bien, toujours aphone, mais ne suffoquant pas; on ne lui a rien fait; s'il lui mésarrivait, je vous le ferais connaître, et je vous entretiendrais des résultats de l'autopsie. Ses concrétions disparaissent par parcelles, on n'en retrouve aucune trace dans son crachoir. Je n'ai point vu avec vous d'angine de cette sorte, et si c'est là ce qu'ils appellent croup , ils sont à quelques lieues de votre diphthérite. Faites votre dédicace, un mot de préface, faites un titre, et dites quels arrangements vous voulez faire avec le libraire. MM. Guersant et Velpeau attendent. Cottereau vient de passer son troisième avec très satisfait. Samedi il subit le quatrième et huit jours après le cinquième. Il vous enverra sa thèse pour que vous la corrigiez, et la soutiendra dans les premiers jours de juillet. Ce sera à cette époque que moi, misérable, je commencerai mes examens. Le troisième m'effraie sérieusement.

492 CORRESPONDANCE. — ANNÉE 182a

J'étudie la botanique avec assez d'activité ; je lis de la chimie et de la matière médicale, et, Dieu aidant, j'obtiendrai un médiocrement satisfait. Quant à ma thèse, peutêtre la soutiendrais -je avant la fin de Tannée, et dans ce cas je la coucherai en peu de pages, ou bien je la remettrai au mois de novembre prochain, et je disserterai au long- sur la résorption.

« Nous avons autopsié un squirre du pylore non ulcéré. La muqueuse était saine , sans rougeur , sans épaississement; il y avait là cinquante Broussistes qui étaient un peu embarrassés.

<( Nous avons une dothinentérite au quinzième jour. M. Récamier lui a donné l'irjécacuana au dixième jour, elle va mieux qu'avec les sangsues. Il nous arrive un méningitique dont tous les symptômes sont de n'en avoir aucun. Cet homme paraissait simplement aliéné. J'ai promis à M. Récamier la couronne civique s'il le tire d'embarras; il n'est qu'au huitième jour d'hébétement, et n'offre encore aucun symptôme hydreneéphalique. Je vous tiendrai au courant de son affaire. Ma lettre a bien l'air d'un registre mortuaire ; je vous en demanderais pardon. si vous n'étiez pas médecin.

<( Excusez mon griffonnage, mes solécismes . mes barbarismes, mes tout ce que vous voudrez, je n'ai ni le temps ni d'écrire de suite ni de relire.

« Offrez mes respects profonds à Mme Bretonneau , et prenez pour vous ce que vous trouverez d'affectueux dans mon cœur. »

LETTRE XGIII

DU M Ê M E

<c 4 juin 1825.

« J'ai reçu, mon cher Maître, votre dernière lettre, et je n'ai pas été peu surpris des singuliers résultats de vos expériences sur les chiens ' ; les diverses personnes à cpii je les ai fait connaître les ont lues avec un grand intérêt, et désireraient bien que, votre diphthérite finie, vous vous occupassiez de rédiger un petit mémoire y relatif; ils ne savent pas , les demandeurs , que la dothinentérite sera une œuvre posthume. Billard, l'ancien interne d'Angers, a dû vous envoyer son mémoire sur la membrane muqueuse, couronné à l'Académie2. Fidèle aux principes d'exacte politesse, vous ne lui en avez pas accusé réception, ce qui est très bien !

« Cottereau vous écrivait dernièrement que j'allais

1 Bretonneau avait fait sur les chiens de nombreuses expériences dans le but de déterminer l'action de certains agents médicamenteux. Il s'agit sans doute ici des expériences qu'il fit sur eux avec le calomcl.

Frappé des inconvénients et des dangers qu'offrait chez les malades atteints de diphthérie l'emploi des mercuriaux , il voulut déterminer quel était exactement le degré de gravité des accidents qu'offre cet agent, et soumit des chiens à l'usage du calomel à doses réfractées. Inutile de dire que ces animaux offrirent des érosions, des ulcérations gangreneuses, de graves altérations de la muqueuse, etc., accidents analogues à ceux qu'il avait obtenus quelquefois chez les diphthéritiques qu'il avait traités par le calomel. — T.

2 Billard. — De la Membrane muqueuse g astro- intestinale dans l'étal sain et dans l'état morbide, ou Recherches cVanalomie pathologique suites divers aspects sains et morbides, etc. Paris, 1825, in-8°.

vous envoyer une observation de dothinentérite avec gangrène du poumon. Deux en trois semaines, c'était trop fort; ce n'en est pas moins très exact. Deux jeunes gens. l'un avec la variole , l'autre avec la dothinentérite , ont succombé à trois semaines de distance a la plus légitime, la plus incontestable gangrène qu'il soit possible de voir et de sentir. C'est moi qui ai fait l'autopsie du dothinentérite, et je vous en parle en homme qui en a encore le nez rempli. J'espère que cela va vous faire rire. Tous les deux à peu près au même jour de l'éruption et d'une éruption que vous aviez démontrée si identique. Je vous envoie l'observation rédigée par un jeune homme de l'Hotel-Dieu, qui l'a faite pour vous, et par là vous verrez et la façon de traiter de M. Récamier, et la notion que les élèves commencent à prendre de votre maladie . grâce à vos élèves qui s'égosillent pro propaganda. J'ai passé samedi mon premier examen et j'ai la note très satisfait. Cottereau , qui vous dit mille choses aimables . passe sa thèse dans huit jours; il vous verra à Tours à la fin du mois. J'ai eu, pendant deux jours, une fièvre assez violente, j'avais de la diarrhée et je commençais à craindre la dothinentérite; grâce à Dieu, j'en suis quitte pour la peur. Adieu, mon cher Maître, croyez aux sentiments d'affection et de reconnaissance de votre élève. « Présentez mes respects à Mme Bretonneau. »

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LETTRE XGIV

DU MEME

« Paris, 10 juin 1825.

« Je dis adieu aux hôpitaux, mon cher Maître; je prépare mon premier examen que je passe le 2 ou le 3 de juillet. Gottereau vient de passer son cinquième , avec très satisfait. Il avait le père Laennec, et ils ont discuté en latin sur la pneumonie , expertus loquebatur. Vous recevrez sa thèse dans quatre ou cinq jours, et il compte sur votre complaisance pour que vous la revisiez promptement, car il la doit soutenir à l'époque où je commencerai. La mienne est faite; je l'ai commencée avant-hier matin et finie hier soir, c'est vous dire que je ne vous prierai pas de la corriger. J'ai fait un pot pourri de résorption, de fièvre marécageuse , de dothinentérite, de sugillations, et le tout fera quinze pages d'impression. Je suis bref, premièrement parce que je n'ai pas le temps, et secondement parce que les frais d'impression sont énormes, et que je n'ai pas d'argent. C'est mon frère uniquement qui fait tous mes frais d'étude , et je dois ne pas abuser de sa bonté *. Je tremble pour mon troisième et mon quatrième examen ; les trois autres ne m'inquiètent guère , et j'espère me tirer de ma thèse par la discussion. Je vais vous dire deux mots de l'Hôtel- Dieu.

1 M. Jacquemin , frère de Trousseau, issu d'un premier mariage di Mme Trousseau. Officier très distingué devenu général. — T.

« Un petit varioleux, qui a eu au vingtième jour une belle adynamie , a succombé au vingt-cinquième, avec deux énormes escarres gangreneuses , et très véritablement, et très visiblement, et très odorifiquement gangreneuses à la face postérieure de chaque poumon. Le petit garçon à l'angine, que je vous disais avoir eu une dysenterie et entrer en convalescence de son prétendu croup , s'est éteint doucement quatre jours après ma lettre écrite. Il avait dans l'intestin grêle des ulcérations d'un demipied de long, et cela dans tout l'iléon ; de plus des tumeurs grosses comme un œuf de pigeon, qui ressemblaient à des tubercules crus, et qui étaient elles-mêmes ulcérées; du reste, cet intestin avait acquis une capacité énorme, et les glandes de Peyer étaient ou n'étaient pas comprises dans les tumeurs et dans les ulcérations, qui affectaient la forme la plus irrégulière. La couleur, la solidité des bords de ces ulcères attestaient qu'ils étaient fort anciens , et qu'ils étaient presque tous cicatrisés. Or, ce garçon n'avait presque pas eu de fièvre lors de sa prétendue dysenterie, et cela m'a paru n'aller pas mal à la spécificité dothinentérique. Son larynx était enflammé sans concrétions.

« Je vous ai laissé un homme avec une méningite. J'avais forcé le diagnostic de M. Récamier, qui prétendait que la raideur extraordinaire des membres de ce malade et le renversement de la tête indiquaient plutôt une arachnoïdite de l'épine. Il est mort le lendemain du jour où je vous avais écrit. La tête n'avait rien, mais nous avons trouvé à la hauteur des lombes et dans le rachis des masses tuberculeuses qui avaient produit une suffusion de pus. J'en ai conclu que M. Récamier avait bien diagnostiqué, et j'en ai fait mon profit. Du reste, tubercules crus dans les poumons, ganglions mésentériques tuber-

culeux. C'est moi qui ai ouvert le rachis avec un rachitome qui est bien le plus merveilleux instrument que je connaisse ; on vous met à nu une moelle épinière avec autant de facilité que le cerveau.

« Une jeune fille dothinentérique nous est morte d'hémorragie intestinale. Une seconde a succombé à la sufïusion par perforation. Vous voyez que c'est comme chez nous.

<( M. Bayle a fait sur la fièvre intermittente qu'il a observée à Rome un mémoire intéressant sous le rapport anatomo -pathologique. Il cite trois observations qui lui 'sont personnelles , et dans lesquelles la rate déchirée a causé trois péritonites mortelles par épanchement dans l'abdomen . Il en conclut que la fièvre intermittente est une splénite.

(( M. Récamier vous invite à insister sur la contagion dothinentérique, et à montrer comment, dans les grandes villes, on perd facilement le fîl de la contagion. Il m'a été impossible, avec quelque soin que j'aie adressé mes questions aux malades , d'arriver à soupçonner même qu'ils avaient été en contact avec quelque pestiféré. »

Voilà le rachitome : A. Manche. BB. Lame d'acier fort épaisse. D. Biseau épais, d'environ huit lignes de long à partir de la ligne X. Z. — C. Partie sur laquelle on frappe à coups de marteau. T. S. Ligne suivant laquelle je suppose que l'on fasse une coupe de l'instrument.

E. Dessin de cette coupe.

C Correspond à C. dans la grande figure.

D'. Correspond à D.

X'. Z'. Correspond à la ligne X. Z i.

On incise les muscles du dos jusqu'aux lames des ver-

1 Trousseau a esquissé l'instrument sur une des marges de La lettre. — T.

tèbres, sur lesquelles on appuie le biseau de l'instrument. Le biseau qui finit carrément dans la ligne X. Z. ne peut pas pencher de plus de six ou huit lignes malgré les coups de marteau, et comme la moelle ne remplit pas la cavité, elle n'est jamais entamée par l'instrument. On coupe de cette manière les lames des vertèbres du haut en bas , et il ne reste plus qu'à détacher quelques aponévroses pour enlever toute l'épine d'une seule pièce, et alors se voit le rachis qui repose sur les corps des vertèbres. Il faut que cet instrument soit bien commode, puisque j'ai pu faire, la première fois que je m'en servais, une rachitomie fort propre.

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