LE MERLE ET L'AIGLE
Ainsi que le prouvait un parchemin dûment.
Un merle de talent, Des oiseaux de ce bois qu'enseignait sa parole,
Etait maître d'école.
Il s'en tirait fort bien , et son bel habit noir, Quand, sautillant, en chaire il allait pour s'asseoir. Son habit où tranchait son bec jaune jonquille En imposait de suite à la gent qui babille. Il n'avait point appris Tacite ni Platon ; Mais en faut-il autant pour les nids d'un canton? L'inspecteur, un grand-duc atteint de myopie
(Que renseignait la pie), Avait bien cru savoir que parfois de raisin Le merle dans l'automne abusait bien un brin.
Même qu'il oublia près d'une grive folle, Certain jour de lk nouba", de paraître à l'école; Mais monsieur l'Inspecteur, au fond, n'avait rien dit. Car ce jour, après tout, pouvait être un jeudi; Et comme au sous-préfet, un hibou plein de vices, Il avait au scrutin rendu quelques services, Pour ne déplaire point aux clients du poivrot. A la fête du roi mon merle eut le " poireau ".
Lors plus rien ne l'arrête :
Il se pose en tribun, il se monte la tête; De madame Merlette il ne fait plus de cas, Organise des clubs, pérore aux syndicats, Sur les abus du trône vous fait mainte critique. Et dit haut son dessein qu'on passe en République Si bien que l'aigle-roi se le fait amener
Pour vous le sermonner :
« Eh bien! l'instituteur, on m'en conte de belles! Au lieu de citoyens, monsieur fait des rebelles Et cherche à supplanter notre gouvernement.
Je suis fort mécontent !
Au lieu de sautiller d'une patte sur l'autre, Confessez-moi, céans, quelle erreur est la vôtre! n Notre merle était •' gai ' . car sur un jurançon Il avait au malin picoré sans façon.
« Moi, sire, critiquer, conspirer dans l'école, Jamais! Si j'ai parfois pu prendre la parole. (Mes pairs m'ont fait souvent d'assez jolis succès), C'était en citoyen alors que je parlais.
— En citoyen, vraiment! Mais crois-tu que ta classe Est étrangère et sourde à tout ce qui se passe?
— Sire, la liberté...
— A bien servir, monsieur, a toujours consisté, [mes, J'entends laisser chez nous, tout oiseaux que nous som- Ces distinguos subtils aux parlements des hommes. Pour enseigner mon peuple et le bien embarquer. Point n'est besoin, morbleu! de tant alambiquer.
Et pour trancher enfin cette glose importune.
Deux personnalités, c'est trop pour le moins d'une :
La première à diner augmentera mes rôts.
L'autre, que je bénis, peut aller au repos. »
Et. ce disant, le Roi l'abat d'un grand coup d'aile.
Je vous laisse à penser si c'est là bon modèle.