‹ Bretonneau et ses correspondantsChapitre 85 sur 95 · LETTRE G XII · texte numérisé non relu

LETTRE G XII

DE COTTEREAU

« Paris, le 25 novembre 1825.

<( J'ai vu l'article du Journal général de Médecine que vous vouliez connaître, mon cher Maître, et voilà en quoi consiste ce moyen mécanique proposé par M. Py; je dis proposé, car il n'annonce pas qu'il s'en soit servi, il ne fait que communiquer une idée qu'il croit bonne. Ce procédé si avantageux , selon lui , pour extraire la fausse membrane qui tapisse la trachée, et qui finit par occasionner l'asphyxie en oblitérant totalement ce canal , ce * procédé se réduit à l'introduction , par les fosses nasales , d'une sonde élastique percée de plusieurs ouvertures à celle de ses extrémités qui doit être portée jusqu'à la glotte. Alors en aspirant soit avec la bouche, soit avec une petite seringue, il pense qu'on peut parvenir à détacher les pellicules diphthériques, à les faire pénétrer dans les trous de la sonde , et à les extraire ainsi de manière à prévenir l'occlusion des voies aériennes. Je ne dois pas omettre de vous dire que tous les moments ne conviennent pas à cette tentative , et qu'il existe un teinps d'élection . de maturité, un vrai temps psychologique qu'il faut attendre pour opérer ; c'est l'époque où les pseudo-membranes ont acquis une telle consistance, que leur adhésion à la tunique muqueuse puisse être facilement vaincue , et qu'elles soient elles-mêmes susceptibles de se détacher

en totalité et non partiellement. Ce sont les observations de Desault sur l'utilité de l'emploi des sondes en gomme élastique, dans le traitement de l'angine pharyngée, qui ont donné cette idée à M. Py. Du reste , ce praticien semble avoir une confiance extrême dans le polygala, seul ou mêlé à l'ipécacuana, pour combattre le croup. Vous voyez qu'il y a loin de cette manière d'agir à votre trachéotomie perfectionnée, et ce temps de maturité m'a tout l'air de ressembler à celui des fruits qui ne tarde pas à être suivi de la chute des feuilles, avec cette seule différence que dans l'un des cas la mort est bien réelle , tandis que dans l'autre elle n'est qu'apparente.

« A vous en croire sur parole, votre diphthérite doit arriver incessamment ' mais cet incessamment se fait longtemps désirer, et nous ne savons en vérité à quoi attribuer le retard qu'éprouve sa venue. On finira par ^reléguer son apparition avec celle du Messie des Juifs ou du Fils de l'homme des chrétiens. Qui peut donc la retenir? n'est-elle pas terminée? Quand je quittai Tours, vous n'aviez plus que de légères corrections. Que cette lenieur nous fait souffrir ! Nous nous flattions encore de la recevoir, comme vous le marquiez dans la lettre dont Paris était porteur, mais nous en désespérons maintenant. Il en est de même de la dothinentérite ; nous l'avons annoncée tant de fois et tant de fois, sans qu'on l'ait vue mise au jour, que je ne crains pas de dire que nous avons au moins perdu cinquante pour cent de la confiance qu'on nous avait accordée d'abord. Réhabilitez -nous donc dans l'opinion, cela ne dépend que de vous. Il me reste maintenant à vous parler de la lettre pour le docteur Nauche : je suis toujours en l'attendant, et mon état est le même. Vos occupations vous l'ont sans doute fait perdre de vue ;

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