LETTRE CXIII
« Tours, 2 décembre 1825.
« Il y a au moins sept jours que M. Bacot m'a remis le petit mot ci -joint; j'étais bien convaincu qu'il partirait le soir, mais Mme Follope a eu la scarlatine, mais le diable s'en est mêlé. J'ai dit bien doucement à M. Bacot que mon intention était de demander au général Donnadieu une seconde lettre de recommandation; croyez que si je me suis laissé détourner par lui de mon projet, ce n'est point par paresse, mais parce que j'ai très bien compris que M. Bacot, qui avait pris feu en écoutant ma supplique
RRETONNEAU A TROUSSEAU 571
et mes motifs, ne manquerait pas de se refroidir si une autre personne s'entremettait; cependant, si vous le jugez convenable, j'aborderai le général. M. Bacot. pense que ce M. Syrieys ne doit être abordé qu'après ses chefs de bureau, si on veut que ces hautes puissances soient propices. Pour agir, j'attendrai vos instructions. Voilà enfin la diphthérite terminée, et si je n'avais tenu à en garder une copie, Velpeau l'aurait déjà reçue. Vous n'en aviez emporté que la moitié.
(( Je n'attache pas autant que vous le pensez d'importance au mot, mais vos exemples ne sont rien moins que concluants. On dit : gastrite , on dit encore et on dit très bien inflammation gastrique, mais l'adjectif dérivé de pleuritis est pleur 'étique , etc., etc. Toute cette discussion se réduit à des mots, à rien qui vaille la peine de s'y arrêter. On trouvera dans le manuscrit diphthérique et >diphthéritique. Il conviendra seulement de s'arrêter à l'un des deux, et je laisse tout cela à votre choix1. Je vais me remettre à la dothinentérie avec une nouvelle ardeur; j'aurai terminé à la fin de janvier mon service à l'hôpital. Quelles bonnes matinées je pourrai donner au travail ! Jusque-là, n'attendez de moi que ce qui est déjà au net, environ les deux tiers aussitôt que je l'aurai revu. Publiez dans les journaux tout ce que bon vous semblera; mais vos deux observations isolées seraient bien insignifiantes. Si, dans le sens dont vous me parlez, vous désirez me rendre quelques services, $e n'est peut-être qu'en donnant une espèce de programme de l'ensemble de mes
1 Trousseau trancha la question en faveur du terme diphthérite, et ce ne fut que beaucoup plus tard que, d'accord avec Bretonneau, il revint à l'expression de diphthérie à laquelle celui-ci s'était tout d'abord arrêté. — T.
572 CORRESPONDANCE. — ANNÉE 182o
recherches, et, si vous le voulez, d'ici à peu de jours je vous ferai transcrire deux pages de l'introduction où vous trouverez un exposé succinct de tout l'ouvrage.
« Tout à vous,
« Votre ami.
« Nous avons eu, ou plutôt M. L... a eu hier Mme Martigné à une soirée ; elle est tout à fait bien et ne se ressent plus d'une légère indisposition dont elle m'avait parlé à son retour du Mans. Voilà encore une nouvelle perte! je crains que personnellement vous n'ayez perdu dans M. Royer-Collard un secourable appui '.
« A demain. »